RIGA
mon beau-père Alexandre Mano , gendre et premier agent du vieux prince Alexandre Ypsilaniy, alors hospodar de Valachie. Mon beau-père, (de qui je tiens ces détails) , accourut auprès du ministre de l'intérieur, Ibrahim Nessim-Effendy, et lui persuada que c'était une calomnie absurde contre de malheureux innocens. Le ministre turc se laissa convaincre et promit de les sauver, moyennant cent cinquante mille francs. Cette somme ayant paru exorbitante ne fut pas payée sur-le-champ , et pendant Kntervalle les détenus . furent suppliciés à Belgrade. Riga, livré aux Turcs par une puissance voisine, fut mené au lieu d'exécution les mains liées. S^ grande force «corporelle, augmentée par la furie du désespoir, lui fit rompre ses fers et frapper deux de ses bourreaux , qu'il renversa roides morts ; mais , accablé par le nombre , il fut garrotté de nouveau et décapité. JRiga mourut pour sa patrie : chaque goutte de son sang foulée aux pieds des Barbares , devait un jour leur en coûter des torrens. Quels prodiges ne produit pas le martyr d'une cause sacrée!, Les Grecs, en apprenant la mort de ce héros , mordirent leurs lèvres et secouèrent leur tête en méditant des projets de vengeance.
Pendant son séjour en Valachie, Riga avait
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composé en grec moderne une Physique populaire , qui fut imprimée à Vienne/ et une carte géographique de la Grèce. Ce furent ses seuls ouvrages scientifiques; son grand dessein exigeait d'autres occupations. Laissant donc Euler et Newton , il prit Tyrtée pour modèle , et composa des hymnes patriotiques qu il espérait chanter un jour à la tête des bataillons grecs. Écrites correctement en grec moderne, et embellies par le charme de la poésie héroïque , ces chansons ga* gnaient encore par la musique sur laquelle on les entonnait. On n'entendait dans toute la Grèce que les hymnes de Riga: tous les jeunes gens les répétaient daps leurs sociétés, dans leurs festins ; rhiver au coin de leur feu , Tété sous Tombre des oliviers et des platanes. Ces chansons bravaient les oreilles des Barbares jusque dans la capitale du Sultan. Moi-même , me trouvant quelquefois aux parties de plaisir des ministres turcs , je les entendais ordonner aux musiciens grecs de chanter Tair : a Allons , enfans de la Grèce. >> Cet hymne était si répandu , et lair eu plaisait tellement aux Turcs, qu ils en savaient par cœur les premiers mots , sans avoir la curiosité d'en connaître le sens. C'est uiie imitation de la Marseillaise; voici la traduction des premiers couplets : « Allons, enfans des Grecs , enfans des hom-