‹ Cours de littérature française (volume 3)Chapitre 10 sur 23 · GUILLEMETTE · texte numérisé non relu

GUILLEMETTE

Vous comptez sans rabattre; Qui diable vous les prestera?

PATHELIN

Que vous en chault qui ce sera?

On me les piTstera vrnymcnt,

A rendre au jour du Jugement, etc.

Lu .scène change; Palhelin est dans la boutique du marchand -, il lui fait mille contes, comme vous savez, kii parle de son père, de sa tante :

Que je la vis belle,

Et grande, et droite, et gracieuse!

Par la mère Dieu, précieuse, Vous lui ressemblez de corsage.

Et il vient très-naturellement au drap :

Or, vrayment, j'en suis attrapé; Car je n'avois intention

D'avoir drap, par la passion

De Nostre Seigneur, quand je vins.

J'avois mis à part quatre-vingts

Escus, pour retraire une rente ;

Mais vous en aurés vingt ou trente,

Je le voy bien: car la couleur

M'en plaist très tant, que c'est douleur.

Le drapier demande vingt-quatre sous de l'aune. Pathelin s'écrie : «Vingt sous, vingt sous. » L(' débat s'échauffe. Pathelin cède enfin, et emporte le drap sans payer.

Suit la visite du drapier ^ la folie de Pathelin ^ l'ébahissement du pauvre drapier.

Mais la maîtresse scène , comme dit Montaigne, c'est la scène qui nous a enrichis de ce proverbe si juste et ïi utile à rappeler parfois aux orateurs, aux professeurs, à tous ceux qui parlent : Revenez à vos moutons. Elle n'est pas moins plaisante dans l'original que dans Brueys. C'est la môme confusion, le même enchevêtrement de draps et de brebis dans la tête du pauvre marchand, deux fois volé :

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