‹ Cours de littérature grecque moderne, donée à GenèveChapitre 21 sur 46 · ALEX. MAUROCORDATO · texte numérisé non relu

ALEX. MAUROCORDATO

de grand-interprète son ami Alexandre Maurocordato. Natif de Tîle de Scio, cet homme extraordinaire quitta sa patrie , après y avoir achevé ses humanités , et passa en Italie pour étudier la médecine et les sciences exactes, dans les universités de Pavie et de Padoue. Il vint ensuite à Constantinople exercer son art et occuper en même temps la chaire de belles-lettres et de philosophie dans récole patriarcale. Le système de la circulation du sang était alors une découverte récente en Europe : les Turcs, qui ne pouvaient comprendre comment un simple tâtement de pouls fait connaître les maladies les moins apparentes 5 taxaient Maurocordato de magie et de sortilège , lorsqu'il employait ce moyen. Ce préjugé l'engagea à publier en grec et en turc un Traité de la circulation du sang. D composa aussi , vers la même époque , une Grammaire très-estimée , une Rhétorique , plusieurs Commentaires sur différens auteurs grecs , une Logique, une Métaphysique et une Histoire des Juifs depuis Abraham jusqu'à la fin du dix-septième siècle. Le recueil de ses lettres a été dernièrement imprimé à Constantinople ; l'éditeur en a supprimé plusieurs passages où Maurocordato , s'adressant à ses amis intimes , et particulièrement à Dosithée , patriarche de Jérusalem ,

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dévoilait sa haine contre les oppresseurs de sa nation, et les vœux qu'il formait pour la délivrance de la Grèce. Le style de ces divers ouvrages , écrits en grec ancien , est si élégant et si correct, qu*on peut le comparer à celui des auteurs anciens du second ordre.

Une infinité d'hommes savans sortirent de récole de Maurocordato. On compte parmi ses élèves de fameux prédicateurs , des évéques et des archevêques, des professeurs et des hommes de lettres distingués, tels que Miniati, Cacavellas, MélétiuB, lacob d'Argos, Sugduri, Caté-' phore, Critias, Hurmuzy et Panagiodore. Parvenu à la dignité d'interprète , Alexandre Maurocordato fut chargé de pleins pouvoirs dans les négociations de Carlowitz , où il rendit à la Porte de si grands services , qu'elle lui donna pour récompense le titre de Confident des secrets de t empire ^ titre qui s'est conservé jusqu'à l'insurrection dans le diplôme de tous les secrétaires-interprètes.

Maurocordato, jouissant de la favevr et de l'estime du ministère ottoman , protégeait sa nation contre la rapacité et les calomnies des gouvemeurs de province, obtenait la pernûssion d'établir des écoles» publique^ dans différentes villes de bi Turqw^ européenne et de l'Asie mineure , achetait les ouvrages des auteurs classi-

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ques, en dotait Içs écoles, et facilitait ainsi la propagation des lumières.

Par ses soinç^ dejs collèges fleurirent dans plusieurs partie^ di^ la Girèce^etpartiçuliièreiïiiBnt à Constantinople et à Jannii^a* Une foide de jeunes Grecs qui y avaient acheva leurs études, passaient en Europe, les uns pour se perfectionner dans les sciences et dans le» lai^gues euro-* péennes, les autres pour étudier ]^ médecine sous le célèbre Boërliaqivç. Tels furent 3anftuel, patriarche de Constantim^ple; Dorothée de Mitylène , Eugène Bulgaris , Thé^toky de Corfou, Tyanite, Jaçov^ky Rizo , mon aïeul;: Atbanasaky Ypsilanty, Eii^m^Q>ue] 4rgyropouJ.o., Scarlatto Caradza, Michel IVJapo, Gassimî, George Cbentzery. Ils laissèrent tous difterens ouvrage»;, tant en grec ancien qu'en grec moderne , la pkiqpart imprimés à Buch^rest, à Venise ou à Leipsick. Ce fut alors que la langue grecque moderne comnaença à se polir et à a'^purer graduelle^ inen.t^, twt par les sermons, prêches, dans cet idiome' 9 qu.e par les soins quon mit à k> pairler avec élégance àànsi les coaseib du synode et dans les sociétés^ choisies.

Eu. ïî7t6r,. le drogmaji de la Porte ^ fGcolas Ma«u:QCocddito ^* profiiant de>la disgrâce dti Va-

* Fils de rinterprète Alexandre Maurocordato.

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laque Brankovah , réussit à se faire nommer hospodar de Valachîe , et fut ainsi le premier Grec qui obtint cette dignité. La Valachie et la Moldavie , depuis leur conversion au christianisme, étaient toujours restées fidèles à l'Église d'Orient; elles n'avaient jamais cessé de reconnaître la suprématie du patriarche de Constantinople ; leurs métropolitains avaient toujours tenu un des premiers rangs parmi les membres du synode grec : elles accueillirent donc avec plaisir le nouveau gouverneur, Nicolas Maurocordato , leur co-religionnaire; et les boïards du pays n'ayant aucune jalousie contre un prince étranger, le préférèrent aux hospodars indigènes, qui étaient leurs égaux et par conséquent l'objet de leur rivalité.

Depuis le quatorzième siècle , les hospodars et les boïards avaient fondé plusieurs monastères dans ces provinces j les avaient dotés de revenus considérables , et les avaient annexés au Saint- Sépulcre , au mont Athos ou au mont Sinaï. Les hégoumènes^ ou abbés de ces monastères , étaient presque toujours des ecclésiastiques grecs installés par le patriarche de Jérusalem , par l'archevêque du mont Sinaï ou par les supérieurs du mont Athos; mais ces abbés devaient être confirmés par les hospodars, dont ils recevaient

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un diplôme -appelé chrysobulle. Le culte se célébrait dans ces monastères moitié en grec et moitié en slavon , deux langues également inconnues aux Valaques et aux Moldaves. Leur idiome est bien d'origine slavonne , mais il a été tellement défiguré par le mélange d*un latin cor- ^ rompu , qu'il est devenu un patois difforme , dans lequel il n'existait , à l'époque de Maurocordato, ni grammaire, ni même aucun livre écrit. Ces nations étaient plongées dans les ténèbres les plus épaisses; nulle éducation, nul commerce , nulle industrie , une absence .totale de civilisation : la neuvième partie des terres était en friche; on ignorait jusqu'aux premiers élémens de l'économie rurale. Les hospodars grecs civilisèrent les deux principautés. Nicolas Maurocordato fonda en Valachie une imprimerie , et une école publique où l'on enseignait le slavon, le grec et le latin. Son frère Constantin Maurocordato fut le bienfaiteur des paysans valaques : il les affranchit du servage le plus monstrueux qui ait jamais existé, et il introduisit dans ces contrées la culture du maïs , qui est devenu leur principale ou plutôt leur unique nourriture. Les successeurs des Maurocordato rendirent aussi de grands services aux nations valâque et moldave : ils firent traduire dans le

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dialecte du pays la Bible, les cantiques et la liturgie de l'Église d'Orient. Sous l'hospodar Alexandre Ypsilanty, un boïard indigène , nommé Jannaquitza Vakaresko , rédigea la première grammaire valaque , et régularisa le patois de sa patrie. Les hospodars qui gouvernèrent les provinces jusqu'à l'époque de l'insurrection grecque , en furent les législateurs : on y suit encore à présent les codes que ces princes firent rédiger d'après celui de Justinien.

Samuel, patriarche de Constantinople. -— Eugène Bulgaris. — INiccphore Théoioky, — Riga. — Ecoles grecques. — Lamî)ros Photiadès. «— Néophyte Doukas. — Chrestary de Janniua. — « Daniel Philippide. — • Benjamin de Lesbos. .— • Psalidas de Jannina. •— Vardalachos de Scio. — Dorothée Proïus. — Etienne Dounkas. -« Fanariotes.

Tandis que les premières ëtincelles de civilisation brillaient dans différentes contrées de la Grèce 5 les sciences faisaient en Europe les plus remarquables progrès ; elles croissaient avec le dix-huitième siècle , et propageaient au loin leur salutaire influence, L*état moral de la nation grecque s'améliorait considérablement ; le goût de rinsfcructîon commençait à se répandre ; on recherchait les livres , on les faisait venir à grands frais de France, dltalie et d'Allemagne. Alors s'établirent les premières librairies grecques; alors se formèrent de grandes bibliothèques , soit dans les écoles publiques , soit dans les maisons des particuliers. Toutefois le moment n'était pas encore venu où la Grèce devait se suffire à ellemême : les jeunes gens étaient contraints de s*ex« patrier pour trouver les lumières dont ils étaient si avides, et d'entreprendre de longs voyages

pour fréquenter les universités de l'Europe civilisée. Le retour de ces Grecs instruits opéra dans leur pays une révolution d*autant plus sensible, qu*elle fut secondée par deux hommes d'un rare mérite, Samuel, patriarche de Constantin nople, et Eugène Bulgaris; la Grèce entière reçut d'eux une forte impulsion vers l'acquisition des connaissances scientifiques.

Samuel , natif de Constantinople , fit ses études dans l'école de cette viUe , et devint, par son application naturelle et par ses travaux assidus , le premier littérateur de son temps ; il entra dans le clergé de Constantinople , et fut nommé archevêque de Derkos. Ses mœurs austères, sa vaste érudition , l'éloquente clarté de ses sermons, et plus encore son grand caractère et son habileté à manier les affaires les plus épineuses, lui attirèrent l'estime générale : il fut élevé par les suffrages du synode à la dignité de patriarche de Constantinople.

L'époque de son patriarcat fut très-orageuse; elle coïncide en partie avec la première guerre de Catherine H. Malgré ces circonstances difficiles , Samuel vint à bout , par son zèle et son dévouement, de rendre à la nation d'importans services. Il suffira de citer sa conduite envers les archevêchés d'Ipek et d'Ochride , districts de la

LE FÀTKIAKCHË SAMUEL. ^J

Macëdoine iÛyirîenne. Ces deux sièges ecclésiastiques y qui depuis long-temps s*ëtaient soustraits à la juridiction du trône patriarcal de Constantinople, n'étaient occupés que par des hommes ignorans et relâchés ; en sorte que la moitié des chrétiens de ces districts populeux embrassa Fislamisme. La contagion allait gagner de proche en proche , lorsque Samuel l'arrêta par son énergie et son habileté : mais ce fut au péril de sa vie , car il fallut déclarer la guerre aux pachas ottomans, intéressés à maintenir un état de choses dans lequel ils nommaient eux-mêmes aux deux archevêchés. Samuel fut secondé dans cette entreprise par plusieurs personnes marquantes du Fanal, et notamment par Jacovaky Rizo, alors premier agent des hospodars de Valachie et de Moldavie. Dès que Samuel eut arraché ces deux sièges à l'influence des gouverneurs turcs , il Y envoya des prédicateurs , y nomma des ar*cbevéques éclairés, fil construire des écoles, établit des professeurs, et raffermit ainsi dans la religion de leurs pères les habitans de ces districts et des provinces voisines.

Pendant tout son patriarcat , Samuel ne cessa de poursuivre la foule des moines ambulans , qut parcouraient les villes en dépouillant , par leurs quêtes continuelles, les pauvres pères de fa^

mille; il voulait , par le mépris quil leur témoignait publiquement, diminuer le nombre de ces religieux. Un jour , en ayant vu deux qui passaient dans la rue , il les fit appeler , et leur dit : «Malheureux! je vous ai défendu de hanter les maisons des laïques : pourquoi donc fréquentezvous celles d'Aristote et de Xénophon? -r- Monseigneur , répondirent les moines étonnés , on nous calomnie ; c'est la première fois que nous entendons parler de ces rtiesisîeuris ; nous pottvons jurer sur Tlivangile que nous ignorons jusqu'à leurs noms. »

Ami et protecteur dés hommes de lettres , Samuel inspirait aux jeunes gens le goût des sciences et de la littérature. Quoiqu'il possédât à fond le grec littéral , il écrivait presque toujours en grec moderne , mais avec une rare pureté. Il est auteur d'une excellente rhétorique; il a paraphrasé plusieurs harangues de Démosthène , la République et quelques dialogues de Platon. Ces divers ouvrages , le recueil de ses sermons , sa correspondance et des mémoires sur sa vie, étaient conservés en manuscrits dans sa bibliothèque, qui passa par héritage à mon père , son neveu; mais elle a été confisquée avec les autres biens de mon malheureux frère , une des pre-

LE FATRURCHB SAMUEL. Sg

mieres victimes de Hnsurrection.* Ce fut encore Samuel qui , le premier , insinua Tidée de traduire les ouvrages classiques de l'Europe moderne. Guidé par ses conseils, le prince Nicolas Caradza publia en grec moderne V Essai sur les Mœurs et t Esprit des Nations^ le Siècle de Louis XIV^ et XHistoire de la Conjuration des Espagnols contre Venise. A son exemple , Alexandre Maurocordato , * hospodar de Moldavie , fit composer un dictionnaire grec-français-italien sous rinspection du fameux d'Hautc-Rive. Le prince Constantin Mourouzy appela, pour précepteur de ses fils , un des secrétaires de Voltaire , nommé Tupet; et quand le savant D'Ansse de Villoison visita Constantinople , il fut étonné de voir Mourouzy entouré de Grecs instruits, au nombre desquels était Thomas de Rhodes , dont il nous reste une traduction en vers de Métastase et des élégies d'Ovide. Le vieux prince Alexandre Ypsilanty améliora l'état du lycée de Bucharest ; il le dota de revenus considérables, et y nomma professeur de littérature un grammairien distingué , Néophyte , surnommé le Capsocalybite. Il (}t aussi v«tfiir un disciple du célèbre Spallanzani ,

* Petit -fil» de l'iaierprète Alexandre Maurocordato.

4o SECONDE ^PSRIODE.

pour rînslruetion de son fils Constantin , père dé cet Alexandre qui a levé Tëtendard de l'aflEranchissement de la Grèce.

Vers le même temps parut Eugène de Corfou , surnommé Bulgaris. Ayant achevé ses études dans les principales écoles de la Grèce , et particulièrement à Jannina, il passa en ItaUe , pour se perfectionner dans les sciences, et parcourut ensuite la France et FAUemaghe. Enrichi de toutes les connaissances philosophiques de cette époque , il retourna en Grèce , et séjourna quelque temps à Constantinople , où son éloquence et ses lumières lui acquirent une brillante réputation. Professeur de belles-lettres et de philosophie dans Técole du mont Athos , il vit bientdt accourir, de toutes les parties de la Grèce , une prodigieuse quantité d'étudians. S enseigna pendant huit ans la littérature grecque , la théologie , les mathématiques , les sciences natnrefles , et composa dans cet intervalle une Logique et une Physique , qui furent imprimées en Allemagne. Son école fut une pépinière d'hommes instruits, dont la plupart, devenant k leur tour professeurs dans plusieurs villes de la Grèce, répandirent les lumières , et inspirèrent à la jeunesse Tardent désir de voyager dans FEurope , foyer de ces lumières, Eugène avait un esprit

SUCilïE BULGARIS, 4l

universel : il était de ces hommes rares , nës avec une heureuse aptitude pour tous les sujets ; ses traités scientifiques écrits en grec littéral, ses traductions et ses nombreux ouvrages grecs modernes , le mettent au premier rang de nos littérateurs. Quoique son style soit quelquefois entaché de prolixité et d'affectation , il servit de modèle à tous ceux qui écrivirent dans Tidiome moderne, jusqu'à Tépoque de Coray.

Séduit par l'accueil favorable que l'impératrice Catherine faisait aux Grecs réfugiés dans ses états , Eugène , ingrat envers sa patrie , quitta le beau ciel de la Grèce , pour aller contempler l'aurore boréale des climats du nord. Il préféra , à l'amour et à l'admiration de ses compatriotes , une gloire infructueuse, un sourire passager d*une princesse étrangère. Pendant son séjour en Russie , il conçut le projet de tr^^duire le système de Linné : il en fut détourné par Catherine, qui le chargea de mettre en vers grecs l'Enéide de Virgile. Cette traduction , qu'il voulut faire vers pour vers , dans le style homérique, l'occupa long-temps; mais elle fut trouvée au-dessous de la réputation de l'auteur. Cependant l'impératrice l'en récompensa honorablement : il fut promu au siège archiépiscopal de Tauride et de Kerson ( iJjS ).

4 2 SECONDE FEHIOBE.

Attaché dans le fond du cœur à sa terre natale , Eugène gémissait dans les steppes sablonneuses du nord , et regrettait d'avoir abandonné la Grèce. Désirant expier en quelque sorte son ingratitude , il composa un mémoire , dans lequel il exhortait Catherine , la terreur des Turcs , à achever Toeuvre de ses victoires , et à délivrer la Grèce. La mort subite de Potemkin fit évanouir ses belles espérances; d'un autre côté, la vieillesse , ordinairement accompagnée de la tristesse et de la douleur, surtout dans ces climats septentrionaux où, pendant la plus grande partie de Tannée , la neige couvre la nature d'une blancheur de deuil , la vieillesse le détacha des choses d'ici-bas , lui fit envisager le monde comme une vaste Sibérie , et désirer l'éternité de la vie à venir. Il employa le reste de ses jours à composer des ouvrages ecclésiastiques et à traduire les Confessions de S'-Augustin. La mort l'atteignit dans un âge très-avancé , vers le commencement de ce siècle.

Vers la même époque environ , florissait Nicephore Théotoky de Corfou. Élevé dans les écoles grecques , il se rendit en Italie , pour s'y perfectionner dans les sciences; il revint ensuite à Constantinople, qui était alors le champ ouvert aux talens , et le rendez-vous commun de ceux

NICÉPHOnE THÉOTOKY. 4^

qui aspiraient à la gloire littéraire. Nicéphore était ecclésiastique : immédiatement après son arrivée à Constantinople , il obtint Thonneur de prêcher dans Téglîse patriarcale , où il prononça Foraison funèbre de la mère de Grégoire Ghika , hospodar de Valachîe : le patriarche Samuel et tous les membres du synode étaient présens.

Nicéphore , entraîné par son amitié pour la famille de la princesse , fit un panégyrique si plein d eitagération, que Samuel en fut offensé; et quand Théotoky , descendu de la chaire, sap-» proeha du patriarche pour lui baiser la main et le saluer, selon Tusage, a L'Église , lui dit Samuel , veut des prédicateurs , et non des flagornmrs^*^> Théotoky , blessé de cet affront public, donna immédiatement sa démission , et quitta Constantinople. Retiré dans une province éloignée , U composa une Géographie, un Traité de Physique et un Cours complet de Mathématiques. A l'imitation d'Eugène, il passa en Russie, ou ia bienveillance de Catherine l'élevé bientôt à Tarchiépiscopat d'Astracan. Là, jusqu'à la fin de sa vie, remplissant avec zèle les devoirs du ministre de l'Évangile, il prêcha la religion chrétienne aux Tartares, et en convertit plusieurs milliers. Ses sermons ont été imprimés à Mbscou , sous le titre de Kyriacodrome ou Domini-

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cale; le style en est clair, mais sans agrément, simple jusqu'à la sécheresse. Sa Physique et son Cours de Mathématiques furent adoptés dans toutes les écoles grecques. *

L'exemple d'Eugène et de Nicéphore qui s'étaient retirés en Russie , ne fut point suivi par les autres savans de la Grèce. Cette contrée belle et malheureuse inspirait, malgré ses chaînes, des sentimens d'amour filial à ses enfans. Leur attachement pour elle était si durable qu'ils préféraient aux délices de l'Europe civilisée les dangers et les souflrances au sein de leur pairie. Témoins du bonheur que goûtait l'Europe, ils souhaitaient en faire jouir leur pays natal, aux dépens de leur bien-être individuel et même de leur vie. La peste, les incendies, la misère, le glaive suspendu sur leur tète, ne les effrayaient pas ; ils accouraient en Grèce partager eux-mêmes ces privations et ces tourmens , afin de les rendre moins sensibles à leur malheureuse patrie .

La révolution française, en ébranlant les bases morales et politiques de l'Europe , déchira le traité de Westphalie, et rompit l'équilibre qu'une routine diplomatique ne maintenait que faiblement Elle attaqua les trônes, moins par sa force matérielle que par l'irrésistible impétuosité des nouvelles idées. L'Europe changeait

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