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formes convenues cl l'allusion contemporaine. Mais l’allusion contemporaine ne fait pas vivre les ouvrages; clic leur ôte, en durée, ce qu'elle leur donne en vogue ; l'art ne l 'interdit pas ; mais il veut des beautés plus intimes ; l'allusion contemporaine est à la vérité ce que le costume extérieur est aux personnages; il faut qu'on puisse l’ôtcr, ou qu'elle tombe parle temps, ctqu'il reste une vérité qui se fasse reconnaître cl admirer toujours. Mais dans les premiers ouvrages de Chénier, tout ce qui n'est pas allusion contemporaine manque de nerf et de chaleur.
Nous ne craignons pas d'appeler productions froides ccs tragédies qui répondaient aux passions les plus violentes et étaient soutenues par elles. Ce fut, au contraire, lorsque Chcnicr n'eut plus ce secours, lorsqu’il retomba sur lui-même, prive de ce parterre de tout uii peuple en émeute, qu’il mil dans scs ouvrages une empreinte plus vigoureuse. Ce fut alors que son talent s'éleva. Lorsqu’il était aide, porte par l'entraînement populaire, le poêle travaillait peu scs drames ; il prenait la colère de parti pour celle verve intérieure, durable. l)c belles tirades, répandues dans Henri VIH, dans Charité IX , suffisaient à l'enthousiasme du moment et donnaient une gloire bruyante, comme les acclamations qui suivent l'orateur populaire. Aidé par les mêmes passions, Chcnicr parut un grand poêle lyrique, lorsqu’il célébrait les victoires cl les violences qui signalèrent la révolution. Echo des passions de la foule, il semblait uiiTyrlcc. Eu relisant ccs poésies alors si puissantes, on serait étonné de les trouver faibles et languissantes, maintenant qu'il n*y a plus de fanatisme politique pour les animer.
Mais tout va changer dans l'Étal; et le contrecoup de ce changement se retrouvera dans les destinées du talent , comme dans la situation des particuliers. A ce désordre si longtemps déchaîne, va succéder un régularité despotique et minutieuse; ce ne sera plus le niveau de l'égalité, mais la main du conquérant qui fer«i plier toutes les télés ; l'anarchie est remplacée par l’ordre cl le silence. Ces talents, qu'availcmporléslemouvcmenl populaire, sont réduits à travailler pour eux-mémes, à s’irriter, à se taire, à souiïrir. Mais ce n’est pas dans le bruit et le feu de la révolution parlementaire, que Millon avait composé son beau poème; il ctai-t alors trop distrait du génie par la passion; il n’avait pas ce retour de l'âme sur cllc-mémc, celle méditation vigoureuse et féconde; il amassait, sans le savoir, ce qui devait l'inspirer plus lard; il recevait tout ce que son temps lui donnait; il entassait confusément toutes CC9 émotions de liberté , de fanatisme et de vengeance qui avaient rempli les dix années
de la révolution anglaise. El puis, à quelle époque ccrivit-il? Dans un temps où toutes ses espérances étaient amèrement démenties, où il était rejeté loin de la vie active à laquelle il s'était mêlé si -hardiment et où une sorte d’anathème le séparait du commerce des hommes. Il a rappelé lui-méme, dans des vers sublimes, le premier trouble et la terreur qu’il éprouva pendant les fêles qui célébraient le retour d’un gouvernement qu'il avait combattu et insulté. Il sc représente tel que le divin Orphée, déchiré par les bacchantes. Ce fut de ces cruelles épreuves et de celle vie triste et solitaire qu'il reçut la dernière inspiration : ce fut alors qu'il fit le Paradis perdu. Sans la révolution, sans le spèclacle cl la complicité de ses fureurs, il n'oùl pas rassemblé les fortes émotions qui animèrent son génie; sans l'humiliation et la défaite de son parti, sans la retraite où il sc condamna , il n’cûl pas eu cc recueillement profond, celte poésie intérieure de l'âme, cette réminiscence lointaine qui, par cela même, devient créatrice.
A Dieu ne plaise que je veuille arranger les choses pour le mieux , cl dans une clpècc d’utopie , faite apres coup, disposer les événements tout exprès pour le génie de Milton; maison ne peut nier que ccs vicissitudes delà vie du poêle, celle activité violente, puis celle solitude triste et forcée, ce recours à lui seul , n’aient dû puissamment agir sur son imagination.
Chénier, que la nature n'avait pas fait pour tant de gloire, subit aussi de pénibles épreuves, dont la trace sc retrouve dans son talent. Dans cc pays où avaient régné les assemblées populaires et les hommes sortis de leur sein, on vil s’élever Su general; eL cc général rétablit successivement une religion, un trône, une noblesse, tout cc que la révolution avait fait disparaître. Les hommes qui avaient renversé l’ancien édifice srtial cl qui se tenaient debout sur ses ruines, tombèrent à leur tour , comme des espèces de rois de l'anarchie détrônés par la victoire. Rien ne pouvait offrir un désappointement plus cruel , que celle monarchie relevée par un homme sorti de la république, que ces orateurs, que ces poêles, que ccs enthousiastes de la liberté, réduits à chanter l'inauguration d’un empereur, beaucoup de personnes s’y résignèrent avec une grande facilité. Il y avait dans l’esprit de Chénier quelque chose de plus intraitable cl de plus ferme; mais il était embarrassé de plus d’un souvenir. Regret de la part qu’il avait prise aux troulilcs civils, admiration prématurée pour un conquérant démentie par l'indignation contre un sou verain absolu, haine de cc pouvoir cl besoin d'y trouver une sauvegarde, toutes ccs pensées diverses tourmentaient Chcnicr. Il redoubla d’cffurls ; et ses
mi COURS DE LITTERATURE FRANÇAISE.
meilleurs ouvrages, ceux qui lui mériteraient une partie de la renommée que la passion contemporaine lui avait décernée, ce sont ceux qu’il a faits sous l'empire, dans l'amertume de sa haine et de sa longue impuissance; et cependant, ce pouvoir qu'il n'aimait pas, il avait commencé par vouloir le chanter. Dans le théâtre posthume de Chénier , le premier ouvrage qui se présente, c'est une tragédie de C/nti. El quelle est celte tragédie de Cyrut? D'n symbole, une allégorie de l'avénement d’un moderne fondateur d’empire. Mais dans celte flatterie officielle, Chénier n'avait pas répudié scs propres maximes; en commettant une faiblesse dont il avait un peu de honte, il voulait la compenser, la démentir, à l'instant même où elle lui échappait. Celle tragédie de Cyms, où le conquérant français est intronisé sur la scène, était eu même temps remplie de préceptes hardis sur les droits des peuples et sur la liberté publique, qu’il ne faut pas manquer d'affermir, sans doute, le jour où l'on couronne un conquérant.
Qu’arri va-t-il de là ? D’une part, tout ce qu'il y avait encore de passions vives dans les jeunes esprits sc souleva contre l'apothéose du conquérant; et d'autre part, les partisans, ou même les agents du pouvoir nouveau , se blessèrent de ces maximes insolentes qui venaient là racheter les compliments que le poêle décernait au vainqueur. Les jeunes étudiants d'une école savante, animés de l'esprit que leur avaient légué les premières années de la révolution victorieuse, vinrent outrageusement siffler la nouvelle pièce ; et les émissaires du pouvoir souverain sifflèrent aussi; la pièce tomba tout à la fois sous les coups <Je ceux dont clic rappelait les maximes cl de celui dont elle flattait le pouvoir.
Le mécompte du poêle, le sentiment amer de sa faiblesse inutile et mal reçue, le tournèrent de nouveau vers les éludes solitaires, qui devaient mûrir et fortifier son talent. Jusque-là Chénier, avec une facilité singulière, une mémoire active et tenace, un goût pur et varié, n'avait pas fait cependant ces fortes études qui donnent au talcut la vigueur et le coloris. Ses éludes sur la poésie ne remontaient pas beaucoup au delà des auteurs classiques, qui sont dans notre langue, qui sont nos anciens. Maisalors, il fit à peu près comme Alfieri. Il recommença, dans un âge mûr, des études sévères; il sc rapprocha des Grecs ; il médita l'antiquité; et cet homme qui, lorsqu'il pouvait tout dire, lorsqu'il lui fallait des vers aussi animés que les passions d'un peuple en révolution, nous avait paru un poète assez pur, mais faible, plus lard, lorsque la tribune et le théâtre lui furent interdit», lorsqu'il n'eut plus pour inspiration que l'élude et ses souvenirs, il s'anima d'une verve nouvelle, et son style, à l’école des an-
ciens , prit une vigueur de correction et d'enthousiasme.
Ces lieux communs philosophiques, paraphrasés en vers un peu languissants, firent place à des trait» expressifs de vérité historique et à cette diction forte et sévère, qui a placé une des tragédies posthumes de Chénier au rang des meilleures productions de notre siècle.
Voyons quel était l’état de son âme, lorsqu'il travaillait ainsi. Surprenons ces rancunes de républicain cl de poêle, qui, le ramenant sur lui-méme, le forçaient de trouver en lui ce qu’il avait de mieux pour se venger : Fecundum concule peclus.
Doué d’un talent facile, Chénier, poêle tragique, s’élail exercé dans la satire, dans lepllre; et ses ouvrages en ce genre rappelaient agréablement la manière de Voltaire; mais on n’y trouvait pas celle verve que la colère lui donna pendant sa longue disgrâce. L’inspiration qu'il reçut alors est bien autrement vive et poétique. Lisez ces vers longtemps inédits et difficiles à publier, la Promenade. A la vue de Saint-Cloud, séjour du conquérant, du héros, du despote, pour lequel il avait fait plusieurs odes, et même entrepris , je crois, un poème épique , le poète s’écrie : *
Saint-Cloud ! je t’aperçois; j'ai va, loin de tes rives. S'enfuir sous les roseaux les naïades plaintives;
J’imite leur exemple, et je fois devant toi :
L'air de la servitude est trop pesant pour moi.
A mes yeux éblouis vainement lu présentes De tes bois toujours verts les masses imposantes.
Tes jardins prolongés qui bordent ces coteaux.
Et qui semblcul de loin suspendus sur les eaux : Désormais je n’/ vois que la toge avilie,
Sous la main du guerrier qu'admira l'Italie.
Des champêtres plaisirs tu n'es plus le séjour :
Ah ! de la liberté ta vis le dernier jour!
Dix ans d'efforts pour elle ont produit l'esclavage?
Un Corse a des Frauçais dévoré l'héritage !
Elite des héros au combat moissonnés,
Martyr*, avec la gloire à l'échafaud traînés.
Vous’ tombiez satisfaits dans une autre espérance ?
Trop de sang, trop de plenrs ont inondé la France ?
De ces pleurs, de ce sang un homme est héritier ! Aujourd’hui dans un homme un peuple est tout entier ! Tel est le fruit amer des discordes civiles.
Mais les fers ont-ils pu trouver des mains serviles?
Les Français de leurs droits ne sont-ils plus jaloux?
Cet homme a-t-il pensé que, vainqueur avec tous.
Il pourrait, malgré tous, envahir leur puissance? Déserteur de l’Egypte, a-t-il conquis la France?
Jeune imprudent, arrête : où donc est l’ennemi ?
Si dans l'art des tyrans tn n'es pas affermi...
Vains cris ! plus de sénat ; la république expire j Sous un nouveau Cromwell naît un nouvel empire. Hélas! le malheureux, sur ce bord enchanté,
Ensevelit sa gloire avec la liberté.
Crédule, j’ai longtemps célébré ses conquêtes;
Au forum, au séuat, dans nos jeux, dans nos fêles,
Je proclamais son nom, je vantais scs exploits,
Ouami scs lauriers soumis se courbaient sous les lois, 9uand, simple citoyen, soldat du peuple libre.
Aux bords de l’Eridan, de l'Adige et du Tibre, Foudroyant tour à tour quelques tyrans peners.
Des nattons en pleurs sa main brisait les fers;
Ou quand son noble exil aux sables de Syrie
TABLEAU DU DIX-HUITltllK Slt-XUE. Str»
Dm }>alinr$ du Liban couronnait sa pairie.
Mai>, forsqu'eu fugitif regagnant ses foyers.
Il vint contre l'empire échanger aes lauriers.
Je n'ai point caressé sa brillante infamie;
Ma voix des oppresseurs fut toujours ennemie;
Et. tandis qu’il voyait des flots d'adoratrurs
Lui vendre avec l'Etat leurs vers adulateurs,
Le tyran dans sa cour remarqua mon absence :
Car je chante la gloire, et non pas la puissance.
( Apptauditaemenis.)
Ab! messieurs, le poêle, le tyran, tout a disparu. Méprenons plus parti dans celle querelle; mais admirons celle verve correcte, celle plénitude de sens et cette vigueur d'expression qui anime maintenant la poésie de Chénier; c'csi un aulre homme, c'csl un autre poêle.
Suivons ailleurs celte heureuse transformation de son talent ; voyous si cette amertume de la liberté perdue, celte colère longtemps étouffée qui s'exhale contre la tyrannie, celle éloquence d'une émolion mélancolique , solitaire, animeront avec autant d'énergie une grande œuvre poétique, une composition théâtrale, l/ouvrage de Chénier, qui fait son titre de gloire, et dans lequel l'étude, le talent , la passion propre de l'auteur ont produit celle originalité à laquelle il tic s'était pas élevé jusque-là, vous l’avez nomme, c'est la tragédie de de Tibère .
Celle tragédie est composée dans un système étroitement régulier. L’éliqucUe rigoureuse qui , sous l’aiicicnuc monarchie, avait dominé le théâtre français, s'y conserve avec plus de scrupule que ne l’aurait voulu la vérité. L’iiiiilalioii de Tacite y parait éloquente; mais elle n’est pas complète encore. Le Driianntcue de Racine n'avait pas reproduit tout ce que les paroles même de Tacite pouvaient offrir ou inspirer. La pièce de Chénier est composée avec une discrétion sévère, une retenue poétique, qui n'allciiil pas à la perfection de Racine et ne sait pas y substituer des beautés hasardeuses et nouvelles.
Je m'explique : un Anglais, non pas Shakspeare, mais Ben Johnson, avec celle liberté de son théâtre, qui ue donne pas de génie, mais qui sauve l'cuiiui, fait un drame de Séjan. U met sur la scène tout ce que Tacite lui donne, et même co qui manque au texte mutilé de Tacilc, mais ce que l’ordre du récit faisait aisément prévoir et suppléer. Il récite, il met en acliou la fameuse lettre arrivée deCaprée... Fer bot a et grandit epittola cenit à Ç apreie. Le sénat est assemblé au grand complet. Séjan vient prendre place; c'est le favori, le confident de l'empereur, c'est presque l’empereur, pendant que Tibère est à Caprce. Tout le monde s’empresse, le salue, l’admire. La lecture de la lettre commence. Une insinuation défavorable semble désigner Séjan; l'iuquiclude se peint dans tous les regards; ou
hésite entre l’abandon et l'enthousiasme ; la mémo insinuation se renouvelle. Quelques sénateurs détournent la tétc et s'éloignent; un mol de faveur et de confiance succède. Tout le monde s© rapproche avec respect; la même épreuve recommence. Enfin, par une vicissitude habilement ménagée, par des évolutions successives , qui agitent tout le sénat, on arrive jusqu'au moment où les expressions de la lettre étant claires, accablantes, irrévocables, la lettre d’ailleurs élant finie cl ne pouvant plus sc démentir elle-même, tout le monde se lève, et un cri de baine et de mort éclate contre Séjan.
En admettant la liberté de la scène anglaise, la faculté et Thabilude de faire paraître un grand nombre de personnages, vous concevez tout ce qu'il y a de dramatique dans uu UH spectacle, qui n’est que l’histoire elle-même.
Le goût sévère de Chénier, les habitudes poétiques dans lesquelles il était élevé et qu'il retenait comme des traditions inviolables, ne lui auraient pas permis de tenter rien de semblable. Ainsi, dans sa belle tragédie de Tibère, rien ne vous fait voir et sentir les grandes scènes des funérailles do Germanicus retracées par Tacilc; Qen ne vous introduit dans les vœux du peuple, ne vous fait assister à cçs agitations, à ces souvenirs qui couvaient sous la servitude imposée par Tibère. Les expressions les plus vives de l'historien sont conservées sans doute avoc un arl admirable; mais conservées en récils, cl industrieusement transportées dans une suite de conversations éloquentes, ou l'on rappelle ce que Tacite avait mis sous les yeux.
Que Chénier ait altéré les faits historiques, cela n’est pas une objection. L’histoire appartient au puëlc, comme l'argile au potier. Il peut la transformer, la modifier, en jeter une partie, pour ainsi dire, et animer le reste ; il le peut : tout dépend du succès.
Tacite, dans son admirable récit, qu’avait-ril voulu? Fixer les yeux des hommes sur la profonde scélératesse de Tibère, la vertueuse magnanimité d’Agrippine cl l'abjection où était lotnb* le sénat romain. Vpilà les Irais personnages véritables de son drame: Tibère , Agrippine, le sénat, symbole vivant de la bassesse publique. Du lit de mort de Germanicus, l'historien suit Agrippine jusqu'à Rome, où clic va demander vengeance.
Al Agrippina , qitainquàm defeata luotn, et corpore eegro , omnium lame n qute nltionem morareutur intolérant, otetndi I et tu toi h cuni oineribna Germaniei, et liberia; miaerantibua euite/ii, •quàd fwmina, nobilitate
• princepa, pulcherrimo modo matrimonio inter r ene-
• ratifia gratanlisque adtpici aclita, Inné fer aléa reli-
• firi'ai «inu ferret, incerta nltionie , anrin aui, et
• infelici fieenndilnte fartante loties obnnria »
Agrippine, malgré l'accablement de la douteur et de la
maladie, impatiente de tous les obstacles qui retardaient sa vengeance. monte sur la flotte avec les cendres île Gtr-
COI RS DK UTTERATURE FRANÇAISE.
manions et ses enfants- Tout le momie regardait avec pitié eette femme naguère la première en Dohlrtse , lu umuc d'une si belle union, accoutumée à paraitre au milieu du respect et des acclamations, et maintenant portant sur son sein des reliques funèbres, incertaine de sa vengeance, inquiète d'elle- même, et par sa malheureuse fécondité , tant de fois exposée à la fortune.
Je ne puis guère traduire ces paroles. Vous en voyez tout le pathétique et toute la tragédie.
Après ce funèbre augure des calamites d'Agrippine, Tacite décrit son voyage.
ISiktl iniermitui narigntione hiberni maria, Aqtippiua Corcyiam mut huit udrrhitur , litlorn Calubi iæ ctiHhà sitam. Pancos dits ibi eomponendo aiiiniof viole h tm lue tu * I net eia lolerantli.
Agrippine, ne laissant pas interrompre son voyage par l'hiver, aborde à Pile de Corcyre, située eu face des rivages de Calabre. Là, die emploie quelques jours à remettre son âme forcenée par’le deuil et incapable de sc contenir.
Voilà celle Agrippine, toute passionnée de désespoir, implacable par vertu comme par orgueil, et prête à braver tous les périls pour satisfaire aux mânes de son époux f
Ccst ainsi qu’à travers les gémissements du peuple, elle arrive jusqu’au palais de Tibère, avec les cendres de son époux , pour demander vengeance contre Pison, empoisonneur de Germanicus et confident de l'empereur. El d’abord, messieurs, était-il impossible de conserver quelque chose de ce tableau tout vrai et tout virant? Ne pouvait-on voir Agrippine à Brindes? Tacite avait donné des couleurs incomparables. Ce silence lugubre et prudent de tout un peuple, ce scrupule qu'il a sur l'expression de son amour et de sa douleur, puis sa résolution vaincue par la présence d’Agrippine ; c’étaient là des peintures originales qui manquent dans le poète moderne. Tacite est inépuisable. Il multiplie toutes les images de deuil autour d'Agrippine cl contre Tibère : « Vies , qno reliquiœ tumulo «i Auyusli inferebantur , modo per silcntlum ras- « tus, inoilà ploratibus inquies. Le jour, où les n restes de Germanicus furent portés au tombeau u d'Auguste , parut tantôt dépeuplé par le silence, 4 tantôt tumultueux cl troublé par les pleurs. » Mais tout cela u’est que l'avant-sccnc du drame écrï t par l’historien. Tibère avait préparé un faux accusateur pour dénoncer Pison; Il sent que celle douleur, celle indignation publique demandent une expiation. Il sc résout dès lors à abandonner le misérable dont il s’est servi pour commettre un crime. Un des satellites de Séjan est chargé de poursuivre l’empoisonneur de Germanicus.
Enfin Tibère parait dans le sénat. Son langage est empreint de cette hypocrisie profonde, qui faisait hésiter même la bassesse : tant l’expression de sa douleur était forte! tant celle de sa colère était naturelle! Il y avait lieu cependant de douter de sa douleur et de sa colère.
Cependant ccs récits pathétiques , ces peintures si vives ne suffisaient pas pour offrir une tragédie fortement liée, progressive, retardée par des incidents cl précipitée par une catastrophe. Il a donc fallu que le poète fil des efforts d’invention, d’autant plus que les limites étroites du cadre où il se renfermait lui refusaient la riche variété de ccs grandes scènes données par l'histoire. Je doute que ces inventions soient heureuses. Ma critique est une conjecture, une recherche expérimentale sur le goût. Il imagine, par exemple, de donner à Pison de vifs remords et des élans de générosité républicaine. IJn confident de Tibère, un homme choisi par Tibère doit éprouver un ressentiment cl un désespoir profonds d’étre abnudotié par le maître pour lequel il avait fait un crime. Il peut vouloir sc venger en s’avouant coupable et en dénonçant son complice. Mais des remords cl surtout des sentiments de liberté dans son cœur, j’ai peine à les concevoir. Une invraisemblance plus marquée, plus incontestable, c’est la transformation du caractère d'Agrippine. Vous avez vu, dans Tacite, Agrippine , son admirable pureté d'âme ; mais, en même temps , sa hauteur inflexible cl sa haine vengeresse. Croirait-on que, dans la tragédie du poêle français, Agrippine sc laisse approcher par Cneius. parle fils de ce Pison abhorré , qu'elle s'entretient avec lui de ses malheurs cl de l’cmpoisouncmenl de son époux ; que, dans une sympathie de haine commune contre Tibère , clic accepte scs confidences et qu’elle lui rend les siennes; et qu’enfin. émue par la piété filiale et la douleur vertueuse de ce jeune homme, elle lui dit:
Tu remportes. Cneius, etc., etc.
Lève-lui : de Pison que la faute s'oublie î
Avec Gcruianicus je le réconcilie.
Il osa le combattre; il pourra le bénir.
Nos guerriers se tairont : je cours les prévenir.
Certes, messieurs , dans les mœurs antiques, dans les mœurs romaines, avec le caractère cl la douleur d'Agrippine, il y là une étrange altération de la vérité! Où donc est cette énergie d’une haine si juste? Qu’est devenu ce devoir de vengeance qui avait amené Agrippine du fond de l’Orient? Il s’agissait bien d'une de ccs péri|>ctics de générosité théâtrale, tant rebattues dans les pièces vulgaires, l/intérét ici, c’était la vérité; c’était Agrippine inconsolable cl inflexible. Agrippine supporter la présence d’un fils de Pison! comploter avec lui le pardon et le salut de son père! Jamais.
Suivant Tacite , Pison , après avoir paru deux fois devant les sénateurs , accablé par le silence hostile cl larrucllc indifférence de Tibère, sc donna la mort. • Ou avait vu, dit Tacite , dans les mains
Digiti
TABLEAU DU DIX-HUITIEME SIÈCLE
•: de Pison, des papiers qu'il ne publia pas. Ses amis répétèrent que c'étaient des lettres de Tibère et •i des ordres contre Germanicus, et qu'il avait ré*
•i solu de les produire devant le sénat et d'accuser « l'empereur , mais qu’il fut amusé par les pro- •t messes de Séjan; que du reste il ne se tua point « lui-même, cl fut assassine dans sa prison. » Quoi qu'il en soit, le procès ne continue pas; Tibère s'informe et se plaint de celle mort. Il rend au (ils de Pison les biens paternels et distribue aux accusateurs des récompenses, des sacerdoces, des dignités. La vengeance de Germanicus est achevée , tant bien que mal ; cl il ne reste plus qu’à trouver l'occasion de faire périr sa veuve et ses enfants. Voilà l'histoire, voilà la vérité, voilà Tacite.
Le poète moderne a cherché dans son génie une autre combinaison. Après une scène très-éloquente, où les deux complices se sont heurtés et où Tibère a craint les révélations de Pison , Séjan , par l’ordre de Tibère, excite une sorte d’émeute; et pendant qu'il va pour réprimer celte émeute, Pison se trouve tué. Mais le fils de Pison dénonce et le crime de son père et le crime de l'empereur, cl se frappe au milieu du sénat. Je le dis en toute humilité, ce dcnoùment, compliqué cl sanglant, est moins tragique, je le crois, que l'histoire. L’effet original et terrible, ce n’est pas que Tibère soit convaincu en face ; c’est plutôt que Tibère triomphe, que la conscience de tous les témoins sache son crime, mais que la servitude publique ait l'air de ne pas le voir, de ne pas le croire. Peut-être faut-il alors qu'une violence trop forte ne soit pas faite à la bassesse publique, que le crime ne soi! pas tellement montré qu'elle ne puisse détourner la tête, ne pas le reconnaître; mais que ce crime se perde dans une sorte d’obscurité mystérieuse. On peut donc, messieurs, exprimer plus d’un doute sur le plan qu’a suivi le poète et sur les altérations qu’il a fait subir à l'histoire, sans augmenter le pathétique de la scène.
Voyons maintenant quelques-unes des beautés furies et savantes dont il a semé cet ouvrage.
D’abord et surtout, ce sont des beautés de style; ce sont, comme dans Bnlannicus, mais à un degré inférieur, des coups de crayon de Tacite , habilement reproduits. L’imitation est souvent expressive et passionnée. Le poète a senti pour son compte ce qu'il cnrtpruntc à l'histoire. Combien cependant il est encore loin de l’admirable coloris de Racine et de celte pureté énergique et sévère qui règne dans BrUannicu * I
Voyez par exemple cette imitation d'un trait célèbre de Tacite :
Naguère, il m’en souvient, le nom île république
A , jusque daus sa cour, effraye l’oppresseur.
'Juaod, des deruiers Romains cl la veuve et la soeur.
• La nièce de Caton, cette illustre Junte .
A leurs mânes sanglants fut enliu réunie.
Devant l’uruc funèbre on portait ses aïeux :
Entre tous les héros, qfii. présents à nos veut, Proroquaient la douleur et la reconnaissance.
Bru (us et Cassius brillaient par leur absence.
Vous reconnaissez le prœ/'ulyebant Cassius, atque Urutu », eo ipso quùU cfflyies connu non vitUbantur. Mais votre goût, sans que je le dise, vous avertit que celle expression , provoquaient la douleur et la reconnaissance , n’est pas de la langue de Racine.
Ailleurs Chénier retrace le magnifique tableau de l’arrivée d'Agrippine. Mais où cette imitation estelle placée? Dans la bouche de Séjan; du complice de Tibère, de l'implacable ennemi d'Agrippine. Mais alors ce récit n'est qu’un ornement, qu'une espèce de rapport pompeux que Séjan vient faire à l’empereur. L’intérêt d'un récit s'augmente par l'émotion de celui qui raconte. Ici, toutes les teintes de tristesse, si fortement marquées dans la narration de Tacite, contrastent trop suivant moi, avec l'indifférence ou la haine de Séjan. Dramatiquement ce récit adressé à Tibère est poignant et cruel. Mais devait-il être fait par Séjan , et l’accent ému des paroles de Tacite n’est-il pas détruit et profané par un tel organe? Au reste, messieurs, dans toute la pièce, une foule de traits énergiques de Tacite sont rendus avec un rare bonheur. Quels beaux vers que ceux où sont exprimes les dégoûts de Tibère sortant du sénat cl ayant des nausées de toutes les bassesses qu’il vient d'entendre!
Mais que sont désormais les Pères de l’Etat ?
Un fantôme avili qu'ou appelle sénat.
O lâches descendants de Dece et de Camille !
Enfants de (Juintius ! postérité d’Emile !
Esclaves accablés du nom de leurs aïeux.
Ils cherchent tous les jours leurs avis dans mes yeux , Réservent aux proscrits leur vénale insolence.
Flattent par leurs discours, flattent par leur silence.
Et craignant de penser, de parler et d'agir,
Me font rougir pour eux, sans même oser rougir.
Parmi les grands effets dramatiques de celle tragédie, on a rcinarqué surtout ce léte-â-lélc de Tibère et de Pison, ce terrible entretien où l’empereur avait à répondre à l’homme qu’il laisse accuser pour un crime qu’il lui a commande historiquement. Tibère n’a pas reçu en audience le complice qu’il abandonnait. Mais la supposition admise, quelle vigueur dans celte scène !
naiaa.
Je n’ai vu qu’un devoir à César imposé.
Et dont il faut subir les loix inexorables.
nsos.
César, faut-il aussi punir tous les coupables?