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Voyez le La Bruyère de M. Pellisson; Lecène

Bruyère est un « moraliste littérateur » , plus artiste qu'aucun des moralistes de ce temps : un tel éloge le compromettrait plutôt. Mieux vaut dire qu'il est un moraliste sans ambition , mais sans parti pris comme sans scepticisme, ce qui lui permet d'être, par une heureuse alliance, celui de tous les moralistes qui est le plus exact historien des mœurs, l'homme le moins éloigné de nous, le confident et l'ami que nous choisirions de préférence.

BIBLIOGRAPHIE

TEXTES

Édit. Chassang (Garnier), Hémardinquer (Delagrave) , Rébelliau et Servois (Hachette).

LIVRES

Allaire. — La Bruyère dans la maison de Condê; 2 vol. in-8°, Didot, 1886; p. 58 à 60.

Caboche. — De la Bruyère; Joubert, in-8°, 1844; p. 29 à 48.

Desjardins. —[Moralistes français du seizième siècle; Didier, 1871 , in-8° ; p. 487 à 492.

Janet. — Les Passions et les Caractères dans la littérature du dix-septième siècle; Calmann-Lévy, in-12, 2e éd., 1888; p. 196, 197, 222, 223.

Merlet. — Études littéraires; Hachette, in-12, 1882; p. 426 à 428.

Paléologue. — Vauvenargues ; Hachette, in-16; p. 121 à 125.

Pellisson. — La Bruyère; in-8°, Lecène (Classiques populaires), 1892; p. 34, 35, 38 à 41, 52, 53, 59, 60, 145, 163, 166, 222, 223.

Prévost-Parasol. — Étude sur les moralistes français; in-12, Hachette, 3« éd., 1880; p. 178, 187, 188.

Sainte-Beuve. — Causeries du lundi; Garnier, in-12; III, 127, 128.

— Portraits littéraires; Garnier, in-12; t. Ier, p. 401.

— Portraits de femmes; Garnier, in-12; p. 302.

— Nouveaux Lundis; Calmann-Lévy, 1879, in-12; t. 1er, 129, 130, 131. Taine. — Nouveaux Essais de critique et d'histoire; Hachette, in-12,

3« éd., 1880; p. 43 à 50.

JUGEMENTS

Personne n'a peint les détails avec plus de feu, plus de force, plus d'imagination dans l'expression, qu'on n'en voit dans les Caractères. Il est vrai qu'on n'y trouve pas aussi souvent que dans les écrits de Bossuet et de Pascal de ces traits qui caractérisent non seulement une passion ou les vices d'un particulier, mais le genre humain. Ses portraits les plus élevés ne sont jamais aussi grands que ceux de Fénelon et de Bossuet; ce qui vient en grande partie de la différence des genres qu'ils ont traités. La Bruyère a cru, ce me semble, qu'on ne pouvait peindre les hommes assez petits; et il s'est bien plus attaché à relever leurs ridicules que leur force. Je crois qu'il est permis de supposer qu'il n'avait ni l'élévation, ni la sagacité, ni la profondeur de quelques esprits du premier ordre; mais on ne peut lui disputer sa^s injustice une forte imagination, un caractère vraiment original et un génie créateur.

V au ven argues, Réflexions critiques.

Gomme moraliste, la Bruyère paraît moins remarquable par laprofondeur que par la sagacité. Montaigne, étudiant l'homme en lui-même, avait pénétré plus avant dans les principes essentiels de la nature humaine. La Rochefoucauld a présenté Fhomme sous un rapport plus général, en rapportant à un seul principe le ressort de toutes les actions humaines. La Bruyère s'est attaché particulièrement à observer les différences que le choc des passions sociales, les habitudes d'état et de profession, établissent dans les mœurs et dans la conduite des hommes. Montaigne et la Rochefoucauld ont peint l'homme de tous les temps et de tous les lieux ; la Bruyère a peint le courtisan, l'homme de robe, le financier, le bourgeois du siècle de Louis XIV. Peut-être que sa vue n'embrassait pas un grand horizon, et que son esprit avait plus de pénétration que d'éten-

due. 11 s'attache trop à peindre les individus, lors même qu'il traite des plus grandes choses. Ainsi, dans son chapitre intitulé du Souverain ou de la République, au milieu de quelques réflexions générales sur les principes et les vices des gouvernements, il peint toujours la cour et la ville, le négociateur et le nouvelliste. On s'attendait à parcourir avec lui les républiques anciennes et les monarchies modernes; et l'on est étonné à la fin du chapitre de n'être pas sorti dé Versailles.

Suard, Mélanges de littérature.

La Bruyère semble avoir légué à Fontenelle ces pensées fines et délicates qui feignent de se cacher sous la familiarité de l'expression; à Duclos, l'analyse des mœurs, et ces comparaisons vives et transparentes qui réfléchissent sur des observations quelquefois nouvelles et peu éclaircies la netteté des images qui nous sont les plus familières; à Vauvenargues, ces aperçus justes et frappants, que le ton rapide et la brièveté de la phrase gravent en maximes et en définitions; à l'auteur des Pensées philosophiques, quelque chose de cette adresse qui prépare de loin la pensée principale et la fait. voler ensuite avec plus de force, comme un dard longtemps balancé. Enfin, l'auteur des Lettres persanes paraît avoir appris de lui cet art d'amener un mot piquant, et l'art beaucoup plus heureux d'approfondir les vices et les ridicules des hommes en paraissant les effleurer. V. Fabre, Éloge de la Bruyère.

La Bruyère ne veut ni nous désespérer, ni nous réduire à l'alternative d'être des intrigants ou des saints; il veut nous rendre meilleurs dans notre imperfection, et il nous y aide par une morale appropriée à nos forces. Aussi la Bruyère est-il le plus populaire de nos moralistes.

La morale de la Bruyère, c'est celle de Montaigne, de Molière, de la Fontaine, de Boileau ; c'est tout ensemble une grande liberté d'observation, qui reste d'ailleurs dans les limites de la convenance, et une certaine indifférence qui laisse à chacun ses défauts, et qui paraît satisfaite qu'un homme imparfait ne soit pas pire.

Nisard, Histoire de la littérature française; Didot.

Il me semble que la pensée de la Bruyère était plus forte qu'étendue, et qu'il avait moins d'originalité que de verve. II n'apporte aucune vue d'ensemble ni en morale ni en psychologie. Remarquez qu'on pouvait le faire sans composer de traités systématiques. Montaigne, la Rochefoucauld, Pascal, n'ont point ordonné des séries de formules abstraites ; et cependant ils ont une manière originale de juger la vie : chacun d'eux voit les actions humaines par une face qu'on n'avait point encore aperçue. La Bruyère, au contraire, ne découvre que des vérités de détail ; il montre le ridicule d'une mode, l'odieux d'un vice, l'injustice d'une opinion, et, comme il le dit lui-même, la vanité de tous les attachements de l'homme. Mais ces vues éparses ne le conduisent pas à une idée unique ; il tente mille sentiers et ne fraye pas de route ; de tant de remarques vraies il ne forme pas un ensemble.

Taine, Nouveaux Essais de critique et d'histoire; Hachette.

Parmi nos moralistes, la Bruyère représente essentiellement l'honnête homme. Ce n'est pas un saint farouche comme Pascal ; sa vertu ne fait pas peur : c'est le galant homme dans toute la force de cette expression, le chrétien qui connaît les faiblesses du monde, le philosophe sans morgue et sans dédain. Il ne faut pas demander à la Bruyère l'abandon charmant et la causerie brillante de Montaigne. En lui c'est l'art qui domine. Chacune de ses phrases a précisément tout ce qu'elle doit avoir d'éclat, de force ou de délicatesse. Je ne pourrais pas étudier Montaigne : il s'empare trop de moi, il m'amuse trop; je ne le lis plus, j'écoute ou je cause. La Bruyère se prête au contraire merveilleusement à l'étude.

Krantz, Essai sur l'esthétique deDescartes; Germer-Baillière.

Si cette absence de vues personnelles, « liées et précises », sur les problèmes fondamentaux de la vie humaine, empêche

de ranger la Bruyère parmi les philosophes proprement dits, elle n'est pas sans avoir ses avantages. Car qu'est-ce qu'un système, après tout, dans toute science, sinon une synthèse artificielle , une classification forcément étroite — puisqu'elle est le fait d'une seule intelligence — d'un. nombre nécessairement limité aussi de faits et d'idées? Et, en morale, que sont ces séduisantes théories d'un la Rochefoucauld, d'un Pascal, ou même d'un Montaigne, sinon la pensée — la fantaisie — d'un homme s'imposant arbitairement à l'immense variété des phénomènes de l'âme humaine, qu'elle prétend enserrer et expliquer? Or, si ces conceptions hardies delà nature et de la destinée de l'homme peuvent nous éblouir un instant et nous paraître d'abord le dernier mot de la science et la clef de tous les mystères, elles vieillissent vite et cèdent la place à des interprétations différentes et à des hypothèses nouvelles. Il en résulte que ceux-là ont peut-être plus de chance de toucher et d'intéresser plus longtemps les hommes, qui se sont modestement contentés de les étudier, non de haut, mais de près, de les représenter avec fidélité, de leur offrir d'eux-mêmes une image exacte et franche. Et c'est le cas de la Bruyère.

Rébelliau, Notice de l'édition Hachette.

, LETTRE

Vous discuterez, sous la forme de lettre à une amie, le jugement porté par la Bruyère sur les enfants : « Les enfants sont hautains, dédaigneux, colères, envieux, curieux, intéressés, paresseux, volages, timides, intempérants, menteurs, dissimulés; ils rient et pleurent facilement; ils ont des joies immodérées et des afflictions améres sur de très petits sujets; ils ne veulent point souffrir de mal, et ils aiment à en faire : ils sont déjà des hommes. » r

(Corse. — Brevet supérieur. — Aspirantes, 1887.)

DISSERTATIONS ET LEÇONS

Distinguer dans la Bruyère le moraliste du satirique.

En quoi diffèrent, en quoi se ressemblent ces deux moralistes : la Rochefoucauld et la Bruyère?

(Lille. — Devoir de licence, avril 1888.)

Apprécier la Bruyère comme moraliste et comme écrivain.

(Paris. — Baccalauréat, 1882.)

Que faut-il penser, au point de vue de la vérité historique, du célèbre passage de la Bruyère sur les paysans?

(Glermont. — Baccalauréat, nov. 1892.)

Définir les écrivains appelés moralistes. Indiquer en quoi le but qu'ils poursuivent diffère : 1° de celui des satiriques; 2° de celui des orateurs sacrés. Faire connaître les principaux moralistes du xvne siècle, en insistant principalement sur la Bruyère.

(Rennes. — Baccalauréat, juillet 1890.)

Développer cette pensée de la Bruyère : « L'ennui est entré dans le monde par la pinasse ; elle, a beaucoup de part dans

la recherche que font les hommes des plaisirs, du jeu, de la société. Celui qui aime le travail a assez de soi-même. » (De l'Homme.) » •

(Fontenay-aux-Roses. Devoir de littérature. — Seine. Brevet élémentaire. Aspirantes, 1886.)

L'enfant chez la Fontaine, chez la Bruyère (chapitre de l'Homme) et chez V. Hugo (les Enfants).

(Professorat des écoles normales. — Aspirantes. Leçon, 1892.)

Comparer, d'après les parties de leurs ouvrages que vous avez étudiées, Montaigne, Pascal et la Bruyère envisagés comme moralistes.

(Professorat des écoles normales. — Aspirantes, 1887.)

« Il n'y a rien qui rafraîchisse le sang comme d'avoir su éviter de faire une sottise. » (De l'Homme.)

(Fontenay-aux-Roses. — Composition de littérature.)

Développer cette sentence de la Bruyère : « Une grande âme est au-dessus de Tinjure, de l'injustice et de la douleur. » Citer des exemples historiques. (De VHomme.)

(Meuse. — Brevet supérieur. — Aspirants, octobre 1889.)

Expliquer et développer cette pensée de la Bruyère : « L'on se repent rarement de parler peu, très souvent de trop parler. » (De l'Homme.)

(Indre-et-Loire. — École normale primaire. Aspirantes, 1887.)

XIÏ

Développer et apprécier la pensée contenue dans les deux phrases qui suivent : « 11 n'y a pour l'homme qu'un vrai malheur, qui est de se trouver en faute et d'avoir quelque chose à se reprocher. » (La Bruyère, de l'Homme.) — « Il vaut encore mieux souffrir le mal que le faire. » (Florian.)

(Hérault. Brevet élémentaire. Aspirants, juillet 1889. Meuse. Brevet supérieur. Aspirantes, 1891.)

Développer point par point cette pensée de la Bruyère : « L'émulation est un sentiment volontaire, courageux, sincère, qui rend l'àme féconde, qui la fait profiter des grands exemples, et la porte souvent au-dessus de ce qu'elle admire. »

(Haute-Garonne. — Brevet supérieur. — Aspirantes, 1890.)

Critiquer cette opinion de la Bruyère sur lui-même : « Il est tout différent des deux autres (moralistes, Pascal et la Rochefoucauld) que je viens de toucher : moins sublime que le premier, moins délicat que le second, il ne tend qu'à rendre l'homme raisonnable, mais par des voies simples et communes. »

(Maine-et-Loire. — Brevet supérieur. — Aspirants, 1891 .)

i° Expliquer et justifier par des exemples cette pensée de la Bruyère : «Il y a une espèce de honte d'être heureux à la vue de certaines misères. » (De Vllomme). 2° Montrer d'où naît ce sentiment et à quelles inclinations de notre nature il se rattache. 3° Dire quels devoirs il nous rappelle et quelles résolutions charitables il doit nous suggérer.

(Haute-Garonne. — Brevet supérieur. — Aspirantes, 1890.)

Grimarest, dans son Traité du récitatif, écrit : « Les Maximes de M. de la Rochefoucauld doivent être lues gravement ; les Caractères de M. de la Bruyère veulent une voix familière et quelquefois plaisante. » Dans quelle mesure avait-il raison, et quelle portée peut avoir cette observation?

Expliquer et apprécier ce jugement de Vauvenargues : « La Bruyère était un grand peintre, et n'était pas peut-être un grand philosophe. Le duc de la Rochefoucauld était philosophe et n'était pas peintre. »

Expliquer et discuter ce mot de la Bruyère (de l'Homme) : « Si la pauvreté est la mère des crimes, le défaut d'esprit en est le père. »

Dans quelle mesure est-il juste de dire, avec Victorin Fabre, que la Bruyère nous donne la connaissance « non pas précisément de l'homme ou du coeur humain, mais des hommes qui nous entourent et de ce monde où nous vivons »?

« Ce livre baissa dans l'esprit des hommes quand une génération entière, attaquée dans l'ouvrage, fut passée. Cependant, comme il y a des choses de tous les temps et de tous les lieux, il est à croire qu'il ne sera jamais oublié. » Que pensez-vous de ce jugement de Voltaire ?

Sainte-Beuve a dit (Port-Royal, t. II, p. 400, note) que la Bruyère tient beaucoup de Montaigne, non seulement par le style et par la méthode décousue avec art, mais aussi pour la

manière de juger l'homme et la vie. Esquissez un parallèle entre Montaigne et la Bruyère. (

La Bruyère moraliste; par où il est inférieur à un Pascal ou même à un la Rochefoucauld.

Que pensez-vous de cette assertion de la Harpe : « La Bruyère est meilleur moraliste et surtout bien plus grand écrivain que la Rochefoucauld? »

M. Taine, en songeant surtout au passage célèbre de la Bruyère sur les paysans, a pu comparer l'auteur des Caractères à l'auteur du Discours sur l'inégalité. Dans quelle mesure cette comparaison vous semble-t-elle juste?

Déterminer ce que la Bruyère doit à Montaigne dans le chapitre de l'Homme.

Étudier, vers la fin du chapitre de l'Homme, le caractère de Timon, qui semble une critique de celui d'Alceste dans le Misanthrope; essayer de démêler la pensée intime de la Bruyère, et dire si elle est analogue, comme on l'a affirmé, à celle qua J.-J. Rousseau développe dans la Lettre sur les spectacles.

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