H. VILLEMAIN
M. Villemain n’est pas poète -, il a probablement fait autrefois de jolis vers latins. Je ne sais de lui que deux vers français, et encore, comme c’est un début en ver» croisés, ils ne riment pas Mais, comme tous les grands critiques, il a son poète, et ce pnete c'est M . de Chateaubriand. Après l'antiquité grecque on chrétienne, après son moyen âge et Shakspeare, il est un lieu où M. Villemain , professeur, a toujours aimé toucher, vers la fin du discours, comme on arrivait avec joie près du temple de Delphes, sur ce terrain sacré où cessaient les guerres. Tout ce culte de l'imagination, qui est la vertu, la fol, l’éloquence du critique, il le transporte, parmi les contemporains, sur M. de Chateaubriand. M. de Lamartine seul a partagé quelquefois les honneurs de ces citations toujourscertainps et applaudies. M. Villemain aime donc M. de Chateaubriand, et c'est un trait de son talent de critique. • On est heureux, dit-il, dele connaître, de vivre de son temps. »On comparait je ne sais plus quel style de nos jours à celui-là :« Ohl ne touchez
• pas, s’écria- t-II, aux armes de Roland. » Après quelque intervalle, quelque refroidissement peut-être, dû à la politique, à la première rencontre, en entendant de nouveau des accents de cette prose cadencée dont parla si bien Fontanes, tout est oublié, tout se ravive; l'admiration refleurit plu* jeune. Il dirait volontiers, comme Pline : • Mais ne serait-ce pas une indignité,
• qu'on ne pût admirer à son aise et tout haut un
• homme digne d’admiralion, parce qu’il nous arrive « de le voir, de le connaître et de le posséder?*
Je ne crois pas utile de noter ici quel fut le rapport exact de M. Villemain avec la jeune école dite romantique, qu'il côtoya sans trop la coudoyer jamais, et en l'accostant quelquefois. Celle école nefuld’ailleursqu’à peine touchée dans son Cours, et il l’éluda dans sa charmante et judicieuse leçon sur André Chénier. Il fut d’ordinaire, à l'égard de celte tentative, non répulsif, attentif plutôt, bienveillant, légèrement douleur, ou même moqueur gracieux.
Nous ne terminerons pas par des chicanes qui ne porteraient, au surplus, que sur des détails très-secondaires dans le développement et l'œuvre si riche de M. Villemain. A qui conviendrait-il mieux d’en reconnaître l'influence et le profit, qu’à nous en particulier, qui de plus, dans notre faible rôle, l'avons rencontré toujours si ami, si indulgent? Combien de fois, au temps même de ces cours nourrissants où nous nous rafraîchissions avec toute la jeunesse, vers 1830, encore émus de sa parole que nous venions de quitter si éloquente, ne l'avons nous pas retrouvé, esprit tout divers et inépuisable de grâce dans des causeries nouvelles? J’ai souvenir de quelques promenades d'alors et de bien des discours sensés, fleuris, mélancoliques un peu, car il était triste, par ses yeux soufFrants encore , par les désirs contrariés d’un bonheur qu’il a depuis trouvé dans le mariage, par les circonstances publiques enfin. Ce n'était ni verve ni saillie éblouissante, mais quelque cho8ede plus doux; une pensée perpétuelle «ans effort, de l’animation sans fumée ni flamme, la proportion juste des idées, chaque objet saisi à son point et avec détachement, tout le nonchaloir des loisirs. Des souvenirs bien assortis, des citations piquantes ornaient le sérieux sans le rompre. Rencontrait-on, en passant,