ET LÀ VIE DE
foi* à cette lecture à l’occasion d’un Essai sur l'Oraison funèbre , qui complète V Essai sur les Éloges de Thomas, il était tout d'abord allé, selon la nature de son esprit d’abeille, au miel contenu dans le tronc de ces vieux chênes. Il nous en a donné un extrait précieux dans d'éloquentes pages sur les Pères du christianisme ; mais en ne cessant de les relire et de les étudier, il y découvrait chaque jour davantage, et peut être une Histoire des premières sociétés chrétiennes en pourra plus lard sortir. Voilà déjà deux belles et puissantes positions occupées par M. Villemain, l'antiquité classique et l'antiquité chrétienne. La troisième fut l'Angleterre, Millon, Shakspeare et les orateurs anglais. Ce nouveau choix est habile. L’Allemagne convenait peu à M. Villemain, il n'a pas mal fait de l’ignorer ou du moins de ne la savoir que par ouï-dire ; les questions sur ce terrain mouvant sont peu commodes à aborder ; on se perd dans des restes de forêt Noire. L’esprit net etcon cis du grand professeur y répugnait et avec raison. En transportant le débat en Angleterre, sur un sol circonscrit et autour de monuments irréguliers quelquefois, mais mesurables et visibles par tous les points, il pourvoyait à sa supériorité de critique, à sa sécurité déjugé. Enfin, comme quatrième et essentielle position, M. Villemain se porta au cœur du moyen âge par ses éludes sur Grégoire VII. La gloire historique, qui, d'après l’exemple d'Augustin Thierry, le tente noblement, et qui est en effet le seul vœu d'agrandissement légitime qu'il ait à former, lui suggéra ce sujet et ces travaux, d'où il retira incidemment tant de profit pour sa critique littéraire. On conçoit donc qu'avec ces quatre réserves ainsi ménagées sur une hase étendue, M. Villemain, critique et professeur, put se procurer, à tout instant, de quoi qu'il s'agit, le secours de maintes comparaisons, de maints rapports piquants ou lumineux : sa célérité volait d*un camp à l’autre; il s'y repliait sans peine au besoin, et, pour dire un mot qui n'est guère de sa langue choisie, il s'y ravitaillait toujours. Chez beaucoup de critiques de coup d'œil fermed'ailleurs et pénétrant, les spécialités trop isoléesou trop ramasséesne donnent pas autant de champ et d'horizon. Si sur quelques-uns de ces points isolés, d’art principalement, M. Villemain ne nous semble ni assez prompt, ni assez formel, c'est que le parfait critique, comme Cicéron l'a dit de l'orateur, est impossible à trouver.
Dans le plein du succès de M. Villemain, un jour d'été de 1837, vers la fin du ministère Villèle, un auditeur s'était glissédans la foule, quelques instants avant l'entrée du maître ; mais il s'était mal dérobé aux regards, en s'asseyant bien vite sous la statue de Fénélon. M. de Chateaubriand entendit M. Villemain parler de Millon, de ce Paradis perdu dont il nous a donné une traduction. Une ou deux allusions bien naturelles et inévitables jaillirent du front du grand aveugle biblique sur celui du chantre des chrétiennes amuurs. Des applaudissements inextinguibles solennisèrent ce moment, où tant de jeunes yeux brillaient d’étincelles et de larmes ; c’était aussi un serment de liberté et d'avenir. La salle entière se leva, la statue de Fénélon dénonçait l'idole. Fontanes,dequelqueendroilduptafond, regardait ses deux amis, et jouissait, mais s'étonnait de tant d'audacc.