Lettre du 21 octobre
3. Lettres des 27 septembre 1687 ; 22 octobre 1688 ; 12 février 1690.
4. Lettre du 28 avril 1606 ; et le 15 juillet encore à Pomponne : a II ne peut se ientir de plus cruelle séparation ; celle-ci m'étonne comme le premier jour. »
fection, le souci des convenances eût suffi à la retenir près d'une mère qui lui avait voué sa vie, et qui mourait en quelque sorte pour elle; mais lady Coke, qui visita le château postérieurement, nous apprend que, chaque fois qu'elle entrait dans la chapelle de Grignan, elle détournait les yeux avec émotion des dalles sous lesquelles reposait le corps de sa mère.
D'autre paré, elle aimait son mari, et apparemment elle en avait le droit. Il y a d'elle à ce mari (20 mai 1678) une lettre vraiment tendre et qu'on dirait écrite par la plus simple des mères de famille, qui envoie un souvenir affectueux à chacun de ses enfants : « J'ai envie de la revoir, la pauvre petite, et Paulinotte, et mon fils, et tout notre petit ménage, à qui je pense toujours avec plaisir. » Elle y souhaite qu'il lui soit permis de revoir son mari sans quitter sa mère. « Mais# s'il faut choisir, ajoute-t-elle, je ne balance pas à suivre mon très cher comte, que j'aime et que j'embrasse de tout mon cœur. » Mmo de Sévigné s'apercevait bien que sa fille ne jouissait pas d'un véritable repos quand son mari était loin d'elle1. V idéal de cette gouvernante de Provence n'était pas si relevé : êtreregardée par son mari comme une bonne ménagère, sortir peu de son château, épargner pour faire vivre et « paraître » ses enfants, c'était là tout son but5. Ce programme était trop ambitieux encore, et la vertu d'économie n'était pas celle que le « ménage » pratiquait' le plus volontiers. Il avait, lui aussi, à « paraître », et tenait à paraître royalement. De là d'incessantes et inutiles dépenses ; de là de non moins incessants et non moins inutiles reproches de Mmc de Sévigné. Quoi qu'il en soit, Mme de Grignan semble avoir compris ses devoirs de femme mieux encore que ses devoirs de fille.
Il n'y avait pas conflit, d'ailleurs, entre ces devoirs différents, non opposés, et la conciliation était facile, car le comte de Grignan vit toujours en Mme de Sévigné, non une bellemère, mais « une amie tendre et solide, une société délicieuse3 ». Oui, mais l'àme indécise et inquiète de Mmc de Grignan ne savait pas prendre un parti et s'y tenir; elle demeurait souvent « en suspens comme le tombeau de Mahomet ». Sa mère observe que c'est la marque d'une âme éclairée ; mais, en l'observant, elle se hâte d'ajouter (12 janvier 1674) : « Pour moi, je hais l'incertitude et j'aime qu'on me décide. » Les irré-