‹ Cours de littérature grecque moderne, donée à GenèveChapitre 24 sur 46 · RIGA · texte numérisé non relu

RIGA

mes célèbres! lé jour de gloire est arrivé. lUas^ très et antiques ossemens , venez , reprenez la vie ; sortez de vos tombeaux; voyez la patrie qui gémit el qui verse des pleurs. Àulc àrmeà, Grées f prenez vos armes; qu'un fleuve de sang ennemi coule devant nos pieds;

« Braves Hellènes ! fils des Spartiates , et tous ceux que la foi réunit à nous ! venez , amis , ém^ brassons-nous en frères , et faisons tous , sur notre épée j ce serment solennel : C'est au nom de la foi y au nom de la patrie , ati nom de l'es^ pérance en Dieu , que je tire lé glaive ; je né le remettrai dans le fourreau que lorsque là racé tyrannique des cruels Musulmans sera complètement anéantie. Aux armes , Grecs! prenez vbs armes ; brisons les têtes des infidèles Turcs. » *

La catastrophe de Riga et de ses adhérens , au lieu d'attiédir l'ardeur des Grecs , ne fit quç l'enflammer. En leur inspirant l'idée de pouvoir un jour s'affranchir par leurs seules forces, elle augmenta leur amour pour les sciences et leurs efforts ^our répandre dans leur patrie les bienfaits de l'instruction. A la vérité , ceux qui habi-

* Le recueil dés Vhansoni de Riga a été imprimé clandestinement à Jassy en i8 14. On y a ihàéré d'autres pièces du même genre , mais très-inférieures au modèle.

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taiient la capitale de TAutriche , frappes de stupeur et plongés dans une morne épouvante , se velâcbèrent pendant quelque temps de leur zèle ; plusieurs même quittèrent Vienne et se fixèrent à Leipsick , où ils furent utiles à ceux de leurs jeunes compatriotes qui venaient compléter leurs études dans les universités de la Haute-Allemagne/ Cependant une foule de savans grecs abandonnaient FEurope, et accouraient vers teur patrie pour y enseigner les sciences , les uns comme instituteurs particuliers , les autres comme professem's dans les lycées de la Grèce. I^urs disciples réfléchirent à leur tour les rayons de lumière qu'ils avaient reçus, et contribuèrent aux progrès de leur patrie, tant par leurs traductions et leurs ouvrages que par leur enseignement oral.

On me demandera peut-être comment un gouvernement tel que celui de la Porte ottomane, permettait rétablissement de tant d'écoles et de collèges en Grèce? Je vais expliquer cette énigme.

Le fanatisme religieux et la politique ombrageuse des Turcs , surtout pendant les premières années de leur conquête, entravaient puissamment la religion et la littérature chrétiennes, sans toutefois les persécuter ouvertement. Beaucoup plus superstitieux , lieancoup plus soupçonneux

ENSEIGNKMlEKT tUBLlC. 5l

que les Sarrasins, les Turcs prohibaient, sous peine capitale , la fondation de nouvelles églises ; la réparation même de nos petites chapelles qui tombaient de vétusté, rencontrait une infinité d'obstacles» Forcer les chrétiens soumis au joug et payant la capitation à «tnfarasser le mahométisme, était contraire aux préceptes de ÏAlcoran ; mais ils tâchaient de les amener, par des moyens indirects , à lab^mation de leur culte. Us défendaient rigoureusement rétablissement d'écoles publiques , de peur que les chrétiens instruits ne devinssent des esclaves dangereux et difficiles à gouverner. Le plan de ces Barbares était bien calculé; car une oppression si longue et si violente devait prodture l'effet qu'ils désiraient. Les chrétiens de l'Asie mineure en furent les premières victimes ; cette suite d'entraves dans tout ce qui ppuvait eniaretenir leurs forces inteU lectuelles, finit par les dégrader tellement , que presque tous iuuraient embrassé le mabométisnie, si le trame patriureal de Caastanijnople , qui conservait soa influence siur tous les sièges de l'ÉgËse d'Orient, neot veillé, autant que possible , mu maintien jdeiia odUgion.

Quoique les Turcs aieiit -cimstamment suivi dans leurs conquêtes d'Europe, le même plan que dans celles d'Asie , cependant leurs sourdes

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attaques ne pouvaient avoir le même résultat* Les Grecs d'Europe étaient supérieurs en nom* bre à leurs conquérans ; ils n'étaient pas isolés comhie les chrétiens d'Asie : ils étaient liés par la religion , la langue ,465 mœurs et le commerce , tant entre eux qu'avec ceux de leurs frères qui se trouvaient sous la domination des Francs. A la vérité, l'établissement des écoles publiques n'était pas autorisé par le gouvernement turc; mais les vestibules de toutes les églisi^es se transfor-^ maient en écoles primaires , ou les enfans appre^ naient à lire et à écrire» C'étaient ces enfans qui récitaient à l'église les saints apôtres , et qui faisaient chorus avec les chanires. Quant aux écoles supérieures pour les sciences et les belles«-let<^ très , on ne pouvait les ouvrir que sous le titre de Maisons de correction. De cette manière , l'interprète Panajotakj et son successeur Alexandre Maurocordato , parvinrent à établir des écoles dans plusieurs villes de la Turquie européenne et de l'Asie mineure. Par leur crédit, ces ministres obtenaient du Sultan la permission de fonder ces maisons de correction , et ils fermaient la bouche aux gouverneurs des provinces, tantôt par des présens, tantôt par la puissante. influence de leurs patrons.

Les Turcs ont tihe sorte de vénération pour

MONASTERES GflECS. 5i

lés fous et pour les prêtres , de quelque nation y de quelque religion qu'ils soient. Ils respectent les fous parce qu ils les croient aimés de Dieu ; ils révèreBt les religieux à cause de leur abnë*^ gation, de leur attachement aux choses célestes, et de leur vie contemplative; ils leur accordent des privilèges et même èes. aumônes. Les couvens sont considérés comme des lieux sacrés où se retirent les hommes détachés du monde et dévoués à Tadoration du Créateur. A cet égard , les Turcs suivent l'exemple des Sarrasins. MollahrHunkiar, un des plus grands saints de l'islamisme , était l'intime ami d'un moine chrétien ; et, d'après ses oirdres testamentaires, letonxbeau de ce moine fut placé à côté du sien , dans un tékieh ou monastère musulman de la ville d'Ico-. oium. Ces. deux tombeaux existent encore au-- |ourd'bui dans ce tékieh , doiit le cheik ou abbé ceint l'épée a,ux sultans lors de leui; avènement au trône.

Las Mahométans on:t aussi leurs moines, qu'ils appelleat derviches ^ et qui se divisent en plu-^ sieurs classes : les derviches méoléçis sont maté-* rialistesdans leur croyance ; les bektacbU respectent Jésus^Christ et les apôtres.; les zerrins^ la sainte Vierge ; enfin chacun de ces ordres a sa constitution particulière, secrète et ccmtraire aux

dogmes de Vislamisme. Et pourtant les Musul^ mans ont pour eux une vénération extrême. Il est vrai que ces religieux ne s'immiseent point dans les affaires du Gouvernement, et demeu-^ rent étrangers aux intrigues des ulémas, aux cabales du sérail et aux séditions des janissaires. Lés derviches jouent en général le rôle d'astro-* logues; ils exercent la musique , art très-consîdéré parmi les Orientaux , et récitent des exorcismes contre les maléfices , les sortilèges et linfluence du maui^ais œil.

Quelque barbare que soit envers les femmes , même dans l'autre monde, la religion mahométane , qui ne leur promet dans le paradis pas même un petit tttisseau de miel , tandis qu'elle destine aux hommes des fleuves d'une saveur délicieuse; quoique cette religion regarde les femmes comme indignes de remplir les fonctions de derviches , et de contempler la divinité , néanmoins les Turcs ne refusent pas leur respe(ît aux religieuses des ordres monastiques chrétiens. En 1818, quand j'étais au service du ministère ottoman , je fus chargé de traduire en turc deux requêtes, adressées Tune au Sultan actuel, l'autre à son ministre favori Halet-Effendi , de la part des religieuses d'un couvent si^ tué dans le duché de Gênes : elles y exposaient

lVIONAST£R£S GRECS. 55

la spoliation de leur monastère par les républicains français , et ^suppliaient sa Hautesse trèspieuâe de leur envoyer en cadeau trois tapis de Turquie, pour embellir le pavé de leur temple; elles promettaient en reconnaissance de prier Dieu pour la prospérité , la gloire et la santé du Grand Seigneur. Celui-ci ordonna sur-le^hamp l'envoi des trois tapis à ces religieuses , compatriotes de Roxelane.

Cest encore à cause de ce respect des Musulmans pour les monastères, que dans le groupe des petites iles des Princes, à deux lieues de Constantinople, il existe encore aujourd'hui plusieurs Gouvens qui jouissent du privilège de sonner les cbches. Les Ottomans , qui no souftrent point ce signe éclatant d'une religion ennemie , visitent souvent ces fies , dans des parties de plaisir , et entendent le bruit des cloches sans en être offensés.

Wbis ce qui doit surprendre encore davantage, c'est que la Porte ottomane ait autorisé l'existence des nombreux monastères du mont Afiios. Sur cette montagne qui est surnommée sainte y il 7 a une multitude de couvens , la plupart riches et bâtis par les empereurs grecs de Constantinople. Leurs murailles ne différent point de celles des places fortes; leurs églises, leurs cIo*

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chers et leursi cellules , sont d'une magnifique Construction^ Tout le mont Alhos est habite par des religieux; les cloîtres en possèdent tout le territoire; aucun Turc ne peut y mettre le pied , parce que tous ces établissemens sont sous Knspection tutélaire du Bosiandji-kachy ou chef de la garde impériale , auquel ils paient chaque année un £(ssez fort tribut. L'un de ces monastères appartient aux Géorgiens , un autre aux Russes ^ un troisième aux Serviens, et un quatrième au^ Bulgares,

C'était dfins ccjs pieuses retraites que les Grecs, après la chute de leur empire, trouvaient quelque consolation , et concevaient de bonnes es-t pérances en, se rappelant que leur patrie était co* religlonnaire de tant de nations puissantes; c*ié-r tait là que se formaient les jeunes théologiens; c'était dans les bibliothèques de ces édifices que les moines s'exerçaient au grec littéral , obligés 4e réciter et d'expliquer aux novices les auteurs ecclésiastiques; enfin ces monastères, et plusieurs autres situés dans le reste de la Grèce, se transformaient en écoles, et, à la faveur de la pIptectio^ qui leur était accordée, devenaient pour les lettres un asdle sacré ; en sorte que, par^ yn bizarre contraste , on étudiait les écrivains de l'antiquité dans les anciens foyers de l'ignoi

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ENSEIGNEMENT PUBLIC. 6j

rance , et dans les mêmes lieux où ils étaient précédemment lobjet du mépris et de la persécution des moines.

Malgré cela , ce fut seulement sous le règne du sultan Sélîm m , que les écoles et les lycées de la Grèce- furent autorisés par le gouvernement turc. Sélim , moins par esprit de tolérance que par faiblesse de caractère et par crainte de la Russie, fut docile aux inçiuuations du prince Démétraky Mourouzy, qui, enflammé de l'ar mour de la patrie , zélé protecteur des lettres , et enrichi lui-^méme de connaissances variées , fut nommé , par un ordre autographe du Sultan , inspecteur général des écoles et des hôpitaux grecs, Dèslorslesan^éliorationsse multiplièrent, et Tenseigneipent public, officiellement autorisé, acquit en Grèce des développemens considéra-r blés. Telles sont les principales causes de la mulr tiplicité des écoles grecques ; nous aurons ailleurs loccasion d en parler avec plus de détails;^ reve-r nons maintenant au sujet qui nous occupe.

Jusqu*à répoque de Riga, la plus grande partie des Grecs ne s'appliquaient à l'étude que pour parvenir au professorat , ou pour acquérir une réputation de science. Ils n'étudiaient la littérar ture ancienne que pour devenir littérateurs. Ils .gdmirf^ient e^ Xénopbon l'historiei;! pleiu de

grâces attiques , et non le gënëral effectuant la merveilleuse retraite des dix mille. Us lisaient Hérodote pour son dialecte ionien et pour Tinimitable simplicité de son style, mais non pour y étudier ces temps féconds en héros citoyens. La précision, la vigueur, la gravité de Thucydide, étaient leur unique objet de recherches; mais ils ne se souciaient guère d*approfondir les causes des jalousies , des discordes et des haines qui divisèrent les Grecs, suscitèrent cette honteuse guerre du Péloponèse, et occasionèrent plus tard l'asservissement de la Grèce, Ils lisaient Démosthène seulement pour son éloquence et sa force oratoire : ils ne réfléchissaient pas sur ses vertus civiques, sur son inébranlable persévérance à combattre eh même temps les puîssans traîtres de sa patrie, et Philippe, le destructeur de la liberté des Grecs.

Après la mort de Riga , la lecture des auteuirs classiques prit une autre direction. Les professeurs de belles-lettt^es expliquaient à la jeunesse grecque , moins la beauté du style et les charmes de la diction , que les mœurs et les caractères , les principes civils et politiques , consignés dans ces ouvrages immortels. Ces professeurs faisaient reconnaître à leurs élèves, dans ces grands auteurs, comme dans un miroir fidèle, les causes de la

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prospérité et du dépérissement de la Grèce. Ce système d'enseignement fut adopté et suivi par Lambros Photiadès , Daniel Philippide , George Constandas, Benjamin, Psalidas de Jannina, Vardalachos, Dorothée Proïus, Etienne Duncas, et surtout par Coray. Nous parlerons séparément de Coray , comme d'un homme qui signala son époque , et par lequel commença une nouvelle phase de la littérature grecque.

Lambros Photiadès , natif de Jannina , avait reçu de la nature des talens supérieurs , une mémoire heureuse , une grande perspicacité et un goût exquis, propre à saisir toutes les nuances des auteurs classiques. Son cœur n'avait pas été jeté dans un moule commun; il était plein de sensibilité , de candeur , de bienveillance et de patriotisme. Appelé par le prince de Valachie Alexandre Mourouzy, à la chaire de belIesJettres dans le lycée de Bucharest , Lambros y fut installé en 1795. Il n'accepta pas cette charge pour sa réputation et son intérêt particulier ; il désijrait avant tout d'être utile à la jeunesse grecque. Aussi les progrès rapides de ses élèves, et l'esprit méthodique qu'il mettait dans l'explication des auteurs , attirèrent bientôt, de plusieurs parties de la Grèce, une foule d'étudians. '11 gravait dans, leurs cœurs les idées du beau et du sublime,

6o SECONDE PERIODE,

ainsi que les grands caractères des citoyens ver^ tueux et des héros bienfaiteurs de la patrie. Il n'était pas comme ces professeurs mercenaires qui mesurent leurs leçons une montre à la main ; entraîné par son enthousiasme, il terminait chaque séance avec regret. Descendu de la chaire , il prenait le râle de père tendre et commun de tous ses élèves; quelle que fût leur condition , il approuvait ceux qui se distinguaient, et par-là excitait une émuUtion sans jalousie; il allait même jusqu ^ partager le fruit de ses travaux avec ceux de ses disciples qui manquaient de fortune. Un tel professeur ne tarda pas à former des littérateurs profonds , en même temps que des citoyens vertueux.

Néophyte Doukas d'Épire , un des principaux élèves de Lambros , remplit à son tour la principale chaire du lycée de Bucharest. Il a traduit en grec moderne l'Histoire de Thucydide , avec des notes et une carte géographique des contrées qui furent le théâtre de la guerre du Péloponèse. Cette paraphrase a été imprimée à Vienne,^ le texte littéral en regard. Il a aussi donné une édition des Orateurs athéniens, des Histoires d' Arrien , d'Hérodien , et de quelques autres écrivains du second ordre; il a composé quelques, dialogues sur diâférens sujets de morale et de

NEOPHYTE B0UKA5. 6ï

littérature. Excellent patriote , il distribuait gratis ses éditions aux écoles de la Grèce et aux étudians nécessiteux* Aujourd'hui les infirmités de l'âge Tempêchent d'aller en Grèce, et de servir sa patrie au milieu des dangers terribles dont elle est entourée : il gémit en Transyl-> vanie, et peut-être travaille-fc-il encore à quel** ques ouvrages qui seront un jour utiles à la nation. ^

Au nombre des élèves de Lambros, forent aussi Emmanuel de Ténédos ^ Chrestary de Jannina , et plusieurs autres , qui , sortis de l'école de ce professeur^ étudièrent en Italie diverses branches des sciences, et surtout la médecine « De retour en Grèce , tout en exerçant rartd'Hip* pocrate, ils s'occupèrent à composer plusieurs Traités de chimie , de physique et d^bistoire naturelle, ainsi que divers ouvrages philosophi-^ ques et littéraires. L'art de la médecine n'avait pas chez eux un but unique , la guérison des ma^ lades; c'était aussi lé tnoyen de propager des idées nobles et des sentimens élevés. A la faveur de leur art , qu'ils exerçaient souvent par pute humanité , ces médecins s'introduisaient familièrement parmi toutes les classes des habitans delà Grèce; et, parleur conduite honnête, et par les charmes d'une éloquence instructive , ils

6l SCCOIfOK FJBB.IODE.

s'insinuaient dans ks esprits, et devenaient , pour ainsi dire, des prédicateurs de Tamour de la patrie et de l'instruction, ayant chaque maison pour chaire, chaque famille pour auditoire.

Un de ces médecins philanthropes, est Michel Chrestarjr de Jannina. Littérateur habile, il a débuté par la traduction d'un Traité de mathématiques composé par Metzbourg ; il a aussi traduit du français un ouvrage anonyme, intitulé Traité élémentaire de morale et de bonheur , et plus tard l'Économie politique de Say« Ghrestary était un des principaux soutiens du théâtre grec à Bucharest; il protégeait et encourageait les ac-teurs; il fournissait des traductions de plusieurs tragédies françaises ou italiennes , et il inspirait ainsi à la jeunesse grecque de grands et de beaux «entimens. Paiariote plein de ^le , de lumières et de clairvoyance, il était homme à mesurer la grandeur et les périls cTune insurrection telle que celle des Grecs , et il s'efforçait d'en différer l'époque; mais, entraîné comme tant d'autres par le torrent impétueux des événemens, et trompé par un plan en apparence bien organisé , il s'élança dans l'arène, et fut un des premiers défenseurs de notre liberté. II sacrifia sa fortune pour cette cause sainte. Particulièrement cher au

MICHEL CHRBSTÀRY. 63

bataillon sacré dTpsUanty , il partagea les fatigues et les périls de cette élite de la jeunesse hellénique , digne d*un meilleur sort ; et il ne lâcha prise qu'après la destruction de cette phalange et la dispersion de l'armée d*Ypsilanty. Dans ce moment, Chrestary, manquant du néc/essaire, supporte ses malheurs avec un courage stoïque , et travaille encpre pour sa patrie , en composant , sur un plah entièrement neuf, un ouvrage intitulé Catéchisme politique.

En terminant la liste des hommes estimables qui sortirent de Técole du professeur Lambros , il serait injuste de passer sous silence les Valaques qui s'y formèrent. Nestor , un des principauiL, devint en Valachie un habile jurisconsulte. Grégoire Brancovan, issu de la famille des princes de ce nom , traduisit en grec littéral la Logique et la Métaphysique d'Heineccius. . Quelques autres Valaques ont travaillé à éclairer et à civiliser leur nation : tels sont Nicolas Vakaresko, Constantin Kampignan, Philippesko, Constantin et George Golesko.

Passons maintenant aux autres savans dont nous atvons fait maition plus haut. L'époque oà ils vintaent étudier en Europe n était pas un na»ment de «lagnation morale. Tous les esprits y étaient alors en effervescence. A l'appui de»

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abstractions philosophiques, se présentait un fait tout récent, tout merveilleux, tout digne d'admiration; un événement plus important que la découverte du Nouveau-Monde; je veux dire la confédération de l'Amérique septentrionale , ouvrage de f^ranklin et de Washington. Cet événement extraordinaire fut un calorique moral qui ^ répandu dans toute Tétendue de VEurope civi« lisée , pénétra partout avec plus ou moins de fa-^ cilité. Les Grecs qui étudiaient alors en Europe ^ y apprirent que les lettres ne se bornent pas à ce froid pédantisme qu on appelle ornement d'es-: prit ^ et que là philosophie n est pas destinée à n*étre que le triste meuble du cabinet d'un sav£uut; mais qu'au contraii'e le vrai but de la science est l'intérêt commun de l'espèce humaine et le bonheur de la société. le vais parler des Grecs qui revinrent à cette époque : ces sa-^ vans estimables utilisèrent leurs connaissances en les consacrant à l'instruction de lears conci-^ toyens.

A leur tête je placerai Daniel Philippidef, natif de Mêlée , bourgade au pied du mont Péliôn. Possédant à fond le grec littéral, qu'il avait étudié dans les collèges de la Grèce ^ il passa en France pour s'y perfectionner dans les sciences exactes. Après avoir atteint ce but^ il voulut retourner.

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