BE LA LANGUE GRECQUE
. tieux que bornés croyaient faire une œuvre méritoire en brûlant, comme profanes, les parchemins dépositaires du génie des anciens , ou en les raclant, pour y substituer des légendes et les visions de quelques moines exaltés.
L'envahissement de la Grèce par les Croisés port^ les derniers coups à la littérature. Poussés par la furie du schisme et par une indigne avidité , ces princes chrétiens , sous l'influence de Venise , niorcelèrent en petites principautés le continent et les îles de la Grèce, saccagèrent des villes opulentes , incendièrent les bibliothèques, brisèrent les statues, et rendirent plus épaisse la nuit de la barbarie. Avec les Croisés, tous les dialectes de l'Occident s'introduisirent de forcé en Grèce ; une quantité de mots étrangers se' nationalisèrent; le langage du peuple s'altéra toujours plus; les sciences et lès lettres, déjà si affaiblies, allaient s'anéantir totalement par le mépris que ces princes professaient pour les connaissances humaines. C'en était fait de la langue grecque, si ces maîtres étrangers avaient su gagner l'affection de leurs sujets et opérer un mélange des vainqueurs et des vaincus. Mais la superstition, qui leur faisait regarder leurs vassaux comme des schismatiques détestables, éleva un mur de séparation entre ces
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usurpateurs chrëtiens et les Grecs, qui, leur, rendant haine pour haine, se retranchèrent dans leurs usages , dans, leur langue , surtout dans leur religion, et rompirent toute communication morale avec leurs maîtres.
En parcourant cette longue série de catastrophes , on ne rencontre que des talens clair-se— mes , et un petit nombre d'écrivains d'un mérite réel : tout le reste ne consiste qu'en faiseurs d'épigrammes , en versificateurs de mauvais goût, en charlataxis littéraires. Les. chroniqueurs de Byzance, incapables de remplir la tâche d'historiens , ne composaient que des ouvrages aussi dijfFormes que leur époque. C'est pourtant à ces inhabiles cultivateurs des Muses que nous devons la conservation des ouvrages anciens. Telles que des voyageurs surpris par Torage au milieu des steppes de là Sibérie , et qui ne trouvent d'abci que dans de misérables cabanes, les sciences et les lettres , en traversant fe désert de ces siècles barbares, auraient infailliblement péri, si elles n'eussent rei^ontré de disiiance en distance quelques hospices , pour y sauver- leur exietence menacée.