Voyez l'Introduction de l'édition Rébelliau; Hachette
noire instruction et pour notre agrément. D'autres1 essayent de dégager de la foule des observations particulières quelques propositions générales. Le bien moral existe; la raison permet aux hommes de le reconnaître et leur révèle l'obligation où ils sont de s'y conformer. Cette obligation s'impose comme un ordre, non comme une contrainte : l'homme reste libre de ne pas faire son devoir : il a donc la responsabilité de ses actes. « Obligation morale, libre arbitre, sanction de la conscience, ne sont-ce point là les principes sur lesquels repose toute morale humaine? » Il faut bien reconnaître, d'ailleurs, que la Bruyère juge superflu de les développer, et se maintient sur le terrain de la morale pratique.
Ne le comparons pas à Pascal et à la Rochefoucauld, soit. Mais, s'ils sont plus grands, ils sont aussi moins mesurés et moins accessibles. De préférence nous allons vers le moraliste du juste milieu : il ne nous offre pas de solution universelle pour tous les grands problèmes, bien que son spiritualisme soit hors de doute; en revanche, sur les menus problèmes de la vie sociale, nous avons plaisir et profit à le consulter. Et en même temps que les avis discrets du moraliste s'insinuent dans notre esprit, les mérites délicats de l'homme lui gagnent notre cœur. En plein xvn° siècle il eut au plus haut degré le sentiment de la justice, celui qui écrivait ces lignes, où Sainte- Beuve sentait palpiter le cœur d'un Fénelon sous un accent plus contenu : « Il faut des saisies de terre et des enlèvements de meubles, des prisons et des supplices, je l'avoue : mais, justice, lois et besoins à part, ce m'est une chose toujours nouvelle de contempler avec quelle férocité les hommes traitent d'autres hommes. » Et ce sentiment de la justice est fait en grande partie de pitié. Il y a dans ce chapitre de l'Homme des mots où se trahit une âme qui n'aime pas à s'épancher au dehors, mais se laisse deviner et se fait aimer.
Il semble qu'aux âmes bien nées les fêtes, les spectacles, la symphonie, rapprochent et font mieux sentir l'infortune de nos proches ou de nos amis.
Une grande âme est au-dessus de l'injure , de l'injustice, de la douleur, de la moquerie; et elle serait invulnérable, si elle ne souffrait par la compassion.
Il y a une espèce de honte d'être heureux à la vue de certaines misères.
Et c'est ce ton qui persuade plus que celui du philosophe qui dogmatise. Il ne paraît donc pas suffisant de dire que la