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religieux, lee (loute^sacré dans le eœar du juré, toutag les fois queia plus mauifeste convîtiion me vie&l pas l'assaillir de sa lamière.
Nous ne pouvons suivre îei IVkdmiiable méthode qui préside à ce discours, ni Tetraeerravi infinî .de rom* teur pour discuter! les charges, appTéei»r les lémoigiMirges, combattre iespréjugés, jattéiiutir>«nfln<la terrible présomption qui naissait des ftiffe'da parteHbent.C'ctft le chef'd'œuyre d'une d>aIee|i<}fie«aiii«ère<«ii€Oii^n* cante.
En combattant les alarmes* «ocoassives qu'inspirait la révolution française, il neveut pa6icep«Q<iani:trop rassurer son pays. Il pramëne aussi «es regards sur les trônes ébranlés ; mais il fait sortir de ce 'spetstade.des conseils de modération et delibertéipourrAngleterm* Il invoque au secours de Faceusé «e qui faisait son^éril, et s'arme des désordres et des violentes de Tanarchie, pour le recommandera laprotection des lois anglaises, si favorables aux aeensés. Rien de plus vrai, de plus élevé que ce mouvement d'éloquence :
 répoque où d'autres 'satioBS ssnt prêtes à reaverser leur goavemeinenty que votre sagesse fiasse sentir aitt;sujets brltaxiniques Texeellenoe dm nôtre : lirons le iMeu àuimdL Les habi«^ lants dispersés de tous îles Hfux>daaKmde fuiront vers nous comme vers un asile sacré ; chassés de leur patrie pour n'avoir pas cédé à des réformes nécessaires, victimes de leur folle obstio&lion à^ouffrirque la corruption suivit son cours jusqu^à la ruine entière de la sodété, en touchant nos rivages, ils connaîtront le prix de la sécurité et quelles sont 'les hns qui la donnent ; ils liront ce jugement, et votre décision^ fera palpiter leurs cœurs ; Ils se rediront Tun à Fautre, et leirr voix reftemioa jusqu'aux extrémités de la terre : Paisse laconstîtu^n angkiaa durer à jamais Ixï^st le sanctuaire encoee subsislant^lcsiQftpn-
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néfri ki,.et^8«ulettent/ici4 lé sspt de llMiimne est en sAretè. Lautorité, étaJbiiepowrlosÛDSrdft là jttBÉbe, peQCisWniear tiOBtre elle ; la chainl)re des commîmes ell^flBémepeut reBdretme déclaration qui préjuge le criBe;.oo peul employer toute esfiëee d'artifices pour tromper les epimonsdu peuple : CB.qui, dans vu autre pays serait la perte inévitable dje Taccusé, dans cette Ab^Je terre libre et éclairée, ne fera pas tomber un cheveu de ht tête dé' Hnirocent. Le jury fixera ses yeux sur la loi comme 9mr TétoHe polaire cpri doit le diriger; il ne voudra pas, dans sa prudence, donner Texemple dû désordre, et prononcer un verdiU de oeasnce conti^e^rskutoritè; mais*, d\ine airtre partj il
iB selera pas rinstruroenl^d^uoe immerfatioit politique; il délivrera un homme innocent eèsincèpe ded pièges de Tinjustice. Quand votre verdie! serai pronoaoé , tel sera le jugement du monde : ei âipaiRÛ.nou&-mèinÊS, iir.se' troiivati qaeitfveshcin*' mes ennemis dn gouvernement, rien ne sera plus capable de regagner leurs cœurs. Ils diront : Si noua avons pecda notre juste influence dans le parlement, il nous reste encore une ancre dé miséricorde pour retenir le navire , au milieu des efforts de la tempête; nous arons encore, grâfce à ÏÏièu, une bonne adminîstrotloiii de la justice,- 8$)ptfyée sur llndépendance des jugesy.sur les drdts des jurys-et sur nirtégriiè d'un barreau piréi,.d«DS tous les temps et e»'toiLte ocoasiouf^ à se'perteren avant pouir U défense du. dearider honmede FAnglieiorre tra^ dult ea j^gomeat devant les leîfrdu pays. .
Une poFtîon nombreuse du p«Wio ténaoïgnait un vif iniérétà Faccusé, et«n'épit)uv«iit pas^pour les^dôotrînea de la révolution française, la même hvine que IWisto- CFalie briiannique. L'élocpience'd'Erskme; toute grave et modérée qu-elle étaity enflamma les esprits; le calme deFaudience fut troublé;, ee-moui^^ment se communique ftu^tehors ; un peufdeiinmeifôe s^était amassé aux portes.: une sorte desédition d'onthouftiasme avait commencée Alors firsldne eut juit. des plu»bea4ix triomphes
qui puissent être réservés à Thomme de bien éloquent. Les juges le pressèrent d'aller lui-même apaiser cette foule menaçante ; il sortit, harangua le peuple, rengageant à se confier à la justice du pays, et lui rappelant avec gravité que la sûreté de tout Anglais reposait à Tabri des lois, inestimables de TAngleterre, et que tout effort pour intimider et violenter ces lois, non-seulement serait un affront à la justice publique, mais un danger pour la vie des accusés.
Cette foule immense se dispersa, et un silence respectueux succéda tout à coup à cette commotion qui épouvantait la ville de Londres.
Quand le* calme fut entièrement rétabli, les jurés prononcèrent leur verdict de non coupable. Mais, chose digne de remarque, et qui hoffore doublement le sage patriotisme d'Erskine, en sauvant la vie d'un accusé, il servit la paix publique. Ce débat solennel, cette défense si ferme et si heureuse de quelques homnles que la conscience même de leurs complices ne pouvait trouver entièrement innocents, ce grand exemple de l'indulgente équité des lois anglaises devint, comme Ërskine l'avait éloquemment prédit, une salutaire leçon et une espèce de manifeste sur l'excellence de la constitution attaquée par les réformateurs. Cette fièvre de nouveautés s'arrêta. Les procès criminels cessèrent; et une justice tellement impartiale, qu'elle rendait à la liberté des hommes dénoncés par un bill du parlement, et à demi convaincus, satisfit et calma le pays, plus que toutes les rigueurs légales ne l'auraient effrayé.
Ce beau succès éleva très-haut la réputation et la popularité d'Erskine. Une autre cause célèbre vint l'augmenter encore. Vous savez Messieurs, que Thomas Payne, d'abord apologiste zélé de l'émancipation des
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États-Unis, puis partisan outré de toutes les réformes, ayant passé en France, y devint membre d*une assem* blée trop fameuse. Il avait publié, sous le titre de Droits de l'homme, une véhémente réfutation de Touvrage de Burke. Tous les principes de la souveraineté populaire, toutes les doctrines les plus hautaines de la démocratie étaient exposés dans cet ouvrage avec une sorte de rudesse violente et familière.
Cependant, lorsque son livre fut dénoncé, Erskine vit dans cette cause le principe de la liberté de la presse à défendre.
Ce principe veut que le délit, et non l'erreur, soit puni. Les théories générales, les abstractions politiques, même les plus téméraires el les plus fausses, lorsqu'elles n'offrent pas le caractère direct de la sédition et de l'outrage, ne tombent pas dans le domaine de la loi : car si la loi proscrivait le paradoxe, elle menacerait bientôt même la pensée. Telle était depuis longtemps la maxime des Anglais. Mais l'exemple terrible de la France, ces théories traduites si vite en attentats et en crimes, cette intime alliance du système et de Taction avaient puissamment réagi sur la doctrine des jurisconsultes anglais : et à la vue du^bouleversement de ce grand pays, dans la terreur d'un danger sembler ble, ils invoquaient la condamnation des doctrines , comme celle des crimes. Erskine, résistant à cette prévention de l'inquiétude publique, se présenta pour défendre le livre de Thomas Payne, dont il ne partageait point les opinions.
Malgré l'autorité morale et le rare talent d'Erskine, malgré l'adresse de sa défense et l'art avec lequel il reproduisait les passages analogues des plus célèbres publicistes et de Burke lui-même, qui, dans des tempi
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plus pal^bleâr-avait énoacé les mAmes théories de liberté, trouvées si coupables dans Thomas Payoe depuis que lai France avait tenté de les mettra en. oeuvre,. le livre dit Payneful ooadamnétojut d'une, voix.
Dans- les rangs mêmes d'une portion deswhigs, le zèlô: d'Ërskinei et sa. défense dosDroiU de. V homme furaiitfrapipés 4e défaveur. Dei^uis longtemps chanceliei du prince de Gallesv proteeteur-né de Topposition lé- ^kky.il perdit cette charge qu'il avait, méritée par une lofipie fidélité politique..
Ici, Messieurs, vous allez juger, par un fait moins oonnu, le caractère moral et la. conscience religieuse d'Brskine^
Ërsàine avait défendu , au prix de sa fortune et de se» alliances-politiques, la cause de Thomas Payne, clestràrdire-ie droit irllimité de discussion politique.
Deux ans après, un nouvel auvrage du hardi démociEfite est publié en Angleterre.. Après avoir attaqué par sesiaudacieoses théories le principe des monarchies eulOpé^QiQeS) Thomas Payme attaqjuait le christianisme. Absent,, et. protégé par une déplorable élévaxion , il était àtTabrî des coups de laj.ustice anglaise ; .son livre aetil «pouvait être atteint par la vindicte publique. L'ac^ cusajtion de œ livre était une'professi on des principes, et non pas une attaque contre Fauteur lui-môme. Ce même Ersàine, qui avait réclamé, en défendant le livre éù9tDroiUderhomme, la liberté absolue de la discussion. poUtique^ attaqua. Vabuâ de la discussion reli* gieuse.
Iei,.r^iiarqttons>en passant les procédés de la loi anglaise; Le livre de Thomas* Payné circulait.. Le grand jury, e'e^-^ dire la chambre d'accusation^. formée des prineipauxpropriétaire&vdédare qu'il y a lieu de pourr
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suivre Touvrage. Erskine alors publie un diseosar» à l'appui de la poursuite, en son proprenom, et comme citoyen anglais. II y reconnaît que toute discussion générale, abstraite, des principes d'un culte, doit être libre, qu'elle résulte de la liberté même de la presse ; mai&que toute difTamation violente et injurieuse d'un coite ^oit être interdite et punie. J'aime à faire connàiiTB cette doctrine d'un esprit scupérieur,. parce que dsin» plusieurs occasions, et par quelques absolutions éclatantes, la sagesse des tribunaux français Ta reproduite et consacrée.
Permettez -moi de vous citer la fin de ce plaidoyer mémorable; rien ne montre mieux ce caractère de Torateur, qui n'est pas l'accusateur officiel ou le défenseur intéressé de toutes les causes, mais une personne indépendante, .ay^nt sa conviction , sa foi , son autorité morale i.
Messieurs^ il est encore me covsidôratioa, uxio seule qu'il M'esl impossible d'omettre, parce que j'avoue qu'elle m'affecte pTofondèfuent. L'auteur de ce livre a écrit avec force en faveur de Ift liberté publique ; et cette dernière production que j'accuse &' èèé, pour ce motif, plus promptement répandue, surtout parmi ceux qui s'étaient attachés àses premiers ouvrages. Cette circongtancej Messieurs, rend une attaque publique, de la part dun tel écrivain, contre toute religion révélée, infiniment plus danseuse. Le sentiment religieux et moral du peuple anglais est l'anere de salut qui peut maintenir l'Ëtat au milieu des temf^étes' qui agitent aujourd'hui le moBde. Si la masse du peuple était dèioumèe des principes del& religion, fondement de cette humanité et de cette bieaveillance qui a été si longtèmps'oetrecaraxUère naiional, au lieu de m'associer, comme jeruiTait plusieurs- foi», à des- plans de réforme politique, je Aimtsdaiia le coin lepkis reculé du monde pour éviter de telles
agitations, et je supporterais non-seulement les abus et les imperfections qui se mêlent à notre sage gouvernement, mais le plus mauvais gouvernement de la terre, plutôt que d^aller entreprendre une œuvre de réformation avec une multitude » affranchie de tous les liens du christianisme, et qui n'aurait d'autre idée de l'existence de Dieu que celle qu'on peut recueillir de l'observation de la nature, comme l'entend M. Payne, sans promesse de récompense avenir, pour animer le bon à la poursuite glorieuse de la prospérité humaine, sans menace de châtiment pour effrayer le méchant qui voudrait la détruire à sa naissance.
Je n*ai pas d'objection à la controverse la plus étendue et la plus libre surles points fondamentaux de la religion chrétienne; et quoique la loi ne le permette pas, je ne redoute point les raisonnements du déiste contre l'existence du christianisme même, parce que, suivant les paroles de son divin auteur, s*il vient de Dieu, il survivra. Je ne redoute pas un livre de raisonnements ; mais je ne saurais souffrir un livre d'outrages, etc., etc. Messieurs, je ne puis finir sans exprimer ma vive douleur de toutes les attaques essayées contre le christianisme par des écrivains qui se donnent pour les premiers promoteurs des li~ bertésciviles du monde. Sous quels autres auspices que ceux du christianisme les libertés du monde, autrefois perdues, ontelles été reconquises? Quel autre zélé que celui des chrétiens fervents a consacré les libertés anglaises? Et même, de nos jours, sous quelle autre sanction la liberté et le bonheur sontrils répandus dans les régions les plus éloignées de la terre ? Quelle œuvre de civilisation, quelle grande communauté sociale cette sauvage religion de la nature a-t-ellejamais établie ? Nous voyons, au contraire, les peuples qui n'ont eu pour se diriger d'autres lumières que celles de la nature, enfoncés dans la barbarie,. ou esclaves sous des gouvernements arbitraires, tandis que, sous la dispensation chrétienne, le monde avance lentement, mais toujours plus éclairé à chaque pas, selon les prophéties de l'Evangile, et marchant, je le crois, pour dernier terme, vers un bonheur universel et étemel. Chaque généralion
de la race humaine ne voit se dérouler qu'un petit nombre d'anneaux de cette chaîne mystérieuse ; mais en faisant chacun notre devoir dans la condition qui nous est départie, nous sommes sûrs de remplir l'objet de notre existence. J'en ai la confiance, vous ferez le vôtre aujourd'hui.
Noble et touchant langage ! Un préjugé ou un faux prétexte semble supposer que les doctrines de liberté sont ennemies de ces principes qu'Erskîne vient d'exprimer avec tant de force et d'éloquence ; mais c'était, au contraire, dans l'alliance intime du sentiment religieux et de l'esprit de liberté que l'éloquent orateur trouvait à la fois la force et le pathétique de ses raisonnements. Sans cesse vous le verrez , dans ses discours , s'adresser non pas simplement à la justice , à la probité, mais à ce qu'il appelle le christianisme des jurés.
Cette union des idées de perfectibilité sociale et des principes du christianisme caractérise le talent d'Erskine. Elle est pour lui la source d'un pathétique grave et doux. C'est le Fénelon des avocats. Au milieu de Tâpreté des discussions judiciaires, encore exaspérées par les animosites politiques, Ërskine, philanthrope et chrétien, porte une sorte dé sérénité persuasive. Il est au premier rang de ces vrais apôtres de l'humanité qui, en Angleterre, ont appuyé sur l'esprit de l'Évangile toutes les idées de réforme ^ et de liberté politique.
Parlons encore de procès. Messieurs. Ce n'est plus cette éloquence tempérée d'Erskine dont je vais vous
* On n'a point parlé ici du plaidoyer mémorable d'Erskine pour Hatfield. Cité et analysé dans un ouvrage de madame de Staël, ce discours est trop connu.
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oeeuper. UsfagH^d'uae cxusesiiifulière'qQi tttt plaidée avec tout«4a vi vueité dtt sarcasme. f
L^àceasé était QirémigréHttzrçms^ écrivain politique, qni , loin de son pays, vivait du travail assidu de sa plume, et faisait à Londres un journal violent et satirique. La partie plaignante était le général de Tarmée d*H»lie, leoonquérant passager^ TËgypte, lé premier consul de la répuMique française, dans la suite emperecrr desf Français, roi<Pltifié, protecteur de la confédération du Rhin;
Cétàfft sans doute unr remarquable hommage à la pvissftirce des W\9 aniglàises, que ce recours porté devant un jury étranger par' le vainqueur de TEurope, parThomme qui, en Ftanee même, avait détruit l'action politique du jury e* TiniMpendance de la presse.
La plà4nte avaitpeiir objet imeodè satirique publiée dans V Ambigu, journal de Pelletier, et divers morceaux où Ton insinuai; par des^ allusions historiques, qu'un usurpateur n'Savai t pas^ dè^diroit à làr vieplus qu'au trône, et que le courage de quivoudrait le tuer serait un acte de justice publ i que.
Vattomey général exposa Faccusation dans un plaidoyer qui se compose surtout de citations. Avec un rèle médiocre pour le plaignant, il n'eut pas de peine cependant à établir le délit d'outrage et de provocation autoeurtre.
La défense de Pelletier avait été recherchée, demandée par un orateur du plus beau talent. Sir James Mackintosh,^ui d*abord avait vivement approuvé les principes de la révolution française, et les avait défendus contre Burke^ dans un livre Jntitulé : Vindidœ gaUpccuuB^ ou Apohffierde la révolution française etdèsm^ admirateurs anglais. Bientôt après, indigné des atten-
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tats de la révolution victorieuse, IKackintosh avait modifié ses premières opinions, s^étai t rapproché de'Burke et du gouvernement. (Test 'lui qui, dans la suite, a rempli de grandes fonctions judiciaires à Bombay dans rinde, et y a fait respecter et chérir le nom anglais.'Il a depuis revu son pays , et reparu avec éclat dans les rangs de Fopposition. (Test une imagination brillante et facile animée par un cœur généreux. C'est un défenseur et un ornement du parti de la liberté , un de ces hommes qui ont réclamé avec éloquence rémancipation catholique , et lutté contre Tesprit militaire et despotique de lord Castlereagh. Mackintosh , homme de lettres et dégoût autant qu^il est orateur politique, promet depuis longtemps une histoire du règne de George III; mais il semble que cette facilité heureuse de la tribune ne le suive pas dans le cabinet, et qu^îl ait moins d'ardeur pour écrire que de talent pour parler.
Pour un tel orateur, dans tout Féclat de la jeunesse et du talent, c'était une heureuse fortune de faire indirectement comparaître devant un jury anglais le vainqueur de l'Europe, et de lui répéter, par le privilège de la défense, à peu près les mêmes choses dont il se plaignait.
Si ce plaidoyer de Mackintosh n'était qu'un pamphlet contemporain, je ne vous en parlerais pas. Mais un homme si distingué ne pouvait se borner à ce facile mérite. De hautes considérations, des vues sages et élevées sur la liberté politique et sur la longue crise de l'Europe se mêlent à l'amertume habile de son discours. Ce n'est pas simplement l'ouvrage d'un orateur ; on sent le publiciste et l'ami sincère de son pays.
L'art oratoire, que je suis bien loin de refuser aux
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Anglais, et que je trouve, au contraire, si remarquable sous la simplicité de Pitt ou de Fox, n'est nulle part plus brillant et plus pompeux que dans ce plaidoyer. Cest un travail classique pour Télégance. On reconnaît un écrivain paré, jusqu'au luxe, de tous les ornements de Féloquence antique, mais éloquent lui-même.
Mais ce qui me frappe surtout, et ce que je préfère, c'est le point de vue élevé auquel l'orateur ramène tout le débat. Le premier consul était peu favorable à la liberté de la presse. Il ne la souffrait pas chez lui; il la détruisait ailleurs. A la marche qu'il suivait, on pouvait croire que successivement il s'emparerait de tous les Ëtats de l'Europe ; et comme il établissait son gouvernement e^ ses principes dans tous les pays dont il s'emparait, insensiblement il n'y aurait pas eu dans le monde un lieu où la parole eût été libre plus qu'à Paris. Il était jeune, vivant de cette vie puissante, infatigable, qui pouvait suffire à tant d'entreprises et user la résistance de tant de peuples. A la vérité, il y avait une paix provisoire entre la France et l'Angleterre ; mais le sentiment, l'instinct de l'Europe était la longue durée de la guerre. Malgré la confiance que les Anglais avaient dans leur île, dans leurs vaisseaux, dans leurs lois, dans leur liberté, dans leurs armes^ en songeant à cette guerre viagère qu'ils avaient devant les yeux, plus d'une inquiétude pouvait les saisir. C'est à cette crainte naturelle que s'adresse Mac* kintosh : il montre que, par les victoires de la révolution, la liberté avait beaucoup perdu en Europe ; que tant de petits États, autrefois protégés par la tolérance des rois, Genève, la Suisse, la Hollande, où la liberté de la pensée et de la presse se conservait au moins comme un objet de commerce, n'existaient plus, et
qu'elle n'avait plus que l'Angleterre. Ce n'était pas là un argument d'avocat, mais une prévoyance de publiciste qui devait être partagée par l'auditoire.
Ces faibles Etats, dit-il, ces monuments de la Justice de l'Europe, Tasile de la paix, de Tindustrie, des lettres, les tribunes de la raison publique et le refuge des innocents opprimés et de la vérité proscrite, ont péri avec ces anciens principes, qui étaient leur unique sauvegarde. Ils ont été engloutis par cette terrible commotion qui a ébranlé les lieux les plus reculés de la terre; ils sont détruits; ils ont disparu pour jamais.
Un seul asile de libre discussion est encore inviolable, il est encore un petit coin de FEurope où Fhomme peut librement exercer sa raison sur les plus graves intérêts de la société, où il peut hardiment publier son jugement sur les actes des plus orgueilleux et des plus puissants despotes. La presse anglaise est libre encore ; elle est gardée par la libre constitution que nous ont transmise nos aïeux; elle est gardée parles cœurs e; les bras des Anglais. Et je nTiésite pas à dire que si elle doit succomber, elle ne succombera que sous les ruines de Tempire britannique. C'est une imposante considération. Messieurs; tout autre monument de la liberté européenne a péri ; cet ancien édifice, élevé par la sagesse ou la vertu de nos pères, est encore debout ; il est debout, grâce à Dieu, solide et entier ; mais il est debout seul, et de toutes parts entouré de ruines. Dans ces circonstances extraordinaires, je le répèle, je dois considérer ce débat comme le commencement d'une longue suite de luttes entre le plus grand pouvoir du monde et la seule presse libre qui subsiste en Europe ; et j'ai la confiance que vous vous considérerez vous-mêmes comme les sentinelles avancées de la liberté, ayant aujourd'hui à soutenir le premier combat que le droit de libre discussion livrera contre le plus formidable ennemi qu'il ait jamais rencontré.
Après une longue et vive discussion, plus injurieuse IV. 15
9^' ÙmÊRATÙRÉ"
qu'historique, l'ortiteuf 'revenïiît encore à ce premier argument :
Devant cette cour où nous sommes réunis, Cromwell renvoya ddiwfois Fauteur d*une satire contre sa tyrannie, pour le faire ooavainereet punir comme libelUste ; et dans cette cour, presque 2^ la vue de Tôchafaud dégouttant du sang de son souverain, d&us le cliquetis des baïonnettes qui avaient cliassé le parlement avec outrage, deux jurys successifs délivrèrent le counf^ g^ux-satirigue et déboutèrent le procureur général de Fusiirpateur. AloLS même. Messieurs, quand toute loi et toute liberté étaient foulées aux pieds d'un brigand militaire ; alors mômé, q^nd cette infortunée contrée, tricvmphante au dehors, mais esclave au dedans, .nevoyait d*autre avenir qu'une lon^e su($^ cession de tyrans, montant au trône à travers lés meurtres^ alors môme Tindomptable esprit de la liberté anglaise survî-^ vait dans les cœurs des jurés anglais ; cet esprit, je m'en fie à Dieu, n'est pas éteint; et si quelque moderne tyran espérait, dans l'ivresse de son insolence, intimider un jiiry anglais, il lui dirait : a Nos ancêtres ont bravé^lès baloiinettes de Cromwell ; nous ne craindrons pas les tiennes. » ÙontèmpH Catitirtm gladios; non pertimescam tuos.
Si. nous sommes condamnés à la cruelle punition de survivre à notre patrie; si, dans les conseils impénétrables de Isf F^rôvidence, cet asile privilégié de justice et de liberté, ce noble ouvrage de la vertu et de la sagesse humaine, est destiné à là ruine, ce qui, je le dis sans pxéjugé national, serait lé coup le plus dangereux pour la civilisation, au moins emportons avec nous, dans notre triste exil, la consolation dé d'avoir pas violé les droits de ll>ospitalité ; de n'avoir pas arraché de Tautel le suppliant qui implorait protection, victime volontaire de sa lo^tauté et de sa conscience.
Le procureur général reprit 1k i$àfôl^ aVec beaucbtlp de force et de simplicité. Il cita surtout les passages qui, en rappelant' Ic^s âoms'db Césbr et de Roraulus,
svaiefiteupeurobjet d'exciter à Timitation d*un assassinat.
Je croir^^dit^il, qne; poorl^iequitdemoadevoir, il m*csl impossible de ne pas établir que de tels écrits ont, relativement aux magistrats d'une contrée étrangère, une tendance odieuse et lAMrtrière: Je crois cpte vous amsi^paurl^equît de votre devoir; sans^ouvenir du passé, sftnrcrainie d'aucune iirjurc à v^ttîr, vottsd'èveîs rendre la justice rigooreuseraent. Votre Verdict doit réprouver tout projet de meurtre et* d'assassinat. Considérez combien de tels projets seraient dangereux slis notaient pas désiioBorés et découragés dans ce pays libre ; car ils peuvent exoiter des représailles qui porteraient sur lès tôles qui â0us sont'les plus chères et les plus respectables. Messieurs, j*ai la confiance que votre Verdict fortifiera les relations par lesquelles les intérêts de cette contrée sont» liés" ki oeux^ de la France, etquMl fera éclater dans tous les lieux du monde la conviction de la pureté de la magistrature anglaise, et de Timpartialité de toutes ses décisions.
Les jurés déclarèrent Pelletiercoupable. Mais, quelques^mois aprè^, la guerre éclata de nouveau entre la France et l'Angleterre ; et le plaignant; qui avait dû être médiocrement satisfait de toute cette procédure, d^ toute cette plaidoirie, et qui, sans doute, en se faisant traduire le discours de Mackintosh,* s'était impatienté de voir un avocat si hardi contre un conquérant, eut.peoo«r& aux armes, au lieu des tribunaux, eft", à h jaurnée d'Austerlit^ et à quelques autres journées, il obtint sentence contre la liberté dfe l'Europe. ÇApplaudSêêementsS).
la saaye-garde d'une tcule pretie libre en Buioptf, Mnt ton^oort. vraiM.