‹ Cours de littérature grecque moderne, donée à GenèveChapitre 22 sur 46 · AI6À · texte numérisé non relu

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de face sous la baguette magique d'une innovation qui promettait tout. Les hommes , éblouis plutôt qu'ëclairés , erraient au hasard , poussés avec violence de côté et d'autre , et non guidés vers le but qu'ils se flattaient d'atteindre. Ce fut alors que le fameux Riga, natif de Vélestin en Tbessalie , conçut le projet gigantesque de soulever et d'affranchir la Grrèce.

Riga, attaché au service du prince Michel Soutzo, hospodar de Valachie, quitta touf>-à-coup cette principauté (1796), pour aller à Vienne, où il s'associa quelques Grecs, les uns négocians, les autres littérateurs , tous hommes de talens , tous enflammés du désir de délivrer la Grèce. Ce plan si vaste et si périlleux , ils le formèrent sans connaître à fond la force , les dispositions et les ressources du peuple qu'ils voulaient affranchir, non plus que les côtés faibles ou forts de la nation ennemie. Leur enthousiasme les empêchait de réfléchir que quelques individus ne sont point capables de mouvoir à leur gré une nation tout entière , et de lui faire changer sa position politique , avant que la marche lente et mystérieuse des circonstances ait disposé graduellement les voies , et préparé une réussite durable. Â Dieu ne plaise que je noircisse leur héroïque projet qu'ils scellèrent de leur sang!

46 SECOITDE PÉAIOOE.

Tpus ceux qui sentent battre dans leur poitrine un cœur hellénique, ne sauraient que verser des larmes de reconnaissance sur les tombeaux de ces premiers martyrs de notre liberté; mais quand on pense dans quel abîme Riga allait précipiter la Grèce , on ne peut s'empêcher de frémir, et de blâmer, non Fentreprise en ellemême , mais son exécution intempestive et mal concertée.

Riga , qu'emportait une imagination ardente , éveilla par ses démarches brusques et par ses paroles indiscrètes la police autrichienne, qui le surprit à Trieste , au moment qu il ét^tprêt à s'embarquer pour le Péloponèse. Le gouvernement impérial avertit sur-le-champ l'ambassadeur turc à Vienne ; celui-ci en informa la Porte , qui recevait en même temps une note détaillée de l'internonce d'Autriche. Riga, se voyant ainsi arrêté au milieu de ses grands desseins , se frappa d'un poignard, pour ne pas trahir le plan des conspirateurs; mais sa blessure ne fut pas mortelle, et, avec huit des principaux conjurés, il fut emprisonné à Semlin : l'Autriche n'attendait que la réponse de la Porte pour lui livrer ces victimes. Leurs amis de Constantinople, instruits de cette arrestation , firent leurs efforts pour les sauver; ils eurent recours au crédit de

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