DEUXIEME LEÇON
Rcsumè de l'état des le Itics françaises à la mort de Louis XIV . — Décadence de la poésie. — Jean-Baptiste Rousseau, sa vie et ses psaumes. — Réflexions générales. — De l'inspiration lyrique dans l'anliquitc et dans les premiers temps de la toi chrétienne. — Etudes lyriques en Italie, en France et en Angleterre. — Caractère factice de quelques-unes des plus belles odes de Rousseau. — Imitation déplacée de la grande poésie. — Novateurs antipoétiques. — Procès de la prose contre les vers. — La Motte. — La Fave.
Messieurs,
Le roi est mort ce matin à huit heures un quart, écrivait, le l^'' septembre 1715, l'exact Dangeau, sans ajouter une syllabe d'éloge ou de regret pour ce roi dont il avait enregistré, depuis cinquante ans, les grandeurs et les minuties. A partir de cette date, 3ïessieurs, commence pour nous le xviii<= siècle. Louis XIV avait été précédé dans la tombe par presque tous les génies ses contemporains; et, avant d'y descendre, il avait, pour ainsi dire, mené le deuil de son siècle. Fénelon, demeuré le dernier, et qui semblait attendre une autre époque, était mort lui-même quelques mois avant le roi. Selon le précepte de Vespasien, Louis était mort debout : Decetimperatorem stantemm.ori; maison peut voir, dans les lettres de sa compagne de pouvoir et d'ennuis, madame de Maintenon, combien la vieille cour, en pesant sur tout le monde, était lasse d'ellemême, et combien ces dernières années d'une époque
si bnllnnte furent ternes et sombres. Tout dépérissait comme le roi ; ou plutôt, sous ce monotone appareil d'étiquette et de gravité qu'il maintenait encore, bouillonnaient déjà des mœurs nouvelles, plus licencieuses qu'élégantes, et un ardent dégoût du passé. Les persécutions tracassières du confesseur Letellier, la démolition de Port-Royal, cette école de savoir et de piété» les lettres de cachet multipliées pour jansénisme, avaient attristé au dedans ce règne humilié par des revers et des défaites. Ce poids du pouvoir absolu, qui, allégé par le goût des arts, ennobli par la gloire, ou évité par l'indépendance religieuse, n'avait pas gêné, dans les beaux jours du \\\\^ siècle, les Molière, les Boileau, les Racine, les Fleury, les Bossuet, était devenu plus lourd, en même temps que les talents devenaient plus rares et plus faibles ; et cet âge mémorable de la langue française et des lettres se terminait, sous le vieux roi, dans les tracasseries théologiques et la stérilité.
Dressons cependant l'inventaire du petit nombre de talents que conservait la France à la mort du monarque, dont l'habile orgueil les avait tant protégés. Et d'abord, parmi ses plus vieux contemporains, lui survivait un poëte dont la voluptueuse philosophie avait annoncé, sous son règne, l'incrédulité du siècle prochain. C'était Chaulieu, le dernier interprète de cette société des Bernier, des Hesnault, des Ninon, desSaint-Évremont, des Charleval, qui, dans un coin du xyii«= siècle, avait caché le plus hardi scepticisme sous le goût des agréables entretiens et des plaisirs, société qui, parfois, avait inspiré Molière, et qui écoutait les graves commentaires de Gassendi sur Yatomisme d'Èpicure. A côté de ce reste de libres penseurs qui avaient, à petit
bruit, traversé la monarchie de Louis XIV, pour se rejoindre, dans de spirituelles orgies de grands seigneurs, au génie naissant de Voltaire, ilorissait le poëte Rousseau, habile élève de Boileau, mais sans bonne foi dans son art, et cynique par les mœurs plutôt qu'indépendant par la pensée. Crébillon, inculte et négligé, avait jeté quelques traits d'une verve nouvelle dans des tragédies selon la mode ancienne, applaudies du public, mais dont le mativais style désespérait Boileau dans ses vieux jours. Louis Racine, avec la vocation du nom plutôt que celle du génie, s'étudiait à composer de bons vers. Voltaire, auquel il en était échappé dès le collège, entrait dans le monde à vingt ans.
Tandis que la belle poésie française n'était souteuue que par Rousseau, qui, selon le sort des talents imitateurs, avait fait dans sa première jeunesse ses plus élégants ouvrages, deux hommes ingénieux, sentant le peu de poésie du siècle et d'eux-mêmes, voulaient y suppléer par l'artifice. L'examen de leurs essais résumera sans peine tout ce qu'on peut dire sur la décadence où était tombé ce grand art des vers, et sur l'impuissance des systèmes pour le renouveler. Par le progrès même de la réflexion et de l'étude, la prose se soutenait mieux, non qu'elle n'eût perdu aussi cette vivacité de grâce et d'élégance, et surtout ce sublime donné si rarement ; mais elle était saine, abondante et pure. Les mêmes beaux esprits qui faisaient la guerre à la poésie écrivaient en prose avec une expressive et correcte élégance; et l'idiome était parvenu ci son point de maturité, avant les hommes qui lui donnèrent un nouvel éclat dang le xviiP siècle. Plus mémo ils sont rapprochés de cette époque, plus leur style est naturel et vrai. Montesquieu avait vingt-quatre ans à
la mort de Louis XIY; et c'est six ans après qu'il publia le mieux écrit de ses ouvrages, les Lettres 2^ersanes, chef-d'œuvre de style, dans le sérieux comme dans la plaisanterie.
Mais reprenons. Messieurs, cette histoire de la poésie française, pure mais faible au commencement du xviii"^ siècle, et déjà dominée par l'imitation traditionnelle et l'innovation systématique. Sans doute nous ne voulons pas médire de cette enthousiaste et savante imitation qui transporte le poëte dans d'autres temps et d'autres mœurs, et l'enrichit des beautés d'une autre langue. Nous croyons qu'elle supplée souvent à ce que n'offre pas l'état des mœurs modernes, qu'elle ajoute au génie, qu'elle lui donne le mouvement et la force. Que n'a pas dû Milton à la Bible et à Homère? Et le plus libre, le plus capricieux, le plus charmant des poètes, Arioste, que n'a-t-il pas pris à l'antiquité? Mais quand l'imitation est une étude de langue et de style sur des modèles indigènes, elle ne produit, quel que soit l'art de l'écrivain, qu'une perfection apparente. C'est le caractère de Rousseau dans ses plus beaux ouvrages. On y reconnaît le disciple exactement fidèle, et partant inférieur de Racine et de Boileau. Prenezvous ses poésies sacrées ? Il dit lui-même, dans sa prose un peu lourde, que s'il a jamais senti ce que c'est qu enthousiasme, c'a été principalement en travaillant à ses cantiques. Eh bien, le vers en est harmonieux et fort, le tour expressif, le mètre habilement varié ; mais tout cela vous fait souvenir de la poésie bien autrement sublime, ou gracieuse, des chœurs d'Esther, à'Athalie. Dans ces chœurs, du moins, ce qui s'est perdu de l'esprit de feu du prophète, à travers les changements de siècles et d'idiomes, est suppléé par l'intérêt du drame
et l'émotion des personnages. Mais les Psaumes de Rousseau, qui ne se lient à aucune action, et ne sortent pas de l'âme du poète, qui ne sont ni rintermède d'un drame, ni un élan de piété, que vous offrent-ils? une élégante paraphrase du génie hébraïque. La version latine de saint Jérôme, ce langage demi-barbare, bigarré d'ellipses et d'orientalii^mes, vous en dit bien davantage, et porte avec soi plus d'émotion.
Quelle était, en effet, la disposition d'esprit du poète' le désir de faire de beaux vers. Il n'avait pas, comme Luther, cette foi ardente qui a jeté tant de poésie dans sa version de la Bible. Autour de lui, rien du sérieux et de la passion que la controverse et la guerre civile ont communiqués à quelques-uns mêmes des Psaumes de Marot, à ces chants rudes et simples entonnés sous la mousqueterie des guerres de la Ligue. Né dans la plus humble condition, dans la boutique d'un cordonnier, Rousseau, après d'excellentes études chez les jésuites, s'était produit auprès des grands, par l'esprit, le goût des plaisirs, et le talent des licencieuses épigrammes. Comme il avait moins d'invention que de goût, il s'attachait à polir avec soin quelques pièces de peu d'étendue sur des sujets sérieux.
Il avait tenté le théâtre sans succès. Ses comédies, correctes, mais froides, sans gaieté, et, ce qui surprend, môme sans malignité, le Capricieux, le Flatteur, les Aïeux chimériques, étaient tombées, ou à peu près; ses opéras de même. L'ode lui restait, négligée depuis Malherbe, et malencontreusement essayée par Boileau. Il s'en saisit par calcul, imita David, Pindare^ Horace, et se commanda l'inspiration lyrique, dans un temps où toute poésie semblait décliner et faiblir. Puis des querelles, des procès, des malheurs viennent gâter
30 LITTÉRATUHE
sa vie et son talent. Ce poëte correct et soigneux, qui, moins passionné qu'habile, avait besoin de travailler beaucoup ses ouvrages, et de vivre à la meilleure école de savoir et de goût, fut jeté hors de France, et réduit à flatter, dans les cours d'Allemagne, quelques petits princes, et un grand général qui aimait peu les vers.
On conçoit sans peine que, dans cet exil, son goût s'altéra, et que ses ouvrages n'eurent plus la pureté sévère qui faisait la meilleure part de son génie. Fautil pénétrer plus loin, et chercher, dans le caractère et la vie de Rousseau, des torts qui expliquent les inégalités de son talent? A-t-il en effet, pour se venger de tracasseries littéraires, composé les couplets diffamatoires et immondes, dont il accusa un de ses ennemis, et pour lesquels il fut banni lui-même? On ne sait. Le procès fut lo'ng et obscur; et Rousseau protesta toute sa vie de son innocence. Toutefois, il ne semble pas qu'il ait ennobli son malheur par la manière de le supporter. Ses lettres sont pleines de récriminations souvent peu fondées, et de jalousies amères. Malgré le soin qu'il eut de se ménager, en France, l'amitié de quelques hommes respectables et purs, comme Rollin, Racine le fils, rien, il faut le dire, dans ses pensées habituelles et dans sa vie, n'était fait pour nourrir cette pureté d'âme et cette élévation qui s'uniraient si bien à la poésie religieuse. Son caractère, aigri par le malhelir, paraît amer et égoïste. La dévotion assez douteuse de ses dernières années semble une vengeance plutôt qu'une consolation. Biais passons aux ouvrages de Rousseau.
L'ode, rinspiralion lyrique est en décadence déjà
depuis des milliers d'années. Peut-on la concevoir en
ffel séparée de son origine et de sa forme première?
■ AU DIX-HUITIÈME SIÈCLE. Si
Un grand événement accompli pour un peuple, une victoire, un salut miraculeusement opéré, une fête triomphale et religieuse, tous les cœurs émus d'enthousiasme, et la voix d'un chantre inspiré qui s'élèA'e, le cantique de Débora prophétesse, le chant de 3Ioïse après le passage de la mer Rouge, voilà Tode. Pindare lui-même dégèière.de ce premier sublime. Il y a bien encore l'appareil de la fête, Tenthousiasme de la foule, la musique, les chants, le vainqueur et le poëte animant tout de sa voix : mais, quelle que lut la passion des Grecs pour leurs courses de chars, il est visible que, pour eux-mêmes, ce spectacle si fréquent ne suffisait plus à l'inspiration lyrique, et que le poëte essayait de rappeler cette inspiration par mille artifices et mille efforts. On la sentirait davantage peut-être dans quelques-unes de ces odes sans fête, sans peuple, sans théâtre, où, solitaire et passionnée, Sapho exhale son àme, en invoquant la cruelle déesse qui la fait mourir. On la sent surtout dans ces beaux chœurs tragiques, si bien liés à l'origine religieuse du drame chez les Grecs. Là, le chœ^ur est tantôt le héros de la pièce, comme dans les Suppliantes d'Eschyle, tantôt le témoin, le confident de l'action, tantôt le poète luimême animé par sa propre fiction. Si quelque chose approche, pour le mouvement et la hardiesse, du chant de victoire des Hébreux après le passage de la mer Rouge, ce sont les chants de deuil des Perses dans Eschyle. L'hymne religieux, la prière fervente et calme se retrouvent, avec une pureté presque chrétienne, dans les chœurs (ïŒdipe à Colone, et dans Vllippolyfe d'Euripide.
Chez les Romains, qui n'avaient pas de jeux consacrés aux arts, ni surtout de grands prêtes tragiques.
l'ode eut peu de place pour se produire. Dans les cérémonies du culte, on redisait les chants des vieux prêtres saliens, peu compris de la foule; mais la voix du poëte n'était pas nécessaire pour animer les fêtes de ce peuple sérieux et guerrier. La poésie c^u'il goûta d'abord, celle d'Ennius, était historique, et retraçait longuement les actions du champ de bataille. Quand le goût se perfectionna, et que, par imitation, Rome voulut se donner toutes les formes du génie grec, les beaux jours de la gloire et de la liberté romaine étaient déjà passés. Que pouvait être l'ode alors? une œuvre d'élégance et de grâce, où l'enthousiasme lyrique n'est vrai que dans l'expression de la volupté; car il n'y a plus même d'amour.
Mais quoi! n'était-ce pas un sujet plus inspirateur que les jeux d'Olympie ou de Némée, cette fête de la naissance de Rome qui revenait tous les cent ans, et qu'a chantée le poëte favori d'Auguste? Je ne sais quel eût été ce poëme dans les vieux temps de Rome républicaine, lorsqu'on croyait aux dieux duCapitole. Mais l'incrédulité vint à Rome presque avec la poésie. Elle date d'F^nnius, qui avait écrit, d'après le Grec Evhémère', l'histoire humaine des dieux, et traduit la cosmogonie philosophique d'Empédocle. D'Ennius à Horace, le scepticisme s'était bien accru, et les passions de la liberté avaient péri. Le Carmen sœculare d'Horace, chanté à double chœur par l'élite de la jeunesse romaine, n'est qu'une prière élégante, où nul grand souvenir n'est évoqué.
' Quicoluniurutdiiliominesfuerunt, etiiclcmprimiacmaximl rcgcs, etc., etc. Evhemerus ac noster Eniiius corum omnium natales, conjugia, progcnies, imperia, res gestas, obilus, simulacra, dcmonslranl. (Lact.)
Les autres odes d'Horace, mythologiques, flatteuses, galantes, philosophiques, ou même littéraires, comme sa magnifique ode sur Pindare, ont plus d'éclat et d'art que de réel enthousiasme. Il lui manque l'amour des grandes choses. Il ne croit ni aux dieux ni à la liberté; il abandonne une seconde fois dans ses vers les amis mourants qu'il avait désertés sur le champ de bataille de Philippes. Quelquefois le retentissemeni de la lyre grecque à son oreille et le charme des vers le ravit jusqu'au délire ; mais il en rit bientôt luimême, et nous avertit de ne pas le croire. Épicurien, il plaisante à demi les dieux qu'il célèbre; ei, on sent bien qu'il est incrédule à l'apothéose même d'Auguste,
En lui, cependant, est toute la poésie lyrique des Romains; car nous ne comptons pas une ou deux pièces de Stace, en vers laborieux et recherchés; et les chœurs des tragédies de Sénèque n'ont rien de la hardiesse et du libre mouvement de l'ode. Non, le vrai génie de l'ode, c'est-à-dire l'émotion d'une âme ébranlée et frémissante comme les cordes d'une lyre, ne reparut, après plusieurs siècles, que dans les hymnes souvent irréguliers des chrétiens. En revenant à la prière, et à une prière plus exaltée et plus pure, l'homme avait retrouvé l'inspiration lyrique. En adorant Dieu dans ses ouvrages, il s'élevait à la poésie par l'enthousiasme.
Entendez-vous, au iv siècle, un poëte anonyme soupirer d'une voix mélodieuse quelques vers sur le massacre des innocents, cette première et touchante légende du christianisme :
Salvete, flores marlyrum, Christi inseculor sustulil,
Quos lucis ipso in limine Ceu turbo nasceiites rosas.
Vos, prima Chrisli viclima, Aram an te ipsam, simplices, Grex immolalorum tener, Palma cl corouis ludilis.
« Salut! fleurs des martyrs, vous que, sur le seuil « même de la lumière, l'ennemi du Christ a frappés, « comme un tourbillon enlève les roses naissantes. « Vous, première hostie du Christ, troupeau de ten- « dres victimes, au pied même de l'autel, dans votre « simplicité, vous jouez avec les palmes et les cou- « ronnes. «
Voilà cette grâce émue, ce charme d'enthousiasme et de foi ([ui fait la beauté lyrique. On retrouve le même génie dans ces hymnes de Prudence qui se chantaient à la première heure du jour. On le retrouve dans cette foule de chants chrétiens, et jusque dans ces Proses à demi barbares, ouvrage d'un siècle ignorant, mais d'une ardente foi ; et je ne m'étonne pas que, dans nos raffinements modernes, un grand poëte ait emprunté de puissants effets de théâtre à la religieuse terreur de ce latin rimé :
Dîes irae, dics illa Solvet sssclum in favilla, Teste David cum Sybilla.
qui, commenté par un malin esprit, bouleverse l'âme de Marguerite, comme il épouvantait les chrétiens du v» siècle par ses terribles images et ses lugubres sons. II n'y avait plus de lettres alors; mais il y avait une haute poésie, une imagination, une harmonie dominatrice des âmes, dans les paroles mêmes de la religion ; c'était l'ode de David et d'Orphée que l'on entendait chaque jour à la messe.
Quand l'Europe, redevenue barbare, se débrouilla, tt que l'esprit du Dante flotta sur ce chaos, spiritus
AU DIX-HUITifiME SIÈCLE. 35
Dei ferehatur super aquas, la poésie lyrique, en sortant (lu temple, resta cependant toute chrétienne. Les plus beaux hymnes en langue vulgaire sont épars dans le Purgatoire et le Paradis, sur ces routes semées d'étoiles, entre ces soleils, au pied de ce trône de Dieu qu'a vu le poëte. C'est de là, c'est de ces sources de sapience et d'amour que tombe, par une bouche profonde, le fleuve immense dont parlait Horace. Mais vous savez quel a été le Dante, quelle foi dans son âme, quelles passions agitèrent sa vie! que de religion, que de patriotisn7e, que de haine! Vous savez ses combats, ses bannissements ; vous avez lu la généreuse lettre retrouvée par un proscrit moderne, où il refuse de rentrer par grâce dans une patrie que cependant il aimait chèrement. Voilà l'homme qui devait retrouver cette poésie de sublime et d'action, soudaine maîtresse des âmes, et qu'on appelle hjrique ! elle est partout dans ses chants.
Sur un ton plus faible, mais d'une ravissante douceur, rharmonieux Pétrarque conserva cette gloire à la langue italienne. Ses Triomphes, de la mort, du temps, de la Divinité respirent un calme et une pureté céleste qui semble la poésie de la loi nouvelle, en con- , traste avec l'impétueuse ardeur de la lyre hébraïque.
La langue des Provençaux, si naturellement musicale, avait eu sa poésie chantée, même avant l'Italie; mais l'idiome français, rude, et de forme peu poétique, n'était pas fait pour l'ode; elle ne vint que tard chez nous, par imitation érudite : ce fut le malheur de Pionsard. Ce poëte gracieux, et même facile dans quelques odes-chansons et dans quelques sonnets, ne pouvait faire qu'une caricature d'enthousiasme et de poésie lorsqu'il essayait d'importer à la fois la mythologie, les
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digressions et presque les mots grecs de Pindare. En Italie même, dans une langue déjà travaillée par des chefs-d'œuvre, l'imitation de Pindare, tentée avec une merveilleuse souplesse d'expression et de rhythme, n'a pas inspiré d'œuvre nationale. Les odes de Chiabrera, plus vantées que lues, ne sont pas dans toutes les mémoires, comme les vers d'Arioste et du Tasse.
Vers la même époque, dans cette langue anglaise, abondante, nerveuse, et devenue le moule des pensées de Bacon et de Shakspeare, la forme lyrique de Pindare fut essayée par Cowley : cette imitation, non pas étrange et pédantesque comme celle de Ronsard, mais diffuse et maniérée, avait tous les défauts de Yeuphiiïsme anglais. Ce n'est pas que l'auteur manquât de force et d'imagination ; il est poëte, même en prose, dans sa vision sur Cromwell : mais de son temps, eî dans son pays, il n'y avait point de place pour un enthousiasme d'artiste à mettre dans des odes imitées du grec. La poésie lyrique de cette époque, c'était le retentissement de la Bible et le chant des Psaumes, avant et après la victoire; c'est celle qu'entendit et que répéta Milton. Hofs de là, il n'y a que vain luxe d'images et fausse poésie dans les odes pindariques do Cowley.
L'inspiration est rare, mais plus vraie, dans notre vieux Malherbe, que l'on félicitait autrefois d'avoir f/e- (jasconné la langue, et que l'on accuse maintenant de l'avoir appauvrie. En travaillant avec un soin si sévère, Malherbe fait parfois jaillir la flamme de son enclume. Rousseau, dans ses premières odes, imita de Malherbe et de Boileau la correction et l'élégance soutenue du langage. Je ne veux pas copier ici les remarques de goût que d'habiles critiques ont faites sur le méca-
nisme et l'harmonie de ses vers : un seul point de vue nous occupera. Rousseau donne-t-il Tidée de cette poésie lyrique, accent le plus sublime de la foi religieuse, et dont la beauté première était affaiblie déjà dans les fêtes de la Grèce? Nullement. Mais n'a-t-il pas porté à un haut degré cette ode artificielle et savante qui charmait les oreilles des Grecs, et qui faisait dire à un Romain plus sérieux, qu'il ne trouvait pas dans la vie assez de loisir pour étudier les poètes lyriques? On ne peut le nier, je crois. A défaut d'un vif enthousiasme, il y a bien de l'art et de l'élégance dans Rousseau.
J'ai tâché, dit-il quelque part, de donner, dans la plupart de mes odes des m'ctlV*^ livres, une idée de la poésie de Pindare, dont tout le monde parle et que personne de ceux qui en parlent le plus n'a bien connue.
Cette intention nous semble surtout marquée dans l'ode au comte du Luc, où d'habiles critiques ont admiré le talent tout pindarique de cacher sous des flot s de poésie la nullité du fond. De quoi s'agit-il, eneffei! Rousseau, dans son exil, avait été accueilli, secouru par le comte du Luc, ambassadeur de France en Suisse, et diplomate fort peu cité dans l'histoire. Rousseau veut le remercier, le louer, et lui souhaiter une meilleure santé. Pour cela, comparaison de l'enthousiasme poétique avec le vieux Protée et la prêtresse d'Apollon, exemple d'Orphée forçant les rives sombres, désir de l'imiter, illusion du poète qui, rêvant sa descente aux enfers, répète l'hymne suppliant qu'il adresserait aux Parques pour obtenir à son ami de plus longues années, retour du poëte sur la vanité de son espoir, impuissance où nous sommes de corriger les maux de la vie, qui sont comme la condition dcsbieiisqu'eile nous
offre, gloire et travaux du comte du Luc que le pocte désespère de célébrer dignement, etc.; tout cela par des détours faciles et bien suivis, et avec l'appareil constant du langage mythologique, le vieux pasteu des troupeaux de Neptune, Apollon, les doctes Sœurs, le gendre de Cérès, les trois fières déesses, l'auguste Cybèle, Lachésis, Èole, les filles de Mémoire, etc.
Quand on a dans la pensée le régulier désordre et les beaux vers de cette ode, ne trouvera-t-on pas qu(>?que intérêt à la rapprocher d'une pièce analogue de Pindare?
Ce n'est pas un ambassadeur, mais un roi que loue le poëte grec. Du reste, digression semblable, Hiéron malade n'a pu recevoir le prix qu'avait gagné son coursier aux jeux pythiques. Le poëte commence par le vœu que le centaure Chiron, ce monstre ami des hommes, puisse être rendu à la vie, tel qu'autrefois il domina sur les rochers du Pélion, nourrissant un demi-dieu, Esculape, dans l'art de préserver la vie des hommes, et d'écarter d'eux toutes les souffrances. Entraîné par ce souvenir, il raconte la naissance d'Esculape, tiré, sur le bûcher même, des flancs inanimés de la nymphe Coronis morte infidèle au dieu qui l'avait rendue mère; puis les merveilles d'Esculape, puis sa mort sous la foudre de Jupiter. Alors seulement il revient à son sujet.
Si le maître d'Esculape, dit-il, habitait encore cet antre sauvage, et si la douceur de nos hymnes avait un charme puissant sur son âme, je lui persuaderais d'offrir aujourd'hui môme aux liommcsvertueux le soulagement de leurs maux; et, sur un navire, fendant la mer d'Ionie j'irais à la source d'Arcthuse, près du roi liospitalier de l'Etna, pasteur de Syracuse, prince affable aux citoyens, généreux pour les bons, etpèrc des étrangers. Je
lui porterais deux trésors, la santé dorée, et cet hymne, dont l'éclat rayonne sur les palmes qu'a remportées naguère son coursier vainqueur dans Cirrha. A travers la profonde mer, je viendrais à lui, comme l'astre du jour, au matin, se lève dans l'Océan. Bien plus : je veux aussi prier pour lui la mère des dieux, l'auguste déesse, dont chaque nuit, près de ma demeure, les jeunes filles chantent les louanges avec celles du dieu Pan.
Mais, ô Hiéron ! si tu as su atteindre la cime élevée de la sagesse, lu connais celte maxime : les immortels donnent aux hommes deux maux pour un bien. L'insensé ne peut les supporter avec calme , mais le sage n'en est pas ébranlé.
Vous reconnaissez la pensée des vers de Rousseau:
Mais une dure loi, des dieux même suivie, Ordonne que le cours de la plus belle vie
Soil mêlé de travaux :
Un partage inégal ne leur fut jamais libre; Et leur main tient toujours dans un juste équilibre
Et nos biens et nos maux.
Mais combien la marche du poëte thébain est plus libre, son invention plus simple, sa morale plus expressive et plus courte! On sent qu'il a été involontairement saisi d'une belle légende poétique, rappelée par le nom d'Esculape; c'est une croyance pour lui : tout est vrai dans cette mythologie; il invoque en faveur de Hiéron la déesse dont le temple touche à sa demeure; il mêle, pour ainsi dire, sa voix aux nocturnes concerts des vierges de Thèbes. Puis, se souvenant qu'on ne doit pas tout demander aux dieux, il se réduit, en disciple de Pythagore, à ce vœu modeste pa- / raphrasé par le poëte français :
Un bien pour deux maux.
Abondance de souvenirs et de poésie dans les récits, brièveté sublime dans les réflexions, voilà le génie du poëtethébain. Mais son imitateurmoderne ne pouvait procéder ainsi. La mythologie qu'il emprunte, il l'abrège, il la réforme, il la réduit à des noms et à des symboles ; la morale, il la délaie. De là le souffle imperceptible de froid qui s'est glissé dans ses beauxvers et son élégante fiction. L'exagération des termes ne fait pas l'enthousiasme; la mythologie n'est pas la poésie. Rousseau a beau, en appelant le comte du Luc une âme céleste, et en promettant à ses négociations un souvenir immortel, mettre les dieux en mouvement pour lui, rien n'est sérieux dans cette mythologie; elle était, je le sais, pour Rousseau, une théorie qui faisait partie de son art, à laquelle avait cru le vieux Corneille et qu'avait enseignée Boileau. Bossuet, qui n'examinait la chose qu'en théologien, donnait un meilleur conseil de goût, lorsque, par scrupule, il interdisait à Santeuil d'employer, même en vers latins, les divinités delà fable. Rousseau tient beaucoup à ces vieilles fictions; mais la manière dont il en justifie l'usage prouve assez combien le temps en était passé, même à titre de croyances littéraires et de naïve érudition. Il ne les défend pas, comme Santeuil, en homme possédé du langage antique, et païen, par illusion desavant. Les 3Iuscs sont pour lui
Ces déités d'adoption, Synonymes de la pensée, Symboles de l'abstraction.
Puis vient une décomposition des signes du langage ; nous voilà loin de l'ode.
Rousseau n'en a pas moins fait dans ses cantates un
gracieux emploi de la mythologie, et porté l'élégance au degré le plus rare. C'est par là qu elles enchantèrent un autre Rousseau, plus grand que le premier, lorsque, jeune et errant, il les lut à Soleure, dans la modeste chambre qu'avait occupée quelque temps le poëte exilé. Cette lecture et la ressemblance des noms éveillèrent dans J.-J. Rousseau la première ambition de célébrité ; et quoiqu'il se méprît d'abord en faisant aussi des vers, et même, je crois, une cantate de cour, la belle et savante mélodie de sa prose fut plus tard un heureux souvenir de ce premier modèle. N'oublions donc pas, Messieurs, le talent de Jean-Baptiste; on pourra le surpasser pour la hardiesse du style, et surtout l'expression rêveuse, accidentelle des fantaisies, des émotions de l'àme. De tous les poètes classiques par l'élégance, il est incontestablement celui à qui l'on peut reprocher le plus de mauvais vers ; mais sa gloire ne périra pas tant que durera notre langue.
On conçoit cependant qu'un petit nombre de vers habilement faits aient eu peu d'influence, dans le mouvement d'esprit qui emportait lexviiF siècle. Rousseau demeura le chef et l'idole d'une école peu nombreuse, opposée à l'esprit nouveau du temps, et qui, de degrés en degrés, disparut sous la gloire et sous les plaisanteries de Voltaire. Cette école était enthousiaste des anciens, les imitant avec peu de naturel et de verve.
Elle avait pour premiers adversaires des sceptiques timides et des novateurs sans invention. Tel était la Motte, qui fit des poèmes de tous les genres, et n'eut de talent que dans ses préfaces. Il ne fut pas seulement l'antagoniste de Piousseau par le débat judiciaire qui mêla leurs noms; il le fut par toute sa vie et toutes ses pensées. Homme doux, prudent, philosophe, raison*
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neur précis et fin, poëte inhabile et négligé, la Motte, en 169'2, avait lu ses vers à Boileau et entretenu sur des questions de goût une correspondance avec Fénelon. Aveugle dès la jeunesse, il était cependant homme du monde, presque homme de cour. Il était, en même temps, fort bien accueilli du régent et de la duchesse du Maine.
Tl y avait beaucoup d'esprit, de folle licence, de verve incrédule à la cour du régent; mais on s'y souciaitpeu des lettres. Ce que ce prince, d'un esprit si facile, aimait surtout, c'étaient les études de physique, de chimie, et même, il faut le dire à la honte de son scepticisme, les curiosités astrologiques où l'on espérait entrevoir l'avenir. Du reste, s'il protégeait Massillon, c'était pour le faire assistant au sacre profanateur de Dubois, intrus dans la chaire pontificale de Fénelon ; et s'il pensionnait Voltaire, c'était pour sa brillante et cynique gaieté, plutôt que pourl'heureux début de son génie naissant. Ce fut l'ambitieuse et faible antagoniste du régent, la duchesse du Maine, qui, tout en espérant disputer aussi le trône, se hâta de recueillir cet héritage delà protection des lettres qui avait tant honoré Louis XIV. Les soupers trop célèbres du régent avait remplacé les fêtes de Versailles ; mais le palais de la duchesse du Maine, sa belle terre de Sceaux, étaient devenus l'asile des plaisirs délicats de l'espinî. Seulement l'esprit s'était rapetissé et avait pris une nuance d'affectation et de subtilité, quoique servant à cacher de sérieuses et actives intrigues. Il ne nous reste des entretiens de Sceaux que les Mémoires d'une femme de chambre de la duchesse. Mais, dans la trame finement tissée de ses récits, dans son expression ingénieuse et réservée, dans sa froide raison et sa pru-
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derie coquette, on peut retrouver sans peine les prétentions et les idées qui s'agitaient au milieu de cette cour, où l'on conspirait entre les discussions savantes et les madrigaux métaphysiques. Il y avait là plus de savoir et d'esprit un peu maniéré que de talent.
La3Iotte, avec l'mvention subtile de ses fables et la sécheresse de ses vers, était le poëte des soirées de Sceaux; quelquefois même, en exprimant pour la reine de ce beau séjour une passion parfaitement privée d'espérance, dit Fontenelle, la finesse d'esprit lui donna la grâce. Mais ses odes n'en étaient pas moins frappées d'un froid mortel ; et on sait ce qu'il a fait d'Homère et ce qu'il en a dit.
Jamais la témérité systématique n'entreprit plus que ne le fit la Motte. Lepoëme épique, le drame, l'ode, la fable, rien ne lui coûtait. Ne voyons pas seulement ici une méprise personnelle, une grande erreur de goût ou d'amour-propre ; attribuons quelque chose à l'esprit du temps , qui faisait dégénérer la littérature en art qu'on pourrait apprendre. A cet égard, la Motte, par samalheureuse universalité poétique, est pourtant remarquable. Il annonce et prépare la même et plus habile ambition dans Voltaire. Le parallèle serait ridiculement injuste, mais le pointde départ est le même : c'est également l'esprit qui veut s'approprier toutes les formes de l'inspiration; c'est la fine expression de l'élégance sociale, qui se croit la vérité poétique.
Dans ce point de vue, la Motte n'hésita pas à traduire Homère. Imagination et passion, mœurs rudes et barbares, vives peintures des objets naturels, tout cela est pour la Motte une barbarie qu'il faut adoucir et corriger. Vous avez lu dans Homère cette allégorie de l'Injure et des Prières, qui est à la fois un drame et
un tal)loau. La Motte ne voit là qu'une sentence à mettre en rimes.
On irrite les dieux; mais par des sacrifices. De ces dieux irrités on fait des dieux propices.
« La Motte, dit Voltaire, traduisit mal Homère, mais il Tattaqua fort bien, » Ses critiques cependant tenaient toutes à ce faux point de vue, le moins philosophique de tous, qui ne conçoit l'âme humaine que sous une forme de raffinement social. C'est substituer l'étiquette à l'imagination, et la politesse à l'éloquence. Voilà ce que Fénelon indiquait avec une grâce inimitable, dans quelques lettres à la Motte. Mais madame Dacier, femme de talent, quoi qu'on en dise, gâta les choses par sa violence trop antique. Elle rudoya la Motte, et prétendit qu'Homère était le vrai type de la perfection sociale. La Motte répondit en prouvant qu'Achille, Agamemnon et parfois même madame Dacier, avaient peu de bienséance et de modération dans le langage.
Après avoir attaqué l'imagination et la grande poésie dans Homère, l'ingénieux écrivain voulut détruire les vers en général : c'était une naïveté, la seule peutêtre qui soit jamais échappée à la Motte. Au fond, depuis tant d'années qu'il faisait métier de poëte, les vers n'avaient été pour lui qu'une petite entrave, un mécanisme importun, un instrument rebelle, dont iljouait faux : il n'y voyait pour les autres que ce qu'il en avait tiré lui-même; et il en demandait de bonne foi la suppression. Émotion de l'âme, rendue' par la parole et doublée par l'harmonie, éclat des images, musique de l'éloquence, tout cela lui était inconnu ; et dès lors il n'avait pas besoin de vers. Son athéisme poétique,
spirituellement déduit et appuyé de ses odes, eut assez d'autorité : rien dans les mœurs et l'esprit du temps n'y étai/. opposé. Lui-même avait dit autrefois ;
Les vers sont enfants de la lyre ; Il faut les chanter, non les lire :
A peine aujourd'hui les litHjn.
Les raisonnements de la Motte étaient lus davantage ; et le vers pompeux de Rousseau ne suffisait pas à rendrela poésie populaire.
Heureusement un homme de talent, qui faisait peu de vers, se chargea de défendre la poésie, et fut inspiré par elle.
Quoi ! de l'ode, dont Polymnie A ses amants nota les airs, Il veut abjurer l'harmonie, Qu'elle doit au charme des vers!
Pindare, Anacréon, Horace Ont donc abusé le Parnasse Par leurs immortelles chansons?
J'entends Malherbe qui soupire De voir qu'on ose de sa lyre Dédaigner les aimables sons.
Savez-vous ce que fit la Motte pour répondre à cet élégant adversaire? Il mit en prose les strophes de cette ode, soutenant qu'elles n'y perdaient rien. Le défenseur de la poésie avait, par une gracieuse image, comparé aux élancements d'un jet d'eau l'essor que la contrainte du vers donne au talent poétique :
De la contrainte rigoureuse Où l'esprit semble resserré, 11 reçoit cette force heureuse,
iG LITTÉRATURE
Qui relève au plus haut degré, Telle clans les canaux pressée, Avec plus de force élancée, L'onde s'élève dans les airs ; El la régie, qui semble austère, iS'esl qu'un art plus certain de plaire. Inséparable des beaux vers.
La Motte répondit par un petit raisonnement de physique : « Ce ne sont pas les canaux seuls qui font que l'eau s'élève; c'est la hauteur du lieu d'où elle tombe qui fait la mesure de son élévation. » La discussion ne devait pas aller plus loin : il était clair que la Motte avait le droit de médire de la poésie.