‹ Cours de littérature française (volume 3)Chapitre 5 sur 32 · IV · texte numérisé non relu

IV

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débat libre et prolongé. La convocation irrégulière et peu fréquente de ces assemblées, leur courte durée, la désué* tude des traditions, tendaient à les rendre impuissantes. Dans les états généraux, ou dans ces grandes assemblées simulant les états généraux , que vous voyez présidées par le chancelier de l'Hôpital , tout se passe avec une sorte de pompe qui interdit Ténergie et la liberté du débat. Le chancelier, dans un savant dii^cours plein de citations antiques et de loyales paroles, vante beaucoup les états généraux :

Il n'est, ditril, acte tant digne d'un roi, et si propre à lui , que de tenir les états et de donner audience générale à ses sujets.

Mais ce principe fut bien vite oublié au milieu des actes du pouvoir absolu et des fureurs de la guerre civile. Les annales de nos états généraux demeurent presque entièrement stériles pour Téloquence. Le parlement seul, le parlement de Paris a laissé quelques beaux monuments d'antique indépendance , dont je vous ai déjà plusieurs fois entretenus.

C'est en Angleterre , Messieurs , qu1l existait des états permanents et libres, up droit ancien de discussion sur les intérêts publics ; c'est l'Angleterre qui, dès le temps de Comines, paraissait à cet historien judicieux un pays à part, où le peuple avait ses droits dans le gouvernement , et se mêlait des affaires.

C'est donc là, Messieurs, que nous devons rechercher* les premières applications et les progrès de l'éloquence politique parmi les modernes. Ce tableau sera fort divers. Les gouvernements les plus uniformes en apparence changent beaucoup. Lisez M. Hallam : bien qu'il regarde

la constitution anglaise comme une œuvre unique et toujours la môme , bien qu'il diffère de l'opinion de Hume, et que , dans les temps même où Hume n'avait vu que le pouvoir arbitraire , Hallam retrouve déjà tous les principes de la constitution , cependant TÂngleterre , dani son ouvrage, change tout à fait d'aspect à chaque nouveau règne, et surtout à chaque siècle. Quelle différence prodigieuse entre l'époque où un député des conununes, pour un discours au parlement, était mis en prison par un ordre du roi , et cette indépendance inviolable dont la parole jouit en Angleterre , et qui appartient nécessai? rement à la vie politique d'un État libre I quel intervalle entre le temps où les débats parlementaires étaient , pour ainsi dire, intérieurs et domestiques, renfermés dans le cercle d'un petit nombre d'hommes , et interdits au regte de la nation, et le temps où ces débats, aussitôt publiés, sont entendus de toute l'Angleterre I Quelle différence, à des époques d'ailleurs assez voisines , entre la publicité furtive , incomplète , que recevaient ces débats parlementaires , reproduits dans une feuille sous des noms étrangers, sous des anagrammes obscurs , et ces mille journaux qui les colportent et les traduisent dans le monde entier ! Enfin , pour marquer la plus incalculable difiGirence, quelle distance entre la tribune anglaise du xvir siècle, solitaire, opprimée, sans liberté de la presse, et la tribune de nos jours, appuyée sur le secours permanent d'une presse inviolable !

Si vous passiez de cette histoire de la parole en ellemême à toutes les autres modifications du gouvernement , vous seriez encore plus frappés de cette prodigieuse mutabilité , ou plutôt de cette continuelle progression.

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Ce qu'il nous importe de retracer en ce moment, c'est l'action que le pouvoir politique manifesté par la parole, en Angleterre , devait exercer sur l'Europe , lors même que cette influence était bien moins libre et moins active que de nos jours. Ce que nous cherchons , c'est le nombre d'idées politiques mises dans le monde par les institutions et la tribune anglaise , avant que les discussions philosophiques de France aient fait naître une tribune bien autrement puissante.

Il nous faut donc feuilleter ces recueils énormes, et pourtant incomplets , du parlement britannique , y chercher, nous ne dirons pas les exemples oratoires (cette vue serait puérile), mais les passions qui animèrent le talent, y saisir ce qui appartient à l'éloquence politique en elle-même et au génie particulier des Anglais , enfin tout ce qui semblera chez eux un progrès , un caractère que la tribune seule pouvait leur donner, et qui ne serait pas venu de la littérature et du raisonnement philosophique.

On peut révoquer en doute l'intérêt d'une recherche semblable. Peut-être même les premiers détails vous en paraltront-ils arides et bien étrangers à l'histoire de l'éloquence.

La France a excellé dans les lettres. Non-seulement elle a produit beaucoup de grands écrivains, d'écrivains de génie , mais elle a eu , pour ainsi dire , une intelligence générale, une facilité naturelle et ingénieuse, commune à une foule d'hommes. Nulle part, peut-être, la médiocrité même n'eut autant d'esprit.

Il n'en va pas ainsi chez d'autres peuples. La civilisation s'y développe avec moins d'égalité. Quelques hommes supérieurs éclatent, dominent; ils sont grands

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poètes, grands philosophes. L'artestpeu cultivé par les autres. Il n'est permis que d'être homme de génie. Le goût , rélégance sont ignorés ou dédaignés. Cette idée que fait naître une partie de la littérature des Anglais se trouve encore justifiée par les monuments de leur éloquence politique.

Vous y rencontrerez çà et là des choses grandes et fortes; mais souvent, quoique le pays fût bien gouverné, quoique les ministres eussent raison , quoique TÂngleterre s'enrichît, formât d'heureuses alliances, étendît son pouvoir , sa tribune était sans éclat , sans grandeur. Il y a telle session anglaise où il ne s'est pas fait une phrase éloquente, où il ne s'est pas dit un bon mot, et où les affaires ont merveilleusement prospéré. Cette nature d'esprit, ce goût de l'utile, cette indifférence de l'ingénieux qui n'est qu'ingénieux , est un trait remarquable dans l'histoire des Anglais ; mais cela doit un peu décolorer leurs annales parlementaires. Lorsqu'on viendra, dans une vue qui n'est pas frivole, mais qui toutefois n'est pas immédiatement politique, feuilleter ces annales , et que , comparant les moyens aux résultats , on voudra retrouver le génie des orateurs antiques , on sera tout étonné , et on sera tenté de dire comme Cicéron lorsqu'il rappelle les premiers grands événements de Rome , accomplis à une époque où elle était encore barbare : Quam magna et inania verbomm ! «* Que de grandes choses faites sans le secours de la parole ! »

Un homme du plus beau talent avait , je m'en souviens, pour objection contre les gouvernements représentatifs , que ces gouvernements n'étaient pas favorables aux lettres , et ne produisaient pas d'assez grands orateurs. Il insistait sur ce reproche avec une vivacité

singulière. On pouvait lui répondre que les gouvertiendients ont dans le mondé une autre Vocation que dé fbtmer des hommes éloquents. La liberté , le bonheur, la dignité morale des nations valent bien l'élégance du style. Mais, de plus, Tobjection n'est pas fondée : tout au contraire : au lieu de l'admettre et de la généraliser , on peut , je crois , marquer les caiisés particulières qui , pendant de longues années, ont restreint l'essor du génie britannique dans une carrière naturellement si favorable.

Et d'abord , n'oublions pas que , par le bonheur même de leurs institutions prématurées au milieu de l'Europe ilioderne , la tribune des A^nglais a précédé l'époque de leur développement moral et littéraire. Cette rudesse , cette grossièreté par laquelle ont passé d'autres peuples dans la culture des arts, l'Angleterre l'a traversée dans sa vie politique. .

De plus , les formes antiques du parlement , le secret qui longtemps enveloppa ses séances , les précautions auxquelles était assujettie la parole pour éviter tout débat personnel, devaient affaiblir l'énergie du langage. Songez à l'autorité absolue de ce président tellement impassible que , dans de vieux procès-verbaux de la chambre des communes , il ne semblé pas un homme : on ne le désigne que par ces mots : La chaire ( the chair) commande lé silence. La chaire rappelle à l'ordre. — La chaire termine le débat. Ce fut sous cette rigoureuse disdpline que se forma la chambre des communes. Elle l'observa jusqu'à certain point, même dans la révolution et la guerre civile; et ce fait, frivole en apparence, ne contribua pas médiocrement à laisser à l'éloquence anglaise quelque chose de calme et de formaliste ; de là cet autre usage de ne point répdndt*é directement , de ne jamais

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prendre à partie celui ()ue Ton combat , et , quand on se lève tout impatient de réfuter un sophisme , d*accabler un advel^saii^, cette nécessité de se tourner vers le président, et de lui adresser paisiblement la parole. Enfin la natufe même des débats , la discussion fréquente des intérêts de Commei'ce , Texamen des traités d'alliance , sous tin point de vue de profit plutôt que de gloire , le détail des taxes et des perceptions , toutes ces choses que Tesprit moderne élève par des idées d'ordre et de système , traitées alors avec un bon sens asseî rude , n'offi'aient pas beaucoup d'occasions au génie des orateurs. A ce sujet M. Hume dit que la chambre des communes ressemble plus à un greffe qu*à un sénat antique. Pour expliquer le peu d'éloquence des orateurs , il allègue encore l'indifférence des auditeurs , qui , dit-il , aussitôt que l'heure du dîner arrive , laisseraient là Cicéron lui-même. Depuis longtemps tout est changé sur ce point. Vous savez la ténacité des débats du parlement britannique , et ces interminables séances de nuit , prolongées jusqu'au matin ; magistratunm conciones pernoctantium in rostris.

Admettons cependant ces différences techniques , matérielles , qui séparent un banc de l'opposition anglaise d'une tribune grecque ou romaine. Les différences morales sont bien plus grandes encore. Sans doute , de grands événements politiques ont agité l'Angleterre ; sans doute , 11 ne lai a rien manqué pour l'éloqiiènce , ni les révolutions , ni les crimes , ni les malheurs , ni la gloire ; mais ces révolutions se sont développées d'abord sous l'influence théologique. Ce parlement, qui avait quelque chose de formaliste dans les habitudes et la régularité de ses débats , prit un caractère scolas-

tique , sous l'autorité des passions pui'itaines. Sans doute, ces puritains, si vivement dépeints par un écrivain de nos jours, inspirant Tesprit de révolte au nom de Dieu, ces prédicateurs, qui, pendant le combat, se faisaient tenir les bras élevés au ciel , comme Moïse , et animaient au meurtre leurs partisans fanatiques , ces hommes avaient à leur manière une irrésistible éloquence : leur démagogie religieuse surpassait en fureur la liberté antique ; mais ces hommes étaient errants dans les forêts de rÉcosse. Sur le théâtre des affaires et des intérêts du pays arrivaient au contraire des puritains scolastiques, dont râpre véhémence était soumise à des formes régulières et à une méthode pédantesquement inexorable. Pym et tant d'autres, dont la parole fut si forte pour détruire , ont dans leur air quelque chose de calme , de froid, qui ne va guère aux révolutions; ils discutent en logiciens ; ils ne haussent pas seulement la voix ; ils sont implacables, sans paraître animés. Cromwell , voilà presque le seul orateur de la révolution anglaise. Voltaire , qui s'étonne de la puissance de ses discours si souvent bizarres , ajoute :

Un geste de cette main qui avait gagné tant de batailles et tué tant de royalistes, faisait plus d'effet que toutes les périodes de Cicéron.

Ce n'était pas tout, cependant. 11 y avait dans l'esprit de Cromwell une sombre ardeur qui était singulièrement assimilée au génie de son temps , et une force d'imagination qui se produisait parfois avec la plus expressive énergie.

Un autre homme de ce temps , la première grande victime de la révolution, Strafiford, montra dans son pro-

ces beaucoup d'éloquence , parce que , malgré ses fautes, il avait une grande âme. On peut remarquer aussi les belles et généreuses paroles qu'un homme de bien, assez obscur dans Fhistoire , Benjamin Rudyard , faisait entendre au conunencement de la guerre civile. Mais , hormis ces rares exemples , quand vous parcourez les volumineux recueils du parlement, à 1 époque de la révolution , vous croyez presque toujours entendre parler le même honune , vous vous demandez comment tant de caractères si hardis, si énergiques, si passionnés, peuvent offrir une telle uniformité de langage. C'est toujours la môme théologie qui revient ; ce sont des expressions faites d'avance , inévitables, et que les orateurs répètent l'un après l'autre.

Cherchons toutefois, dans cette monotonie puritaine , ce qui éclate , ce qui est saillant , bizarre. Écoutons Cromwell. Comme un autre homme extraordinaire, moins coupable et plus grand que lui, il avait la passion de parler et d'écrire. Il faisait à tout propos de longs discours, divisés comme des sermons, selon le génie du temps.

Je ne me suis point appelé moi-même à cette place ; voilà ma première vérité. Beaucoup d'entre vous ont porté témoignage de moi ; voilà ma seconde vérité.

Cependant cette écorce théologique se brise quelquefois. Quand on vient jusqu'à lui , quand on touche son pouvoir, quand ces fantasmagories de parlements , qu'il s'amusait à susciter, veulent devenir des parlements sérieux , et qu'on lui demande compte de ce qu'il a fait , qu'on veut chicaner les constitutions , les décrets qu'il imagine , alors voici comme il parle :

Que maintenant on prétende avilir ce gouvernement avoué

par Dieu , reconnu par les hommes , je veux être roulé dans la tombe et enterré avec infamie » plutôt que d'y consentir jamais. Vous êtes appelés ici pour sauver une nation, plusieurs nations, etc. , etc. Que répond rez-vous à Dieu? que répondrez-vous aux hommes, à ce peuple qui vous a envoyés, qui attend de vous Tallégement de ses maux, la paix, le repos, la stabilité? Lui direz-vous, quand il s'agira de lui rendre compte : «Nous avons querellé, nous avons disputé pour la liberté de l'Angleterre? » J'en atteste le Seigneur que la libetté de l'Angleterre, la liberté du peuple , la garantie contre toute tyrannie est assurée par la constitution présente , qui se défend assez d'elle-même.

Ceci n*est pas d'une logique fort rigoureuse. Mais on y sent une puissance de caractère qui est éloquente.

Ailleurs, Cromwell mêle à ce prestige hypocrite , dont il s'entourait, une sorte de franchise et de naïveté, autant que Cromwell pouvait être naïf. Entendez-le , par exemple , s'injurier lui-même , et répéter les accusations de fourberie, d'astuce répandues contre lui :

C'était, disent quelques personnes, la fourberie du lord Protecteur (je prends cela pour moi), c'était la ruse de cet homme et ses intrigues qui conduisaient tout; et, comme on dit encore dans les pays étrangers , il y a cinq ou six hommes en Angleterre qui ont de l'habileté; ils font toutes choses. Oh! quel blasphème dites-vous là ! parce que des hommes qui sont sans Dieu dans ce monde ignorent et ne peuvent comprendre ce que c'est que de prier, de croire, de recevoir les réponses de Dieu, et d'être inspiré par son esprit , etc., etc. Ceux qui attribuent à telle ou telle personne l'idée et l'accomplissement de ces grandes choses que le Seigneur a opérées au milieu de nous , et qui prétendraient qu'elles ne sont pas la révolution de Jésus- Christ lui-même, sur qui repose le gouvernement, ceux-là parlent contre Dieu ; et ils tomberont sous sa main , sans le secours d'un médiateur. Ainsi , quoi que vous puissiez penser de cer-

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tains hommes , quoique vous disiez : Cet homme est rusé , politique, subtil (je prends cela pour moi), prenez garde, je vous le répète, déjuger les révolutions de Dieu, en croyant examiner le produit des inventions des hommes.

N'est-U pA9 étonnant, Messieurs, que Hume ait négligé de tels discours? Il compare le langage de Crom-well à celui d*un paysan grossier, et ne peut comprendre , dit-Il , comment un homme , avec des paroles si absurdes, menait les trois royaumes. J'ai voulu vous montrer que , sous cette forme qui choquait le goÀt de Hume, il y avait quelque ohose d'énergique et d'éloquent qu'il aurait dû reiconnaltre. Certes, il n'y a rien de plus singulier que cet homme qui se dit publiquement les injures que l'Angleterre lui disait tout bas , qui s'en honore , ou plutdt qui les renvoie à Dieu même.

Mais , me dira-t-on , dans cette révolution qui devait faire éclater des talents si divers, ne nommerez-vous que Cromwell? Est-ce là le modèle de l'éloquence parlementaire que vous nous réservez ? Et ce généreux Falkland , d'un esprit cultivé par les lettres , d'une àme si élevée, si désintéressée , si courageuse , comment n 'aurait-il pas été éloquent? Je le regrette ; mais les discours de Falkland n'offrent rien qui puisse soutenir l'attention de la postérité : la froideur et la subtilité qu'on y trouve sont une preuve que la parole ne suit pas toujours les mouvements de l'âme. Il est une éducation de l'esprit , une habitude du faux goût qui dte à la sensibilité la plus vraie, son expression forte et naturelle.

À cette époque, l'éloquence et l'esprit anglais se partageaient, pour ainsi dire, en trois écoles, indépendamment des sectes religieuses : d'abord l'école de la cour, qui avait conservé ces tonnes d'élégance, de bel esprit, favorisées

par Elisabeth, ce langage subtil, cet euphuisme dont SYisk-speare a lui-même reçu l'empreinte, et que Walter Scott a ingénieusement parodié dans un de ses romans. Falkland, qui ressemblait si peu par le caractère aux autres courtisans , n'avait pas cependant échappé à leur langage subtil et maniéré. Une seconde école , peu nombreuse j*jétait récole philosophique et républicaine , à la manière des anciens, trop éloignée des mœurs de son temps, trop spéculative pour avoir un langage véhément et naturel. Sidney, le premier homme de cette école , se montra peu dans le parlement. Les défiances de Cromwell Ten écartèrent ; et il semble avoir été plus fait pour la méditation que pour les combats de tribune. Mais une lettre qu'il écrivit dans son exil , après la restauration , rappelle l'éloquence comme les sentiments de la fameuse lettre de Brutus. C'est le plus beau monument de cette école classique, dans la révolution anglaise.

Reste maintenant l'école théologique , qui était l'âme des troubles civils , l'instrument de la réforme sociale. Malgré sa lourde monotonie , cette école devait avoir parfois de l'éloquence. Seule, elle était forte des passions du temps ; mais elle se trouvait tellement surchargée d'un fatras inintelligible, que le génie même aurait péri sous le poids; et le génie était rare.

Voilà, Messieurs, l'esquisse, aride comme le sujet même , de l'éloquence anglaise dans l'époque où tant de passions auraient dû l'animer : vous attendrez- vous à la trouver plus puissante, plus active, lorsque la société devient plus paisible et plus régulière? Ce que les passions n'ont pas fait , les intrigues, les intérêts le feront-ils? J'en doute , Messieurs ; et il faut nous attendre longtemps encore à ne trouver dans les débats du parlement anglais

qu'un intérêt local et historique. Cependant des hommes s'élevaient, dont le nom est grand ou célèbre. Les débats qui suivirent l'établissement de Guillaume III , et qui marquèrent son règne , se distinguent par la méthode , la science politique ; mais on y trouve plus d'habileté que de génie ; et si l'habileté suffit au succès contemporain , c'est le génie qui seul intéresse l'avenir.

L'époque de la reine Anne et le temps de Georges I" virent briller des hommes fameux dans l'éloquence politique et les lettres, Swift, Steele, Bolingbroke, Pulteney. Aucun homme peut-être n'a jamais été plus fait que Bolingbroke pour devenir un grand orateur. Tous les dons de la nature lui avaient été libéralement accordés, la physionomie la plus expressive, l'organe le plus puissant, la mémoire la plus sûre, la plus ornée, la plus rapide, une facilité d'expression telle que, suivant un contemporain , et un contemporain jaloux , même dans l'abandon d'un entretien familier, les paroles de Bolingbroke, saisies surle-champ , auraient soutenu l'examen de la plus rigoureuse critique : on pouvait l'imprimer, à mesure qu'il parlait. Malheureusement, on ne l'a pas imprimé du tout.

En même temps les vicissitudes de sa fortune furent nombreuses et dramatiques. Il a été d'abord opposant, ministre très-attaqué , opposant de nouveau, ministre tout-puissant, ministre accusé. On ne peut imaginer une carrière plus active et qui donnât plus d'occasions de talent. L'Angleterre elle-même était dans la crise la plus vive. La reine Anne voulait assurer à son frère exilé l'héritage du royaume dont son père avait été dépouillé. La race des Stuarts était près de remonter directement sur ce trône d'où la puissance publique l'avait fait tomber. Bolingbroke favorisait secrètement les vues de

la reine Anne. Cet homme d'une vie licencieuse, ce sa-r vant incrécjule, ce précepteur ou ce confident de Voltaire en fait de scepticisme , était un zélé partisan , sinon de la cause catholique, au moins de la succession catholique. L'entreprise qu'il tentait par audace, ou qu'il tolérait par complaisance, était la plus hardie qu'un homme pût former, au milieu des passions profondes et des intérêts nombreux qui repoussaient les Stuarts. K quel point conduisit' il cette intrigue? On l'ignore : car l'obscurité de son caractère équivoque, au milieu de ses talepts si brillants, s'est répandue même sur le fait le plus important de sa vie. Mais ses actions publiques étaient grandes; ministre, il avait poussé l'Angleterre dans uue guerre glorieuse ; puis il l'en retirait p^^r sa volonté ; il arrêtait les victoires de Marlborough , et signait la pî^ix d'Utrecbt.

Comment ne s'est-il donc conservé aucun monunnent de son éloquence, inspirée par de si grandes occ^iQUs? L'illustre Fox en a, quelque part, exprimé ses regrets, A cette époque , Messieurs , les discussions parlementaires n'étaient pas encwe librement publiées. Quelques pairs, quelques membres des communes faisaient iuiprimer leurs discours; mais tout le débat improvisé restait inconnu ; et c'est là que régnait Bolingbroke, par 1^ beauté de son langage et de son imagination facile, briU^te , impétueuse. Quoi qu'il en soit, il n'a rien publié de ses paroles ; on trouve çà et là , dans des recueils , deux ou trois lignes qui indiquent que lord Bolingbroke a parlé, s'est défendu , a repoussé une objection ; mais rien de plus, et l'on peut croire que lui-même, dans les embarras de sa double politique , il a voulu prévenir la publicité de ses discours, et sacrifié sa gloire à ses desseins.

Enfin , la maison de Hanovre monta sur le trône en

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dépit des obstacles et des intrigues. Bolingbroke , fugitif et banni , vint en France, où il enchanta Voltaire par son érudition, son esprit et sou incrédulité. « Je n'ai jamais, dit Voltaire, entendu parler notre langue avec plus de justesse et d'énergie. » Mais les plaisirs de la France, Tamitié de Voltaire, ses confidences poétiques, tout cela ne put retenir longtemps Bolingbroke. Le besoin de l'agitation politique le rappelait vers l'Angleterre. Il obtint , à gi^nds sacrifices d'honneur, la promesse d'y rentrer un jour. Il y rentre ; mais il n'est plus membre de la chambre des pairs. Dans son rappel, il reste exilé du parlement. Publiciste, faute d'une place pour être orateur, Bolingbroke écrit sur la politique; puis il se lasse. U veut essayer de la retraite ; il s'est fait fermier, dit-il ; il a pris racine au milieu de ses arbres et de ses plantes. Mais Walpole est toujours ministre ; la guerre recommence, la guerre parlementaire , j'entends ; Bolingbroke revient à Londres ; et des pamphlets pleins de verve signalent son talent et son dépit. Mais il ne rentre pas dans cette chambre d'où il a été exclu ; exemple mémorable de cet arbitraire mêlé à la liberté anglaise ! Il est là , en dehors de la chambre des pairs, ne pouvant arrivera la chambre des communes, moins que pair, moins que député, et sans cesse, par ses écrits, faisant trembler le ministre victorieux. Après cela, Messieurs, irons-nous feuilleter le Crajtsman, et citer longuement les écrits polémiques de Bolingbroke? Malheureusement l'homme qui aurait été le plus fait pour être un grand orateur, ses fautes et les circonstances de sa vie l'ont enlevé à cette gloire.

Dans quelques-uns de ses écrits, dans ses lettres sur l'histoirel, dans son idée du roi patriote, dans ses réflexions sur \q^ partis, on sent une éloquence admirable

par moment , à laquelle manque la tribune ; ce fut le désespoir de sa vie, et sa punition trop sévère. 11 tâchait de se consoler par la culture des lettres , et en formant près de lui quelques jeunes membres du parlement, les Windham , les Marchemont, etc.

Pendant que Bolingbroke se consumait dans Tînaction de son génie, un ministre régnait paisible et absolu. Yous savez que Walpole fut ministre vingt ans. C'était là , Messieurs, un grand obstacle, un grand découragement pour la parole. Toujours Walpole, appuyé , d'une main , sur la caisse d'amortissementi^ de l'autre , sur le trône , et opposant à toute la puissance du talent , du zèle patriotique, son immuable stabilité !

Cependant [il serait intéressant de retrouver quelques traces de cette lutte si longue. Walpole, demandez-vous d'ailleurs, ce wigh si longtemps ministre, était-il dénué de talent? Non , certes; il est un des premiers modèles, non de l'éloquence, mais de la tactique parlementaire. Quelles que soient ses forces secrètes et ses moyens d'influence, étrangers à l'art oratoire, vous le voyez attentif à ne rien laisser sans réponse, méthodique, ferme, railleur. Les sentiments élevés ne sont guère à son usage ; mais il parle le langage de l'intérêt avec habileté, avec instinct ; il est infatigable, et toujours prêt à donner hardiment, au moins, une mauvaise raison.

Dans sa longue carrière, il eut à combattre, entre autres adversaires célèbres, Windham, lord Carteret , Pulteney et William Pitt. C'est d'eux que Voltaire a écrit :

Je ne sais si les harangues méditées qu'on prononçait autrefois dans Athènes et dans Rome l'emportent sur les discours non préparés du chevalier Windham, de lord Carteret, etc.

Comment ces discours admirables des adversaires de Walpole sont-ils donc aujourd'hui si peu connus? C'est qu'il y a, Messieurs , quelque exagération dans Téloge. Nous avons l'imagination dramatique et une facilité singulière à tout agrandir. On lit dans Voltaire qu'en 1738 un patron de navire anglais fut cause de la guerre déclarée par l'Angleterre à l'Espagne. Tombé dans les mains des Espagnols , qui faisaient alors de grandes déprédations sur les colonies anglaises, cet homme avait eu le nez et les oreilles coupés. II parut dans cet état devant la chambre des communes, et dit, selon Voltaire : « Messieurs , quand on m'eut ainsi mutilé , on me menaça de la mort : je l'attendis; et je recommandai mon âme à Dieu , et ma vengeance à mon pays. » C'est alors, d'après ce récit, que, la chambre étant tout émue, ses premiers orateurs parlèrent avec tant d'éloquence. Malheureusement, Messieurs, cette grande scène oratoire est douteuse. La présentation au parlement et le discours de ce patron de navire ne sont attestés par aucun monument. Suivant toute apparence^ ce sont de ces paroles historiques faites par les historiens. II y avait alors de fréquents comités où l'on recevait les plaintes du commerce anglais. On trouve, dans les recueils parlementaires, les rapports faits à la chambre sur ce sujet , et les pétitions présentées. On y trouve de solides discussions, de curieux détails sur les pertes du commerce , sur le danger des colonies, sur la nécessité de la guerre ; mais rien qui permette de croire que le parlement ait été le théâtre de cette scène pathétique et vraiment regrettable , que raconte si bien Voltaire.

Cependant je voudrais détacher de ces débats quelque chose qui vous en fit bien connaître le caractère \éhô- IV. 4

ment et positif. Walpole était obstiné à la paix; loin de s'indigner, comme Fa dit Voltaire, il cherchait à calmer Torgueil national. Alors même que la marine espagnole, ce qui ne semble guère vraisemblable aujourd'hui , arait souvent insulté la marine anglaise, il voulait encore éviter, diJETérer la guerre ; il négociait ; il avait fait une convention pacifique et peu honorable.

Windham , l'un des chefs de l'opposition et zélé partisan de la guerre, attaque cette convention , et tâche de faire rougir Walpole ; il le presse, il le pousse, afin de le mettre en mouvement :

Dans la vie publique, dit-il, comme dans la vie privée, il y a certains affronts qui n'admettent pas d'arrangement pacifique, de négociation. Si un gentilhomme était bâtonné en pleine rue , et qu*au lieu de rendre l'insulte il envoyât un prêtre à son agresseur pour arranger rafifaire â l'amiable, cet agresseur pourrait le trouver fort bon chrétien, mais fort peu gentilhomme; et partant, loin de lui ofifï^ir aucune satisfaction qu'un homme d'honneur puisse accepter, il dirait : Ia drôle a mérité ce qu'il a reçu. Aussi le véritable homme d'honneur, éprouvé par une telle injure, en tire une vengeance immédiate à la première rencontre. Il en va de même dans la vie publique et les affaires des nations. Il y a certains afûronts qu'une nation peut faire à une autre , et qui doivent être â l'instant ressentis d'une manière hostile. Quand une insulte est cemmise par les sujets d'un gouvernement sans mission apparente , sans mandat de l'autorité publique, la nation injuriée peut envoyer des ambassadeurs pour demander satisfaction, et elle ne doit pas ressentir hostilement cette insulte , jusqu'à ce que la nation tout entière ait fait l'acte sien , et ait déclaré que le délit de quelques-uns de ses sujets était un délit public qu'elle accepte et qu'elle veut soutenir. Mais quand il n'en est pas ainsi , quand rinsulte» quand l'attaque vient de l'autorité publique , la satis^

faction ne doit pas être sollicitée par prières et par ambassadeurs ; elle doit être prise immédiatement par des flottes et des armées envoyées pour cela.

On pourrait, Messieurs , trouver dans les orateurs animais de cette époque des exemples assez fréquents de cette simplicité nerveuse et presque démosthénique. Et puis, il est un autre mérite que l'éloquence : c'est l'esprit politique, ce sang-froid ferme, actif, qui répond à tout, ne s'intimide ni ne s'irrite, et gouverne par la parole. C'est là, surtout, une qualité puissante pour les contemporains, décisive pour les affaires , morte sur le papier, morte dans les livres.

C'était la qualité éminente de Walpole , pendant vingt années de ministère. Qu'un orateur énergique et spirituel, sir John Saint-Aubin, demande le rapport de l'acte qui établit le parlement septennal , Walpole se lève , et sur-le-champ , par un discours qui n'est pas éloquent en lui-même, mais qui est ferme et décisif, il répond à tous les arguments de son adversaire.

Que Pulteney, avec une grande chaleur d'âme , attaque la permanence de l'armée , qu'il expose , en invoquant les souvenirs antiques, Marius, Sylla, César, combien les armées furent de tout temps fatales à la liberté de leur pays (il s'agissait alors de porter l'armée anglaise de douze mille hommes à dix-huit mille), Walpole, sans érudition historique, sans mouvement d'imagination, expliquant la composition de l'armée anglaise , le petit nombre des soldats, le lien qui unit les officiers à l'intérêt civil et aristocratique , réfute en peu de mots , avec force , avec simplicité , les terreurs éloquentes de Pulteney.

Un des caractères de ces discussions , Messieurs , c'est

Tabsence des idées générales et des théories. Notre tribune , née , comme nous l'avons dit , d*un développement philosophique de la littérature , a gardé l'esprit de son origine. L'éloquence politique des Anglais, appuyée sur une suite de traditions , forte d'une jurisprudence de liberté , remonte très-rarement à des principes abstraits et généraux. Jamais, par exemple, ni le principe de l'élection directe, ni celui de l'inamovibilité des juges, n'ont été systématiquement démontrés dans le parlement d'Angleterre ; ces droits se sont établis par l'habitude et par la loi. Le jury est considéré conmie un privilège attaché à la qualité d'Anglais , un droit de naissance , birth-right; mais la bonté absolue et spéculative de cette institution n'a jamais été l'objet d'un examen parlementaire : il n'en était pas besoin; la longue possession prouvait plus que la théorie.

De là , Messieurs , dans ce premier âge de l'éloquence anglaise , avant que la puissance de l'Angleterre ait appelé à sa tribune les affaires du monde entier, les débats du parlement offrent peu de choses d'intérêt universel et durable. C'est presque toujours une polémique temporaire et locale , qui ne peut guère occuper l'avenir. Je ne veux pas vous laisser croire cependant que Walpole ait été si longtemps ministre , sans avoir rien dit qui mérite aujourd'hui d'être lu. J'hésite entre vingt discours , entre son adresse ou sa fermeté , son astuce ou son insolence. Je choisis presque au hasard.

L'éternelle durée de son ministère commençait à lasser ses plus opiniâtres ennemis ; on a de la patience, on a de la force , on a des discours pour six ou sept ans ; mais un ministre qui reste là vingt ans! la patience échappe et la parole s'épuise.

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En 1739, Walpole réussit encore à prévenir cette guerre avec l'Espagne , à laquelle voulaient le forcer ses ennemis : il apporte à la chambre un traité de paix qui dément toutes leurs prédictions et leurs espérances. La majorité est prête à l'accueillir. Windham prend la parole :

Messieurs, dit-il, je ne me lève pas, après un si long débat, pour exprimer de nouveau mon sentiment sur le traité que Ton va, je le crois, adopter; je veux seulement manifester le chagrin profond qu*il me donne. Je n'ai pas entendu une personne, hors de la chambre , approuver ou justifier ce traité ; et je croyais que , puisque les sentiments des particuliers sont tels , le sentiment de la majorité serait semblable. S'il en est autrement , je ne puis l'expliquer que par deux causes : ou les membres de la chambre sont convaincus par les arguments qui viennent d'être exposés devant eux , ou il y a pour les con* vaincre d'autres méthodes que des arguments. Je n'ai pas le droit de faire la seconde supposition ; ainsi je dois admettre la première; mais c'est pour moi. Messieurs, une pensée bien triste de songer que de si faibles motifs aient déterminé de tels esprits, et qu'on abandonne ainsi les intérêts les plus sacrés de l'Angleterre, etc., etc.

Le parlement perdra son autorité; car ce que vous faites n'est pas l'avis du public. On dira donc qu'il est gouverné par une faction ; et quelles en seront les conséquences ? je laisse à ces Messieurs à les considérer ; car ils vont donner leur vote. Pour ma part , je ne les gênerai pas plus longtemps ; je me retire ; je quitte le parlement , et voici mes dernières paroles ; Je supplie le Dieu tout- puissant qui a si souvent protégé ces royaumes , de leur conserver sa gracieuse protection , et de les sauver des dangers qui menacent le pays et la consti* tution.

Cette protestation éloquente, cette retraite annoncée

ne laisse pas d'émouvoir la chambre. Walpole répond sur-le-champ :

Messieurs, la mesure que le gentilhomme qui vient de parler et ses amis peuvent prendre ne me donne aucune inquiétude. Les amis de la nation et de Sa Majesté leur sont fort obligés d'avoir ainsi jeté le masque, en faisant cette déclaration hautement. Nous pouvons être sur nos gardes contre la rébellion ouverte ; mais il est difficile de se prémunir contre la trahison clandestine. La faction dont je parle n*a jamais siégé dans cette assemblée , ne s'est jamais associée à quelque mesure publique du gouvernement, qu'avec une intention de le perdre et de le détruire. Le gentilhonune qui est maintenant l'organe de cette faction a été le chef de ces traîtres qui , pour placer sur le trône un prétendant papiste, il y a vingt-cinq ans, conspirèrent la perte de leur patrie et de la famille royale. La vigilance du gouvernement le saisit, et sa clémence lui fit grâce. Depuis lors , il use de ce pardon pour travailler légalement à la destruction des lois , etc., etc. Toute ma crainte aujourd'hui, c'est que l'honorable membre et les siens n'accomplissent pas leur promesse de se retirer du parlement : car nous y avons été trompés déjà plus d'une fois.

Voilà , Messieurs , avec quelle altière autorité parlait ce souple et adroit Walpole , comment il faisait servir à sa défense les vieux périls de la maison de Hanovre. Il ne s'agit pas là du talent de l'orateur, mais de cette audace d'un homme enraciné au pouvoir.

C'est historiquement qu'il faut considérer ces rapides détails sur la tribune britannique , dans les commencements du xviii* siècle. Cet âge de l'éloquence anglaise , quoique déjà tout politique , ne la montre encore que renfermée dans des débats intérieurs , et plus puissante par l'habileté que par le talent. Plus tard viendront deux

ordres de questions, qui doivent la passionner et Yennoblir : les questions de conquête , de domination , et les questions d'humanité, de justice, dont la politique de ces premiers temps ne s'était pas occupée. Ainsi , dans l'ébranlement de l'Europe à la fin du xviii* siècle, et à dater de la guerre d'Amérique, l'Angleterre, pur son activité sur tous les points du monde , occupera sa puissante tribune des plus grands événements de l'histoire moderne. Et en même temps, les efforts tentés, les vœux exprimés pour l'abolition de la traite des noirs, pour l'émancipation des catholiques , pour la délivrance des colonies , signaleront une éloquence généreuse et morale, celle des Chatam, des Burke, des Wilberforce. Ainsi la tribune anglaise paraîtra s'agrandir de tous les intérêts européens et de tous les sentiments cosmopolites , qui viendront se mêler à son patriotisme.

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