Lettre du 5 février
3. Lettre du 23 mars 1672. On trouvera une grande partie de la lettre du 8 mai 1672 dans le fascicule consacré à l'Oraison funèbre.
part de vanité mondaine peut se mêler même à une oraison funèbre (celle de ce même Séguier), la lettre célèbre du 8 mai 1672 nous l'apprendra. La conclusion est sur le même ton que le récit : « J'ai dit à Guitaud tout bas : « Si c'était l'oraison « funèbre de quelqu'un qui fût vivant, il n'y manquerait pas. » Cette folie a fait rire Guitaud, sans aucun respect pour la pompe funèbre. »
Assurément quelque chose manquerait à l'histoire Mu siècle de Louis XIV si nous n'avions pas cette correspondance. A ne la prendre qu'au point de vue de l'histoire anecdotique, c'est une mine inépuisable. Si elle est parvenue jusqu'à nous à peu près complète, ce n'est pas que la poste du temps ne laissât rien à désirer. Combien de lettres égarées! que de retards! que de plaintes! « Ma lettre est entre les mains de ces maudits facteurs, c'est-à-dire la mer à boire. » Les aventures de certains paquets, qurne parviennent jamais à leur destination, inspirent des réflexions salutaires sur le danger qu'il peut y avoir à toucher certains sujets. L'arrivée d'une lettre est un gros événement; on l'attend avec une impatience qui ressemble à de l'anxiété. Pour communiquer plus tôt à Mme de Sévigné une lettre qu'il a reçue pour elle, Goulanges « ne craint point d'envoyer son laquais au clair de lune ». Qu'est-ce à dire? Demandez à Boileau, qui vous dira si les rues de Paris sont sûres le soir. A partir de 1666 on éclaire Paris, pendant neuf mois de l'année, par des chandelles enfermées dans des lanternes. Grand progrès dont Mm0 de Sévigné se félicite : « Nous revînmes gaiement (de chez Mme Scarron, à Yaugirard), à la faveur des lanternes et dans la sûreté des voleurs1. » Sur tout elle jette un coup d'œil rapide, mais net : elle voit passer la procession de Sainte-Geneviève, et nous la voyons passer, à notre tour, dans sa lettre. Elle nous signale la nouveauté et l'inconvénient des longues manches traînantes : « Ah! qu'elles sont belles dans le potage et dans les salades ! » — les miracles du quinquina; — la vogue extraordinaire et la prompte disgrâce du chocolat et du café; — la « forfanterie » des médecins, qu'elle aime à consulter pour se moquer d'eux : « 11 n'y a qu'à voir ces messieurs, dit-elle, pour ne vouloir jamais les mettre en possession de son corps. » Elle pense vingt fois à Molière en
i. Pendant l'hiver de 1679, la glace et la neige font des rues de grands chemins remplis d'ornières, et c'est seulement à la un de février qu'on commence « à revoir le pavé ».
les regardant, et elle a des mots dignes de Molière sur ces docteurs qui ont « te privilège de tuer impunément ». Le chevalier de Grignan mourant résiste à la onzième saignée; « mais les médecins remportèrent ». L'un des plus célèbres, Daquin, « est enragé de ne pas avoir le bon remède » qu'exploite un rival, caries remèdes nouveaux, l'eau descapucins, l'or potable, font rage, et le médecin anglais est le médecin à la mode.
Cène sont là que les amusants épisodes d'un large tableau, dont le procès de Fouquct et le mariage manqué de Made selle, les élévations et les chutes des favoris ou des favorites, la mort de Louvois et la mort de Turenne, les fêtes et les guerres, forment le fond changeant. A mesure qu'on avance, le tableau s'assombrit : les guerres sont' moins heureuses, les finances s'épuisent, l'affaire des poisons emplit les « horribles chambres grillées de la Bastille », les soupçons les plus terribles n'épargnent personne, et Villeroi peut dire des innombrables suspects : « Ces messieurs et ces dames croient au diable et ne croient pas en Dieu. » Mais l'hypocrisie s'accroît à mesure que l'impiété monte, et tout le monde se retrouve « en rang d'oignon tous les jours à la messe du roi ».
La religion et la philosophie de M1»* de Sévigué.
Même quand la dévotion fut à la mode, Mme de Sévigné ne . fut jamais dévote. Elle forme plusieurs fois le souhait de Tètre, mais avoue qu'elle a besoin de la grâce.
Une de mes grandes envies, c'est d'être dévote; j'en tourmente tous les jours la Moussa. Je ne suis ni à Dieu ni au diable : cet état m'ennuie, quoique, entre nous, je le. trouve le plus naturel du monde. On n'est point au diable, parce qu'on craint Dieu et qu'au fond on a un principe de religion; on n'est point à Dieu aussi, parce que sa loi est dure et qu'on n'aime point à se détruire soi-même. Cela compose les tièdes, dont le grand nombre ne m'inquiète point du tout; j'entre dans leurs raisons. Cependant Dieu les hait : il faut donc en sortir, et voilà la difficulté *♦ ,
Elle engage sa fille à ne pas trop se creuser l'esprit dans ses dévotions, et la piété simple qu'elle lui conseille est la sienne propre. « 11 y a quelquefois, dit-elle, des sentiments bien extra-