‹ Cours de littérature grecque moderne, donée à GenèveChapitre 28 sur 46 · FANA.R10TES · texte numérisé non relu

FANA.R10TES

m'arrêter sur leur tombeau , et dire à ceux qui osent encore calomnier les Fanariotes :

Ils ne sont plus : laissez en paix leur cendre. Par d'indignes clameurs ces braves outragés A se justifier n'ont pas voulu descendre; Mais un seul jour les a vengés :

Ils sont tous morts pour vous défendre.

DSLA VIGNE.

Je me suis acquitté de ma tâche. J'ai voulu rendre à mes infortunés concitoyens la justice due à leurs vertus, à leurs qualités aimables, à leurs services et à leurs malheurs. Si j'ai plaidé trop faiblement leur cause , c'est à moi seul que le tort doit en être imputé. Je n'ai cité en leur faveur que des faits détachés et en petit nombre ; j'ai avoué la vérité de plusieurs reproches qu'on pouvait leur faire , et , tout en repoussant les calomnies , j*ai évité les récriminations. Quoi qu'il en soit , j*ai dû signaler , parmi les nombreuses causes de la régénération morale de la Grèce , rimpulsion puissante que donnèrent à la propagation des lumières ces hommes éclairés euxmêmes, et qui sentaient tout le prix de l'instruction. Parmi ces malheureux, victimes de leur zèle , il y avait des hommes du plus grand mérite , tels que les frères Callimachy , * * les deux princes Mourouzy, Michel Mano, Constantin

94 SECOIiBE PÉRIODE.

Negry, le prince Michel Cbantzery, George Maurocordato , et une foule d'autres hommes illustres et nécessaires à la Nation.

Leurs épouses aussi avaient reçu une éducation digne de leur sexe. La plupart avaient étudié et parlaient le français; la plupart étaient habiles dans la musique européenne , dans la danse , le dessin , et d'autres arts estimables. Leurs manières étaient élégantes sans affectation, douces sans niaiserie ; en mélangeant les moeurs grecques, orientales et européennes, elles formaient un iris agréable de talens , de grâces et de vertus. Aujourd'hui la douleur, la misère, une vie errante, une existence éphémère, ont déjà détruit ou détruiront bientôt cet agrément de mœurs chez les femmes fanariotes qui existent encore, dispersées çà et là. Presque toutes traînent dans l'abandon et dans la tristesse une existence d'autant plus déplorable , que la première partie de leur vie s'est écoulée au sein de l'opulence , des plaisirs et de la paix. Respectables par leprs souflrances , et plus encore par le courage avec lequel el|es savent les supporter, elles attendent avec une résignation religieuse des jours moins sombres et un sort moins désastreux. Ce temps viendra, je l'espère; et les vœux ardens

FANARIOTES. gS

de tant de personnes vertueuses ne resteront pas sans accomplissement.

L'histoire, souvent trompée par les apparences, et toujours trop prompte dans ses décisions, confirmera peut-être les préjugés élevés depuis longtemps contre les Fanariotes ; et, plus cruelle que leurs bourreaux, répétera leur nom avec une qualification flétrissante.... Cependant presque tous ces infortunés ont péri pour leur patrie , et leur mort a été d'autant plus douloureuse, qu elle a été inutile et sans gloire ; les uns pendus devant la porte de leurs maisons , sous les yeux de leurs enfans et de leurs épouses; les autres égorgés ou taillés en pièces : aucun ne reçut après sa mort la dernière consolation des humains mourans, la sépulture. Tous leurs biens furent confisqués, leurs veuves et leurs orphelins, errans et sans nourriture , ont été réduits à mendier un morceau de pain. Quelques familles seulement de ces malheureux , ont trouvé le moyen de se réfugier à Odessa ou ailleurs , et de prolonger une existence due à la générosité des souverains et des peuples de TEurope.

Je m'arrête , le cœur serré de tristesse; je termine ce récit lamentable ; j'ai tracé, quoique bien rapidement, l'histoire du Fanal. Non, ce n'est

96 SECOIïDE PÉniOBE.

pas le douloureux souvenir des lieux où j*ai vu le jour, des mœurs et des usages dans lesquels j'ai été élevé , qui m'a dicté ces tristes pages. Abjurant les préjugés , les distinctions et les castes , je ne me suis jamais considéré comme Fanariote; j*ai toujours été Grec, et je le serai jusqu'au tombeau. Mais je pleure du fond de mon âme sur ces familles malheureuses, sur ces hommes de mérite, perdus sans aucun fruit.

Après leur ruine , je m'estime heureux encore de pouvoir leur consacrer quelque honorable souvenir. Hélas! ce nest pas leur éloge que je viens d'écrire , c'est leur oraison funèbre !

Situation politique delà Grèce. — Commerce grec.—Coray.-^ Système de Doukas. — Système de Christopoulp. Système de Coray . — Ecoles grecques. — Iles ioniennes. — Conclusion.

Des progrès rapides dans l'étude des sciences et de la philosophie , avaient signalé la seconde période; la langue grecque appelée impropre-^ ment vulgaire^ s'était enrichie d'un grand nombre de traductions et d'ouvrages originaux; mais ce ne fut (}ue dans là troisième période que cette langue reçut dés lois constantes et un système de perfectionnement régulier. Avant que d'aborder cette dernière partie de notre histoire littéraire 5 je crois utile de faire connaître certaines causes extérieures qui ont hâté le développement intellectuel et moral de la Nation. L'Europe , et surtout la Turquie , se trouvaient dans un concours de circonstances favorables aux Grecs; les grandes questions politiques agitées à cette époque , reniuaient aussi la Grèce , qui se portait avec force vers toute espèce d'amélioration , et préparait en silence des armes pour son prochain affranchissements ^

Tel , au milieu d'un ouragan terrible , un petit coin de terre, heureusement situé et ne donnant à la tempête d'autre prise que son humble verdure , n'en reçoit que la pluie , et trouve sa fertilité dans ce fléau destructeur: telle la Grèce, pendant près d'un quart de siècle, tira son avantage des troubles mêmes dont l'Europe était bouleversée. La ^évolution française menaçait de renverser tout l'édifice social ; les trônes étaient ébranlés jusque dans leurs fondemens; on redoutait partout cette massue d'Hercule , soit matérielle soit morale. Le seul gouvernement turc, voyant les chrétiens s'entr'égorger , criait au prodige, et pensait que son prophète exauçait enfin lès vœux des croyans, en faisant attaquer le sanglier par le chien , et le chien par le sanglier* Mais sa joie ne fut pas de longue durée : quoique éloigné des lieux ou la France dirigeait ses attaques , Tempire ottoman fut tout à coup frappé par les républicains dans ses endroits les plus sensibles. La conquête de la terre sacrée d'Egypte menaçait à la fois l'islamisme et le trône des sultans. Des émissaires français étaient chargés d'insurrectionner la Grèce. Alors la Russie et

* Proverbe arabe.

SITUATION POLITIQUE. Qg

TAngleterre, pour prévenir ïe bouleversement que la France ^projetait , se liguèrent avec la Porte, et l'engagèrent à ménager les Grecs dans ces circonstances épineuses.

Rassuré par cette double alliance, Sélim III laissa prendre aux Russes et aux Anglais une influence extraordinaire dans les affaires de l'empire ottoman. Mais Napoléon , qui venait de triompher à Austerlitz , fit envisager au Sultan cette victoire comme un acheminement vers la réintégration de sa Hautesse dans la Crimée. Sélim fut la dupe de ces promesses fallacieuses , e<t médita dès lors de trahir ses alliés^ Pour mieux tromper la Russie, il feignit de céder encore plus de latitude à sa prépondérance , et permit aux bâtimens grecs de naviguer sous pavillon russe dans toutes les mers de l'empire turc.

Cependant l'ascendant de Napoléon sur l'esprit de Sélim produisait chaque jour de nouveaux griefs contre la Porte ottomane : la Russie lui déclara la guerre , et envahit simultanément les vastes provinces de Bessarabie , de Moldavie et de Valachie. La Porte n'eut pas le temps de sévir contre les Grecs, qui, pendant la paix, s'étaient montrés fiers de la protection de la Russie ; car au même instant l'Angleterre déclara la guerre au Sultan ,

et força les Dardanelles avec une flotte formidable, qui vint jeter l'ancre sous les murs de Constantinople.

Sur ces entrefaites la paix entre la France et la Russie fut conclue ( 1807.) Mustapha, successeur de Sélim , resta seul à lutter contre Tempereur Alexandre. Alors le commerce grec acquit une extension très-considérable; une route nouvelle s'ouvrit par Belgrade et Semlin : les Grecs transportèrent par là en Autriche une immense quantité de coton. D*un autre côté la guerre d'Espagne était une source de richesses pour les navigateurs d'Hydra , de Spezzia et dlpsara , qui apportaient des provisions de bouche aux ports de la Péninsule. Plus d'une fois ces intrépides marins bravèrent le blocus des puissances belligérantes, et pénétrèrent dans les ports les plus étroitement cernés. Ainsi , tandis que Napoléon bouleversait l'Europe , tandis que la Turquie souiftait non-seulement d'une lutte inégale contre la Russie, maïs encore plus des . révoltes réitérées des janissaires, qui détrônèrent Sélim et massacrèrent le grand vizir Mustapha Baïrak-dar; les Grecs, favorisés par ce concours de circonstances, avançaient sans bruit vers le but que déjà ils ne désespéraient plus d'atteindre.

SITUATION POLITIQUE. loi

Quelque atroce , quelque tyrannique que fut le gouvernement d' Ali-Pacha, néanmoins ses irelations avec les puissances européennes contribuaient à éclairer de plus en plus les Grecs; et la jalousie qull inspirait au Sultan , les engageait à persister dans leur résolution de s'af-^ franchir. Quelques faits iscAés pouvaient déjà être regardés comme les symptômes de la révolution qui a éclaté plus tard. Par exemple, tan-* dis que le sultan actuel, après l'assassinat de son frère Mustapha m , luttait contre la malveillance des janissaires, il se formait, en Tfaessalie et dans la Grèce occidentale, un plan d'insurrection partielle, dont le prétexte était la tyrannie intolérable d'Ali-Pacha, Les conjurés grecs surent attirer dans leur parti les Turcs habitans. de la Thessalie, exaspérés eux-mêmes par lea actes de spoliation et de violence que ce satrape exerçait sur les Mahométans aussi bien que sur les Grecs ; mais le projet secret des chefe de cette conjuration, était la délivrance de leur patrie. Un prêtre audacieux, nommé Pappas Euthymius , se mit à la tête de l'entreprise , et s'avança avec une petite armée contre le pacha de Jannina, qui les prévint habilement, les attaqua à lïmproviste et les tailla en pièces , malgré une résistance opiniâtre. Le Sultan , loin d'êti:e iaité^

de ce soulèvement des Grecs, n'en fut que mieux disposé à leur égard; il jouissait de voir ses esclaves , d'accord avec les Musulmans , poursuivre ceux des pachas qui désobéissaient à sa volonté. Aussi , après qu il eut enfin décidé de punir et d'exterminer la race d'Ali-Pacha, ordonna-t-il aux chefs de son armée d'attirer dans leur parti tous les capitaines des guérillas de la Tbessalie et de la Grèce occidentale.

Cependant la Turquie, abandonnée de Na-r poléon qui venait de reconnaître officiellement les acquisitions de la Russie jusqu'au Da^ nube, n'avait d'autre appui que l'Au^triche ; et c'est de ce moment que date l'intimité de ces deux puissances . Dès lors aussi tout ce qui provenait des états autrichiens fut exempt de soupçon : deux journaux, le Télégraphe hellénique et l Hermès Logios , rédigés en grec moderne , et imprimés à iVienne, se répandirent librement en Grèce, où ils éclairèrent la Nation , sans rencontrer de la part du gouvernement turc ni obstacle ni censure. * ^ La guerre entre la Porte et la Russie continuait toujours; mais les derniers revers de la grande armée ottomane , dont une partie fut complète^ ment défaite , et l'autre coupée par une manœu-r vre habile de l'audacieux Koutousoflf, forcèrent le Sultan à demander la paix. Parmi les plénit

SITUATION POLITIQUE. Io3

potentiaires de la Turquie , fut le Grec Démétraky Mourouzy , que le Sultan récompensa avec sa bienveillance ordinaire : la mort fut le prix de ses services.

Bientôt après commença la guerre entre la France et la Russie, Cette lutte terrible tenait en suspens Tunivers. Mahmoud , attentif à Tissue de ces grands débats , et occupé de Fextermina-* tion des pachas rebelles , n^avait pas le temps de penser aux Grecs. Les traités de Vienne et de Paris ne rassurèrent point ce sultan ; il craignait qu ils ne continssent quelque article secret à soa préjudice. Il nosait pas cependant les rejeter ouvertement; mais, pendant quelques mois, il évita de reconnaître officiellement Texistence du royaume des Pays-Bas , et la protection des Des ioniennes par les Anglais. Le nom mystique de Sainte Alliance, la Société biblique , Tabolition de Tesclavage, le bombardement d*Alger, les retards qu'éprouvait la conclusion de la paix en-* tre la Porte et la Russie; toutes ces circonstances faisaient craindre au Sultan quelque projet hostile de la part des puissances alliées. En vain sacrifiaitH3n les Parganiotes; en vain les cabinets de Vienne et de Versailles faisaient-ils parvenir à la sublime Porte , par des courriers hors d'haleine , les nouvelles les plus rassurantes

Io4 TROISIÈME PÉRIODE.

sur l'intégrité de ses états; le Sultan soupçonneux 5 et qui s'en tenait à l'acception naturelle du mot, regardait la Sainte Alliance comme une conjuration secrètement tramée pour l'expulser de l'Europe. Cette idée, que rien ne pouvait effacer de son esprit, s'adaptait si bien à sa manière de raisonner, que son gouvernement redoublait d'efforts pour contenter la Russie, rampait devant elle , et évitait scrupuleusement de donner prise aux moindres griefs; en sorte que le cabinet de Saint-Pétersbourg avait alors , plus que jamais, une extrême influence sur le ministère ottoman. Ces circonstances ambiguës tournaient au profit des Grecs , qui continuaient leurs progrès, grâce à l'interprétation littérale que Mahmoud donnait aux termes de la diplomatie chrétienne. Cependant, après la conduite sanguinaire du Grand Seigneur envers les Musulmans les plus distingués , après la guerre d'Ali-Pacha, après l'extermination des gouverneurs de ses provinces, si Mahmoud avait pu croire que la politique européenne fut aussi indifférente au sort des Grecs qu'elle s'est montrée depuis 1821, nul doute qu aprèsavoîr détruit la puissance de Méhémed-Ali d'Egypte , il n'eût tourné ses regards vers la nation grecque , et n'eût mis ç[\ usage toutes ses ressources pour anéantir notre

COMMERCE GREC. Io5

marine, ruiner notre commerce, confisquer toutes nos possessions , et démolir tous nos collèges.

Je n'ai pas dessein d'examiner ici les causes de notre insurrection; le coup d'oeil que je viens de jeter sur une partie de notre histoire, n'a d'autre but que de faire connaître comment s*a-r mëliora progressivement l'état intellectuel et moral de la nation grecque. À la faveur de ces événemens propices, on vit s'étendre le commerce, la richesse nationale, les relations avec les peuples étrangers. Dans l'espace de trente années , les Grecs eurent une marine marchande , des manufactures , des maisons de commerce , établies ou dans la Grèce, ou dans le reste de TEurope; et ils s'aperçurent de rheùreuse influence que l'industrie et les richesses exercent sur la civilisation. Le commerce doit donc être aussi compté parmi les principales causes de la restauration de la Grèce.

Un peuple sans commerce est un peuple ermite ; il s'exclut de la société des nations , comme un solitaire abjure la vocation que la nature lui a prescrite, celle de la sociabilité. Ce sont les relations commerciales qui éveillent l'industrie, forment la marine, découvrent ou perfectionnent les sciences et les arts , divisent le travail pour multiplier les ouvrages, augmentent les

productions, et apportent les richesses. Les Turcs, étonnés de posséder librement des pays si fertiles et si rians, y sont, comme des eunuques gardiens de la belle nature : ils la contemplent sans la toucher. Conservant toujours les goûts des peuples nomades, ils aiment mieux faire caracoler leurs chevaux sur des plaines arides, que de traverser à pied des terres cultivées; ils méprisent Tagriculture , et détruisent ainsi Torigine (îes productions , du commerce , des consommations, de rindustrie et de Targent. Au lieu de remonter à ces sources de Topulence des nations , ils n'ont jamais cessé d'agir à rebours ^ et de rechercher uniquement l'argent , dernier anneau de la chaîne des richesses. Un tel état de choses ne pouvait que nuire à l'empire ottoman ; et , en effet , des provinces fertiles finissaient par se transformer en déserts. Tous les pays qui furent subjugués par les armes turques, sans capitulation, furent sujets au fléau du droit féodal : les deux tiers des terres appartenaient à la caste militaire ou aux mosquées de l'Empire , et aux villes de la Mecque et de Médine; l'autre partie était toujours la moins fertile et la plus maltraitée par les vexations des gouverneurs. Aussi la population des provinces d'Asie et d'Europe diminuait-elle d'une manière sensible, * ^

COSCaSRCK GREC. I07

Les négocians européens établis dans les Échelles du Levant , et protégés par leurs consuls , s'étaient emparés de tout le commerce de la Turquie , et s'efforçaient d'étouffer chez les Grecs jusqu'à l'idée d'une tentative commerciale. A Cypre, il n'y avait pas un seul bâtiment du pays; à Candie, il n'existait que cinq ou six navires turcs, qui trafiquaient avec l'Egypte, Smyrne, Salonique et Constantinople. Le Péloponèse, Négrepont, Athènes, Smyrne, n'en avaient aucun. Seulement les îles de l'Archîpel, et quelques villes maritimes qui n'étaient pas habitées par les Turcs , faisaient un petit cabotage , insignifiant par lui-même , mais qui dressait une certaine quantité de marins. Les villes grecques sur le littoral de la mer Noire , de l'Hellespont et de la Propontide, apportaient à Constantinople des provisions de bouche et des bois de con-^ struction; mais ce commerce se réduisait presque à rien, entravé par la taxe arbitraire de la police ottomane, et par la rapacité des janissaires. * " Le commerce des provinces intérieures était également nul. La Macédoine produisait d'excellent tabac; mais il se transportait tout à Constantinople , ou il fallait payer à la douane un droit exorbitant. Près de Salonique, plusieurs villages avaient des mines d'argent; mais les ha-

bitans infortunés étaient obligés de fouiller nuit et jour les entrailles de leur terre natale , pour le profit du Sultan, et d'un essaim de subalternes mille fois plus cruels encore que le tyran suprême. Le gouvernement turc nolisait chaque année des bâtimens , pour transporter à Constantinople le blé des plaines fertiles de Thessalie ; ce commerce était interdit aux particuliers. Il y avait à Andrinople de riches plantations de mûriers , dont le profit était également pour les mo-* nopoleurs turcs , qui vendaient la soie à d'autres Turcs à chapeau , établis comme négocians dans cette ville. Les denrées de la Bulgarie étaient transportées dans les villes maritimes de la mer Noire , et de là dans la capitale , où leur prix était fixé par le caprice du Gouvernement. Les provinces mêmes de Valachie et de Moldavie étaient bien loin d'avoir la liberté de vendre leurs productions abondantes; elles portaient le titre de garde-manger du Sulian ; et ce vaste garde-manger était exploité par deux compagnies de négocians turcs, qui s'emparaient à vil prix de toutes les denrées , sous l'obligation de nourrir le sérail et d'approvisionner Constantînople. *®

Tel était , il y a trente ans , l'état du commerce grec, sous la domination ottomane. Examinons maintenant quelles causes contribuèrent à la

Page 1