Lettre à Beauzée, 14 janvier
BIBLIOGRAPHIE
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Damien. — Étude sur la Bruyère et Malebrancke; Durand et Pédone- Lauriel, 1866, in-8° de 80 p.; p. 8 à 12, 16, 17.
Janet. — Les Passions et les Caractères dans la littérature au dix-septième siècle; Calmann-Lévy, in-12, 2e éd., 1888; p. 175 à 178, 224 à 226, 238 à 245, 259 à 266.
Littré. — Littérature et histoire; Didot, 1875, in-8°, p. 30 à 33.
Pellisson. —La Bruyère; Lecène, m-8° (Classiques populaires), 1892; p. 45, 46, 55, 63 à 67, 96, 97, 100, 101, 106, 107, 110 à 113, 116 a. 122, 133, 134, 145, 152, 154 à 157, 161, 162, 165, 166, 191, 195, 218,224.
Prévost-Paradol. — Études sur les moralistes français; in-12, Hachette, 3c éd., 1880; p. 184, 202 à 206.
Sainte-Beuve. — Causeries du lundi; Garnier, in-12; XIV, 144; XV,
— Portraits littéraires; Garnier, in-12; t. Ier, p. 401, 402, 409; 11, 48.
— Port-Royal; Hachette, in-12; III, 112, 113, 202, 203, 263, 264, 285,
Taine. — Nouveaux Essais de critique et d'histoire; Hachette, in-12;
Vinet. — Moralistes des seizième et dix-septième siècles; 1859, in-8°;
Fischbacher, p. 233, 235, 238, 239, 242, 243, 250 à 254.
JUGEMENTS
Il y a ici des maximes d'une grande force, et qui sont tirées du bon sens et de la droite raison. Elles ne sont pas, à la vérité, toutes également bien développées; mais la vivacité de l'imagination ne souffre pas tant d'exactitude partout. Ce qu'il y a de singulier est qu'en parlant des vices, il caractérise certaines personnes par des traits qui marquent extrêmement. Par exemple, à propos des richesses, il montre comme au doigt les gens dont les aïeux seraient bien surpris de voir leur postérité enrichie de titres superbes et revêtue de dignités dont ils n'auraient pas seulement osé envisager l'éclat. Il ne s'embarrasse point de désigner certains prélats qui accumulent sur leurs têtes d'immenses revenus de l'Église, et qui les engloutissent par une profusion sans bornes et des équipages mondains. .. Une liberté si vigoureuse est bien rare aujourd'hui; et cette noble intrépidité fait juger que l'auteur est capable de mettre en usage les préceptes les plus sévères de sa morale.
Henri Basnage, Histoire des ouvrages des savants, mai 1688.
Le favoritisme fut une des plaies de ce règne : plaie incurable, parce que le roi se persuadait qu'il n'avait pas à choisir, qu'il lui suffisait de désigner, parce qu'il croyait donner à ses favoris « la capacité avec la patente », et, partant, n'avoir jamais à se repentir d'un caprice. La Bruyère, d'un mot froid et perçant, montrait cet abus absurde du gouvernement personnel : « La faveur des princes, disait-il, n'exclut pas le mérite, elle ne le suppose pas aussi. » {Des Jugements.) Plus tard les faits lui donnaient tristement raison... Et, en regard de ces favoris entêtés d'eux-mêmes, de ce roi qu'abuse la conception en quelque sorte théologique qu'il se fait de la royauté, le moraliste clairvoyant distingue une puissance, obscure encore, mais qui grandit, et qui, malgré tout, commence déjà à compter, l'opinion publique. « Il y a un rocher immobile... c'est le C. de Litt. —La Bruyère (Des Jugements). 2
public, où ces gens échouent. » (Des Jugements.) Mais gardonsnous de rien exagérer. La Bruyère a beau voir avec netteté les abus et les excès de l'absolutisme, il ne songe point à rien qui puisse le remplacer...
Il ne s'attarde guère à discuter le principe sur lequel est fondée la noblesse. Ce qu'il s'attache à faire voir, c'est l'indignité des nobles de son temps. « Si la noblesse est vertu, ditil, elle se perd par tout ce qui n'est pas vertueux; et si elle n'est pas vertu, c'est peu de chose. » (De Quelques Usages.) Par vertu, suivant le langage de l'époque, c'est mérite qu'il entend, et, sans contester le droit des nobles à occuper le premier rang, il veut que du moins, par leur mérite, ils soutiennent ce droit... Mais les hautes qualités militaires de la noblesse ont péri. Elle porte dans les camps les mœurs et les habitudes de la cour, elle introduit dans les armées le luxe et la mollesse... Par ses mésalliances, elle hâte le moment où elle ne pourra plus se prévaloir, pour se distinguer du reste de la nation, de la pureté de ses origines. Ne voit-on pas des gentilshommes devenir les gendres des financiers les plus tarés? Bien plus, de même que les nobles se vendent, on voit que la noblesse s'achète. Telle charge, qui s'acquiert à beaux deniers comptants, rend noble qui la paye; c'est une savonnette à vilains. « Il y a des gens qui n'ont pas les moyens d être nobles. »(De Quelques Usages.) Mais d'autres se lèvent nobles après s'être couchés roturiers. Comment un patriciat si fort mêlé et si adultéré auraitil pu conserver son prestige?...
Dans la société de ce temps, le clergé prend r ang, non audessous, mais à côté de la noblesse. La Bruyère, qui ne répugne pas à admettre en principe les inégalités, qui, d'ailleurs, est un chrétien fervent, ne trouvait pas mauvais, sans doute, qu'il fût ainsi assuré delà primauté; il regrette seulement que ses privilèges aient un caractère trop temporel. L'Église perd de jour en jour son action sur les âmes... La Bruyère a fait, dans le chapitre des Jugements, le por trait d'un prélat modèle ; mais c'est un modèle qu'il regrette de ne pas voir plus suivi...
« 11 s'en faut peu, dit-il, que la religion et la justice n'aillent de pair dans la république » (De Quelques Usages) , indiquant par là quelle haute idée on doit se faire de la fonction du magistrat. Mais qu'est-elle devenue, que pouvait-elle devenir en un temps où s'achètent les charges de judicature? quelle capacité attendre d'un magistrat qui, pour occuper son office, n'a eu qu'à verser des sacs de mille francs?
De cette revue des classes privilégiées, quelle impression peut emporter un lecteur de notre temps? Il sent, à ne pas s'y méprendre, que ceux qui, jusqu'à ce jour, avaient été les tuteurs et les guides de la nation, se dérobent à leur tâche; il comprend que les plus hautes institutions du passé sont minées et proches de crouler; que la monarchie, qui s'isole alors et ne compte que sur elle-même, se trouve comme en l'air, et que, le jour où elle aura besoin de s'appuyer sur ce qui la soutenait jadis, elle éprouvera que ces étais sont ruineux. Les lecteurs du xvii0 siècle, la Bruyère lui-même, ne virent peut-être pas si loin; mais il y a au moins dans les Caractères une étrange inquiétude, qui ne put échapper aux contemporains.
Pellisson, La Bruyère; Lecène.
LETTRES
La Fontaine vient de lire le caractère d'Onuphre ; il écrit à la Bruyère pour lui en dire son sentiment.
Ce brillant chapitre de la Mode lui a causé un vif plaisir ; surtout il a goûté toute la partie où la Bruyère s'en prend à l'hypocrisie de la dévotion.
Il admire le caractère d'Onuphre, si curieusement étudié, si vrai.
Mais il pense qu'admirer Onuphre, ce n'est pas s'interdire d'admirer Tartuffe. L'art du moraliste n'est pas celui du poète dramatique, et la Bruyère ne lui en voudra pas s'il reste fidèle à Molière.
DISSERTATIONS ET LEÇONS
Rechercher et apprécier, d'après Fénelon et la Bruyère, quelles étaient les idées adoptées au xvn° siècle sur la manière d'écrire l'histoire.
(Paris. — Leçon d'agrégation, 1866.)
Étudier les transformations des idées de la Bruyère d'après les diverses éditions des Caractères, en s'appuyant sur le chapitre de Quelques Usages.
(Paris. — Leçon d'agrégation, 1890.)
Montrer par l'étude du chapitre de Quelques Usages la hardiesse croissante de la Bruyère.
(Paris. — Leçon d'agrégation, 1890.)
Expliquer cette pensée de la Bruyère : « Talent, goût, esprit, bon sens, choses différentes, non incompatibles. » (Des Jugements.)
(Paris. — Licence es lettres, avril 1846.)
Expliquer cette pensée de la Bruyère : « Une des marques de la médiocrité est de toujours conter. »
(Paris. Licence es lettres, octobre 1846. — Dijon. Devoir de licence.)
De la prédilection de la Bruyère pour le vieux langage français.
(Paris. — Devoir de licence, mars J890.)
Du chapitre de Quelques Usages; étudier les parties où la Bruyère traite de la langue.
(Besançon. — Devoir d'agrégation de grammaire, mai 1890.)
Le directeur de conscience, dans le chapitre de la Mode.
(Lille. — Devoir d'agrégation de l'enseignement spécial, décembre 1888.)
Développer cette pensée de la Bruyère (chapitre des Jugements, n° 18) : <( Il faut très peu de fonds pour la politesse des manières; il en faut beaucoup pour celle de l'esprit. »
(Lille. — Devoir de licence, mai 1888.)
La Bruyère dit qu'on ne saurait charger l'enfance de la connaissance de trop de langues. Rousseau compte, au contraire, l'étude des langues, jusqu'à l'âge de douze ou quinze ans, au nombre des inutilités de l'éducation. Apprécier ces deux opinions au point de vue de l'organisation de nos études.
(Rennes. — Devoir de licence.)
La Bruyère a dit, dans le chapitre de Quelques Usages : « Si nos ancêtres ont mieux écrit que nous, ou si nous l'emportons sur eux par le choix des mots, par le tour et par l'expression,
par la clarté et par la brièveté du discours, c'est une question souvent agitée, toujours indécise. » Commenter et apprécier cette remarque à l'aide de quelques exemples précis, empruntés, dans la prose et la poésie, aux principales époques de la littérature française.
(Hennés. — Devoir de licence, décembre 1889.)
Appliquer à la littérature et, de préférence, aux œuvres du xviic siècle français cette pensée de la Bruyère : « Les belles choses le sont moins hors de leur place : les bienséances mettent la perfection, et la raison met les bienséances. » (De Quelques Usages.)
(Rennes. Devoir d'agrégation, déc. 1889. — Fontenayaux-Roses. Devoir de seconde année.)
De la critique du Tartuffe par la Bruyère {de la Mode). (Toulouse. -— Licence es lettres.)
La Bruyère a dit : « Si l'on juge par le passé de l'avenir, quelles choses nouvelles nous sont inconnues dans les arts, dans les sciences, dans la nature, et j'ose dire dans l'histoire! Quelles différentes révolutions ne doivent pas arriver sur toute la surface de la terre, dans les États et dans les empires! Quelle ignorance est la nôtre! » (Des Jugements.)
Que voulait-il dire? Analyser et développer sa pensée. S'il revenait au monde, la trouverait-il justifiée par les événements? L'état actuel de nos connaissances et l'histoire du temps présent ne permettraient-ils pas de la renouveler aujourd'hui avec une force nouvelle et une signification encore plus précise qu'il y a deux siècles?
(Certificat d'aptitude a l'enseignement secondaire des jeunes- filles, 1888.)
La Bruyère. Le chapitre des Jugements.
(Enseignement spécial. — Leçon d'agrégation, 1886.)
Préciser la portée littéraire et pédagogique de cette phrase de la Bruyère : « L'étude des textes ne peut jamais être assez recommandée. C'est le chemin le plus court, le plus sûr et le plus agréable pour tout genre d'érudition. Ayez les choses de la première main, puisez à la source. »
(Fontenay-aux-Roses. — Devoir de seconde année.)
Étudier, en prenant des exemples précis, la structure de la phrase et le mouvement général du style, d'une part, chez un prosateur du xvie siècle, comme Montaigne, d'autre part chez Pascal ou la Bruyère, et par là dire dans quelle mesure la Fontaine, la Bruyère (de Quelques Usages) et Fénelon ont raison de regretter le vieux langage.
(Fontenay-aux-Roses. — Devoir de seconde année.)
Développer et apprécier cette pensée de la Bruyère : « Il faut faire comme tout le monde, maxime suspecte, qui signifie presque toujours : il faut mal faire. » (Des Jugements.)
(Haute-Savoie. — Brevet supérieur. — Aspirants, 1888.)
Expliquer, en donnant des exemples, la pensée suivante : « Ceux qui emploient mal leur temps sont les premiers à se plaindre de sa brièveté. » (La Bruyère, Des Jugements.)
(Gers. — Brevet élémentaire. — Aspirantes, oct. 1889.)
Examiner cette pensée de la Bruyère : «Talent, goût, esprit, bon sens, choses différentes, non incompatibles. » (Des Jugements.) Définir avec soin chacun de ces termes ; prendre pour exemples les grands classiques (Molière, la Fontaine, Boileau,
Voltaire, etc.) et prouver par ces exemples que ces qualités ne sont pas incompatibles.
(Orne. — Brevet supérieur. — Aspirants, 1891.)
Étudier la fin du chapitre de Quelques Usages et l'expliquer au point de vue grammatical et littéraire à la fois.
Montrer par des exemples tirés de la Bruyère (Onuphre, etc.) et du théâtre classique, en quoi diffèrent la description des caractères chez les moralistes et leur emploi chez les poètes dramatiques.
« Entre le bon sens et le bon goût, il y a la différence de la cause à son effet.» (Des Jugements.) Est-ce complètement juste, et le bon sens suffit-il pour donner le bon goût?
Comparer le caractère d'Onuphre et le sermon de Bourdaloue sur l'hypocrisie (16 décembre 1691).
Expliquer et appliquer ce mot de la Bruyère [des Jugements) : « Combien d'art faut-il pour rentrer dans la nature ! »
Comparer les remarques de la Bruyère sur les mots vieillis ou disparus (fin du chapitre de Quelques Usages) avec les Remarques de Vaugelas et la première partie de la Lettre à l'Académie, de Fénelon.
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