‹ Cours de littérature française (volume 2)Chapitre 9 sur 28 · IV. H · texte numérisé non relu

IV. H

mmifféste desrcns, dans le silence de lettre anneB 'encore hnmabîles. Cet ouvrage commença d'exciter en Angleterre la sympathie pour de grandes infortunes. En Jtième iemps, toute cette société anstocra tique, puissante au nom de la liberté, se sentait inquiète pour ses pouvoirs, -ses privilèges, ses bourgs pourris y sa domination dans }e< parlement. Teusoes intérêts se ser^ rèrent Fun contre Tautre à la'vois de Burke.

B'urne autre part, cet esprit de prosélytisme ardent qui caractérisa les troubles civils de France se 'mani* ferait en Âugleterre^avec une singulière et menaçante activité. Ce droit habituel de rassend^lement, de -di&cussicm, qui s-exerçait en paix depuis 'cent années, prenait, sousrinspirationderespriffrançaisetdes ardentesthéoriesde la révolution, une^énergie nouvelle. Ce li'étaient plus ces longues «et 4e»tes disoussroos des vieux clubs anglais ; c'était quelque chose qui semblait emprunté à la flamme nouvelle de la France.

Pitt se taffsait'encoro : ses'expresskms'graves^it dfescrêtes "marquaient à peine un dissentimenft pobKc. Le parlement 5%tait encore peu occupé de cette question; nulle idée de guerre contre laFranœ nesemblait'ppobable "ni prochaine. Au ^eovftraire, ^la tradiliom ipoiitàque tournait les idées anglaises vens un autre ètt. L'impératrice de Russie, te colosse femelle que She* ridan, avec sa moqueuse >et bouffonne éloquence, ireprésentait un pied posé sur le rivage de la Baltique et Tautre sur le dvaige <âe la 'mer Moive, «voulait étendre son bras jusqti^è GonstantînopAe. Elle («raii hftte de justifier ^'inscription deiPotembin : C'est toi le cbetnin de 'Byzance. Elle ne songeMt pas qu'-à Faulre bout de I^urope il se faisait un nM>n(¥emeivtrqut dérangerait sa conquête. L'Angleterre était exclusivement préoiioa-

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pée an som d^arréter les agrandissements de la Russie ipersrOrtent, etregardaitoeitepuissaftoe comme seule Eieoaçaoatepourla liberté de l^unope, sans croire encore qu'un autre péril s'élevait du côté de la France. En 1791, après la prise d'Otchakov, Pitt proposa donc à la cham^bre un projet d'ai^nemesit maritimo pourfaire respecter la neirtralité de l'Angleterre entre la Russie et la Porte, ou plutôt pour arrêter la Russie, en lui montrant la guerre prête à protéger la Turquie, Dans les débats mémorables qui suivirent le message royal, Fox fit éclater tout son enthousiasme en faveui de la révolution et des réformes politiques de la France. Il vanta le bonheur ,de la JFrauœtC^tlA. sécurité qu'elle donnait aux autres .peuples par la sajgesse de ses lois :

Tadmire, dît-il, la Gonsthationnoiivelle delà France, comme le plus glorieux monument de liberté que la raison *humame ah<èleyé dans aucun temps et dans aucun pays.

fiurke ne conitedit pas immédiatement ce magnifique éloge d'une révoilution qu'il détestait. Il semble que les deux anciens amis avaient longtemps évité de se rencontrer, ou pflutôt de se heurter sur ce sujet nouveau qui préoccupait toutes leurs pensées et divisait Jeurj>olitique si longtemps unanime et solidaire. Us craignaient, on le sent, de rompre publiquement oette loi^gue et intime .alliance glorieuse à tous. deux. UneiAistBiUEke s'étaiit levé pour répondre à son ami; Boaisileiem iminifitémel aux voisc, poussé par habitudi^ lUivaitiQ»Iadroiten)ent «empêché de .parler.

'Bans vDe'aatpe>0Gca8ieiii,'âansi)e dôbat>surilei6tMl^^ deTarmrée, le i^ssenfîment'des deux amis s'était ,ma^ nifesté, mais avec de grands égards et une réserve mu*

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luelle. Après avoir attaqué la nouvelle institution des gardes nationales de France, et signalé le danger de cette puissance et de cet exemple pour TÂngleterre , Burke avait dit :

Je regrette que mon honorable ami ait laissé êckapper une expression de joie à ce sujet; j*attribue cette opinion de sa part à son zèle reconnu pour la plus noble des causes, la liberté. C^est avec une peine inexprimable que je suis séparé par la plus légère dissidence de mon ami, de celui dont Tautorité devrait être toujours si grande sur moi et sur tous les hommes éclairés :

quae maxima semper

' Gensetur nobis, et erit quae maxima semper.

Ma confiance dans mon ami était si grande qu'elle était absolue. Je ne rougis pas d'avouer une telle docilité; quand on a bien choisi son guide, elle soutient au lieu d'affaiblir. Celui qui appelle à son aide une intelligence égale à la sienne double sa force. Celui qui trouve Tappui d'une intelligence supérieure s'élève en s'unissant à elle ; j'ai obtenu le bienfait d'une telle alliance, et je ne voudrais pas m'en départir légèrement. Presque en toute occasion je serais heureux que l'on reconnût mes propres sentiments dans les paroles de H. Fox; je souhaiterais, comme uû des plus grands biens pour mon pays, que ce très-honorable gentilhomme y fût appelé au pouvoir, parce que je sais qu'il joint à son grand et mâle génie le plus haut degré de cette modération qui est le meilleur contre-poids de la puissance, et qu'il est un des hommes les plus sincères, les plus dénués d'artifices, les plus bienveillants, désintéressé à l'excès, d'une nature douce et indulgente, môme pour les fautes, sans une goutte de fiel dans toute sa personne. La chambre doit voir dans mon empressement à remarquer une expression ou deux de mon meilleur ami, avec quelle sollicitude je voudrais empêcher que les troubles de France ne trouvassent quelque appui en Angleterre, où des personnes mal-

intentionnées recommandent; comme un modèle, Fesprit violemment démocratique de la réforme française.

Après cette affectueuse précaution, il avait, sans aucun ménagement, censuré les actes et Tesprit général de la révolution :

Je m'étonne, avait-il dit, que cette chose étrange, qu'on appelle révolution en France, puisse être comparée aux glorieux événements de la révolution anglaise, et que la conduite de nos soldats en cette occasion soit assimilée à la mutinerie de quelques-uns des régiments français. Alors le prince d'Orange, prince du sang royal d'Angleterre, était appelé par Télite de Taristocratie anglaise pour défendre son ancienne constitution, et non pour niveler tous les rangs. Vers ce prince ainsi appelé, les chefs de Faristocratie qui commandaient les troupes allèrent av^c leurs soldats, comme vers le libérateur du pays; Fobëissance militaire changea d'objet; mais la discipline militaire ne fut pas un moment interrompue ; cette différence que j'indique dans la conduite de' Farmée anglaise, je la trouve dai^s toute la nation anglaise à la même époque. En fait, la révolution anglaise et celle de la France sont précisément Fopposé Fune de Fautre, dans chaque circonstance particulière et dans le caractère général de l'événement. Chez nous, c'était une monarchie légale essayant Farbitraire ; en France, c'était un monarque arbitraire commençant à légaliser son pouvoir : la première devait trouver résistance ; 1q second faveur et soutien, etc. Nous ne détruisîmes pas la monarchie; peut-être môme serait-il facile de montrer t]ue sa puissance fut augmentée. La nation conserva la môme hiérarchie, les mômes privilèges, les mômes franchises, les mômes règles de propriété, les mômes subordinations, le môme système de lois, de revenus, de magistratures, les mômes lords, les mômes communes, les mômes corporations, les mômes électeurs. L'Ëglîse ne fut pas affaiblie ; ses richesses, sa splendeur, ses rangs demeurèrent dans le môme état*

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Borke concluait de cette difféveniee, que la Franoe, avec sa révolution universelle, retombait dans le chaos de la barbarie, et qu'elle avait fait une chose sans nom^ comme les sorcières de Macbetti. Ce grand esprit ne remarquait pas assez Finfluence irrésistible de circonstances diverses , et les caractères nécessrairement opfposés d'une révolution politique et d'une révolution à Ta fois politique et sociale.

Fox, ému de ces violentes invectives contre les principes qui lui étaient chers,, maïs plein de respect poux son ami, répondit avec une graade modécatioa^ Il déclara qu'il n>'approuvait axicun systèn^e violent y qu'il était également ennemi de toutes les C(»rmes adieoluee de* gouvernement, monarchie absolue, avisCoey&tiie afefsotae, démocratie absolue, et quTû était zélateur fntttriable d'une constitution mixtie , où l'es pouvoirs sorti balancés; puis, répondant par des expressions non / moins flatteuses aux éloges que Burka lui avait pro^ digues, il ajouta .

Telle est mon admiration pour le jugement de moa tnès-lu^ norable ami^ telle est mon estime de ses principes,. ma haute opinion de. ses lumières^ tel est à mes yeux le prix inestimable de son amitié,^ que, si je mettais dans la baknca, d'une pai^t, tout ce que j'ai recueilli de mes lectureft^poUUqiues et de Yéttude, tout ce que Texpérience du monde et des. affaires nk*a appris, eu de l'autre,, tout ce que j'ai, tiré des eonseils et des entsetiens de mon ami,, je ne pourrais décider à qui je dois dar vaatage*

Hais Sheridan, avec son amère vivacité, vint aigcir ce débat paisible et mêlé de tant d'amitié :

Je diffère absolument, dit-iU de mon trè&4iOBeitable «Mi

SOT chaqne mot ^11 aprononcèitioucliani la rôiKoltiUon fraa* çaîse» Je laltrouve semblable l^noUa r4v,olutionr-entcaaenS| qa!elle a DésuMtfua 9niun9e.aussi iuste.cLd'im&Qmvocaiion aussi réelle.

J*admire les vues g^érales et la noble conduite de rassemblée nationale. Je ne conçois pas qu'on Taccuse d*âyoir reur versé les lois, la justice et la fortune publique du pays. Quelles étaient ces lois? les mandats arbitraires du despotisme. Quellfe était cette justice? les décisions partiales d'une magistrature vénale*. Que) était ce revenu public? k banquemute antorisèa. L'erreur fondamentale dn^mon ttcès^-bonoiiable ami, o'est.dîaacuser rassendJléejttetioaaâbs d'amr cnééles.mmux qui existaient dans toute leur difformité à Tépoq^ue de sa première réunion, etc., etc. Pour de telsvmajix, & q^el. oomèdc fallait-il na- «oumi!,.sinon à une réforme; radicale de tout le corps de la constitution? Ce changement n'était pas seulement l'objet et le TQSu de l'assemblée nationale ; c'était la demande et le cri de toute la France, unie comme un seul bomme et pour un seul dessein.

En5iutoSheFidda]ré§utfi.Tiyement,,ei.«vec une amèse ironie ,. la eampemûsan. qjae Burke avait faite entre la France etrAngl6lerra,.à Fépx3(|ue de laui:s révolutions. Burke se naontca blessé de eetta réj^ique,. et se plaignit que 11a«ttorable gentilbi^niae avait, cruellement défiguré sas pftffolesiK eti 9imi tâ£bé de. le. faire pairaHce un avoctt'diiit dsftpaltome ;, il décW a. que dès lors rhonorablft flantilhoniine et lut. étaient séparés^ dans la pa-

Tel. fntle premier sigaeda ce? disaentino^njt profond qui devait plus tard diviaer pour toujour&les deux chefs du parti whîg. L'amitié de ^eridan fiit. la première -sacrifiée par Bucke.

Mais ii lui en coàlait bien pbifi de rompre avec un

ami de vingt ans, avec Thomme qu*il admirait le plas, disait-il. Plusieurs mois se passèrent encore ; Burke et Fox continuaient de se voir habituellement, se communiquaient leurs pensées, s'éclairaient, se soutenaient Tun Tautre, dans les objections qu'ils faisaient à Pitt. Ils blâmèrent d'un commun accord le projet de guerre contre la Russie, et par des raisons diverses, ils entravèrent également les desseins réels ou apparents du ministre. Mais sous cette concorde dans l'opposition, on pouvait apercevoir déjà l'affaiblissement de l'amitié. Unis encore dans une hostilité commune, ils ne l'étaient plus dans tous leurs sentiments ; la brèche était faite, et devait bientôt s'élargir.

Une occasion, qui semblait étrangère à ce débat de principes, le fit éclater dans toute sa force.

Les Anglais , pour se dédommager de la perte des États-Unis, avaient eu soin de s'approprier le Canada ; et, au milieu des loyales inquiétudes de Pitt, pour la sûreté des trônes de l'Europe , il affermissait habilement la domination anglaise dans cette nouvelle colonie. Éclairé par les anciennes fautes de l'Angleterre, dans Fadministration des États-Unis , et par le grand exemple de son père lord Chatam, il vint proposer au parlement un bill fort sage, pour régler la situation de la colonie de Québec. Il la divisait en deux provinces ; il établissait un sénat et une assemblée populaire, ïhor béas corpus, les garanties du jury ; et il consaci^ait en même temps le principe si longtemps réclamé par l'Amérique, qu'aucune taxe ne serait imposée sans le consentement des états de la colonie.

C'est la discussion de ce bill, Messieurs, qui rompit tout à fait la longue alliance de Fox et de Burke , et manifesta sans retour leur divorce politique. Tel fut

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révénement mémorable qui divisa Fopinion anglaise, donna dès lors à Pitt Fappui d'une immense majorité dans le parlement el dans le pays, et lui permit de former ces grandes entreprises qui ont besoin d'être peu contredites. Je vais rassembler quelques détails sur cette grande scène parlementaire. En marquant une époque historique, elle vous fera bien connaître Téloquence politique et le «caractère des hommes d'Ëtat anglais. Nulle part, le naturel et Fémotion des sentiments privés ne se mêlèrent davantage à la gravité d'un in* térêt public.

Mais permettez-moi, avant de commencer ce récit, d'emprunter à un écrivain ingénieux, alors émigré en Angleterre, la vivante peinture qu'il a faite de Fun des deux orateurs. Elle vous mettra Burke sous les yeux; et vous concevrez mieux ensuite son éloquence , que je traduirai trop faiblement :

L'orateur que je désirais le plus entendre était le célèbre M. Burke, auteur du Traité du subtime^ et souvent sublime lui-même. Il se leva enfin; mais, en le considérant, je ne pouvais revenir de ma surprise. J'avais si souvent entendu comparer son éloquence à celle de Démosthëne et de Gicéron, que mon imagination, Fassociant à ces grands hommes, me le représentait, comme eux, sous des traits nobles et imposants. Je ^ ne m'attendais pas sans doute à le voir, dans le parlement d'Angleterre, revêtu de la toge antique; mais je n'étais nullement préparé à cet habit brun, si serré qu'il semblait gôner tous ses mouvements, et surtout à cette petite perruque ronde et bouclée qui, malgré tous mes efforts pour trouver un objet de comparaison plus relevé, lui donnait l'extérieur d'un bedeau de village. Nous sommes tellement dominés par les idées accessoires, qu'il se passa quelque temps avant que cette im* pression désagréable pût se dissiper.

190 LlïtÊRATUIŒ

Cependanl B«rke ^'«vaaga au miliiiu de la sallc^ contre IV sage ordinaire; car on parle debout et découvert, mais sans sortir de sa place. Pour lui, de Tair le plus simple, je dirai même le plus humble, les bras croisés sur la poitrine, il commença son discours d'un ton si bas, qu*à peine pouvaîs-je Tentendre ; mais bientôt, s'animant par degrés, il peignit la religion attaquée, les liens de la subôrdinatron rompus, la soeidié entière menacée dans ses fondements; et, pour montrer ^œ FAngletcrre ne devait compter qae^snr eHNi^-môme, il tiviga-à grands traits le tableau politique de FEurope; il peignit l'esprit d'tfmbitioB et de vertige qui animait la plupart desgou' vemements, Tinsouciance coupable des autres, la faiblesse de tous. Lorsque, dans cette grande revue, il en fut à FEspagne, cette monavehîe immense, mais qui semblait tombée en léthargie : <K Que peut^on en attendre ? s écria-t-il, FEspagne est une baleine échouée sur le rivage! » L'assemblée efitiére était attentive et tous les regards fixés sur lui.

Tel est Fhomme qui prend la parole pour discuter le bill de Québec, Il en contredit quelques dispositions; il fait ressortir Favantage des autres; il insiste sur les garanties sages et modérées qui sont données aux 11- ( bertés de cette colonie ; puis en même temps, il pousse un cri de joie, en disant qu'il n'y voit pas cette désastreuse et coupable déclaration des droits de Fhomme qui a mis en feu la France. 11 remercie le ciel d'avoir préservé cette colonie, en la donnauit à l'Angleterre, d'être infectée par les doctrines contagieuses de sa métropole. A cette occasion, îl retrace, arec une éloquente colère, les derniers événements de Paris, et Fespèce de captivité que subissait Louis XVI au milieu de son peuple. Ses expressions ardentes et sévères agitent vivement Fassemblée.

M. Fox se lève •

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n semble, dit-il, que c'est imjoar privilégié, où- chucunpeui te l€?ver et însoller tel govreraernent cfaH lui pfett. Quokpie personne n*àit dit un mot sur les Iroaftfes ée la France, *moû honorable ami' vient de prendre la parole et de flèlrir de gaieté de cœur ces mémorables événements. Il aurait pn traiterf ce me semble, le gonremement de Iei Chine, on celui de la Tnr^ (poÊBy on les lois de Confucitfs, précisément de la même mnr niéro' et avec autant d'opportunité. Chacun aurait aujoardlrai le ménre droit que mon honorable ami dlnsulter les gonveraeménts de tous les pays anciens et modernes,

Burke reprît ïa parole avec cette promptîtud'e, cette facilité soudaine qui est la condition de réîoquence politique. Il justifia ropportunité de ses reproches, ea les aggravant. Il décrivit avec une vivacité nouvelle Tanarchie qu'il reprochait à la France, et dont il voulait, disait-il, préserver f Angleterre. Il se laissa emporter à des expressions violentes qxà. excitèrent Aes murmures et des cris à Vordre! sur les bancs des amis de Fox. Dans ce moment, lord Sheffield se leva pour proposer, avec une simplicité qui peut paraître un peu malicieuse, de décider, par une motion d'ordre, que des dissertations sur la constitution française et le narré des événements qui se passaient en France n*étaient pas selon l'ordre dans tm rapport eoaoLCt avec les clauses du bilL de Québec, qui devait être lu une seconde fois p paragraphe par paragraphe^.

Fox appuya la propositiûa de manière à renouveler le combat, au lieu de le finir :

Je suis, dit-il, sineérement affligé de sentir que je dois appuyer une telle proposition : je le suis tf iautanl plus que mon irès-honorable ami Ta rendue nécessaire en introduisant, avec si peu de régularité, une discrssion sans rapport avec le WB

de Québec. Quant à la révolution française, je diffère entièrement de mon honorable ami. Nos opinions, je n'hésite pas à le dire, sont aussi distantes que les deux pôles. Mais qu'importe cette différence d'opinions sur un point de spéculation théorique? et quVt-elle à faire avec la discussion positive qui nous occupe ? Sur cette révolution je tiens à mon sentiment, et je ne rétracte pas une syllabe de ce que j'ai dit. Je pense que c'est un des événements les plus glorieux de Thistoire du monde, etc. Si je différais de mon honorable ami sur quelques points de l'histoire, sur la constitution d'Athènes et de Rome^ faudraitr-il nécessairement que notre dissentiment fût débattu dans cette chambre ? Si je louais la conduite du premier Bru* ius, si j'appelais l'expulsion des Tarquins un acte généreux et patriotique, serait-il juste de dire que je médite l'établissement du consulat dans mon pays? Si je répétais l'éloquent panépryrique de Gicéron suf le meurtre de César, la conséquence seraitelle que je suis venu ici, avec un poignard sur moi, pour tuer quelque grand homme ou quelque orateur? Si vous dites qu'admirer une action c'est vouloir l'imiter, montrez qu'il y a quelque analogie dans les circonstances. C'était à mon trèshonorable ami de prouver, avant d'accuser mes paroles, que l'Angleterre était précisément dans la situation de la France au moment de la révolution française ; et alors, quelque reproche calomnieux que dûtm'attirer ma déclaration, je serais prêt à dire que la révolution française devrait être imitée par ce pays.

Hais, au lieu de chercher des différences d'opinions sur des sujets qui heureusement ne sont pour l'Angleterre que spéculations et théories, venons à un fait, à une application pratique, à la discussion du bill qui nous est présenté, et que l'on voie si mes objections à ce bill étaient républicaines et sur quel point je diffère de mon honorable ami. J'ai appris de hautes et respectables autorités qu'une petite discussion de grands événements, sans information suffisante, ne faisait honneur ni à la plume de l'écrivain, ni aux pa.roles de l'orateur. Si on décide que mon honorable ami doit continuer ses arguments contre

la révolution française, je quitterai la chambre; et quand uh ami me fera dire que les articles du bill de Québec vont être discutés, je reviendrai pour les débattre. Ce n*est pas, de ma part, répugnance à écouter mon honorable ami, je Tai toujoui écouté avec plaisir, excepté lorsque nul résultat profitable peut suivre ses paroles ; quand le moment de la discussion sérâ> venu, tout faible que je me sens, si je me compare à mon honorable ami, que je puis appeler mon mattre, et de qui je tiens tout ce que je sais en politique, je serai prêt à défendre les principes que j'ai avancés, même contre Téloquence supérieure de mon honorable ami ; je serai prêt à soutenir que les droits de l'homme, tournés en dérision par mon ami comme de vaines chimères, sont réellement la base de toute constitution raisonnable et de la constitution anglaise elle-même, comme le prouve le livre des statuts. Car si je comprends quelque chose au contrat originel entre le peuple anglais et son gouvernement, tel qu'il est établi dans ce livre, ce contrat est une reconnaissance des droits inhérents aux peuples, en leur qualité d'hommes; de ces droits que nulle prescription ne peut effacer, que nul accident ne peut détruire. Si de tels principes sont dangereux pour la constitution, ces principes étaient ceux de mon honorable ami, de qui je les ai appris durant la guerre d'Amérique. Nous nous sommes réjouis ensemble des succès de Washington ; ensemble, nous avons donné des larmes à la perte de Montgommery ; c'est de mon honorable ami que j'ai appris que la révolte d'un peuple entier ne pouvait pas être factice et encouragée sous main, qu'il fallait qu'elle etlt été provoquée. Telle était, à cette époque, la doctrine de mon honorable ami, qui disait, avec autant d'énergie que d'éloquence, qu'il ne saurait pas lancer un bill d'accusation contre un peuple. Je regrette de le voir, mon honorable ami a depuis lors appris à rédiger un pareil bill d'accusation et à le surcharger de toutes les épithètes techniques qui défiguraient notre livre ' des statuts, telles que malicieux, scélérat, diabolique. Pour moi, instruit par mon honorable ami que la révolte d'un peuple n'arrive pas sans provocation, je ne puis me défendre d'ua

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sentiment de jdie dtepuls que la const^tuticni de la France est fondée sur eea droitsde rhoinme qui servent de base à la constitutioa britannique. Le nier, c'est iaire \m libella contre la constitatioa britannique; il nest pas vn livre, ftas un discours de mon h^iorable ami, quelque élequents que soient ses livres et ses discours, cpii puissent me &ire ai^ndonner ou aiïaiblir mon opiniûa..

Cette vive répoiWB, où ramfti'é tempérait encore Famertume, blessa la fierté de Barke. Il se leva, et d'une voix grave et sévère, avec une émotion difficilement contenue, il reprit en ces mots :

Quoique j'aie été plusieurs fois interrompu et rappelé à l'ordre, j'ai écouté M. Fox avec le calme le plus absolu, sansTiulerrompre une seule fois. Cependant il me semble que son discours est plus irrégulier et bien plus éloigné de Tordre que le mien. Ma conduite publique, mes paroles, mes écrits ont été traduits et falsifiés en termes amers et durs ; mes conversations confidentielles môme sont livrées à la chambre,, et sont commentées pour faire ressortir ma prétendue inconstance poiltique. Telles sont donc les marques d'affection que je devais recevoir d'un ami que je croyais si chaud et si sincère!. Fallaitil donc qu'après une intimité de vingt-deux ans, sans la moindre provocation, sans le moindre motif, il me blessât ainsi dans mes croyances les plus chères, et jusque dans les conidcnccs de mon amitié! Je ne puis concevoir que M. Fox m'accuse d'avoir parlé légèrement, sans exactitude, sans informa- Lions, sur des faits inconnus. N'a-t-il pas vu dans mes mains les livres, les pamphlets, les récits qui nous font connaître tous les malheurs, tous les crimes de la France?

Ensuite Burke entre dans une vive réfutation des principaux arguments de Fox; il fait ressortir de nouveau rirremédiable désordre où est tombée la France,

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«t cet état violent et anapefak|U6 qui la sépare, à. ses yeux, de tout gouvernement ixe eli régulier; f aisy r^ Tenant aux détails mêmes du débat, il se plaittt quTea l'ait d*abord fatigué par des interruptions , toutes les fois qu'il lui éehappait. vtte expressie^n trop vive ,. e« plutôt trop juste; et ensuite, <|a'après cette artillerie ▼olsgQte des rappels à Fordie et des întèrruptioQs , on Tattaque avec toute la puissance de M.. Fox.

Je le sais, dit^, dans noire carrièFe noiisavans été divisés, M. Fox et moiy sur plus d'un sujet : sur la réforme parlementaire, sur le bill des dissenters, sur le mariage du roi ; mais jamais ces dissidences d'opinions n'avaient un seul moment interrompu notre fidèle amitié. A Tépoque de la vie où je suis arrivé, il est peu raisonnable de provoquer des ennenïis ou &e donner à ses amis une cause de rupture et d'abandon. Mais je suis si fortement, si invariablement attaché à la constitution anglaise, que je ne puis hésiter. Mon devoir public, ma prudence, mon amour de mon pays m'ordonnent 4e m'écrier: Fuyez la constitatioia- française; séparez-vous deile

Fox, qui était ému de ces paroles, dit alors à demivoixy assez haut pour être entendu :

Mais ce n'est pas une rupture d'amitié. — C'est une rupture d'amitié, reprit Burke. Je sais ce qu'il m'en coûte. J'ai fait mon devoir au prix de la perte d'un ami : notre amitié est finie.

Ptrîs alors, avère cette- rêhémence d'imagination qui le caractérise et que le goût de toutes les natron:s ne peut pas approuver , il apostrophe vivement Fox et Pîtt comme deux illustres rivaux qu'il conjure de se réunir pour le salut de TAngletcrre et de la civilisation. Et soit qu'ils se rencontrent dans l'hémisphère po-

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litique comme deux météores enflammés, ou qu'ils s'a-* vancent comme deux frères unis, il les conjure de protéger la constitution anglaise. Puis , s'adressant à la puissance divine qui lance une comète hors de son orbite, il représente vivement la faiblesse et la misère des mortels , qui n'ont de règle que l'expérience, et doivent laisser à Dieu les idées de perfection auxquelles ils ne sauraient atteindre.

L'orateur mêlait à ce langage pompeux , asiatique , irlandais, une émotion profonde; car cette froide assemblée du parlement d'Angleterre fut vivement toa« chée. On fut attendri jusque sur les bancs de la trésorerie ; et, suivant le témoignage des contemporains , plusieurs personnes pleuraient.

Fox cependant se leva pour répondre; mais il resta plusieurs minutes sans pouvoir parler. De grosses larmes coulaient de ses yeux; son cœur semblait battre dans sa poitrine. Il était dans une convulsion de tristesse violente ; et cependant, comme il était orateur encore plus qu'ami, il fait effort, et il va parler :

Tespère, dit-il, que les incidents de cette nuit n*ont pas tout à fait chanjçé le cœur de mon honorable ami. Quoi qu'il en puisse dire, il me serait trop pénible de me séparer d*un homme auquel je dois tant ; et malgré la sévère àpreté de ses paroles, je ne puis renoncer à Festime et à Tamitié que je lui porte et qu'il me rendait; je ne puis oublier que, presque enfant, j'ai été accoutumé à recevoir des marques d'affection de mon honorable ami, et que cette amitié s'est accrue avec nos années. Il y a maintenant vingt-cinq ans que je le connais; il y a vingt ans que nous vivons ensemble familièrement, et que nous sommes dans la plus intime communication de vues, de pensées, d'espérances. J'espère qu'il voudra bien se souvenir de ces temps passés, et que, malgré quelques imprudentes pa-

rôles qui auraient pu le blesser, il ne croira pas que j'aie voulu intentionnellement Toffenser. C'est là toute mon espérance. Qu'il me permette de différer d'opinion avec lui, et qu'il ne prenne pas mon dissentiment pour un oubli de mon admiration et de mon amitié.

Et puis, il rentre dans la discussion, et il est plus énergique, plus spirituel, plus amer, plus blessant que jamais. Aussi, Burke se lève de nouveau :

La tendre affection, dit-il, que M, Fox a témoignée dans le commencement de son discours a été bien effacée par la suite et la fin de ses paroles. Il a eu l'air de regretter avec une expression de tendresse et d'intérêt les durs procédés de cette soirée ; et je crains bien que nos ennemis ne s'en souviennent toujours, au préjudice de tous deux. Mais, sous ce masque de fausse douceur, il a recommencé ses attaques avec ])lus de vivacité que jamais; il m'a reproché d'avoir abandonné mes opinions; il m'a accusé d'une misérable inconstance, qui me rendrait indigne de cette amitié dont il parle ; il a travesti mes opinions.

Et là , les récriminations deviennent plus amères. Cependant ces hommes avaient beaucoup de cœur l'un et l'autre. Fox avait peulrêtre plus d'abandon, plus de vive bienveillance, plus de cordiale franchise; mais son génie d'orateur l'emportait même contre son ami. Burke avait plus de gravité morale, plus de vertu sévère; il était plus fait pour une amitié vertueuse et respectée ; et par cela même, il était plus disposé à la rompre avec hauteur et inflexibilité , le jour où il se croirait blessé dans les droits qu'elle lui donnait. Ainsi, c'est de son côté que se montre la rigueur; et c'est du côté de Fox que sont les torts et les excuses.

Du reste, ce mémorable débat commence une grande

époque dans la situation de rAngleterre et dans la politique de Pltt. Pendant que les deux amis se blessaient et se pleuraient Tun Fautre, pendant que ces débats doubles et triples leur donnaient le temps de se faire de mutuelles et irréparables offenses, Pitt, impassible, regardait cette lutto, et pusulrétve e& jouissait ; je suis tenté de le croire, quand je voia^ Taetr hnbile avec lequel il se. mêle à^ime alteceation si mve et si touchante. Ne croyez pas qu*il avertisse les deux amis de tout ee quMis ont fait; ne croyer pas, comme Fa dit un brillant historien, qu'il se hâte de tendre les bras à Burke, et de Fenlever à l'opposition ; non : il semble demeurer impartial et presque indifférent ;. il n*a pas Pair dé prévoir les résultats de eette division.; il prend la parole seulement pour une questioa dB forme, et dit avec uft sang-froid imperturbable :

Laicliambre se. trouve dfoiifrUBe siluation singulière par rapport à ce débat. La question principde a été abandonnée. IT est difficile de rentrer immédiatement dans la discussion des principaux articles. Quant à Tincident qui a été élevé par le très-honorable brd Sheflield, il m'est impossible &e disshnu- 1er mon opinion. Jie: crois qm sLletvèE-lionorablis prèopinant s'est écarté de la discrétion, il ne s'est pas écailè dcFonire. Lar discrétion est relative À la question de savoir juaqu/i quel poînè une discussion peut être ûUroduiie, (^^i<iue. cette, diacuaûoai ne soit pas en elle-même contraire à. Tordre; Ce premier poiaL ne regarde que les expressions dont a pu se servir l'orateur» S*étre écarté de Tordre serait un tort plus grave. Je ne croia pas que ce soit icr le cas. Je pense donc qu'il ne serait pas juste de dire que le très-honorable préopinant se soit écarté de fordve. Et, d'un aulre côté, je crois à propos die retirer la motion que lord Sheilleld a proposée, pour qufil soit déddéqu'ou a'oixuperait exclusivement du bili de Quebee.

AU DIX-HUmÊME SIÈCLE. i9St

Apres ce petit discours si court, et si habilement insignifiant, la séance fut levée. L'opposition demeura profondément et irréparablement divisée. Le génie de Pitt vit arriver à ses côtés^ pour le seconder et te servir, la brillante imagination de Burke, ses grands talenliSy sou autorité morale et sa bonne foi. QueU& ftdPttine pouv un minielive' tel que Pitt, qui voiAlak do* miner par la raison et la confiwee pubHque^

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