‹ Cours de littératureChapitre 53 sur 98 · Lettre du 6 janvier · texte numérisé non relu

Lettre du 6 janvier

n'est pas libre? Non, mais elle dit souvent que l'homme est faible, et tous les moralistes chrétiens, avant et après elle, le répètent à l'envi. Même elle déclare passer bien plus loin que les jésuites : «Je suis persuadée, dit-elle, que nous avons notre liberté tout entière1. » Ce n'est plus de calvinisme qu'on l'accusera ici, sans doute.

Ne lui demandons point d'avoir la profondeur ni surtout l'angoisse d'un Pascal; bien qu'elle soit « fort effrayée de ce peut-être sur lequel nous vivons », elle se contente à peu de frais : « Un peu de philosophie ou de dévotion, sans cela on se pendrait. » Un mot assez gaillard peint bien et sa dévotion et son humeur : « Mon père disait qu'il aimait Dieu quand il était bien aise; il me semble que je suis sa fille2. » Mais si ga dévotion dépend plus ou moins de son humeur, sa philosophie — très élémentaire, mais très solide — n'en dépend pas. Les grands lieux communs de la vie et de la mort remplissent ses lettres; loin d'écarter ces graves méditations, elle les retient, proclame que rien n'est plus utile, s'y fortifie, s'y rassérène et, prête à mourir, ne cache pas qu'elle a plaisir à vivre pourvu qu'elle vive en aimant : « Ma fille, il faut aimer pendant la vie... »

La « pédagogie » de Mm* de Sévigné. — Ce qu'elle a de trop particulier et ce qu'elle a de toujours vrai. . — M»"® de Sévigné et J.-J. Rousseau*

La pédagogie de Mmo de Sévigné ! Il est clair qu'à prendre le mot à la lettre, Mmo de Sévigné n'est pas plus pédagogue qu'elle n'est philosophe. Et pourtant on a pu mettre un des meilleurs livres de pédagogie de ce temps3 sous les auspices, presque sous l'invocation de cette mère qui n'éleva pas fort bien sa fille, mais qui, éclairée par cette épreuve, mûrie par la réflexion, par la lecture et par la vie, voulut faire servir à l'éducation de sa petite-fille l'expérience d'une grand'mère qui était aussi une femme de sens droit et d'esprit pénétrant.

1. Cf. lettres des 28 août 1676 et 25 mai 1680. Voyez pourtant dans le fascicule des Provinciales, ch. ier, une lettre du 14 juillet 1680 où elle défend contre sa (ille la prédestination janséniste.

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