‹ Cours de littérature française (volume 4)Chapitre 38 sur 44 · GS · texte numérisé non relu

GS

celte scène est rendue avec beaucoup de passion cl d’éloquence.

De 1462 jusqu’à la fin du quinzième siècle, l’imprimerie, encore toute récente, reproduisit un grand nombre de romans de chevalerie. C était la lecture favorite du temps. Le génie des romans chevaleresques était partout ; il passait dans la chronique, dans l’histoire. Si je consulte Olivier de La Marche, chroniqueur exact et judicietix,j'y trouve des scènes toutes chevaleresques. Si je prends les Mémoires de Boucicaut, j’y vois ce maréchal Boucicaut, personnage historique et sérieux, soumis à toutes les épreuves de l’éducation galante des romans. Les principauxchapitres ressemblent à ceux de Gérard de Nevcrs, ou du Petit Jehan de Saintré. C’est le même style fleuri, le même mélange d’images guerrières et champêtres.

Quand l’hy ver fut passé, et le renouvel du doux printemps fut revenu, en la saison que toute chose meinc joye, et que bois et près se revestent de fleurs, et la terre vcrdoyc.quand oisillons par les boscaigei mènent grand bruit , lorsque rossignols demeinent glaj (I), au temps que amour fairi aux gentils creurs ainians plus sentir sa force, et les embrase par plaisant souvenir, qui faicl naître un désir, qui plaisamment les tourmente en douce langueur de savoureuse maladie, adonc au gay mois d’avril, esloit le bel gracieux et gentil chevalier mestire Boucicaut à la cour du roy, où Testes et daoses souvent se faisoient..., etc.

Voilà comment on écrivait l'histoire.

Ces exemples, qu’il serait facile de multiplier, ne peuvent que relever, par le contraste, le rare mérite d'un historien du même temps, aussi judicieux, aussi politique, aussi raisonnable que les autres étaient romanesques. La supériorité d’un homme, c’est d’être à la fois de son temps cl hors de son temps ; c’est d'exprimer ce que pensent scs contemporains, et d’avoir une physionomie à soi. Tel fut le caractère de comincs. Cest le personnage le plus original de notre littérature, au quinz eme siècle, parce que, avec la naïveté de ce temps, il a la raison ferme d’une autre époque. Vous en êtes à des chroniques toutes semblables, pour la forme et les détails, aux romans de chevalerie, et vous voyez paraître un esprit sérieux, solide, intelligent de toutes les ruses, jugeant avec un sens merveilleux le caractère, la forme, le but des gouvernements plus habile que scrupuleux , mais rependant s’élevant à la probité par le bon sens, parce que, à tout prendre, elle est plus raisonnable que le reste cl qu’elle assure mieux le maintien de la puissance. Cet homme, c’est Comines. Nous arrivons à lui, comme au type le plus expressif des progrès que la raison avait faits au quinzième siècle, comme à un écrivain original , qui , dans un temps d’imaginalion vive et légère, peint avec la verve réfléchie

(I) Cri mu rlunt.

«le Tacite, les crimes du despotisme, et déjà conçoit habilement les formes diverses des Étals, les droits des peuples. Ce confident , ce panégyriste d'un despote habile, aimait la liberté comme chose utile et bien entendue.

Philippe de Comines apprit le métier d’historien par la pratique des affaires ; et ce fut en faisant sa propre fortune qu’il se rendit expert à juger la politique. Vous savez qu’il était né sujet du duc de Bourgogne; mais Philippe, tout jeune, était déjà fin et rusé. Il s’aperçut qu’il ne fallait pas être le ministre, ni le favori d'un prince téméraire, et que le duc de Bourgogne, tout riche, tout puissant qu'il était, finirait mal, parce qu’il manquait de raison et d’entendement. Un jour que Louis XI, qui, avec beaucoup d’artifice, avait fait une imprudence, se trouvait dans les mains du duc de Bourgogne, Comines aida secrètement le prisonnier contre le prince, parce qu’il sentit que Louis XI réparerait sa faute, et que Charles perdrait l’avantage qu'il tenait du hasard. Louis XI, délivré, se souvint du service, moins par reconnaissance que par le désir d'employer encore un homme si habile. Philippe de Comines, rebuté par la mauvaise fortune et les fautes de Charles le Téméraire, le quitta pour passer à la cour de Louis XI. Il y fut comblé de bienfaits, reçut plusieurs domaines et seigneuries; car Louis XI était libéral pour séduire, et payait largement les services. Comines fut négociateur de Louis XI en Angleterre, à Florence, à Venise, en Savoie. Louis XI avait-il besoin de gagner quelqu'un dans le conseil du roi d’Angleterre, Philippe de Comines s'en chargeait volontiers et s'en acquittait prudemment. Il savait fort bien marchander un ministre et même un grand chambellan, comme vous verrez bientôt. Je regrette que le premier de nos historiens qui ait été philosophe, ne soit pas un homme d'Élat plus scrupuleux; mais souvenons-nous des habitudes du moyen âge, temps de corruption bien plus que d’innocence, où les sentiments d'humanité et de délicatesse morale étaient faibles et confus ; et n'oublions pas ce qui se passe même dans nos jours de perfectionnement social. Philippe de Comines, en général assez discret sur lui-méme, n'est nullement cinbirrassè de scs peccadilles diplomatiques. J'avoue même que les cruautés de Louis XI l’indignent peu. Il a trop de bon sens pour ne pas trouver que la tyrannie est un faux calcul : mais il u'a pas assez de vertu pour haïr le tyran. El puis, il sc plaît si fort à l'habileté, qu'il excuse volontiers une mauvaise action bien faite. A tout prendre, il préférerait, je crois, Louis XI a saint Louis. 11 sait gré à Louis XI d’avoir réussi.

F.t cependant, cet homme que le goût de l’Iia-

bilclé corrompt en quelque sorte , qui , à force d'admirer la savante astuce d'un roi , oublie les idées de justice, garde un sentiment de liberté. Certes, si c’était un admirateur do pouvoir habile, ce n 'était pas un serviteur docile de tout pouvoir. Après la mort de Louis XI, il entra dans quelques intrigues assez hardies. Membre du conseil de régence, il fit avec les princes une espèce de conjuration, et un commencement de guerre civile contre Anne de Bcaujeu. Exilé de la cour avec le vieux duc de Bourbon, il y revint après deux ans, pour tramer de nouvelles intrigues. Et celte fois il fut rudement traité. On l'enferma dans une de ces rigoureuse* prison» qu’il a décrites : « cages de fer et autres de bois , couvertes de plaques de fer par le dehors et par le dedans, avec terribles ferrures , de quelque huicl pieds de large , et de la hauteur d'un homme et un pied plus. » Il resta là huit mois , et il ne parait en avoir gardé aucun ressentiment. Il dit do ce cachot : « Plusieurs l’ont maudit, et moy aussi, qui en ay taslé, sous le roy de présent, l’espace de huicl mois.» Il ne s'indigne pas de celte manière de traiter les prisonniers d'Élat. Il est à peu près comme cet officier allemand qui disait : « Quant aux coups de bâton , j’en ai beaucoup donné, j'en ai beaucoup reçu; et je m'en suis toujours bien trouvé. » C'est la même manière de raisonner.

Cela posé, messieurs, reste le livre en lui-même.

De même que les chroniques de Froissart, au quatorzième siècle, retraçaient , pour ainsi dire , le sérieux de la chevalerie et étaient le chef-d'œuvre de cet art de conter employé par les trouvères, ainsi, le livre de Comines, en marquant le progrès que la raison , le gouvernement , l’art de vivre avaient fait en France au quinzième siècle, offre la perfection d'un récit à la fois judicieux et naïf.

Au talent de conter se joint la sagacité politique; il y a la même différence entre les écrivains qu’entre les sujets : ce n'est plus un troubadour décrivant des tournois et des batailles; c’est on , homme d'Élat expliquant des négociations et des intrigues. Comiiies n’est pas éloquent. 11 a dans l’esprit trop de rectitude et de fermeté pour s’amuser aux phrases ; et il est rarement assez ému pour trouver de vives expressions. Fait-il un portrait de Louis XI, sans doute il analyse fort bien l'esprit cl les qualités de ce prince, mais il passe froidement sur ses vices , ne tenant compte que de ce qui est utile ou nuisible à la conduite des affaire* .

Entre tous ceux que j’ay jamais connus, le plus sage, pour soj tirer d'un mauvais pas , en temps d'adversité , c’estoit le roy Louis XI, nostre maistre : le plus humble en paroles et eu habits , et qui plus travailloit à gagner un homme qui le pouvoit servir, ou qui luy pouvoit nuire. Et ne s'ennuyoit point d'eetr* refuse une lois d'on homme

qu'il prétend oit gagner : mais y continuoit , en luy promet tant largement, cl donnant par effet argent et estais qu'il connaissoit qui lui plaisoirnt. Et ceux qu'il avoit chassez et déboutez en temps de paix et de prospérité, il les rachetoit bien cher, quand il en avoit besoin, et s'en servoit ; et ne les avoit en nulle haine pour les choses passées. Il estoit naturellement ami des gens de moyen estât, et ennemy de tous grands qui se pouvoient passer de luy.

Comparer Comines à Tacite, serait une grande méprise. Tacite! son sang bout , à la pensée nonseulement d’un tyran, niais d’un maître ; sa justice est de rindignalion ; il hait le triomphe inique, il aitnc la défaite honorable ; il est pour Thraséas contre Vespasien; il hait Tibère; Comines aime assez I.ouis AI. Cependant, messieurs, si Comines est un politique dur, indifférent, dont la probité même faiblit devant l’intérêt, ce n’est pas un esclave. Savez- vous qu’il a sur certains points des opinions de liberté que l’on pourrait croire fort modernes? Par exemple, il dit quelque part :

Y a-t-il roy ne seigneur sur terre qui ait pouvoir, outre sou domaine, de mettre un denier sur ses subjects, saus octroy et consentement de ceux qui le doivent payer, sinon par tyrannie ou violence? On pourroit respondre qu'il y a des saisons qu’il ne faut pas attendre l’assemblée, et que la chose seroit trop longue à commencer la guerre et 1 l’entreprendre : je responds à cela qu'il ne se faut point tant hastqr, et l’on a assez temps : et si vous dis que les roys et pnnees en sont trop plus forts, quand ils entreprcuucut quelque affaire du consentement de leurs subjects, et en sont plus craints de leurs ennemis.

El ailleurs :

Mais si nostre roy, on ceux qui le veulent eslever et agrandir disoient : * J’ai des subjects si bons et si loyaux qu'ils ne refusent chose que je leur demande, et suis plus craint, obey et servy de mes subjects que nul autre pnncc qui vive sur la terre, et qui plus patiemment endure tous maux et toutes rudesses, et à qui moins il souvient de leurs dommages passez;* il me semble que cela luy seroit grand los (et en dis la vérité) que non pas dire : • Je prends ce que je veux, et en ay privilège : il me le faut bien garder. • Le roy Cbarlus-Cmq ne le disoit pas : aussi ne l'ai-je pas ouy dire aux roys, mais je l’a y bien ouy dire à aucuns de leurs serviteurs,auxquels il scmbloit qu'ils faisoient bien la besogne : mais, selon mon advis, ils mesprenoient envers leur seigneur, et ne le disoient que pour faire les bons valets.

Il licnl beaucoup à celle idée du libre oclroi de l'impôt. 11 assure que Mahomet H, à sa mort, « se « fil conscience d’une taxe qu'il avoil mise nouvelh lemenl sur scs sujets. » Et il ajoute : « . , . Or, h regardez que doit faire un prince chrétien, qui •* n’a aulboriié fondée on raison de rien imposer, « sans le congé et permission de son peuple. >*

Voilà ce qu’écrivait ce confident, cet historien, ce panégyriste de Louis XI,cei homme qui a servi Louis XI dans quelques négociations à demi scélérates. Cela lie donne-il pas bien à réfléchir sur le caractère antique de nos libertés nationales, caractère longtemps effacé par l’illusion qt:e le dix-seplièmc siècle fit à la France? Ces idées qui, dans le quinzième siècle, étaient familières aux bourgeois, à réchevin, au bailli , au roinisfre et au prince.

furent ensuite suspendues et comme anéanties dans ce grand interrègne des libertés publiques qu’on appela le règne de Louis XIV. Mais les anciennes habitudes du pays avaient établi jadis ce principe aujourd'hui gravé dans nos codes; il avait clé pratiqué des siècles entiers, comme vérité vulgaire, avant d’élre écrit comme loi fondamentale.

Ainsi, pour le sentiment du bien et du mal, Comines n’est pas au-dessus de son siècle. Ses idées sur les droits des peuples sont également celles de scs contemporains. Mais, pour l'intelligence des événements et des caractères, pour ce mélange de bon sens et de finesse, qui dcinélc si bien la vérité, il est incomparable: c’est là son génie. « Il a aulo- « rite et gravité, comme dit Montaigne, et sent parti tout sou homme de bon lieu, élevé aux grandes « affaires. »

Pour bien juger ce livre, il faudrait maintenant le citer beaucoup, ou du moins en choisir les traits distinctifs. Voulons-nous prendre une impression vraie de la morale du temps, du zèle des agents do Louis XI, du caractère des hommes avec lesquels il traitait? lisons une anecdote à laquelle j'ai déjà fait allusion. Il s’agit de ce chambellan du roi d’Angleterre que Comines entreprit de gagner pour le roi de France, après l’avoir autrefois payé pour le duc de Bourgogne. Comincs commence la séduction par lettres, dit-il; ensuite il charge un agent subalterne, Pierre Clarel, d’aller à la cour de Londres et d’achever l'affaire de la main à la main.

Ledit Pierre Claret étoit très-sage homme, et eut communication bien privée avec ledit chambellan, en ta chambre, à Londres, seul à seul. Et après luy avoir dit les paroles qui estoient nécessaires à dire de par le roy, il lui présenta les deux mille escus en or sol : car en autre espèce ne donnoit jamais argent à grands seigneurs estrangers. Quand ledit chambellan eut reçu cet argent, ledit Pierre Claret luy supplia que, pour son acquit, il lui en signait une quittance; ledit chambellan en fit difficulté. Lors luy requis! derechef ledit Claret qu’il luy baillait seulement une lettre de trois lignes, adressante au roy, contenant comme il les avoit reçus, pour son acquit envers le roy son maistre, afin qu'il ne pensas! qu'il les eust emblcz, et que ledit seigneur estoit un peu soupçonneux. Ledit chambellan voyant que ledit Claret ne luy demandoit que raison, resnondit : « Monseigneur le raaistre, ce que vous dites est Lien raisonnable : mais ce don vient du bon plaisir du roy, votre tnaUlre, et non pas à ma requrstc; s’il vous plaict que je le prenne, vous melcmeltrcz ici dedans ma manche; et n'en aurez autre lettre ne tesmoins : car je ne veux point que pour moi on die : - Le grand chambellan d'Anglcteire a esté pensionnaire du roy dé France, ue que mes quittances soient trouvées en sa chambre des comptes. • Ledit Claret se tint à tant, et luy laissa son argent, et vint faire son rapport au roy qui tut bien courroucé qu’il n'avoit apporté ladite quittance. Mais en loua et ledit cham-

bellan, plus que tous les autres serviteurs du roy d’Angleterre : et depuis fut toujours payé ledit chambellan sans bailler quittance.

Ettimer est bien ; estimer un homme pour cela ! Il y a, dans ce mol, le gouvernement de Louis AI

(188 coins DE LITTÉRATURE FRANÇAISE.

et la conscience de Philippe de Comines. Vous le voyez, messieurs, ce bon chambellan n'a pas fléchi sur le principe; jamais il n’a baillé quittance. Ce n’csl pas la vénalité, c’est la quittance qui choquerait Comines: précaution de fripon vaut pour lui prohilé.

Je dis, messieurs, qu’un pareil récit est trois et quatre fois historique, et m’apprend mieux que toutes les réflexions quelle était la naïve corruption du temps.

L’histoire de Comines offre cependant d’autres mérites plus sérieux. Les chapitres où il explique les causes de la résistance victorieuse des Suisses et l'affaiblissement de la maison de Bourgogne, ceux où il retrace les révolutions fréquentes d’Angleterre, veulent élre médités avec soin.

Vous avez dans la mémoire ces pages de Tacite sur Tibère mourant, Tibère hypocrite et tyran jusqu’à sa dernière heure; Tibère se fardant, se mettant du rouge, prolongeant, malgré sa faiblesse, un repas auquel il ne peut prendre part, et tout cela pour tromper la croyance des hommes et régner, quand il va mourir. Les passages de Tacite sont admirables. Ou y sent cette haine éloquente, celle vengeance de l'homme de bien. Comines n’est pas ému à ce point, en racontant les derniers jours de Louis XI. Scs tableaux sont moins animés ; mais la leçon n’est pas moins forte. La tyrannie lui parait surtout odieuse, parce qu'elle est déraisonnable.

Il était près de Louis XI, dans les derniers temps de ce prince; il venait l'entretenir d’affaires publiques cl recevoir scs ordres. Il avait même le triste honneur de coucher dans sa chambre. Quelle idée cela lui donne-t-il ?

Est -il doneques possible de tenir un roy, pour le garder plus honnestement, et en estroite prison , que luy-méme se teooit? Les cages où il avoit tenu les autres avoient quelque huict pieds en carré, et lui qui estoit si grand roy, avait une petite cour de chasteau à se pourmener; encore n’y vcnoit-il guère : mais se tenoil en la galerie, sans partir de là, sinon par les chambres : et alloit à la messe , sans passer par ladite cour. Voudroit-on dire que ce roy ne souffrit pas aussi bien que les autres, qui ainsi s’enfermoit et s« faisoit garder, qui estoit eu peur de ses enfans et de tous ses prochains parens , et qui changeoit et muoit de jour en jour ses serviteurs qu’il avoit nourris, et qui ne tenoient biens ne honneur que de luy , tellement qu’en nul d’eux ne s’osoit her, et s’encbaisnoit ainsi de si eslranges chaînes et closlures?

Il fallait qu’il y cùldans ce spectacle de Louis XI mourant quelque chose de bien tragique et de bien misérable ; car celle âme politique de Comines finit par cire remuée. Et après nous avoir décrit les angoisses de Louis XI, ce moine qu’il fait venir et auquel il demande la vie pour des reliques , ce médecin dont il subit les insolences, dont il paye les menaces, après nous avoir tranquillement,

froidement traînes à travers les supplices anticipes , tout l’enfer en cctle vie que se faisaient Louis XII cl d’autres princes , il arrive à celle conclusion :

Mais, à parler naturellement, comme homme qui n’a aucune littérature, mais quelque peu d’expérience et sens naturel , n'eût-il pas mieux valu à eux et à tous autres princes et hommes de moyen estât, qui ont vesett sous ces grands et vivront sous ceux qui régnent, eslire le moyeu chemin en ces choses? C’est à sçavoir moins se soucier, et moins se travailler, et entreprendre moins de choses, et plus craindre à offenser Dieu et à persécuter le peuple, et leurs voisins, par tant de voies cruelles, que j’ai assez déclarées par ci-dcvani, et prendre des aises et plaisirs honnestes? Leurs vies en seroienl plus longues. Le» maladies eu viendraient plus tard : et leur mort en serait plus regrettée, et de plus de gens, et moins désirée : et auraient moius à douter à la mort.

Ce dernier trait semble de Bossuet.

Coinincs a d’abord été le peintre le plus expressif cl le plus intelligent de la politique et de l'babi- s Iclc de Louis XI. Puis, s’élevant, par son bon jugement, à la haine du vice et de la tyrannie, il arrive à ces paroles dignes d’un prédicateur élo- 1 quent. On ne peut donc pas dire que l’histoire de Louis XI manque de moralité : seulement la moralité y vient un peu lard.

Page 1