‹ Cours de littérature française (volume 2)Chapitre 5 sur 28 · IV · texte numérisé non relu

IV

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il voulsh édairer le pouvoir qu'il servait. Les premiè*res plaintes de rAmérique furent accueillies, par- ftUt généreuse iMeFvention. Il concourut à faire aboUr- lai taxe du hmftre; mais la poIii>que;qii'il inspirait et quUL soutenait par son traient ne fut pas durable ; le ministère de Reckingham tamba; et bientât après s'éleva la ministère^ de lord North qui a coûté si cher à TAtugie* terre, de ce lord North qu'on: a peut-être trop ac(»iséy et qui a été, si Ton peut parler ainsi, le tilulaiire d'uo: malheur inévitable* Dans la situation de rAtnglettexire, il fallait bien que les colonies se séparassent d'elle; il fallait que l'Angleterre laissât échapper de son impé^ rieuise tutelle cette grande puissance qu'elle avait «rééo avec une sorte d'orgueil imprudent. Et quajid c€B quinze Ëtats d'Amérique, avec leur liberté, leuirs. rir ohesses et leur populaticm croissaal chaque Joac,. avec l'esprit whig qu'ils avaient reçu d'Angleterre^ voyaient des taxes et' des commissaires arriver de si. loin, et des ordres arbitraires traverser l'Atlantique, la tentation de les renvoyer devait être bien vive, et il ne fallait pas toutes les fautes de lord Nortb pour qua cette tentation réussît. un jour. Mais enfin, dans le patriotisme de tout bon Anglais, ce malheur pèse sur la^ mémoire dé lord North ; cependant c'était un hommei plein détalent et d'esprit; il avait surtout au plus haal degré ce don ministériel d'être impassible. Les plua^ vives attaques ne pouvaient lui donner ni trouble ni colère. Une seule fois il perdit ce calme habituel, mais dans une occasion touchante et qui honore sa mémoivCc Du reste, dans cette chambre des communes, où se trouvaient des hommes ardents comme Wilkes, doni Tamertume était aigrie par les injures qu'il avait souifertes, et par tant d'exclusions arbitraires qu'avait vain-

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eues robstination des éieoteors., North ôeoutait les plus violentes LQvectivesAvec.leplu6,parfait saog-froid. Quelquefois 'ihpapaifisaiiS'endocmir; mais il se réveillait pour répo&dre, et .il se défendait alors avec une gramde faeilHé d'expressions. Pendantique les paroles graves, solennelles de lord Chatam sur la guerre d'Aaiérique retentissaient à>la chambre des pairs, une auto protestation, moins éloquente, mais vive, injurieuse , se refioavelait chaque ijour à la chambre des oommuDB6.>Lesip(Fincipaux ocg&nes de cette opposition tétaient ^udse, Fo^x, et ce Wilkes, âi:long;lemps repoussé du parlement.

(Henri <Fox, qui doit îouer uu si gnuiâ râle dans lïi^oirc iparlemionitBiire de son p0y«^,£ox,>Uantagoniste prédestiné de «Pitt, sortait dluae .faoïille opulente et cemidéraUe. ill 'était «fils de.Henm Fox, lord Holland, l'no<des fflnsiialiilesioonfideate'die Walpole; et par sa mère il élakalliéfà la roj^'alemaison des Stuarts.

iParnme singnianté {remarquable., Us râles quV mienrt soatonus lerd Molland et lord'Ohatam devaient être renversés en .k^personne de leurs fils. Lord Eollaminvait'éto le eewiteur actif d*ua ^uvoir corrupteur, insidôeufiemeni .arbitraires Ghiiiam avait été Tennemi emistant de ee pouvoir., et le défenseur enthousiaste de laJiberté. Le fils deGhatam,.au.coatraire,rillustre Piit devaitiôtre, »fecl)6auG0up de ^énia sans doute, et avec llexGuse d'une grande iikécessitté, ie plus habile promoteur du pouvoir; et Fox devait être un jour le phis ardent ami de toates les doctrines ipopulaires.

:En attendant, il'Beeevait de son père une grande lortune acquise sous de fâcheux auspià^es, et à travers an proeès en concussion qui dura beaucoup d'années. Voici le portrait que Chestorfiold a tracé de .lord

Holland, dont Fox répudia si noblement l'exemple :

Cet homme, dit-il, n'avait aucune notion, aucun principe de liberté, de justice ; il méprisait comme des sots ou comme des hypocrites tous ceux qui pouvaient ou paraissaient y croire ; et il a toujours vécu comme Brutus est mort, en appelant la vertu un vain mot.

Fils d'un tel père, Fox fut élevé dans toute la liberté d'une grande fortune et d'une morale peu sévère : les habitudes de la jeunesse développèrent en lui les goûts frivoles qui, dans la suite, ont fait tort à sa gloire et à son élévation politique : et le contraste qui devait se trouver entre son rival et lui commença dès l'enfance. Fox étudia d'abord dans le collège d'Ëton; il apprit le latin , le grec; mais toutes les dissipations du plaisir lui étaient déjà familières; il porta les mêmes goûts à Oxford , en les mêlant aux plus laborieuses études. Dès l'âge de quatorze ans, son père, qui croyait apparemment qu'on pouvait prodiguer Taisent mal acquis, l'habituait à jouer gros jeu : l'ayant conduit aux eaux de Spa, il lui donnait chaque soir plusieurs guinées pour aller les perdre ; et il déposait ainsi dans l'âme de cet enfant la passion effrénée qui, trente ans plus tard, le détournait des plus graves devoirs, et, pendant son ministère, obligeait ses commis de le poursuivre de leurs portefeuilles jusque dans les maisons de jeu.

Mais, en même temps, lord Holland préparait son fils au talent de la parole, l'encourageait, l'exerçait à tout dire avec assurance, et lui laissait dans l'esprit comme dans la conduite une liberté pleine de verve et de caprices. Au milieu des cercles les plus nombreux, Fox, à peine sorti de l'enfance, discutait, raisonnait avec une aisance hardie qui déployait en lui toutes les ressources de son heureux naturel*

Élu membre de la chambre des communes à Tàge de dix-neuf ans, Tillégalité de sa nomination prématurée ne fut couverte que parla protection du pouvoir. Un semblable avènement et la situation de lord Holland attachaient le Jeune orateur au parti du ministère : mais ce joug était peu fait pour lui; et, quoiqu*il ne le rompît pas d'abord, il le porta toujours avec une sorte d'indépendance. Un emploi considérable, dont il fut doté par le crédit de son père, ne Tempécha pas de se rapprocher des membres de Vopposition , tout en les (Combattant encore quelquefois. Et lorsque vinrent les événements de la guerre d'Amérique, lorsqu'il eut entendu l'éloquence de Burke dans une si noble cause, un sentiment généreux s'alluma dans son âme ; il s'ennuya de sa dépendance.

D'autres questions s'élevaient en même temps que celle de l'Amérique, et intéressèrent également la générosité de Fox. Les persécutions légales et régulières qui pesaient sur les catholiques d'Irlande avaient été faiblement adoucies par quelques bills ; et des protestations publiques, des émeutes même s'élevaient en Angleterre contre ces actes de justice, et commandaient au pouvoir de nouvelles rigueurs; car, en Angleterre, souvent c'est une erreur de l'esprit public qui fait l'erreur du gouvernement. Ainsi, on réclamait par des séditions le maintien de vieilles tyrannies abrogées.

L'âme de Fox fut blessée de cette timide complaisance qui traînait l'administration britannique à la suite des passions populaires. Tout à coup il brise avec elle ; et, élevant la voix en faveur des catholiques, il parle avec force contre le serment du test. Au milieu de la séance du parlement, il reçut un billet de lord

Norh, qui lui annonçait sa destitution. Voilà donc,

Messieurs, encore un redoutable champion pour appuyer les droits des Américains.

Je ne vous promets pas de vous (ai:re'enjteiidrel)ea«h coup de paroles -aussi imposantes et qm laissent dans vos âmes une impression aussi durable que les discours de lord Chatam. Cependant, pour concevoir et la constitution britannique, et le rôle puissaat que l'éloquence joue dans le gouTevuemenit deFiingleterre, il faut rappeler encore quelques-^nes de ©os seènes parlementaires "qui se liaientauxcomnafinoements^taux incidents de la guerre d'Amérique.

'Voulez- vous entendre raisonner jce Wilkes, réputé si factieux? D'abord il établit ce princifie : l'Angleterre ri*a pas plus le droit de taxer l'Amérique, que le gouvernement anglais n'a le droit de tax^ lefi sujets anglais sans leur consentement:

• Si Ton veut consulter, dit-il, les recueils de la Tour de Londres, on trouvera que la ville.de Calais, en France, quand elle appartenait à la couronne impériale de ces royaumes, n'a jamais été taxée sans avoir des représentants au parlement. Deux bourgeois de Calais votaient et siégeaient dans cette chambre. Xes writs du chancelièrr à ce sujet , sous le règne d'Edouard Vf» orties noms des baiiT^coîs ^se coiiservent «neore. J«e les ai publiés 'diaprés des o<ipios auithcntkiaes.

Apràsavodr exposé le droit des Américains, la mo- .éératiûn 4e leurs demandes, leur intention de rester ildèlesâ la couronne d'Angleterre, et Timprudence de •Je&tsaiter trop vite en-rebelles, l'orateur toucke hardiiment la grande question de la légitimité que le succès ffdofnne à toute résistance:

Des hommes éclairés, dit-il, ont employé leunéloqueneeià envelopper toutes les provinces d'Améri<iae'dans .èe crittc^lo

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rèbeliicm. Hais l^Ust présent de ce paysosUil une TébcIUoo? ou n*esi-ce qu'une résistance convenable et jtisfce à des eaups d'autorité qui blessent la constitution, qui envahissent la propriété et la liberté? Voici ce que je sais très-bien ; une résistance couronnée de succès est une révolution, et non plus une rébellion. La rébellion est écrite sur le dos du révolté qui s'enfuit; mais lajrévolulion brille sur la poitrine du guerrier victorieux. Qui peut savoir si, pour prix de nos folles menaces, les Américains, après avoir tiré Tépée, n'en jetteront pas le fourreau aussi bien que nous, et si, dans peu d'années, ils ne fêteront pas l'ère glorieuse delà révolution de 1775, comme nous célébrons celle de la révolution de 1688? Si le ciel n'avait pas couronné du succès les généreux efforts de nos pères pour la Bberté, leur noble sang aurait coulé sur les échafauds, à la place du sang des rebelles écossais; et cette période de notre Histoire, qui nous fait tant d'honneur, aurait passé pour une rébellion contre Fautorité légitime, et non pour une résistance autorisée par toutes les lois de Dieu et de l'homme.

Gfcs discoure hardis ne laissaient pas de troublei* le saug-'froid de Narth, et augmentaient infiniment les difficultés de sa périlleuse tâche. Les moyens qu'il mettait en usage pour soutenir cette guerre étaient, même en Angleterre, des bllls «outre la sédition, de firéquentes proclanrations, et, afiti d'exciter le sentiment populaire, des cérémonies religieuses, où l'on invoquait la faveur du ciel sur les armes britanniques, c'est-à-dire sur les armes mercenaires et barbares de ces bandes allemandes et de ces hordes sauvages qui, au nom du roi d'Angleterre, ravageaient les provinces des colons anglais d^Amérrque.

Utteprodamation royale venait d'ordonner un jeûne solennel pour appuyer les nouveaux «irmemcntspréparés par le ministère. La vive imaginatioti de Burke s'empare de ce contraste de dévotion officielle et de

guerre implacable; et, après avoir énergiquement re-tracé les embarras de T Angleterre :

Dans cette situation insupportable, dit-il, on nous appelle au pied des autels du ToutnPuissant, avec la guerre et la vengeance dans le cœur, au lieu de la paix de notre divin Sauveur. Il nous a dit: Je donne la paix; mais nous, ce jeûne public» nous le célébrons, n'ayant dans le cœur et à la bouche que la guerre, la guerre contre nos frères ! Jusqu'à ce que nos églises soient purifiées de cet abominable office, je les regarderai, non comme les temples de Dieu, mais compte les synagogues de Satan. C'est un acte infâme, comme acte politique ; c'est une impiété, comme acte prétendu de dévotion nationale. Eh quoi ! vous convoquez le peuple avec des formes solennelles à se rendre dans les églises , à participer au sacrement et à faire un sacrilège au pied de l'autel ! vous voulez qu'il commette un paijure public, en chargeant nos frères d'Amérique du crime de rébellion ; également coupables, soit que vous mentiez en le sachant, soit qu'ignorant la vérité vous appeliez Dieu toutpuissant en témoignage d'une imposture qui devient un blasphème !

Mais cette éloquence fastueuse, asiatique, n'était pas ce qui saisissait le plus fortement les vieux Anglais» raisonneurs opiniâtres, zélés pour la gloire de leur pays, et incapables d*étre conduits autrement que par un intérêt bien montré, bien compris. Voilà peut-être par quel motif Burke n^eut pas tout à fait dans son pays la puissance oratoire que semblaient lui décerner les éloges des étrangers. Ce n*est pas que Fox, dans ces complaisantes réciprocités d'éloges politiques qui ne tirent pas à conséquence, ne Tait appelé le plus beau génie de l'Angleterre au xviii» siècle. Mais, dans la réalité, cette parole pompeuse de Burke convenait bien

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moins que l'éloquence de Fox au caractère tout politique et tout pratique de l'Angleterre.

Cette grande question de rAmérique est agitée par Fox avec plus de vigueur et de précision. Son animosité véhémente, piais habile, ne s'exhale pas en injures vagues. Le génie de la discussion, la stratégie parlementaire, l'art de prouver et d'attaquer, éclatent dans Fox avec une singulière habileté et un bonheur presque continuel. Bien que les paroles dont il s'est servi n'aient pas été conservées dans la vivacité de l'à-propos incomparable qu'admiraient les auditeurs, il reste encore dans ces copies froides, incomplètes, quelque chose de démosihénique. Cependant ce n'est encore ici que le début de Fox; il n'a point en tête, jusqu'à présent, cet adversaire qu'il combattit près de vingt années ; il n'est pas encore engagé dans cette lutte à mort contre M. Pitt, lutte d'autant plus remarquable, que chacun des deux adversaires y remplissait le rôle qui convenait le mieux à sa nature, et qu'ils se partageaient admirablement l'attaque et la défense, l'appel aux passions populaires et l'apologie du pouvoir. Mais revenons à lord North : après Wilkes, après Burke, Fox l'attaquait encore avec autant d'irpnie que de véhémence.

Il faut relire son admirable discours dans la session de 1780, à la suite de la victoire de lord Cornwalis sur les insurgés. Il faut voir comment, après tant de défaites des armes anglaises, dont il accuse le ministère, il l'accable encore plus de cette unique et stérile victoire remportée malgré ses fautes. Il faut l'entendre renouveler les prédictions et l'éloquence de Chatam :

On me reproche, s'écrie-t-0 en finissant, d'avoir dit que ^ la

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guenre d^Amérique est injuste. J'ignore s'il y a péril à dire ce qu'on pense; mais je sais qull est du devoir de tout honnête homme de le dire. Je pense, moi, que la guerre d'Âmèfique Cil injuste; je Tai dit cent fois dans cette chambre, je Tai dit mille fois ailleurs, je le dirai en tout temps «t partout où j'aurai occasion de le dire, je le dirais à runiversentier, «i ma voix aTBit assez de force pour se faire entendra dans toutes les partèBs^de icet univers.

Xûas ces discours éloquents, toutes C6S invectives, concoucant avec Tintrépido défense des Américains, et leur révolution liabile et modérée^ avec les manifestée de leurs congpès et les apmes de la France, TAngle^ terre j)erditrAmérique. Mais ce n'était, pas tout; bien d'autres périls se mêlaient à ce désastre. L'Angleterre n'avait.pas dans l'Europe un seul allié fidèle; il y avait bien des alliances écrites, des traités, des ambassadeurs, toutes ces cérémonies de la paix; mais l'Angleterre n'était plus crainte, et toujours haïe. L'Irlande était agitée, quarante mille hommes avaient pris les armes; la liberté anglaise semblait enfanter mille dangers ; des écrits factieux se répandaient avec profusion ;. le peuple appuyait toujours par des émeutes les lois odieuses contre Jes catholiques ; des discours d'une violence extraordinaire retentissaient dans toutes les réunions publiques. Sous prétexte de s'opposer aux mesures de justice que réclamaient les dissidents, lord Gordon, membre du parlement, rassemble un peuple immense, ivre de sédition et de fanatisme, et s'avance, à la tête de cette foule, jusqu'aux portes de Westminster, précédé, pour bannière, d'un immense rouleau de parchemin sur lequel étaient inscrits les noms des pétitionnaires. La chambre ferme ses portes «à une pareille armée; mais ce refus est. le signal du .pbv

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affreux désordre; et c'est là qu'on peut apprécier la puissance d'un gouvernement libre qui survit à de tek excès.

Tout semblait annoncer une révolution en Angleterre ; pendant trois jours une populace de cent vingt mille bommes fut maîtresse de la ville de Londres; les prisons furent forcées, et des malfaiteurs se joignirent aux séditieux, On incendia plusieurs' chapelles catholiques. Le ministère, embarrassé de ses fkuttss, tremblait d^agîr ; enfin la fermeté de George III rétablit Tordre public.

Mais que d'embarras ne restaient pas à l'Angleterre, par la honte et les pertes de cette guerre d'Amérique, par ces ferments de discorde intérieure excités sans cesse, par cette révolte puissante et impunie qui s'était arrêtée comme par miracle, et qui avait failli emporter tout le gouvernement britannique? C'est peu de temps après, Messieurs, que l'on voit paraître un jeune homme, Pitt, qui saisit d'une main ferme le gouvernail de rÊtat. Mais laissons-le encore un moment de côté; demandons aux hommes plus âgés, plus célèbres, ce qu'ils pouvaient faire pour l'Angleterre; de quelles idées sont-ils préoccupés? quel esprit de réforme les animait? quel secours véritable offraîent-ib soit à la liberté, soit au pouvoir?

En 1781, après ces désordres intérieurs, ces revers publics, tous ces torts d'une administration impuissante, Burke se présente pour demander, quoi? la réforme des dépenses royales. Son langage pour obtenir ces économies semble même singulièrement bizarre et méprisant. On eût pu croire que cette puissance salutaire de la couronne, qui occupe une si grande place au milieu du gouvernement britannique, allait

s'éclipser devant les passions populaires et les théories des réformateurs.

Vous serez peut-être étonnés du langage qu'emploie dans cette occasion un orateur anglais qui nous apparaît comme le plus zélé défenseur des prérogatives monarchiques, et qui s'est signalé par sa haine violente de la révolution française. Mais cela vous mon • trera mieux que l'histoire l'extrême liberté du gouvernement anglais et sa force à la fois.

Vous êtes dans ce grave parlement d'Angleterre, sous ces vieilles et noires murailles qui ont vu passer tant de révolutions, qui ont vu la rampante servitude des communes sous JSenri VIII et sous Elisabeth, leur victoire sanguinaire sur Charles I^'' ; qui ont entendu la théologie soldatesque de Cromwell; qui ont vu les grenadiers du général mettre à la porte par les épaules les communes indociles ; qui ont vu la restauration imprudente ettyrannique de Charles II, et l'usurpation de Guillaume III, justifiée par la prospérité de l'Angleterre; puis le long ministère de Walpole et ses chambres vénales; puis Chatam, puis North, et l'abaissement de l'Angleterre. Burke se lève ; et que propose-t-il? Des choses qui ont commencé la révolution dans d'autres pays, une amère censure des dépenses lu gouvernement monarchique. Et là, sous la protection de la liberté même, aucun danger ne suivra ces vives attaques. C'est un discours contre la liste civile du roi d'Angleterre ; c'est Burke, le monarchique Burke qui prononce ce discours, assaisonné de la raillerie la plus amère. Il parcourt les diverses dépenses de la couronne; il propose des économies d'une sévérité excessive, et l'on peut dire presque ridicule ; il célèbre avec admiration les réformes volontaires qu'à cette

époque, plusieurs années avant nos troubles civils, Louis XYI s'était imposées. Il exalte la stabilité, le bonheur de la France, par opposition au danger de l'Angleterre; et, sous une forme presque bouffonne, il accuse la tolérance intéressée du parlement pour ces prodigalftés royales, dont la suppression lui paraît le salut de l'Angleterre :

Lord Talbot, dit-il, avait essayé de réformer la maison du roi ; mais, dans ce louable projet, il n'avait pas vu Fécueil contre lequel tout plan économique doit échouer. Il n'avait pas prévu l'inconvénient attaché à l'usage de faire exercer les fonctions d'une place par un autre que le titulaire. Le tourne-broche de la cuisine du roi était membre du parlement. Cette circonstance fit tout avorter. Le département de lord Talbot devint plus dispendieux que jamais ; la dette de la liste civile s'accumula ; les fournisseurs n'étant plus payés firent banqueroute. Pourquoi? parce que le tourne-broche du roi était membre du parlement.

Le sommeil de Sa Majesté était interrompu ; son oreiller était hérissé d'épines ; la paix de son esprit était absolument détruite. Pourquoi ? parce que le tourne-broche du roi était membre du parlement.

On ne payait plus les juges ; la justice s'exilait du royaume ; les ministres étrangers restaient dans l'inaction ; le système de TEurope était dissous, la chaîne de nos alliances brisée, tous les rouages du gouvernement étaient enrayés, à l'intérieur du royaume et dans l'étranger. Pourquoi ? parce que le tournebroche du roi était membre du parlement.

Voilà, Messieurs, ce que les Anglais appellent hu^

irumr, et ce qu'ils réclament comme un genre d'esprit

qui leur appartient par privilège ; je vous le donne ici,

non comme bon, mais comme anglais.

Mais, il faut en convenir, après avoir lu pareil dis- IV. 7

110 UTnÊIlÀTtKE

oô«irs, » le minière de lord North ^a»t faible, Ym^ faâbiie et surtout mâlheureiiXf^roppiOftitîon n'avait pas conçu la grandeur du rôle auqseî on liomme pouralt éti*e appelé par les périls de i'An^elerre. L'opposition de Bvbrkt^ tMJkêAt nîéiaiieoëq^e et ponypeuse, tantôt «lîDutieuse et bottffoiiiie,*AesiÀvectivies pi«ES Itltérairt» que politiques de Wilkes, et même la wp% éloquence de Fox, tout cela ne donnait pas à TAngleterre Tbomme if ËIM; éottt «lie avait besoin. Ainsi, dans cette heureuse constitution itième, il ne Faut pas croire que la Rbertê strffise pour tout faire ; il ne faut pas croire que Tabsence de ces caprices qui ailleurs élèvent au pouvoir d^'indignes favoris, assure tOMJours à r£tat une habile administration. Dans cette fomae de gouvernement, comme dans toute autre, oa 4f»erçoit des l«eu>* nés, de longs intervalles, pendant lesquels on attend riiomfne supérieur qui ferait servir la liberté à Tappui du pouvoir.

L'Angleterre, tourmentée au dedans, mutilée par la pertie de ses prtrvinces d'Amérique, semblait touchera sa raine; mais elle portait en elle une force incalculable que la main d'un homme de génie pouvait mettre en action. Où sera cethoinme? Les grands orateurs an* glais, Bûrke, Pox, épuisent leurs forces en stériles dé« bats ; leur parole agite les esprits, mais elle ne tes fouverne pas; ils prédisant, ih racontent éloquemonent. les maux de l'Angleterre : ils n^e lui ouvrent pas la voie du salut. Lord Chatam lui-même, malgré cette gloire oomplète et pure que nous avons voulu Itti laisser, ne s'était pas montré, dans tes éemières années de sa vie, aussi puissant pour détourner tes dangers du royaume qu'habite à tes prévoir. Dans son couit et de^rnier «rinistëre^ il «'était eàlewré ées opinions les

plus disparates; il avait fait une mosaïque ntfiisté^ rieUe, où^ suivaQi Texpcession de Burike, des komaies hiuLintemeui ré\mis pou^eut se demender l'uii à l'auépe : « lien oiMff eMkgm^ cimaieat tma appo*

lez-^^tts?»

Lord NotHh, malgré leslacrtes et l«s disgrfcees de sa poKtîqa^, par cela seul qirïl dtiirait etse maintenaft an pouvoir, semblait encore phis homme d'État que ses rivaux. Mais un jeune homme, celui que f ai déjà nommé et que j'ai retiré delà scène, un jeune homme yenait d'achevedr ses études : c'était le seoood ifils de lord Chatam, Piti. il n'av«it pas reçu cette éducatioa à la fois s«vante et Licencieuse qui développa le lalent ^ les passions de Fox , il avait été sévèrement ^ pieusement élevé par son illustre père et par lady Estber Grenville, sa mère. Les soins d'une santé délicate interrompirent souvent ses premières études. Cependant, telle était Ttirdetnp et te facilité de son esprit, qtfà l'âge de douze ans, nous apprend son précepteur, il ne rencontrait plus de difficultés dans les auteurs latins; bientôt après, ce fut un jeu pour lui de traduire, à livre ouvert, des pages entières de Thucydide, qu'il lisait eu anglais sur le texite grec.

Comme <m m'a plus d'uae fois accusé de décrédUer les éladeB classiques, je eite oet exempte, pùnsr inra» montrer qu'elles servent même à devenir cniaistre*

Cependant cet effort excessif et préntaluré le flt tomber malade; il languit plusieurs mois, incapaMe de toute application. Quand il fut de retour au collège, son père lui écrivait pour encourager et modérer tout à la fois son application à Fétude :

Avec quel sentiment de joie et de bonheur j'écris aman bien^

lï% LITTÉRATURE

aimé William^ depuis la lettre rassurante de son précepteur Wilson ! Je sais maintenant que je ne m'adresse plus à un malade; j'espère qu'il est convalescent, et qu'il va beaucoup travailler; j'espère qu'il consultera maintenant le docteur Glynne, non pas comme médecin, mais comme poète. Mais malgré le bonheur inexprimable que j'éprouve de savoir son retour à la santé, je le supplie de ne pas trop travailler, de ne pas trop se presser. Votre maman, mon fils, vient de me rappeler le proverbe français : « Reculer pour mieux sauter. » C'est surtout aux jeunes gens ardents et studieux qu'il faut le rappeler.

N'aimez-vous pas, Messieurs, cette naïveté touchante et paternelle d'un grand homme d'État?

Enfin, la santé raffermie du jeune William lui permit de nouveaux travaux : il faut que je vous en donne une idée:

Il n'est presque pas, écrit son précepteur, un auteur grec et latin que nous n'ayons lu ensemble tout entier; il étudiait avec soin les différents styles des orateurs ; et il avait le sentiment le plus délicat et le plus vif de leurs beautés caractéristiques. La rapidité de son intelligence n'empochait pas son exacte et minutieuse application. Quand il était seul, il consumait des heures entières sur les passages remarquables d'un orateur et d'un historien; il étudiait le tour, les expressions, la manière de disposer le récit et d'expliquer les motifs secrets ou manifestes des actions; quelques pages l'occupaient toute une matinée. C'était pour lui surtout une occupation favorite de comparer les discours opposés sur un même siyet, et d'examiner comment chaque orateur avait défendu sa cause, et prévenait ou repoussait les objections de son adversaire : étude, je crois, la plus profitable à un futuf homme d'Ëtat. Les auteurs qu'il préférait étaient Tite Live, Thucydide et Salluste. Il avait aussi l'habitude de noter toutes les pensées éloquentes, toutes les expressions fortes et énergiques qu'il rencontrait dans ses lectures. Il avait beaucoup étudié les poètes grecs et romains;

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il était surtout si curieux de bien connaître les poètes grecs, qu'il lut avec moi, sur sa demande, le plus obscur et le moins intéressant de tous, Lycophron.

Lycophron, Messieurs, en faites-vous autant? Vous ne saviez pas peut-être que Pitt avait étudié Lycophron. Écoutez encore le témoignage de ce savant précepteur que Pitt, une fois ministre, fit évêque :

Sa sagacité était si vive et si profonde, son intelligence si prodigieuse, il avait si bien étudié toutes les beautés, toutes les finesses de la langue grecque, que si Ton avait découvert de son temps une pièce inconnue de Ménandre ou d'Eschyle, ou une ode de Pindare, je suis persuadé qu'il l'aurait sur-le-champ mieux entendue que les plus célèbres érudits.

Lord Chatam pleurait de joie, en apprenant les progrès extraordinaires d'un fils si digne de lui. La dernière année de sa vie, pendant les intervalles de ses vives souffrances, il lui écrivait avec un mélange de badinage et de tendresse sérieuse qui touche singulièrement dans un si grand homme :

Comment puis-je mieux employer la force de ma main qui se ranime un peu, qu'à tracer quelques lignes pour mon cher William, l'espérance et la consolation de ma vie? Vous aurez plaisir à voir par l'écriture de cette lettre que je gagne tous les jours, et que je suis presque bien. J'ai été ce matin à Gambden; et j'ai soutenu avec beaucoup de courage une visite d'une heure et tout l'ennui de ces conversations frivoles. Je suis revenu à la maison sans être trop las; et j'ai dîné comme un fermier. Lord Mahon (c'était son gendre) a confondu, sans le convaincre, l'incorrigible docteur Wilson. La foudre du docteur Franklin, tout révolté qu'il est, me paraît une chose très innocente, etc., etc. Ma main commence à se lasser; ainsi, tous mes plus sincères compliments à votre compagnie habi-

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iuellû, Ârîstote, Homère, Thucydide, Xénophon, sans orilïrier les pnblicTstes et les auteurs du droit des gens. Adieu, mon très- cher William.

A la mort du grand Chatam, Pitt avait dix-huit ans. Il n'appartenait pas à cette ancienne aristocratie qui longtemps, en Angleterre, parut posséder de droit let» hautes dignités et le pouvoir^polîtique. Il n'avait que le nom glorieux, de son père, sans fortune; un hcAzime d'tltat anglais ne s'eBriefaiipas. Il s'attacha donc au bap* rean, il plaida quelques causes; et, dans la shnplieité nerveitse de son langage, on apercevait défà le génie qui rappelait plus haut; en même temps il fréquenta les séances du parlement . Il écoutait avec soin les plus habiles orateurs des deux chambres, et s'exerçait à leur exemple. Il n'essayait pas, comme un rhéteur grec, de discuter avec une égale facilité lès opinions opposées; mais il choisissait, dans les débats qu'il avait entendus, l'opinion qui lui plaisait comme vraie et comme utile ; et il s'étudiait à la développer, à la fortifier d'arguments nouveaux et à combattre toutes les objections. Ce travail solitaire l'occupa deux années.

C'est ainsi qu il avait, dit encore son précep^teur, acquis une facilité singulière à tout exprimer avec justesse et neileié^ et à mettre toujours le meilleur moi dans la meilleure place.

Aussitôt qu'il fut assez vieux pour être membre de la chambre des communes, à vingt ans à peu pi'ès, il se présenta d'abord aux élections de Cambridge; malgré l'éclat de son nom et la réputation prématurée de son talent naissant, il n'obtint pas les suffrages. Mais, peu de mois après, un homme qui disposait d'un boorg pourri le fit élire ; et il eut la joie inexprimable, comme

AU dix*huiti£me siècle. tl5

il réerivait à un ami, d^ûntendro en&m sa ?olx dans le parlement; il avail viogt el \m aos»

Je m'arrêta id^ HessîeufSu II n» usai paa légèrement esquisser la carrière de œt bcHoriiM prodigieux, en qui le talent de la parole n'est qoe rinatnnaeBt de la pensée politique*

Le ministère de lord North, qui se traînai Uout bnaé depuis la séparation des colonies, est attaqué k la fois par Fox, par Burke et par le jeune Pitt, que son in*'* stinet même du pouvoir fait débuter par ropposition. Un autre ministèôre se forme ; et Pitt, que North appch lait un jeune homme né ministre, est désigné pour y prendre part. Mais il refuse. Le marquis de Rockinf;^ bam, lord Shelbume et Fox, qui depuis si longtemps attendaient le pouvoir, succèdent à lord Norlb» avec le fardeau d'une gueire désastreuse à ftnir : lord Roe^ kingbam, qui était le lien do oe ministère, étant mort, le roi d'Angleterre fit un mouvement; l'éloquent Fox tomba du pouvoir; et lordShriburne s'appuya de l'alliance de Pitt, qui fUt nommé cbancelier de l'Échiquier. Qoe fait alors Fox ? Il aperçoit , sur les bancs de l'op*position^ ce lin^Korth dont il s'est timt moqué, oe lord North qu'il a tant accusé de maladresse et ihême de trahison, ce lord North auquel il a reproctké, non^seulement d'avoir perdu, mais d'avoir vendu FAmérlque, ee lord North qu'il a fait un jour pleurer au milieu de la chambre des communes : il l'aperçoit sur ce bano, et comme tout moyen lui parait bon pour redevenir ministre, il fait une alliance, une coalitîou avec son ennemi de la veille. Le jeune Pitt, malgré toute sa ssr gacité, n'avait pas prévu que Fox et North, réconciliés par une chute commune, se réuniraient pour l'attaquer. La faute était excusable cette coalition semblait im*^

possible à deviner. Voilà que, paL un étonnant oubli de toutes les invectives qu'ils se sont réciproquement adressées, un an après la chute de lord North, Fox et North, dans Fintimité de leur haine contre le nouveau ministère, l'attaquent, Tobsèdent, l'insultent et le renversent sous le poids de leur scandaleuse union. Voilà lord North qui rentre victorieux, appuyé sur le bras de Fox. Mais il faut le dire, malgré les mutations permises aux hommes d'État, malgré les exemples nombreux de ces évolutions politiques, la chose parut trop forte. Par des influences de parti, des séductions de toute espèce, et d'éloquentes apologies, lord North et Fox, étayés l'un sur l'autre , troquant ensemble toutes les forces qu'ils pouvaient rassembler, obtinrent la majorité dans la chambre des communes : mais cette majorité n'était plus soutenue par le vœu public. Après sept mois de règne , cette coalition menteuse et cupide se brise^ à la suite d'une victoire qu'elle vient de remporter dans la chambre des communes. Fox , pour fortifier le pouvoir parlementaire dont il se croyait mattre, aux dépens de la royauté dont il se défiait, avait imaginé le projet d'un bill qui, dépouillant la compagnie des Indes d'une part de ses privilèges, attribuait à la chambre des communes la nomination directe des commissaires qui devaient surveiller l'administration de cette immense colonie. Le roi d'Angleterre, George III, inquiet de cette extension de pouvoir, fit échouer le bill de l'Inde dans la chambre des pairs; et ces pièces mal jointes, qui formaient le ministère delà œalition^ se déconcertèrent et tombèrent de toutes parts ; il n'y eut plus de gouvernement. Alors ce jeune homme de vingt-quatre ans (il avait un peu vieilli), qui déjà était une fois tombé du pouvoir, et dont le

génie, en rappelant avec moins d'éclat l'éloquence de nilustreChatam, semblait avoir quelque chose de plus sage et, pour ainsi dire, de plus mûr, ce jeune homme vient par droit de conquête prendre le ministère, et, fort de son génie, appuyé, non pas, comme Walpole, sur la corruption, mais sur la confiance de l'Angleterre, il y resta vingt ans. Et, sans anticiper aujourd'hui sur le récit de sa vie et les combats de son éloquence, savez-vous quelle impression il fit sur ses contemporains? savez-vous quelle était l'autorité qu'obtint son génie et que garde sa mémoire ? Quand on va maintenant visiter Westminster, que l'on se fait montrer la tombe de ce grand lord Chatam, dont l'éloquence vous a, l'autre jour, si vivement agités, et qu'approchant avec respect de cette tombe, on cherche l'inscription , l'hommage que doit y avoir gravé l'admiration nationale , sur le marbre on lit ces mots : Le père de M. PUL

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