ORIGINE ET PROGRÈS
Prise de Constantinople et dispersion des savans. — Origine de la Langue grecque moderne. — Influence des Patriarches» — Ecoles grecijues. — Division de VOnvrage.
Avant la prise de ConstantmopJe, plusieurs savans grecs^ attirés par 1 accueil favorable qulls recevaient des princes chrétiens, abandonnèrent leur patrie , et s'établirent en Eur<^e pour y enseigner le grec. Emmanuel et Jean ChrysoJoras, Théodore Gaza, George de Trébizonde, Argjropoulo, Bessarion , furent de ce nombre , et développèrent en Occident le goût qui venait de renaître^ pour la littérature ancienne.
Gonstantinpple tomba au pouvoir des Turcs et sa chute jeta dans le désespoir tonte la Grèce. Alors devaient s'armer d'up gra^ courage et d'un grand patriotisme^ pour rester dans leurs foyers asservis, tous cm% qui avaient le moyen d;aller vivre ailleurs. Ptusieurs hommes distin-
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gués se décidèrent à ne point quitter leur patrie, à cause de la protection que Mahomet II accorda au patriarche de Constantinople ; quelques autres s'exilèrent, en particulier Lascaris que son nom rendait suspect au conquérant. L'Europe n'était pas alors pour les fugitifs ce qu'elle est aujourd'hui : les Grecs du quinzième siècle apportaient leurs lumières en échange de l'hospitalité; aujourd'hui les Grecs n'ont rien à donner à l'Europe , ils ont tout à en recevoir.
n n'entre pas dans le cadre de notre sujet de suivre en Occident la transplantation de la langue grecque. Là elle n'a jamais été étudiée que comme une langue morte, tandis qu'en Grèce, malgré sa plus grande corruption , elle n'a pas cessé d'être vivante et nationale. Une langue cultivée dans un pays étranger, n'est qu'un corps inanimé , une momie artistement embaumée, intègre dans tous ses membres, et qui peut se conserver bien des siècles, mais sans espoir de donner jamais le moindre signe de vie ; tandis qu'une langue , dans son pays natal , quelque corrompue,quelque défigurée qu'elle puisse être, ressemble à un homme malade que sa faiblesse retient au lit, mais qui cependant peut reprendre ses forces et recouvrer la santé. Ainsi laissons de côté cette momie magnifique, cette lit-
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lerature grecque cultivée chez des étrangers; et, comme nous avons parlé de l'origine , des progrès et de la décadence de la littérature ancienne dans la Grèce, de même nous traiterons de l'origine , de l'état stationnaire , des progrès et de la formation régulière de Tidiome grec moderne dans son pays nataL
La langue grecque moderne a sa source dans la corruption de Fancienne. Nous avons sommairement exposé les causes de cette corruption successive, qui commence à être très-sensible depuis le règne de Justinien. Dès lors s'introduisirent des locutions erronées qu'il ne fut plus possible d'expulser totalement, et sdnsi se perdit peu à peu cette langue des gens insrtruits , ce dialecte de la bonne société , qui , dans tous les pays, est différent de celui du vulgaire; il ne resta que le langage du peuple , idiome sans élégance et sans correction. Cependant il ne faut pas croire que le grec moderne diffère essentiellement de l'ancien : ce n'est qu'une seule et même langue, ^qui a graduellement subi toutes les modifications que le temps a apportées dans la manière de concevoir les idées et de les exprimer. Les altérations matérielles se bornent k l'introduction de quelques mots tirés principalement des langues turque et italienne , à certai-
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nés formes des noms et des verbes altérées par un long usage , enfin à quelques acceptions particulières qu'ont revêtues des mots anciens. La langue a pris le génie et la couleur des idiomes modernes, sans rien perdre cependant de sa souplesse , de son abondance et de sa variétér*
La prise de Constantinople semblait devoir être pour les Grecs le terme de leur eîdstence politique; la domination des Ottomans menaçait d'effacer la religion , la langue , les usages et les mœurs. Mais la Providence fit trouver auis: Grecs leur salut dans l'oppresseur même de leur empire. Mahomet II qui craignait l'influence des Occidentaux, maintint la religion grecque , protégea le patriarche , et préserva ainsi de sa ruine le corps entier de la nation. Gennadius Scholarîus , premier patriarche élu par Mahomet après la prise de Constantinople, était un ecclésiastique distingué, ami des Muses, et qui sentait le prix de l'instruction. Par son ordre , le clergé de Constantinople ne cessa d'écrire en grec ancien des ouvrages polémiques pour empêcher le prosélytisme, et prémunir les fidèles contre les empiètemens de l'Église d'Occident.
Appuyé sur les privilèges de son trône , * Gennadius établit une école près de l'église patriarcale , et la mit à l'abri du fanatisme musulman.