‹ Cours de littérature française (volume 2)Chapitre 7 sur 28 · IV · texte numérisé non relu

IV

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FoK wnàt dit*

L'état malheureux du roi est une sorte de mort civile. Dans le droit ordinaire, un pareil état ouvre, au profit du successeur légitime, tous les droits qu'û peut avoir. Ainsi tous les droits de la couronne sont dévolus a» prince cpu «doit lièilter de George TO.

HêX rtfoDte eet lacpiment mùù mn& aéntmMe prità^ sioii et untB grande idi^aîté :

Le comité, dit>il, peut-il considérer la maladie du roi, accident d'uAe nalïufe •coanse et souveni fu^sagèr^ comme uJiaiOQrt civile ? Non , certea. SU y avail^Q ce momenl leUe chose qu'une mort «ÂV/iie» ma aJitease ro|^ale le prince de Galles monteraii immédiaiemyent sur le trôjxe, avec la pléiiiude des jurécogatH ves royales» ei non pas. avec le titre ie ré^eni; car la .moi:t civile, c(im»e.lajaaojri.naturelle, estlrrévocsJ^le^permanenMu Xe ne vois dans Bladtst^ne que deux faits par lesquels un luimœe puisse en^oiurir la morl civile : le furenûer» x'esi leluamûssament du noyaume |)âr «GBiexuce légale; le second, ci'i^st reolrée en religion ^t la pro£essiondans un oicdre monastique. Enjefièt» dans le pi^mier cass, il existe un acte qui sépane lemmlnel de toute société au dedans du jM>yauQ)c; et dans UauXre, il y a Tacte v4)Joiitaiced'auib(amsae.quisejséparedu monde. Voudjcaitfon prétendre'que Tun ou Taulre de ces deux exemples Sioit analogue à ceite vtisitdjUiq» du ciel« À ce coup de la main divine que nous déplodrons, «et iq,vi peut, qui dcût, selon toute.apparence, n'être que passager? JËt peut-on argumcnXer de ce malheur comme xd'un acte qui prive» à ilavenir. Sa Miajesté >de Texercice des |Muyoirs, dont elle n'a jamais abusé» et auxgueU elle n'a jamais renoncé ?

Avant d'écouter la réponse de Fox, veuillez, remarquer, Messieurs, cette inierversioii dans le& râles des deux adversaires. Pitt^ défenseur-né de la feéùO^gfiàiM

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niffrie, inwqMit la sonreraineté du peuple, le droit ^'avamit exercé les chambres de transférer la eouroBne. il en eimeluait que la suspension provisoire et tercée'de' Taecivîté du roi ne pouvait pas, de plein droit, trwQsmettre Fautorité royale dans les mains de l'héritier naturel ; qu'il fallait une déclaration du parkMeirt, et qne cette déclaratkm devait fixer des limites à rexerciee du pouvoir qu'elle transférait. Fox, au contraire, oubliait ces droits populaires qu'il avait si souv^l ftiive>€|uéSy et cette autorité du parlemieQt qu'il avait voulu naguère enrichir des âéfKmillesdela cou-

Sans doute, pour les deux illustres adversarres, la question n'était pas uniquement constitutionnelle et théorique. Pitt voulait rester ministre; il sentait bien que le prince de Galles, appelé tout à coup à la plé nîtude des fonctions royales, pouvait renouveler l'administration, appeler Foxau gouvernement, dissoudre la chambre des communes, et, par l'exerclee de la prérogative, modifier même la chambre des pairs»

Fox^ maîgré son zèie démocratique, croyant que le priuee 4e Galles le ferait ministre, avait Mie qu'il fût régent, avec toutes les prérogatives du roi. Espérant exereer le pouvoir du prince, il voulait qu'il en eût le phts possible; il s'opposait à toute réserve, et même à toute discussion. Il fut obligé cependapt de se rétracter sur le premier point , et il reconnut que le parlement avait le droit de déclarer la légence ; mais il soutenait encore qu'en la déclarant les- chambres ne pouvaient paA la limiter, parce qu'elle résidait virtuellement dans la persoBue du prince. Pitt avait poiMsé l'audace de wn priDcipe jusqu'à dire : « Le Ais du roi d'Angleterre n'a pas actuellement plus de dioit à l'exercice du pou-

voir royal que tout autre sujet du royaume. » L'opposition releva vivement ces paroles; Burke essaya de tourner en ridicule Fambition du ministre, en l'appelant un des candidats à la régence, et en ajoutant que pour lui il aimait mieux donner sa voix à l'héritier légitime.

Fox, mêlant la logique et l'ironie, attaqua le discours de Pitt avec une merveilleuse habileté :

Faire une loi, dit-il, pour désigner le régent, c'est changer la forme de la monarchie, et d'héréditaire la rendre élective. La Pologne et la misérable condition de ses habitants nous disent assez ce que c'est qu'une monarchie élective. Le droit de faire des lois ne réside que dans la législature complète, et non dans le simple concours' de deux de ses branches. Notre constitution est bâtie sur ce principe, dont la durée importe à son existence; s'il en était autrement, la constitution pourrait être détruite sans obstacle : si deux branches de la législature avaient le pouvoir de faire une loi, elles pourraient, par cette loi, dénaturer, anéantir le troisième pouvoir.

La situation actuelle des affaires vient d'être comparée à la révolution de 1688. Il n'y a nulle ressemblance. Le t^Ône alors avait été déclaré vacant, et le reste de la constitution subsistait. Maintenant le trône est occupé ; mais son autorité est suspendue. Au temps de la révolution, l'assemblée qui fut .alors convoquée, sachant bien qu'elle ne pourrait faire aucun changement dans la forme de la monarchie, tant qu'elle n'aurait pas une tête, rétablit d'abord le troisième pouvoir, et ensuite détermina ses limites. Aujourd'hui, on invite le comité à procéder d'une manière bien différente, à créer d'abord un nouvel office, et ensuite à déclarer qui doit le remplir. Et quelle serait la situation du régent élu par cette chambre? Ce serait un mannequin, une poupée, une créature du parlement, sine pondère corpub, une insulte, une moquerie à tous les principes de gouvernement.

Ensuite, par un adroit sophisme, confondant la régence et la royauté, il combat toute restriction du pouvoir royal dans la personne de celui qui doit en être dépositaire.

La régence, dit- il, ne doit pas être plus élective que la couronne. Elle ne doit pas être plus limitée, car elle a les mêmes devoirs ; et pour les remplir, elle a besoin des mêmes forces. Que penseriez -vous d'un Polonais qui demanderait à un gentilhomme anglais si la monarchie de la Grande-Bretagne est héréditaire ou élective ? Tout homme un peu familier avec notre constitution croira d'abord que la réponse est toute simple, a Notre monarchie est héréditaire.» Toutefois, si la doctrine du jour prévalait, voici quelle doit être la réponse : « Je ne puis vous dire : demandez au médecin de Sa Majesté. Quand le roi se porte bien, la monarchie est héréditaire ; mais quand il est malade et incapable d'exercer Fautorité souveraine, elle est élective, j»

Et cependant cette assertion, que la monarchie britanniqi^ est élective, est si matériellement hostile aux principes de la constitution, qu'elle ne saurait être supportée. Gomment donc venir à bout de cette difficulté ? On trouvera sans doute un légiste su)t)til et politique qui établirait que la monarchie étant héréditaire, le pouvoir exécutif peut se transmettre par élection. De cette manière, la couronne et Faction de la couronne seraient séparées comme distinctes par leur nature ;rune serait la chose, l'autre le nom, etc.. Ai-je besoin de. rappeler ici ma résistance connue aux empiétements de la couronne ? Plus d'une fois l'influence de la couronne a été combattue dans cette chambre, et, je le crois sincèrement, pour le bien du peuple. Lorsque la puissance executive était portée au delà de ses limites naturelles, il fallait bien lui résister. Je me suis fort avancé dans cette voie, et ne me suis pas fait scrupule de déclarer que les subsides devraient être suspendus, si l'assentiment royal était refusé à quelques réformes constitutionnelles d'une prérogative dangereuse et abusive. Les hommes modérés

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jufèrent cette doetrine violente. Pour moi, je Tai constamment maintenue ; et le public en a profité. Mais, je vous le demande, est-ce aujourd'hui Foccasion de déployer ce pouvoir constitutionnel de résistance à la prérogative, et de combattre Tinfluencede la couronne dans cette chambre? Je ravoue,j*ai tiré g}oire de cette lutté quand la couronne ét^t dans la plé&itttëe de -ses pouvoirs ; mais je rougirais de fouler aux pieds ses droil% maiiitenaat qu'elle est gisante devant nous, dépourvue d« toute force et incapable de résistance* Que le très honorable gentîlfaoBàBie s'enorgueillisse d*une semblable victoire, qu'il tmnpbe sans combat, qu'il prenne avantage d^s calamités et àet misères deriiumaine nature; que, semblable à quelque avare et dur seigneur d'un manoir voisin de la mer, il segorge de richesses acquises par le pillage des naufragés et par ce droit rigoureux de trouvaiile et d'aui^oine exercé sur toutes les choses que les accidents variés du n^alheur peuvent jeter en sa puissance ; pour moi» je ne me vanterai jamais d'avoir remporté de telles victoires, et d'avoir garni mes mains de richesses amaf^ «éeftàce prix.

Après ees éIoque&4es paroles^ Fox termine par des «ltaque« persoaiieUes; comme dans toute discuasîoB «tmiplète:

Si les chambres, ajoute Torateup, peuvent faire régent qui leur idatt, eHes peuvent désigner le régent pORSr un mois, pour un Jour, pour tin an, et transformer la monarchie en république. Le trés-bonor&ble gentilhomme a nié que le prince de Galles eti plus de droit à la régence que lui-même n'en avait. Et ce-^ pendant il a confessé qu'il y aurait violation du devoir si l'on pensait à un autre régent; et tout cela pour le nrisérable triomphe de faire voter sur lui, et d'insulter un prince dont il sent bien qu'il ne inérite pas la faveur»

Pitt se lève, et répond suMe-champ à son habile

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adrersaire. Je voudrais vous faire lire ces discours autant qu'on le peut du moins. Recueillis par fragments, perdus dans des*recueils, ils sont peu connus en FranQce, et étaient mal traduits, plus mal que je ne le fais. Pitt commence par de savantes recherches his« toriques, empruntées aux règnes de Richard II et de Henri VI. Mais de cette antiquité confuse il fait sortir de lumineuses idées sur le gouvernement parlement» taire ; il attaque ce principe d'une régence absolue qui pourrait en quelques mois, en quelques jours, pendant un accès de fièvre du roi, renverser tout Tordre du gouvernement établi . Renvoyant à Fox son ironie, il s'étonne de ce zèle excessif pour le pouvoir royal ; enfin il se défend lui-même avec une dignité pleine

de force :

Le très-honorable gentilliommc, dit-il, m'accuse d'agir par un mauvais esprit d ambition, et de ne pouvoir supporter Fidée de perdre ce ministère que j'ai si longtemps gardé ; il m*accuse de ne point espérer la faveur du prince, parce que je m'en crois indigne, et dès lors d'envier, d'entraver l'élévation de mes futurs successeurs. Est-ce à moi ou à lui qu*appartient ce caractère de mauvaise ambition, toute prête à sacrifier les principes de la constitution à l'amour du pouvoir? Je laisse la chambre et le pays en décider. Ils jogeront si, dans toute ma conduite, quelque considération personnelle, quelque soin de mon propre pouvoir, parait avoir eu la plus grande part aux résolutions que j'ai proposées. Quant à cette prétendue conviction de ne pas mériter la faveur du prince, tout ce que je puis dire, c*est que je ne connais qu'un moyen, pour tout autre ou pour moi, de mériter cette faveur : c'est d'avoir constamment travaillé dans la vie publique à faire son devoir envers le roi, père du prince, et envers le pays. Si, par de tels efforts pour mériter la confiance du prince, je l'avais cependant perdue, quel que fût le motif d'une chose si pénible pour

moi, j^en aurais du regret, sans doute ; mais, je le dis hardiment, il me serait impossible d*en avoir du repentir.

A la suite de ce débat, soutenu de part et d^autre avec toutes les ressources du savoir, de l'éloquence et du sarcasme, Pitt fit adopter une résolution portant que la régence serait offerte au prince de Galles, avec les restrictions que le parlement jugerait convenables. Il prévint alors le prince par une lettre respectueuse et ferme; celui-ci répondit avec hauteur; maïs Pitt, achevant son ouvrage, fit insérer pour conditions^ dans le bill de régence, que le régent ne pourrait créer de pairs, qu'il ne pourrait conférer de charges inamovibles ni de pensions, que la garde de la personne du roi serait exclusivement commise à la reine, etc. Telles étaient les conditions prévoyantes par lesquelles, en supposant la longue maladie du roi, Pitt assurait le maintien de son propre pouvoir. Le prince, malgré son dépit, plia devant Thabile et impérieuse volonté du ministre.

Une difficulté restait encore. Comment ce bill, voté par les deux chambres pour fixer les limites au pouvoir qui devait suppléer la couronne, recevrait-il la dernière sanction, nécessaire à la loi? Les savants et les jurisconsultes anglais s'embarrassaient dans des subtilités singulières. La question était insoluble. Il aurait fallu un roi pour compléter l'acte qui fixait les pouvoirs du . régent. Pendant qu'on argumentait sur cette difficulté, les soins de l'art et une révolution heureuse rendirent au roi d'Angleterre sa complète raison. Pitt, après avoir abattu ses adversaires à force de talent, eut la joie de faire annoncer aux chambres que le roi avait recouvré la santé« et qu'il allait reprendra

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radmiListration de Fempire. Cesi au mois de mars 1789 que cette grande crise fut ainsi conduite à terme par le génie et la bonne fortune d'un homme.

Le rétablissement inespéré de George III, sa présence au parlement et dans les fêtes publiques excitèrent le plus vif enthousiasme. La gloire de Pitt profitait de ces transports de loyauté pour le souverain, dont il avait défendu les droits, en même temps que ceux du parlement. Il était célébré comme le ministre habile d^un roi chéri, et comme le défenseur des libertés publiques. Il avait réussi à faire passer le maintien de son pouvoir, pour l'affermissement de la constitution même.

Combien un pareil ministre, un homme semblable aurait été nécessaire dans une monarchie voisine, pour présider à la plus grande mutation politique des temps «modernes! Mais nous demandons l'impossible ; c'est à Fécole de la liberté que se forment des hommes qui peuvent ainsi la conduire et la dominer. La France, du milieu de l'inertie et des intrigues, compagnes du pouvoir absolu, pouvait -elle produire un homme ainsi fait pour la liberté et le commandement tout ensemble? Il n'y avait pas de Pitt en France.

A peine j'aborderai ce grand sujet aujourd'hui.

Tandis que ce pays, rival de la France, et qui avait été si cruellement humilié par elle pendant la guerre d'Amérique, s'affermissait dans sa paix intérieure sous Tascendant de Pitt, tandis que cette crise passagère de la maladie du roi et de l'ambition de Fox disparaissait, une agitation bien autrement irrémédiable tourmentait la France. L'appauvrissement des finances, le poids d'une dette qui s'accroissait chaque jour, plus que tout cela, l'impuissance de supporter un ordre so-

ciai qtû n'était plus en accord avec tes lumières et les idées dhi temps, mitle causes diverses, et la nécessité, * avant toutes les autres causes, précipitaient la France vers un grand dénoftment. On n^avait pas vu d*etats géuéraui depuis 1&16. Le règne de Louis XIV avait été une longue suspension des droits publics de la France ; le règne du régent, une honteuse dégradation de tous les sentiments d*honneur et de loyauté, qui pouvaient suppléer aux libertés publiqur^ ; le règne de Louis XV, malgré quelques succès militaires et les talents de quelques hommes d'Ëtat, avait laissé dépérir et tous les préjugés et toutes les forces réelles de la vieille monarchie. Depuis la dernière convocation des états généraux, tout était changé en France; aucune des croyances du siècle de Louis XIV ne subsistait plus; toutes ces choses que rassemblée constituante a dédurées mortes étaient mortes avant elle; et ce fut là tout à la fors la merveille et Terplication de sa puissance. Ainsi, doublement du tiers, réunion de trois ordres, abolition violente et spontanée des titres de noblesse, des dignités féodales, toutes ces choses qui semblent le prodige de Taudace, étaient inévitables et faciles. Les hommes qui furent les acteurs de ce grand mouvement n'ont pas fait ces choses-là; ils les ont. dites tout haut; elles étaient faites avant eux, dans la réalité et dans Fopinion. Avant qu'on Teût écrit, le tiers était devenu la nation.

Cependant il y eut des organes publics, des hérauts tfarmes de cette révolution, des voix pour proclamer ces idées toutes-puissantes. Dans le nombre, il est un homme qui d'abord domina tous les autres par Tauddce comme par le génie. Aujourd'hui, nous le montrerons à peine, assez seulement pour remarquer le

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eontraste de la liberté fixe et régulière, et de laliberte violente, le contraste d*an État «flermi sur des lois, et d'un État qui cherche les siennes dans une révolution.

Ces doctrines si ha'rdies, ces principes de la souveraineté populaire^ que Pitt invoquait tout à ITieure & Fappui de son autorité, elles n*étaient dans les mains de Mirabeau que des leviers pour mettre sous le seuil de la monarchie, et la faire sauter tout entière.

letez-le dans un État libre et constitué, placez-le dans le parlementa* Angleterre, sa force démago^que disparaît. Il est le rival de Fox et le successeur de Pitt. Élevé sous le régime absolu, IL en reçut les souillures. Pitt, passant des études de sa jeunesse au gouvernement, dans sa vie austère et pure, ne connut guère d*autre passion tm peu humaine que Tambition* Au contraire, la vie de Mirabeau fut longuement traînée dans tous les scandales du désordre, du vice, et, f ai honte de. le dire, quelquefois de la bassesse. Cet homme puissant, ce génie de la parole, il ressemble au lijpn de Milton, dans le premier débrouillement du chaos, moitié îion, moitié fange, et pouvant à peine se dégager de la houe qui Fenveloppe, lors même que déjà il rugit. et s'élance.

Ses vices sont sur lui comme un poids qui le dé* prime et Je retient encore quand il se montre homme de génie. Mémorable ej^emple ! les fautes de cethomme, cet arriéré de honte qui lui restait, arrête sa gloire^i Tempéche d'être grand et utile comme II Teût été« le rabaisse^ des actions avilissantes, au moment où il est porté au sommet de la puissance publique^ Tous rappellerai-je sa vie? diraî-je en même temps que^i dans cette vie, il faut faire la part et du régime au milieu duquel il fut élevé, et des irritantes tyrannies, des

traitements iniques auxquels il fui soumis? Rappelle^ pai-je que, pour des égarements de jeunesse, il est arbitrairement jeté de prison en prison ; que , s'il est coupable, il n'est pas jugé, mais puni par lettres de cachet; que de ce donjon de Yincennes, qui devient pour lui l'école du publiciste et de l'orateur, il écrivit en vain des lettres suppliantes à son père, à ce prétendu ami des hommes, père si dur et si tyrannique, incapable de comprendre le génie de son fils et de plaindre son malheur qu'il a fait?

Enfin Mirabeau sort du cachot de Vincennes, quel-' ques années avant l'époque où il devait paraître sur un si grand théâtre. Les interdictions civiles dont il est frappé, la perte de ses biens, cette espèce de proscription qui l'éloigné du rang où l'appelait sa naissance, en fait d'abord un écrivain polémique, autant qu'on pouvait l'être alors. C'est ainsi qu'il prélude à la tribune par des pamphlets sur la caisse d^escompte, sur l'agftotage, sur Ventreprisè des eaux de Paris, Puis, il est envoyé à Berlin avec une mission équivoque. Il en revient avec un gros livre compilé à la hâte. Toujours pauvre et dissipateur, accablé de dettes et de besoins, il va chercher fortune en Angleterre, et ne réussit à rien, qu'à juger admirablement ce pays. On lui reprocha dans ce voyage des actions honteuses que je ne puis croire ; mais, par les égarements trop réels de sa vie, il est un peu coupable même des calomnies inventées contre sa mémoire.

Cet homme était déplacé dans Fancien ordre social, tout à la fois par l'injuste oppression qu'il avait subie et par les fautes qui le déshonoraient. Un grand mouvement ébranle la France : la convocation des états généraux a retenti. Mirabeau secoue la fange de sa

robe; il court à Marseille, pour devenir tribun, député, puissance. Et là, voyez les dernières apparences de cet ancien ordre social qui allait s'écrouler : peu de mois avant Fépoque où tout le système public sera renouvelé par une déclaration de l'assemblée constituante, Mirabeau discute dans rassemblée de la nation provençale, en faveur des non possédant-fiefs contre les possédant-fiefs. Vous croiriez la féodalité encore vivante ; ce ne sont que des mots. Cependant Mirabeau est désigné par la terreur des nobles qu'il combat. Chassé du sein de cette noblesse qui aurait dû s'armer de lui, il est élu comme représentant du tiers. Des choses qui en Angleterre ne sont rien, des acclamations, des triomphes populaires semblent alors un immense scandale, une révolution tout entière. Mirabeau, avec son écriteau, Mirabeau, marchand de draps, le comte de Mirabeau devenu marchand de draps, et l'élection publique qui l'envoie comme représentant du tiers, et son arrivée à Versailles, et son entrée dans cette assemblée où quelques murmures semblent le signaler, mais où bientôt il va prendre une place si grande, tout cela caractérise cette époque de transition violente entre l'ancien ordre et l'ordre nouveau'.

Maintenant, comment faire connaître cet homme? Choisirai-je les discussions de principes ? choisirai-je les accidents d'éloquence? Qu'est-ce qui le rendit si puissant? Ce n'étaient pas ses théories; c'était cette parole électrique et violente qui jaillissait de lui comme la foudre.

On était là depuis trois ou quatre jours à discuter,

pour savoir quel nom prendrait l'assemblée. On était

làà^e débattre entre des titres plus ou moins systéma- IV. "^ 9

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tiques. Mirabeau parle, et tout le génie du soulèvement populaire anime ses paroles. Et, dans cette séance mémorable où rassemblée devint assemblée nationale en refusant de se retirer, quelle est la voix qui déternûna eette résistance soudaine ? Cest^ la voix de Forate»c, c'est la parole insolente et toute-puissante de Hirâtbeau :

Les communes de FVanee ont péeolfi de dètibërer: Mitt avons enteadu les intentions qu^on a suggérées au roi ; et vous qui ne sauriez être son organe auprès de rassembl&a natio^ nak, vous qui n'avez id ni place, ni voix, ni droit de parler» allez dire à votre maître que nous sommes ici par là puissance du peuple, et qu'on ne nous en arrachera que par la fojcce des baïonnettes. {Vifs applmdissements.)

Eh ! Messieurs, redirais-je ces paroles si elles n'è* taient pas devenues toutes froides et tout historiqnes pour nous? Laissez-nous examiner innocemment, el d'une manière instructive pourtant, ces grands souvenirs de nos annales publiques. Qu'importe maintenant que ces paroles de Mirabeau, si énergiques: et si véhé* mentes, retentissent encore devant nous? Vaeiaisera** t-on de les avoir lues dans Fkistoire? croit-on que, lorsque vous voyez aujourd'hui un roi vénéré sur le trône, et des assemblées à la fois fortes et petsibles, it soit dangereux et irritant pour personne de se souvenir de ce turbulent diseomrs qui a commencé l'ère nouvelle de la France f Non, sans doute* C'est ici qu'il faut reconnaître et admirer eette suMime alcbimie de la Providence, qui tire le bien du mal, qui des passions les plus violentes et des fureurs démoepatiques fait sortir plus tard le repo^ mats ta liberté de& eovpifes. (Applaudissemmls,^

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