‹ Cours de littératureChapitre 96 sur 98 · DE LA CHAIRE. — DES ESPRITS FORTS · texte numérisé non relu

DE LA CHAIRE. — DES ESPRITS FORTS

Le chapitre « de la Chaire ». — Partie critique : la corruption de l'éloquence chrétienne.

Plus d'une fois la Bruyère, chrétien sincère et homme de goûl, a observé avec clairvoyance et noté avec chagrin la décadence de l'éloquence sacrée dans la dernière parlie du xvn° siècle. Pour cette éloquence le moment de la perfection a été court; avant Bossuet et Bourdaloue, elle cherche sa route en tâtonnant; après eux elle abandonne la voie droite et large pour s'égarer en des sentiers fleuris, mais détournés. A vrai dire, en dehors d'eux et de quelques orateurs d'élite, jamais l'éloquence de la chaire au xvne siècle n'a été exempte de graves défauts. Dès 1662, Bossuet, dans l'Oraison funèbre du P. Bourgoing, dénonçait les prédicateurs infidèles qui avilissent leur dignité jusqu'à faire servir le ministère chrélien au désir de plaire, qui ne rougissent pas d'acheter des flatteurs et des acclamations par la parole de vérité. Mais les prédicateurs étaient ce que les faisait le public : Bourdaloue avouait que tous les prédicateurs ne dispensaient pas la parole de Dieu ave. mêmes dispositions ni la même édification, que quelques-uns même en trafiquaient pour acheter une vaine réputation dans le monde1; « mais cette parole divine, ajoutait-il, opère par sa vertu même : son efficacité n'est plus attachée au mérite ni à la sainteté du prédicateur. » C'est donc à soï-mème que doit s'en prendre l'auditeur si elle ne le touche pas. Plus (ard, c'était aux auditeurs encore que s'en prenait Massillon*, à leur vaine curiosité, qui veut avoir le plaisir d'un « spectacle de religion », et amuser un loisir inutile. « Nous sommes même

Page 1