CNÉIUS
Ëcoutez, Agrippine, avant de me |uger.
Que de cet knlHrogHo bizi^r« sorte- Tsifbettse vérité ; que le jeune Gnéius irévèle leditMibte erimed» Tibère, rempoisonnement de ftermanieiifr et l'assassinait de l'empoisonneur, que Ton entende alors Agrippine s'écrier : Quel abîme I il n'y en a pas moins quelque chose dinsoutenable dans cette situation. Elle ferait souffrir le bon sens du spectateur; elle détruit le grand caractère d' Agrippine ; elle dément la nature et l'histoire. Dans l'histoire, Agrippine ne doute pas un moment que le crime n'ait été consommé par Pison et ordonné par Tibère. Sa conviction était dans sa douleur. C'est là ce qui rend sublimes, et son voyage à Rome, et sa poursuite devant le sénat de Tibère.
Il y a, dans cette transformation du rôle et de la passion primitive d'Agrippine, un défaut de vérité qui altère le grand effet du cinquième acte.
Je ne répéterai pas ce que j'ai dit sur le mystère dont Tacite entoure le crime de Tibère, sur ce silence de la peur, qui me semble plus tragique et plus terrible que les cris accusateurs de Cnéius. Les paroles de Cnéius n'en sont pas moins dramatiques, éloquentes. Cnéius se frappe avec le poignard qu'il a retiré de la blessure de son père; et, s'adressant à Tibère, selon
Tusage un peu trop fréquent sur notre théâtre, de maltraiter les tyrans en face, il s*écrie :
Tyran profond, mais yil, honte et fléau de Rome, Ëclipsé dans ta cour par Tombre d'un grand homme. Quand, de tes attentats ministre infortuné Pison par son complice expire assassiné, Tu m'offres des trésors teints du sang de mon père 1 Garde pour un Séjan les faveurs d'un Tibère.
Un autre aura Thonneur de yenger tes victimes; Séjan respire encor; tu puniras ses crimes :
J'ai vécu, je meurs libre; et voilà mes adieux. Il est temps de placer Tibère au rang* des dieux.
Voilà sans doute Taccent tragique; on le retrouve presque toujours dans cette pièce. La déclamation s*y mêle rarement. Je souhaiterais que Chénier eût fait plusieurs tragédies semblables; et celle-ci doit assurer à son nom une gloire durable.
AU DIX-HUITIÈMR SIKCLE. 337