CINQUANTE-SEPTIÈME LEÇON
Dernières considérations sur Téloquence politique des Anglais. — Côté moral de celte éloquence. ~ Influence de la tribune sur le progrès social et le triomphe des principes de tolérance et d'humanité.—- Abolition de la traite des noirs.— Rôle de M. Pitt dans cette grande question. —Commencement de Fémancipation catholique. — Autre point de vue sous lequel apparaît M. Pitt. — Sa situation et son caractère dans la grande guerre de l'Europe. — Sa retraite momentanée des affaires. — Sa rentrée au pouvoir ; sa mort. — Courte administration de M. Fox. — Disparition successive des hommes les plus célèbres du parlement.
Messieurs,
Il me reste à résumer et à finir Thistoire de la tribune anglaise dans le dernier siècle et jusqu'aux commencements du nôtre. Il faut voir vieillir et mourir ces hommes dont nous avons entendu les premières paroles. Ce n'est point, Messieurs, par une partialité étrangère que je prolonge cet examen ; mais, je vous Tai dit, j'éprouve une impuissance absolue à retracer ici les horribles et grands spectacles de la France dans les convulsions de la terreur.
Quelque chose de trop violent, de trop sanguinaire est attaché alors à la parole; ce n'est plus de l'art ou du génie ; c'est un protocole de meurtre, souvent absurde autant que féroc.
Aucun des instruments naturels du raisonnement et de la persuasion n'est plus en usage ; on est hors de la loi du bon sens, comme de Fhumanité. Les contradicteurs sont frappés de mort ; les persécuteurs, les oppresseurs de la parole sont tués à leur tour : la tribune est l'escalier de Téchafaud. Il y a dans cette terrible loterie de vengeance et de mort, dans cette peur implacable qui fait tant de victimes, un état de société si extraordinaire que Ton ne peut en tirer d'exemple pour un autre temps. Les âmes forcenées par la haine ou le péril étaient montées à un langage qui devient ailleurs presque incompréhensible, et paraît froid à force de fureur. L'histoire, l'histoire expressive et morale peut sans doute trouver là d'énergiques tableaux, de solennelles instructions. Au milieu du tumulte de ce grand peuple, de cette marche impétueuse aux frontières, de ce choc des factions intérieures, elle peut faire retentir, comme un cri d'alerte et de mort, la voix de cette tribune sanglante. Mais que signifierait cette voix, isolée du récit complet des événements?
Au contraire, lorsque la société gouvernée par la tribune, agitée par elle, est cependant régulière et forte, lorsqu'elle vous offre cette puissance morale de l'homme' sur Fhomme, sans que la force matérielle et brutale vienne intervertir l'action de la pensée, alors l'étude des monuments de l'éloquence est instructive, féconde; elle est l'histoire même; elle en est du moins la plus belle partie. Ce n'est pas ma faute si cette condition se retrouve surtout en Angleterre. Protégés par leurs vaisseaux, par leur île, par leur liberté, contre la victorieuse contagion des principes de la révolution française, les Anglais, attentifs aux bouleversements de l'Europe, présentent, dans les fortes et paisibles
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délUkéj^tiQQsde leur pi^rlement, un des pUs grands spectacles .de la civilisation moderne. La parole y pamtt habile et prévoyante. Elle éclaire, elle contient, eUe gouverne. .Que si régoïsme des Anglais semble exploiter avec un art profond les malheurs des autres peuples, si, après «ivoir ameuté les rois, dans cette guerre qu*ils alimeAtentavec le sang de TEurope etles teésorsde rinde,.ils se retirent loin de Tincendie qu'ils jont allumé; en morale, en politique nationale, on peut s'en indigner. Mais si vous cherchez un exenipb des forces de l'esprit humain, telles qu'elles se manifestent et se développent dans un État libre, sans anarchie, nul spectacle plus imposant, nul mélange plus remarquable d^habileté et.de puissance ne peut attacher les méditations de l'historien, de l'orateur, du citoyen. L'action de l'éloquence sur une société .politique est là,rSOus la forme qui convient à nos temps modernes. Cest une jéçon «applicable, c'est l'image d!un gouvernen^jit libre et^régulier.
Je m'arrête donc, .Messieurs, à ce sujet. Combien d'importantes leçons viennent là se mêler, pour nous, à des souvenirs qui contristent le sentiment national ! La politique, d'ailleurs, n'y paraîtra pas toujours égoïste et cruelle dans i^n habileté. Nous y retroune^ rons aussi les traces de ce progrès.social qui naît de, la liberté même.
Si quelque chose ajoute au prix de ces gouveroo^ ments libres et publics, appuyés sur la tribune, et qui s'adressent à rintelligence éclairée des hommes, c'est que, dans la lutte des passions contemporaines, ,au milieu des vues ambitieuses et intéressées que oett^ politique ne se refuse pas plus gue les autres, il y a cependant toujours quelque but honorable qu'il faut
avouer, gull .faut poursuivre aux yeux du monde, Ceat une expiation que la publicité exige du pouvoir dans les Ëtats libres; c'est un hommage, c'est une dette que la politique de tribune paye à la conscience humaine. Tout gouvernement libre a souvent besoin d'être un gouvernement moral ; tout gouvernement dont les desseins sont annoncés et débattus à haute voix, fût-il ambitieux, injuste, a besoin de donner quelque satisfaction à l'humanité, et de proclamer, d'accomplir quelque réforme sage et généreuse. Dans un gouvernement où tout est public, où tout est discuté et librement contredit, il n'est pas possible que l'intérêt, la cupidité, ou même les préjugés d'un patriotisme étroit et égoïste, soient exclusivement entendus, et que la vérité« la justice n'aient pas leur heure et leur jour.
Voyez cette Angleterre si profondément passionnée pour ses intérêts propres, et qui les comprend si bien; cette Angleterre ambitieuse par nécessité (car son existence est liée inséparablement à sa grandeur; elle a besoin de dominer les mçrs pour être en sûreté chez elle) : à diverses époques sa tribune a proclamé .des maximes généreuses, cosmopolites, qui semblaient contrarier sa politique. D'abord l'intérêt, le préjugé populaire, l'égoïsme mercantile luttaient contre cette nouveauté, la repoussaient, la reléguaient parmi les rêves delà philanthropie; ^puis l'action de la publicité, quelques voix éloquentes, quelques ambitions habiles qui s'emparaient de cette vérité, quelque circonstance heureuse qui la rendait moins redoutable pour le préjugé ou l'intérêt du pays, la faisaient insensiblement dominer dans les esprits, et finissaient par la réaliser dans. Içs lois.
A la fin du dernier siècle, vous voyez fermenter, au milieu de l'Angleterre, de nouvelles idées de philanthropie tolérante et libérale, que Ton <M*oyait opposées aux intérêts les plus directs du gouvernement et du public anglais.
L'une de ces réformes, c'était l'abolition du trafic des noirs, auquel l'Angleterre se livrait sans scrupule depuis tant d'années; l'autre, c'était l'émancipation - des catholiques, ce grand acte qui vient de s'accomplii sous nos yeux, après deux siècles de tyrannie et cinquante ans de réclamations inutiles. La traite des noirs, l'Europe chrétienne, l'Europe civilisée, l'Europe philosophique avait laissé subsister cette barbarie; et le progrès même de la marine et du commerce n'avait fait que l'accroître. Quelques réflexions mordantes et profondes de Montesquieu, quelques épigrammes humaines de Voltaire, quelques véhémentes déclama* tions de Raynal n'avaient point effacé cette honte de la civilisation moderne. Elle se maintenait puissante et protégée ; elle s'appuyait sur les préjugés de l'intérêt, les plus enracinés de tous. La traite des noirs semblait indestructible. Nul pays, comme a dit quelque part M. Pitt, n'avait misplits avant que V Angleterre la 'main dans ce crime; et cependant telle est la mauvaise action commune à tout un peuple, tel est le crime lucratif, dont l'abolition fut obtenue par la tribune anglaise, vers la fin du xviip siècle.
Ici, Messieurs, avant de livrer vos âmes aux impressions que doit exciter le langage des orateurs Ijui préparèrent cette amélioration dans le sort d'une partie de l'espèce humaine, il faut discuter une objection. On a dit : Cette philanthropie de l'Angleterre était uu calcul d'intérêt, un mstrument de guerre et de des-
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truction. Lorsque, du milieu des troubles de la France^ quelques flammèches de ce feu terrible qui ombrasait la métropole furent tombées sur Saint-Domingue, lorsque de toutes parts la révolte éclatait contre les blancs, les Anglais, impitoyables jusqu'alors, s'avisèrent d'une tardive humanité. Pour offrir un motif de plus aux meurtriers, pour compléter et rendre irrévocable la perte de cette malheureuse colonie de Saint- Domingue, dont ils enviaient l'ancienne prospérité, ils se donnèrent le facile mérite de proclamer la destruction de l'esclavage, l'égalité des races, l'émancipation des noirs, la proscription d'un commerce impie, sacrilège. Us furent humains à la vue du Cap incendié, et pour la ruine des malheureux colons échappés aux preiniers coups des nègres, dont la fureur se ranima par l'hypocrite sanction que la sage Angleterre semblait donner à leurs vengeances.
Il serait triste. Messieurs, qu'une de ces belles actions que je n'attribue pas au génie propre d'un peuple, mais à la puissance salutaire de la publicité, il fallût la rayer des annales de l'Angleterre, et l'expliquer seulement par un odieux calcul.
Là, comme ailleurs peut-être, une part de mal s'est mêlée à un grand bien ; là, comme souvent dans U cœur de l'homme, un mauvais motif s'est caché dans le coin d'une belle action ; mais imputer tout à la perversité d'un calcul inhumain, je ne puis l'admettre.
N'oublions pas. Messieurs, l'esprit général du dernier siècle, et son caractère dominant sous ses formes diverses. Bien que la France, dont j'ai si soigneusement retracé l'influence, ait une part incalculable dans le renouvellement du monde à cette époque, bien que cette philosophie, d'abord sceptique, puis ardemment
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philantbropiqtte de la Qn du xviu'' siècle, ait agi da03 ie inonde entier, son action n'était pas unique. Une -«utre fovee, que la Erance ne soupçonnait pas assez, qu'elle croyait avoir abolie, se conservait enQoriS:: c'était celle du christianisme libre. A peine les.Qplonies anglaises avaient-elles échappé au JQ^g de ,1a métropole, à peine ces riches et puissantes contrées étaient*«lles devenues maîtresses d'elles-mêmes, assujetties -seulement à l'Ëvangile et à leurs assemblées nationales, qu'un nouveau principe de progrès, de réformation morale, se développa dans Jes; âmes. .Les quakers, cette .secte que l'on voit poindre au rmilieu de la révolution de Cromwell, et dont il ne fit rien, parce qu'ils n'étaient pas des hommes de révolution ^sanglante, ces quakers, dès longtemps transplantés dans l'Amérique, et profitant de l'émancipation qui venait d'être conquise par elle, firent entendre avec plus de force les pures .maximes de l'Ëvangile, si longtemps méconnues par le monde chrétien.
Dans les Ëtats de l'Amérique du Sud, ils réclamaient l'abolition de l'esclavage des noirs. Faisant ce que les / prédicateurs ne font pas toujours, ils commencèrent r par eux-mêmes la réforme qu'ils conseillaient aux autres. Les colons de la Virginie attachés à la «scote des quakers affranchirent.leurs esclaves.
Cet exemple rapporté en .Anglerre eut, dès les années<1763 et 1784, une singulière influence survies esrpritsict sur les mœurs. La secte, des méthodiste^,^ qui <K)inmençait à s'élever, adopta vivement l'espéraiieê .d'une ^amélioration pour ie , genre .hjumain et d'un vgrand aote de justice. Des foules de pétitions furent adressées au:parlemen;t; des prédications. éloquentes retentiiwnt ianS les ten^plesi; deux universités, celles
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d*Oxfor{l.at de* Cambridge, jusque-là ^épar69s par une «violente opposition politique, ^e réunirent pour demander d'un^.vQijc commune liint^rdifttiop d'un trafic Qdiei»^.
Yeaillezrremarquer co8ilat«6,;quif«ûnt une Apologie de r^nglet^rre. Dès rannée .i7â6,.fi¥jant qu*on»pût prévoir .rincendie de Saint-Domingue, avant la grande commotion qui ébranla la Firanee., Tabolitton de la iraitedes noirs était une doctrine, une espérance obère 4UX philanthropes anglais. Cétiiit oe.que réclamaient les hommes pieux, les seotaives>rd^it3, îles esprits élevés, les spéculatiSs, touscesiami^derhumanitéqui marchent en avant, blÂmésd'iabord^ et,: plus tard, suivis de la foule.
.En 1780, cette demande. pHtun eafactère plus prèssant,.plustgrave. Un homme de^bienqulidoit étreaimé de toutes les nations, et pour lequel les partialités piitriotiques doivent disparattire devant Thommâge qui est dû à sa vertu cosmopolite, Wilberforce adopta avec ardeur cette cause; il se fait Tapette de ce. grand acte de justice, il sollicite la fin de cette inconcevable barbarie : H. Fo3(, avecson éloquence, saivlvacité d'ima.gination., se porte pour l^^nxiliaire, pour Uallié de Wilberforce. (Dans Wilberforce, c'était le sentiment chrétien, le;ièle méth/fàinte, c'était tout à la fois la pureté de révangéliste^et (la- chaleur du sectaire, qui ins-
piraienjt réloquence. Chez Fox* au conti^airet c'étaient des idécis plus^générales, plus humaines, .pliis tevres^ tires,^i wpjusivnnto^, ^tiqui répondaient .davantage à Fesprit français. lUA^Si^quoi qu'il .en; soi ty et en partant de points différente* Vbomme pieuse et le philosophe, le sectaire et le sceptique se réunissaient dao3 cette
i^lam^tioagénérj^WQ.
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Pitt parut d*abord froid, silencieux, réservé. Cependant il renvoya les pétitions à Texamen du conseil privé, et engagea la chambre des communes à décider que, Tannée suivante, elle considérerait cette grande question. En effet. Messieurs, la question était bien grave pour un peuple commerçant, si Ton songe que les vaisseaux du commerce anglais exportaient chaque année, de la côte d'Afrique, près de quatre-vingt mille esclaves, et les vendaient, soit aux colonies britanni* ques, soit aux colons étrangers, aux Danois, aux Français, aux diverses nations, à qui leurs plantations imposaient la nécessité de cet odieux secours.
Faut-il, Messieurs, être en doute de la parfaite sincérité de M. Pitt? Eh quoi ! en 1789, il nous paraît encore froid , incertain sur cette grande question : son humanité n'est pas éveillée; et puis trois ans après, lorsque vient ce grand désastre de Saint-Domingue, alors c'est lui dont la voix retentit par-dessus toutes les voix ; c'est lui qui, dans la chambre des communes, est plein de sensibilité, d'indignation, d'éloquence; c'est lui qui, plus passionné pour la justice, pour la liberté, pour l'humanité, que les orateurs de l'opposition eux-mêmes, veut qu'à l'instant, sans ajournement, sans délai, on déclare l'abolition de cet infâme, de cet odieux trafic, qu'il a supporté longtemps.
Il n'en est pas moins intéressant d'examiner, comme un progrès inévitable d'un gouvernement libre, cette grande décision d'un peuple et d'un parlement si habilement occupé de ses intérêts commerciaux, et qui semble tout à coup prêt à les sacrifier.
Dans les occfasions où le génie oratoire de Pitt était enchaîné par sa politique, vous l'avez vu singulièrement calme, impassible. Faut-il croire que, s'il est pa-
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thétique sur les mêmes questions qu'il avait traitées d'abord avec une si froide réserve» son émotion était un calcul ? ou plutôt, n'est-il pai$ vraisemblable que des questions d'humanité, d'abord négligées par l'indifférence naturelle du pouvoir, au milieu des distractions d'un si vaste empire, se montrant à lui tout entières, après un mûr examen, son âme enfin s'émut, et que cette éloquence était sincère, quoique tardive, quoique arrachée et longtemps refusée, pour ainsi dire. . J'aurais peine à supposer que toutes les émotions auxquelles cet homme si grave, si sévère, si purement, si exclusivement ministre, se livre tout à coup, sont des ornements d'éloquence, et des leurres pour la pitié publique. Je conçois plutôt que, lorsqu'il eut pénétré par une étude sérieuse dans toutes les horreurs de la question de la traite, il s'indigna, et fut à bon escient pénétré d'une pitié profonde. Remarquons-le, d'ailleurs, Messieurs, son discours offre, dans la forme même, un trait caractéristique de sincérité.
Comment est-il conçu? Lorsque ,Fox avait traité la même question, son âme généreuse s'était tout de suite saisie de tous les points de vue qu'elle offrait dans l'intérêt de la justice, de la dignité humaine. Fox avait vu cette odieuse déprédation d'hommes arrachés à leur pays, pour être les victimes d'un esclavage sans limites, sans règle. Il avait trouvé là un double avilissement pour l'espèce humaine, par la misère des esclaves et la dépravation des maîtres; il s'était écrié que tout ce qu'on racontait de l'horrible barbarie des planteurs et de l'impitoyable cruauté des capitaines de vaisseaux néflfriers, tout cela était vrai, devait être vrai, parce qu'il y a dans le pouvoir illimité, dans le despotisme du maître, quelque chose qui rend l'hommefou.
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et par là m^me atroce^sonsrbut et ftaDS4fiii.(Comfnenjtvit l'histoire àJ'appui de cette profonde vérité, mofAte: Quand je vois, avait-il dit,.p3*ser/SttP le trône d^Céaars tous ces mon3tr.es qulse^ucioèdent,. qui n&so&tmde^a naiéme famille, ni dp ménctô sang, qui «sont swkmnit du méme.ponyoir; quand je les, vois tops égalem^t atroces;, quand je vois un HéIioga})ale barbare comme Néron, un Oomitien atroce comme Caracalla, q^u^Ue conséquence. puis-je en tirer, sinon qu'il y a, dans Je pouvoir absolu, illimité, ^ns règle, .sans barrîmes, une frénésie toute faite qui tourne la téte.bumaw« une folie qui.rend l!homme sanguinaire?
Cet admirable raisonnement de ;Fox était r^3ipi^j&sion naturelle d'un esprit gjjnéreux épris d'un aàle ardent pour le bonbeur,,pQur Ja libeirté de l'e^pijt humain.
La marche du discours de Pitt ^$t différente. Il parait profondément ému en.commQnçant son discours. Je crois qu'il e§t.ému. La longue séance, ou plutôt J^a longue veille du parlement s'était prolongée jusqu'à quatre heures du matin; la patiQHce et l'attention 1a plus forte semblaieot hai^assées. C'est alors que :I^i|t prend la parole.:
A cette heure du matin, je crains d'être trop épuisé pour eivtrer suSisammentdans uoe si grave question ; mais si je n'ai pas assez deibree pour y suffire, je sens eependantavec une telle éaergîe Ia.fi^ndeur de Tintérôt qui nous occupe, que j*ai besoin d'en jdiëjeharger mon cœur.
Puis, s'emparant des aveux échappés de tous les côtés de la chambre sur l'horreur de ce commerce et sur la nécessité d'y appo'^ter quelque réforme, il ajoute ces paroles:
Le peint à débattre maiotenant parmi nous, c^est seulement Fépoqne et la forme de cette abolilion. Tenfèlloite cette ehambre, j'en félicite ce pays, jen félicite lemonde entier. La question en elle-même est gsifo^eila sentence est prononcée; CiQtte tmalédiction du genre bumaij:)^ cet odieux trafic ja été vu.par.la chambre tel qu*il était réellejnent, et cette tache honteuse, ce stigmate imprimé sur le caractère national a disparu, ou ya bientôt disparaître pour jamaiç.
Alors, avec ttn< ordre admirable^ uae précision singulière, une infinie variétéile détail, dans un discouipsde deux heures, il parcourt toute Forgan isation du système colonial, il examine l-état de la population, lasonome du travail, Tactivité plus grande attachée au travail des mains libres, bs ressources étrangères qui peuvent utilement suppléer à Facimn des esclaves, la possibilité que tout à la fois la population et le produit s'accroissent par un régime de libre culture. C'est seulement lorsque toutes ces considérationsd'économie politique, de bon ordre social, d'intérêt bien entendu, ont frappé l'assemblée, qu'il se livre à ces mouvements de justiceet de sensibilité qu'il avait si longtemps tenus en réserve.
Dans ce contraste entre les deux discours, vous voyez la différence de, ces deux génies: l'un exclusivement préoccupé par les grandes pensées de justree, par le bien spéculatif; l'autre, lors même qu'il obéissait à un sentiment généreux, attentif surtout à l'intérêt immédiat de l'Angleterre. Pitt conçoit la justice, il l'aime, il la préfère ; mais il aurait reculé devant elle, si pour y arriver il avait fallu passer par dessus les avantages du pays : ministre avant tout, et Anglais avant d'être philanthrope. Mais. ce sérieux, cettcgravité. pratique et,pasitiye, ce zèle le^xcluâif pour l'intérêt de âon pays, tout cela n'empêche pas ^cependant qw
son âme n^éclate aussi en nobles et généreux sentiments, lorsque enfin, pour lui, Theure est arrivée de s'y livrer, non pas seulement en sûreté de conscience^ mais en sûreté de profits pour TAngleterre. Ne négligeons pas ce monument curieux de l'éloquence de Pitt. Après un examen détaillé de la constitution et de toutes les ressources économiques des colonies anglaises, après avoir établi Topportunité, Futilité même de la suppression de l'esclavage, Pitt saisit le point de vue moral de cette grande question. C'est alors seulement que, tranquille sur l'intérêt de l'Angleterre, il adopte le principe d'humanité dails toute sa plénitude, sans restriction, sans retard.
Je viens à l'Afrique maintenant, dit-il : c'est là que je m'arrête, et c'est là que mes honorables amis ne me paraissent pas porter leurs principes assez loin. Pourquoi le commerce des esclaves doit-il être aboli? parce que c'est une incurable injus- ' tice. Dès lors, l'argument n'est-il pas cent fois plus fort pour une abolition immédiate que pour une suppression graduelle ! En laissant cet odieux trafic se prolonger un jour de plus, mes honorables amis n'affaiblissent-ils pas, n'abandonnent-ils pas leur propre raisonnement? Si l'iniquité de ce commerce doit le faire abolir enfin, pourquoi ne serait-il pas aboli maintenant? pourquoi laisser une injustice durer une heure de plus? De tout ce que j'entends au dehors de la chambre, il est manifeste pour moi qu'une conviction générale existe sur l'iniquité de ce trafic. Quelques hommes ont été conduits, par cette évidence même, à la supposition que le commerce d'esclaves n'aurait jamais commencé sans une irrésistible nécessité. Cette nécessité que l'on a conclue de l'injustice môme a produit une sorte d'acquiescement au maintien d'un si grand mal. Les hommes en sont venus à le compter parmi ces maux nécessaires que Ion regarde comme le partage des créatures humaines, et qui tombent sur quelques pays ou sur quelques individus de préférence
à d autres, par les dispensations impénétrables de la Providence. L'origine du mal dans le monde estsans doute une question au delà de Tintelligence humaine, et la volonté de Dieu qui le souffre, un mystère dont nous ne pouvons nous enquérir. Mais, quand il s'agit d'un mal moral, et que ce mal est en nous, ne croyons pas que nous puissions acquitter notre conscience par cette manière générale, pour ne pas lire impie, d'écarter la question en la renvoyant à la Providence. Si nous voulonsy réfléchir un moment, nous verrons qu'il n'y a de mal nécessaire que celui qu'on ne pourrait éloigner sans un mal encore plus grand. Je le demande maintenant, quel peut être ce mal plus grand qui prédominerait le mal dont il s'agit? Je ne sache pas qu'il ait existé, je n'imagine pas qu'il puisse exister de mal plus grand, que d'arracher annuellement soixante ou quatrevingt mille personnes de leur terre natale, parles efforts combinés des nations les plus civilisées, habitantes de la partie la plus éclairée du monde ; et cela, sous la sanction des lois d'un peuple qui s'appelle le plus libre et le plus heureux de tous. Si ces misérables créatures étaient convaincues de quelque crime avant leur enlèvement, devrions-nous prendre sur nous l'office du bourreau?... Mais si nous faisons pis encore, si nous induisons ces hommes à nous vendre leurs frères, ne sommesnous pas assurés que par des brigandages, par des guerres injustes, par des condamnations iniques, ils tâcheront de se procurer un nombre croissant de victimes en proportion avec nos demandes? Pouvons-nous être en doute si les guerres d'Afrique sont leurs guerres ou les nôtres? Pour moi, je n'hésite pas à dire que ce sont les armes anglaises, mises dans la main des Africains, qui propagentsur cette terre le ravage etla désolation;
Alors Pitt se livre à un enthousiasme qui vous étonnera dans un ministre des finances. Il ne lui suffit pas de repousser par la logique et Tironie tous ces sophismes usés, tous ces lieux communs hypocrites d'une barbare cupidité : que les nègres, à tout pren
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()re, étaient encQr.e,plus misérables dans leur propre iPays ; que, d'ailleurs, ils étaient si stupides et si gros* siers,. qu'ils ne sentaient .pas le mal qu'on leur faisait; qu'ils s'habituaient à l'esclavage et au travail despl«aitations; qu'ils étaient traités moins durement qu*on ne croyait; enfin, que c'était une véritable humanité de les enlever d'Afrique, où leurs compatriotes les auraient tués, et de les emporter à fond de cale, pour Iqs vendre à des Européens qui avaient intérêt à les qqpserver vivants. Après avoir fjiit justice detou^.cesxnau- ,VAis prétex^s d'une détestable action, et Ae toutc^s ces excuses inventées après le crime, il intorp^lie gravement 1^ chambre, et dit avec une ^dmimbj&éloquence :
n fut un temps qu'il est bon de rappeler quelquefo^à JLa mémoire, de nos compatriotes, temps de barbarie, où des sacrifices hummns étaient, dit-on, offerts d^s cette ile; alors, ^t c'e3t ce que je veux remarquer aujourd'hui, le commerce 4^ enclaves était pratiqué parmi nous. Les esclaves,. comn)<3. nous pouvons le lire^.dsins^Y Histoire, 4e.laGrmfieTBreUigne^,]^T,Jimr^f étaient autrefois un article établi de nos çxpoi:tatioo$. xn Qp grand nombre d'hommes, dit-il, étaient emportés comme 4fy5 animaux, de la côte delaGrandorBretagneet expoçés.enviâAl^ sur. le marché de Rome. » On neyoit pas distinctement par qqd moyen on se les procurait : maisjl y, avait ceçtainement^nneril»semblance assez grande entre la situation de nos.ancétres Qt celle des malheureux. indigènes d'Afrique. L'historien nous dit que l'adultère, la sorcellerie, les dettes, étaient les principales causes qui fournissaient d'esclaves le marché de Rome; qu^à ce nombre on ajoutait encore les prisomiiens'laits à la guerre, et quelques malheureux qui, après ravmr j^e^dii iUmSii^ff biens au jeu, avaient joué leur:propr&coçps et c^ux ^e.leniiB femmes et de leurs enfants. Chacune de ces causes est indiqué^ prçsque dans les mêmes termes, comme étapt aujourd'hui une
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âonrce d'esclavage en Afrique. Ces faits, et un ou deux exemples de sacrifices humains, fourpisçent la prétendue preuve que rAfrlqueest frappée d'une naturelle incapacité pour la civilisa- | lion ; qu'il y aurait enthousiasme et fanatisme à la croire capabicd'acquérir jamais lesconnaissancesct les mœurs de FEurope ; que la Providence n'a jamais voulu Fëlevcr au-dessus de TéUt de barbarie ; que la Providence Ta irrévocablement condamnée à être seulement une pépinière d'esclaves pour les Européens libres et civilisés.
Admettez ces principes, en les appliquant à l'Afrique ; et je serais curieux de savoir pourquoi l'on aurait pu les appliq^ier aux anciens Bretons encore barbares. Pourquoi quelques sénateurs romaine, raisonnaiit sur les mêmes principes que quelquesuns des honorables membres de cette assemblée, et désignant les Bretons barbares, n'auraient-ils pas dit avec une égale hardiesse : a C'est un peuple qui n!arrivera jamais à la civilisation ; c'est un peuple destiné ^ n'être jamais libre; un peuple sans rintelligence nécessaire pour la pratique des arts utiles; abaissé par la main de la nature au-dessQUS du niveau de la race hu* maine, et créé pour faire une fourniture d'esclaves au reste du monde. » D'après les principes que nous avoris entendus, cela ne pouvait-il pas se dire «aussi bien et avec autant de Vérité de la Grande-Bretagne , à cette époque de son histoire, que nous, pouvons le dire aujourd'hui des habitants de l'Afrique?
Nous sommeç, il y a longten|[ps, sortis de la barbarie. Nous avons presque oublié, que nous fûmes autrefois des barbares. Nous sommes parvenus à un état de société ^qui présente le plus saillant contraste avec tous les traits dont un Romain aurait pu jadis nous caractériser, et que nous appliquons maintenant à l'Afrique. Il ne manque plus qu'une chose pour achever le contraste et pour nous justifier aussi del'imputation d'agir, même à eette heure, comme des barbares. 6n,e£fet, nous continuons encore, & cette heure, le barbare trafic des esclaves ; nous le continuons en dépit de nos grands et incontestables droits k HsL civilisation. Nous fûmes autrefois aussi obscurs parmi les na-
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lions de la terre, aussi sauvages dans nos coutumes, aussi corrompus dans nos mœurs, aussi dégradés dans notre intelligence, que le sont aujourd'hui les malheureux Africains. Mais dans le cours d'une longue suite d'années, par une progression lente, et d'abord presque insensible, nous sommes devenus riches d'une diversité de biens, favorisés sans mesure de tous les dons de la Providence, incomparables dans le commerce, éminents par les arts, plus avancés qu'aucun autre peuple dans les recherches de la philosophie et de la science, et comblés de toutes les bénédictions de la société civile. ' Nous sommes en possession de la paix, du bonheur et de la liberté; nous sommes sous la conduite d'une religion douce et bienfaisante ; nous sommes protégés par des lois impartiales et parla meilleure administration de la justice : nous vivons sous / un système de gouvernement que notre heureuse expérience ' nous autorise à proclamer le meilleur et le plus sage que Ton ait amais imaginé. Nous aurions été pour toujours exclus de tous ces biens, s'il y avait quelque vérité dans les principes que plusieurs membres de la chambre ont établis pour l'Afrique. Si ces principes étaient vrais, nous aurions dû languir, jusqu'à cette heure, dans le misérable état de brutalité et de dégradation où l'histoire atteste que nos ancêtres furent plongés. Si les autres nations avaient appliqué à la Grande-Bretagne le raisonnement que quelques sénateurs de cette île appliquent maintenant ?• l'Afrique, les siècles auraient passé, sans nous tirer de la barbarie; et nous, qui jouissons des bienfaits de la civilisation anglaise, des lois anglaises et de la liberté ^anglaise, nous serions en ce moment peu supérieurs, soit pour la morale, soit pour les connaissances, aux grossiers habitants des côtes de la Guinée.
Enfin, cet éloquent discours, qui ne serait qu'une déclamation, s'il n'avait pas produit un bien durable, se termine par un mouvement d'enthousiasme presque poétique ;
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Si nous écoutons la voix de la raison et du devoir, si nous obéissons cette nuit à leurs conseils, quelques-uns d'entre nous pourront vivre assez pour contempler le revers du spectacle dont nous détournons aujourdliui les yeux avec honte et regret. Nous pourrons voir les naturels d'Afrique engagés dans les pai« siblcs travaux de Tindustrie et dans les soins d'un commerce légitime ; nous pourrons voir les rayons de la science et de la philosophie poindre sur cette terre qui, dans une époque plus tardive encore, pourra briller d'une pleine lumière... Alors nous pourrons espérer que l'Afrique enfin, après toutes les autres parties du monde, recevra, vers le soir, ces félicités qui sont descendues sur nous avec tant d'abondance à une heure plus matinale de l'univers. Alors l'Europe, profitant de cette amélioration et de ce bonheur, recevra une juste compensation de sa générosité, s'il faut appeler générosité de ne plus retenir ce continent sous les ténèbres qui, dans d'autres régions plus favorisées, ont disparu si vite :
• • • . Nos primus equis Oriens afflavitanhelis: Illic sera rubens accendit lumina Yesper.
Malgré ces belles promesses d'une imagination philanthropique, malgré l'ascendant du premier ministre, la mesure ne fut adoptée qu'avec un amendement, et sous la réserve d'une exécution graduelle et successive. Toutefois c'est de cette époque, de ce discours que commence la réforme de cette grande cruauté de la civilisation. Depuis, le même principe a passé dans les lois des autres peuples ; et l'interdiction de ce commerce impie, infâme, s'est renouvelée, sans être malheureusement assez sévère et assez efficace. Plus de trente ans après Pitt, des voix éloquentes et généreuses ont invoqué les mêmes principes, ont dénoncé presque les mêmes barbaries à la tribune des cham-
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bres françaises. Tel est le succès tardif de C6S missions dliumanité. Les générations passent; de ivoaveaux talents s'élèvent pour plaider la nvéme cause« Le mal s'adoucit ; et le bien tout entier s-accdmplira dans FaveniT. Honneur à M. Pitt^ pour avoir coni'menée.
C'était, Messieurs, au milieu de cette poursuite paisible d'un but ssîlutaire pour l'humanité, que le mi*nistre anglais se prépaàraât à la guerre la plus terrible qui ait agité l'Europe; Ibinous* passerons vite. Il n'y a psis d^époquedansrrhisitolrede son pays, que l'on aime à entîBndre maudire. Ce parlement d'Angleterre, qui était la tribune de l'Europe^ et l'arsenal des rois coalisés, ne retentissait que dHmprécations contre la France. Nous écarterons lès invectivei^, et cheridierons seulement les traces dé génie.
L'habile lenteur de Pitt avait obtenu ce qu'elle vou lait. Elle avait irrévocablement divisé Topposition anglaise. Pour combattre un peuple dont la force était doublée par une révolution, elle avait attendu que toute l'Angleterre fût unie, redserràe'par la cminte et la haine.
C'est ainsi que Pitt' déclara et qu-il' commença la guerre; avec Pappui du vt^u nationitterd^une immense majorité diainâ: les dëtir(âi^mbres; Cependant quelques Voix éloquentes c(ui- représentaieni lk>ppofii%ioi» demandaient incessamment' xmé p&ii^ une ttére. Piti demeurait inflexible à tbusr l&s rfiisonnements et ihéme aux soufnrMces^itftél4euiiE»6 de i^m pays.U s^étàitdit que cette" Frïinee si" fbite, et r^eitdue furieuse, ilfàlMt lalksser; l'épuiser daii6> une guette plus-longue que' ne serait son^ardéun. B'Opposition aflaiblie, et sans populaiKté, répétait inutilement que cette guerre
actifaitiée centuplait les forces, ou du moins les efforts de Tennemi; iiu'un peuple en révolution est d'autant plus redoutable, qu'on lui otke la guerre au dehors, et qu'on lé consumerait bien mieux, en le laissant à lul^métne, au lieu de le distraire de Tanarchie parle pért! et' pa¥ la victoire.
Les deux opinions étaient éloquemment défendues, etibs cUances des armes venaient souvent appuyer la dettlièt^. Combien de fois Tôpiniâtre censtanoe de Pitt reçut-elle le démenti de la^ défoite ! combien de fois vit-il ces coalitions, qu'il avait si laborieusement formées, se briser, se dissoudre sous le coup de fou^ dre d^une victoire! Âlors^ r¥$nfemlé dans san île, il attendait, il amoncelait une guerre nouvelle» Il réveillait les craintes ; il sollic(itait les haines ;. il soldait^ il enrégimentait les peuples; et il redescendait encore' sur ce champ de bataille où son* armée européenne avait été vaincue. Dans> le point de vue impartial et' désintéressé, qui nous e&t facile aujourd'hui^ on est flrappé du génie de cet homme, d'autant plu» que ce ifest' point à la faveur du pouvoir absolu qu'il obtient ces grands' résultats^ H n'est pas despote ou général. Battu au Nord; il ne peut pas traverser son empire si** léncieux, et aller' ebetteber une victoire au Midi. Il^st vaincu ; les alliés de l'Angleterre oîit fui, ont traité ; des milliers^ d'Anglais sont tombés sur le champ de bataille ; il faut qtfU rende compte de tout.
Il a des adversaireséloquentë, implacable^; il a con*^ U% lui les reproches, l'humiliation de son pays, tant dé trésors prôdigués en vain; de subsides donnés d'a« vance, et dépensés par une défaite avant d'être votés : et cependant sa fermeté^ son^ génie,- son- éloquence lui donnent à lui, ministre accusable et Oracle, toute Tau*
dace, toute la stabilité d'un despote longtemps vainqueur. C'est ainsi qu'au milieu des troubles de l'Irlande, d'une détresse générale, d'une révolte de la flotte, on le voii suffire à tout et diriger l'Europe.
La supériorité de cet homme éclate pour nous dans toute sa politique, indépendamment du blâme qui peut s'attacher à ses actes. Remarquons-le encore : cet effroi de la révolution française, cette haine des crimes qui la souillaient, Pitt n'essaya jamais d'en abuser contre les principes éternels de liberté. Tout le parti sur lequel il s'appuyait, cette aristocratie anglaise, si hautaine, ces déserteurs du parti whig n'avaient que des paroles d'imprécation pour les premiers auteurs, pour les promoteurs généreux de la réforme française. Rien n'était collectif et implacable comme leur haine. Dans leur propre pays même, si une tradition de liberté, qu'aucun préjugé ne pouvait détruire, les empêchait de mettre violemment la main sur les droits publics, et de les briser comme des choses profanées par l'abus qu'on en faisait ailleurs, cependant toute impartialité avait disparu des procès politiques. Les bills du parlement étaient des actes d'accusation ; la liberté individuelle était suspendue. L'homme à qui cette disposition ardente des esprits remettait entre les mains un si grand pouvoir ne s'en servit jamais pour aucun intérêt personnel d'orgueil ou de vengeance. Son langage même n'avait pas ce caractère d'âpreté que l'on retrouve dans Windham, dans Burke. Il était grave et modéré. Je n'en citerai qu'un exemple : c'est une mémorable anecdote parlementaire.
Les convulsions violentesetsanguinairesdelaFrance semblaient apaisées* Un gouvernement à la fois moins
menacé et moins cruel régnait sur elle; cependant la guerre durait encore; une sorte d'interdit était jeté sur ce pays par les puissances de TEurope. Les hommes qui avaient pris part aux premiers troubles delà France, quoique victimes eux-mêmes de l'anarchie, restaient en butte aux soupçons et aux rigueurs. Trois membres de l'assemblée constituante, également célèbres, également honorables, le général Lafayette, MM. de Puzy et de Maubourg , avaient été saisis hors de France par les soldats de la Prusse , et jetés dans un cachot d'Olmutz , de cette forteresse d'Olmutz , espèce de Bastille européenne pour les vaincus et les malheureux défenseurs des plus nobles causes qui aient été soutenues en Europe. C'était là que, sur la recommandation de la Russie , avaient été soigneusement gardés plusieurs de ces courageux Polonais qui avaient fait d'impuissants efforts pour l'indépendance de leur pays. Là, près du généreux Français qui avait acquis tant de gloire en Amérique, une femme, modèle de vertu et de tendresse conjugale, avait obtenu la faveur d'une captivité commune : elle était enfermée , avec sa fille, dans la prison de son époux.
Toutes les âmes généreuses ressentaient un vif intérêt pour cette infortune, qui semblait continuer les proscriptions, au moment où elles commençaient à cesser en France. Le bruit devait en retentir dans le parlement britannique.
Un Irlandais, le général Fitz-Patrick , avait , dès l'année 1794, réclamé vivement; mais la haine et la terreur qu'inspiraient les désordres et les victoires de- la France étaient encore trop récentes. On avait peur de la pitié, comme d'une faiblesse qui vous livrerait à l'ennemi. Rurke, dans l'ardeur de sa conversion nouvelle, IV. 16
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dans son indignation devenue impitoyable à force de pitié, s'était élevé avec une inexorable véhémence contre toute réclamation, et avait fait taire les orateurs. Cependant la captivité s'était prolongée, les rigueurs ne s'étaient pas affaiblies. Cette femme, d'un dévouement si noble et si tendre, partageant une dure captivité, ajoutait un intérêt de plus au malheur du gêné* reux proscrit.
Le général Fitz-Patrick renouvela, dans la chambre des communes, la demande d'une intervention en faveur des trois prisonniers dX)lmultz, Son discours élégant et noble ne s'adressait qu'à l'honneur national, ne réclamait que la justice, sans récrimination politique.
L'impétueux Windham, alors ministre de la guerre, qui avait été whig si ardent, et qui, par cela méme^ était tory si passionné, Windham se lève et veut répondre ; mais Pitt^qui prévoyait sa colère, prend la parole. Son langage est calme et bienveillant; il s'accuse près- <{ue, il regrette de ne pouvoir adopter ce qu'on lui propose; les expressions d'estime, d'intérêt tombent de sa bouche; il voudrait tout concilier : et cependant il trouvedes raisons invincibles pour ne rien faire. Le débat se prolonge. Fox répond avec un peu d'amertume» Wilberforce se lève; ardent ami delà liberté, l'irréligion française l'a ramené vers lepouvoir. Whig eiméthodiste^ il soutient le ministère de Pitt, par attachement à l'ordre social: mais dans son alliance désintéressée, if conserve la. générosité de ses premiers principes. En ce moment il paraît favors^e à la motion de Fitz-Pa« trick ; il propose une intervention, dont il laisse la forme au choix du ministère.. FitZt^Patrick accepte l'amende* ment propMé. Wiii4ham«faitencore un signe pour ob*
AU DIX-RUITtÈllE SIÈCLE. 21^
tenir la parole; mais Toratourévitede l-apercdvoir; le débat continue. Enfin, dans un intervalle^ Windhani
s'est levé, et avec cette vivacité colère, avec ces ex-
pressions injurieuses, spirituelles, avec ce mélange de logique et d'inconséquence qui le caractérisent, il se moque de la philanthropie de Wilberforce, allié aotuel du ministère: il se moque plus amèrement du zèle généreux de Fitz-*Patrick ; il prend en main la cause des persécuteurs ; il trouve des excuses à» toutes les violences , il parodie la pitiéla plus légitime ;il de^ mande pourquoi le même intérêt ne s^attache pas à tant d'autres victimes politiques, à ColIot^d'Herbois, par exemple, à ce pauvre Collot-d'Herbois ; puis alors, avec une verve bouffonne, il fait un tableau pathétique des malheurs présumés de CoUot-d'Herbois ; il démt la Guiane; il s'indigne du mauvais climat et du séjour insalubre de cette colonie ; il s'attendrit ironiquement : puis il devient sérieux, dur, implacable.; il 6'élève contre les hommes qui, bien ou mal intentionnés, dit-il , ont pris part au commencement des grands troubles civils ; il s'irrite contre ceux que leur intérêt même, leur naissance, leur fortune n'a pas retenus dans Je parti du pouvoijr; il leur dit anathème; il souhaite .qu'ils épuisent le calice jusqu'à la lie. Après ces déri« sions amères, ces bouffonnerie^s^ ces insultes, il se rassied paisiblement. Fox se lève. .Je ne redirai pas ici tout son< discours. Je ne m'arrêterai' qu'à la réfutation de cette maxime dure et fausse de Windbam, qui réprouve les mécomptes de la^ vertu, et calomnie ses revers, plus qu'il ne s'indigne contre les crimes, qui ne fait aucune part aux intentions, et ne juge que le succès. Après une amère allusion *à la désas-
Ireuse entreprise de Quiberon, dirigée par Windham :
Eh quoi! dit Fox, quelque corrompu, quelque intalirant, quelque oppressif, quelque ennemi des droits et du bonheur de rhumanité que soit un gouvernement ; quelque vertueux, quelque modéré, quelque patriote, quelque humain que soit un réformateur, celui qui commence la réforme la plus juste doit être dévoué à la vengeance la plus irréconciliable ? SU vient après lui des hommes indignes de lui, qui ternissent par leurs excès la cause de la liberté, ceux-là peuvent être pardonnes; toute la haine de la révolution criminelle doit se porter sur celui quia commencé une révolution vertueuse? Ainsi, le trèshonorable secrétaire de la guerre pardonne de tout son cœur à Cromwell, parce que Cromwell n'est venu qu'en second, qu'il a trouvé les choses préparées, et qu'il n'a fait que tourner les circonstances à son profit. Mais nos grands, nos illustres ancêtres, Pym, Hampden, le lord Falkland, le comte de Bedfort, tous ces personnages à qui nous sommes accoutumés à rendre des honneurs presque divins, pour le bien qu'ils ont fait au genre humain et à leur patrie, pour les maux dont ils nous ont délivrés, pour le courage prudent, l'humanité généreuse, le noble désintéressement avec lequel ils ont poursuivi leurs des* seins; voilà les hommes qui, suivant la doctrine de cette soirée, doivent être voués à une exécration éternelle. Jusqu'ici nous trouvions Hume assez sévère, lorsqu'il dit qu'Hampden est mort au moment favorable pour sa gloire, parce que, s'il eût vécu quelques mois de plus, il allait probablement découvrir le feu caché d'une violente ambition. Mais Hume va maintenant nous paraître bien doux auprès du très-honorable secrétaire de la guerre. Selon ce dernier, les hommes qui ont noircii par leurs crimes, la cause brillante de la liberté, ont été vertueux, en comparaison de ceux qui voulaient seulement délivrer leur pays du poids des abus, des fléaux de la corruption et du joug de la tyrannie. Cromwell, Harrison, Bradshaw, l'exécuteur masqué qui a fait tomber la tête de l'infortuné Charles P'', voilà les objets de la tendre commisération et d«
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rindulgence éclairée du très-honorable secrétaire de la guerre. Hampden, Bedfort, Falkland tué en combattant pour son roi, voilà les criminels pour lesquels il ne trouve pas encore assez de haine dans son cœur, ni assez de supplices sur la terre. Le très-honorable secrétaire nous Ta dit positivement : pour ces rois et pour ces ministres absolus, Collot-d'Herbois est bien loin de mériter autant de haine et de vengeance que Lafayette... Après m'ôtre étonné d'abord de cette proposition, je commence à la concevoir. En effet, Collot-d'Herbois est un infâme, est un monstre; Lafayette est un grand caractère et un homme de bien. Collot-d'Herbois souille la liberté, 11 la rend haïssable par tous les crimes qu'il ose revêtir de son nom ; Lafayette l'honore, il la fait chérir par toutes les vertus dont il la montre environnée.
Ces épisodes oratoires ne doivent pas nous détourner du grand spectacle que présente cette époque ; c'est toujours Pitt qui la remplit tout entière. En 1800, des propositions de paix sont faites à l'Angleterre par le nouveau gouvernement de France. Pitt les combattit dans le parlement. Le temps me manque ici pour reproduire soji discours ; mais je l'indique à votre attention, comme un monument historique. Les événements y sont jugés dans le point de vue patriotique d'un Anglais, mais avec ce reste de haute impartialité dont un homme de génie ne peut se défaire. L'homme qui s'était saisi du pouvoir en France est apprécié sans colère, sans insulte, avec un secret respect et une visible terreur pour la supériorité et l'activité de son génie. Mais cet homme, par cela seul que l'orateur le juge ainsi, il le croit incapable de la paix. Dans deux pages, politiquement et historiquement admirables, il fait résulter la nécessité de la guerre, la passion de la guerre, et je dirai presque le droit de la guerre,
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pour cet homme, de la situatton où' il est plaeé, ^ lio besoin qu'il a d'assurer et de compléter sa fortune/U le regarde, il le représente comme une puissance fatale, poussée toujours devant elle, et qui doit marcher et, grandir jusqu'à sa chute; et il attend cette chute. Mais la politique prévoyante et obstinée dlun hon>me ne pouvait se communiqué à tout un peuple; elle ne .pouvait tenir conti^ les coups redoublés das éyéniîments qui venaient briser toutes les liguer et. di^c^ncerter tous tes plans.
C*était au <x>mmeneement de 1800 que Pitt pariait ainsi ; en même temps, il cherchait à ménager des forces nouvelles pour la lutte si longue à laquelle il dévouait son pays et lui-même. Cette unité à laquelle il avait ramené les partis, il voulut TétabUrdan^ les éléments de la monarchie britannique. II suppirima^le parlement d'Irlande, et réunit entièrement cette Ile à l'Angleterre. Une conséquence naturelle de l'acte d'union, c'était sans doute l'émancipation catholique. Pitt la désirait : il était digne de l'accomplir. Mais elle était réservée à une autre époque. Remarque2-4e, Messieurs; cette Angleterre, dont la puissance et la liberté même semblaient fondées sur des oppressions partielles, chaque fois qu'elle a besoin de trouver un surcroît de force, elle détruit une injustice, elle recon« naît un droit. Veut-elle se préparer pour quelque grande lutte, ce n'est pas une liberté qu'elle supprime ; c'est une liberté qu'elle élève comme une colonne de plus pour soutenir l'édifice.
Après avoir réuni l'Irlande à l'Angleterre^ Pitt songeait à préparer l'émancipation des catholiques. Mais CCS coups do hache de la victoire faisaient sauter en éclats tous les plans du ministre. La bataille dé Ma-
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-Tcngoiwrise la coalition. Pîtt, alors, descend du mîfitstère;'!! n'en tombe pas, il se retire. La paix quMl a Tepoussée, il la croît provisoir^nent' nécessaire, inévitable ; mais il laisse à des hommes inférieurs, à des «OttSHordres de son génie, le soin de la feifeet delà signer à sa place. Il était sûr qtt*elle ne serait pas lon- -gue l'cefut la paix d'Amiens.
'Dans l'intervalle, Fox vint en France et fut aecueilli »par'le premier consul. Savez-vous Tidée qu'il emp<Mrta de ses entretiens? Que le premier consul était un jeune homme enivré de sa grande situation, étourdi de ses prodigieux succès, qui voulait rester là, et sou- 'haitait passionnément le maintien de la paix; que l'on avait été bien coupable de contrarier une intention si sincère.
Une fois, revenant de dtner à la nouvelle cour. Fox était singulièrement frappé de l'enthousiasme du jeune consul pour le bien de l'espèce humaine, et de ses projets de réunir les deux mondes, de rapprocher 'Vfiomme blanc et Yhomme noir, et de fonder les bases d'une paix perpétuelle. Sans faire tort à la sagacité de ^rhonmie d'Ëtat anglais, j'imagine qu'il fut dupe, et tfu'il y avait dans la. politique instinctive du jeune conquérant un désir de flatter le philanthrope auquel il parlait^ et de le bercer d^spérances selon son cœur.
Pitt était moins confiant. Loin de croire à la durée de la paix, il redoutait* pour Mngleterre une invasion, *qui peut-être ne fut jamais sérieusement -projetée. -€ette crainte d'un paréiMionime est un grand homnnage-au génie dtJbguerrier.^Cependant, au premier signe de Pitt, ^e ministère qu'il avait laissé là, comme -9on dfaapeau, disait^on, se relira. Pitt remonta, par droit de conquête, à cette place qu'il avait déjà oeeu-
pée dix-huit ans, et aussitôt la guerre est rallumée. L'art et la politique ramassent de tous côtés des soldats pour commencer cette dernière campagne de l'Europe contre la France, du vivant de Pittau moins- Hais, encore une fois, le bras de fer du conquérant brisa toutes les forces de la coalition.
Les subsides anglais étaient dévorés; l'Angleterre pliait sous le poids d'une dette énorme. La confiance dans l'habileté du ministre était ébranlée devant de tels désastres. L'âme altière de Pitt ne résista pas à cette nouvelle tromperie de ses espérances. C'est en 1803 que la paix de Presbourg fut signée. Quelques mois après, Pitt n'existait plus. Ce n'est pas de la goutte qu'il est mort, c'est de chagrin. Il ne put résis ter à ce dernier démenti qu'il recevait. Son patriotisme et son orgueil furent également désespérés. Il mourut sans douter de la sagesse de ses premières vues ; il y croyait fermement; il les léguait à d'autres . mais il éprouvait un cruel mécompte, une amère douleur de ne pas assister lui-même au. succès de ses desseins, et de s'en remettre à l'avenir et à d'autres mains.
Cette grande scène du parlement d'Angleterre se dégarnit et semble se fermer en quelques années. Tous ces personnages qui avaient paru avec tant d'éclat s'en vont l'un après l'autre. Singulier éloge, tout à la fois, d'une constitution et d'un homme ! Ce que cet homme avait commencé par son audace d'esprit, par son génie tenace et entreprenant, tout cela sera continué et achevé par l'esprit du pays, pour ainsi dire, par la tradition qui remplacera l'homme supérieur et régnera pour lui. C'est la gloire des Etats libres. Ils font naître le génie, et ils peuvent s'en passer et vivre^ en quelque sorte, de la pensée publique.
J'ai dit que cette scène du parlement britannique, si riche, si éclatante de talents, devint déserte. Pitt meurt à quarante-sept ans, consumé par les travaux et les chagrins du grand rôle qu'il avait commencé si jeune. Son rival Fox, qui depuis vingt-quatre ans luttait pour ressaisir le pouvoir, arrive enfin à ce but : le voilà ministre. Il trouve les embarras qu'avait légués réexécution même des grands desseins de son prédécesseur, cette dette immense, cette guerre commencée ; il veut faire une guerre de plus, une guerre à la Prusse pour la défense des Etats du Hanovre. Mais au milieu de ses projets à peine ébauchés, et avant qu'on eût pu juger si son génie politique égalerait son éloquence, il meurt. Sheridan lui survécut quelques années; mais pour languir au-dessous de lui-même, dans la décrépitude prématurée du talent. Rien ne dévore comme la tribune. Elle consume par l'agitation véhémente de la parole, les impatiences de l'amour -propre, et les inquiétudes ou les mécomptes de l'ambition : la vie politique dans un Etat libre, c'est l'émotion irritante de la parole ajoutée à tout l'accablement des affaires. Cette vie eût tué Richelieu dix ans plus tôt.
Un moment secrétaire d'Ëtat avec Fox, Sheridan ne fut plus rien après lui. Le brillant Sheridan perdit tout, non-seulement sa fortune (il avait commencé par là), non -seulement le pouvoir (il n'était pas fait pour le garder), mais il perdit sa popularité. Et, j'ai peine à le dire, il échoua dans une élection. Sa misère devint si grande, qu'il allait être arrêté sur son lit de mort. Son médecin fut obligé de le sauver des huissiers, en , déclarant qu'il ne pourrait être transporté vivant jusqu'à la prison. On regrette que cette générosité pré-
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tendue 'des.Aiiglaifi tie se âoU |>as:trouvée.Ià,et que vingt mille souseriptioûSin&soientpasivenuQs protéger le lit de mort de ce Sberidaii qui avait fait iant tite le public à ses comédies, et qui s'était fait taat applaudir au parlement.
L'atné de tous ces homm^ illftstres, Burke, les avait depuis longtemps précédésilam laitombe. Ses derniers jours avaient été empoisonnés d'une amère douleur. Il avait télevé,.^ec< les soins les plus tendres, un fils qui annonçait itopli^sf are talent pour les lettres et la tribune. Une mort prématurée lui enleva ee jeune homme, déjà nommé membre de la chambre des communes. Le jour où, après cet inconsolable malheur, il reparut pour la première fois au parlement. Fox s-approeha de lui : malgré leur vieille animosité, souvent aigrie, par de nouveaux dissentiments, malgré lesblessures^ Réciproques qu'ils s'étaient faites. Fox le .voyait si malheureux , qu'il voulait redevenir son ami. Mais Buri^edétouroailes-yeiiK, r^rfusant de recevoir les ocmvSolations d*un honmie qu'il n'aimait plus. Bientôt il^e retira tout à fait du parlement ; Jline voulut plusd'une ^lébrité qu'il ne pouvait transmettre à son fils ; et peu de temps après, Burke n'était plus.
Ainsi, eette brillante pléiade du parlement (britannique s'éteignit. Ces quatre hommes diversement a4làbres,iqui avaient charmé, dominé leurs conoitoyena, qui.avaient régné sur l'opinion, ouiguidé le pouvoir, tes< voilà disparus. Api^ eux , resta resprit môme du pays, lia puissance de. la conatitution ; puis ^'élevèrent desl^ommes qui s'appelaient leurs élèves, et qui, déjà, «ûnt^eiK^inémes remplacés presque tous. Vingt ans suffiswt, dans cette active et dévorante carrière pour miQumtertPttS les personnages. Burke, Pitt, Fox, fu-
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rent eiilevés^»vc»it lavieillesse, comme nous avons vu disparaître, plus vite encore, Camille Jordan, de Serre 9t le général Foy.