DANIEL PHILIPPIDE
en Grèce. La guerre était alors allumée entre la Russie et la Porte ; lés armes ti:i|)mphantes de Catherine faisaient espérer aux Grecs leur délivrance du joug ottoman'; ils avaient oublié la catastrophe encore fumante dif Péleponèse, qui, dans la guerre précédente , était devenu la victime d'une diversion purement militaire. C'était le feld-maréchal de Russie, le célèbre Potemkin, qui inspirait aux Grecs ces espérances illusoires. Daniel Philippide et sou compatriote Grégoire Constandas , qui revenaient lun de France , l'autre dltalie, passèrent en Valachie; et, croyant voir dans Potemkin Thomme le plus propre à délivrer la Grèce , ils recherchèrent sa protection , et lui dédièrent dans ce but, une excellente Géographie de la Grèce, écrite en grec moderne.
Mais , peu de temps après , ce général descendit subitement au cercueil , et la paix entre la Russie et la Porte ottomane , fut pour les Grecs une nouvelle leçon de la faiblesse des Turcs et de Tégoïsme des cabinets. Nos deux savans ecclésiastiques quittèrent alors la province de Valachie , et se retirèrent dans leur pays natal, où ils enseignèrent pendant quelque temps toutes les connaissances qu ils possédaient. Ce fut là qu ils traduisirent en grec moderne , Pun la Logique de" Condillac , et l'autre les Institutions de logi-
que, de métaphysique et de morale de Tabbé Soave. Constandas, aidé du médecin Cavras, traduisit encore l'Histoire générale defabbéMillot. H ne parut de cette traduction que deux volumes , sortis des presses de Venise. Quoique avancé en âge quand l'insurrection éclata en Grèce , Constandas descendit dans la lice avec une grande fermeté, et il se trouve encore au milieu des Grecs , auxquels il n'a jamais cessé de prêcher la concorde , la fraternité et les vrais principes du patriotisme. \
Daniel retourna en France, et visita ensuite l'Allemagne , passant sa vie à traduire et à composer. Outre la Logique de Condillac , il publia en grec moderne l'Histoire de Justin, la Physique de Brisson , la Chimie de Fourcroy , et l'Astronomie de Lalande. Le plus récent des ouvrages de Philippide est une savante Histoire des nations valaque, moldave et bessarabienne , dédiée à l'empereur Alexandre, qui le gratifia d'une bague garnie de brillans. Accablé d'infirmités, suite de son âge et de sa vie laborieuse , Daniel n'a pas été en état d'aller en Grèce après l'insurrection. Quoique ses travaux scientifiques et littéraires suffisent pour sa renommée , je m'estime heureux de tracer ici ce peu de lignes à sa mémoire,