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fouets donnés sur les épaules à nu; on lui frotte un jour le dos avec du miel on l’exposa, dans ce! état et pendant un soleil ardent aux piqures de mouches à miel, qui lui firent une multitude d’ampoules, sans qu’elle laissât échapper le moindre mouvement: mais étant réveillée, elle parut sentir de vives douleurs aux endroits affectés , et se plaignit amèrement des mauvais tr'aitemens qu’on lui avait fait éprouver.
- Rappelez-vous, messieurs,qu’il y a fort peu de temps les journaux ont rendu compte d’une opération très-grave faile par un chirurgien habile de la capitale, M. Cloquet, et que la personne qui a subi cette opération en somnambulisme, n’a pas témoigné la moindre douleur, el cependant l'opération dura plus de douze minutes et l’ablation entiere d’un sein cancéreux eut lieu dans cet état.
Voici cette expérience.
Me P*#*, âgée de soixante-quatre ans, demeurant rue Saint-Denis n° 151 , consulta M. Cloquet, le 8 avril 18:6, pour un cancre ulcéré qu’elle portait au sein droit depuis plusieurs années et qui était compliqué d’un engorgement considérable des ganglions auxilaires correspon-
dants. M. Chapelain, médecin ordinaire de
cette dame, qui la magnétisait depuis quelques mois dans l'intention, disait-il,de dissoudre l’engorgement du sein, n'avait pu obtenir d’autre ‘résultat sinon de produire un sommeil très-profond , pendant lequel la sensibilité paraissait anéantie, les idées conservant touteleur lucidité; il proposa à M. Cloquet de Fopérer pendant qu’elle serait plongée dans le sommeil magnétique. Ce dernier qui avait jugé lopération indispensable, y consentit; et le jour fut fixé pour le dimanche suivant, 12 avril. La veille et l'avant veille, cette dame fut magnétisée plusieurs fois par M. Chapelain, qui la disposait lorsqu'elle était en somnambulisme à supporter sans crainte l'opération, qui l'avait même amenée à en causer avec sécurité, tandis qu’à son réveil, elle en repoussait l'idée avec horreur.
Le jour fixé pour l’opération, M. Cloquet en arrivant à dix heures et demic du matin, trouva la malade habillée et assise dans un fauteuil, dans l'attitude d’une personne paisiblement livrée au sommeil naturel. Il y avait à peu pres une heure qu’elle était revenue de la messe qu’elle entendait habituellement à la même heure ; M. Chapelain l'avait mise dans le sommeil
magnétique depuis son retour;la malade parla
avee beaucoup de calme; de l'opération qu’elle allait subir. Tout était disposé pour lopérer, elle se deshabilla elle-même, et s’assit sur une chaise.
M. Chapelain soutint le bras droit, le bras gauche fut laissé pendant sur le côté du Corps. M. Pailloux, élève interne de l'hôpital St-Louis, fut chargé de présenter les instrumens, et de faire les ligatures. Une première incision partant du creux de laisselle fut dirigée au-dessus de la tumeur jusqu’à la face interne de la mamelle. La deuxième commencée au même point cerna la tumeur par en bas, et fut conduite à la rencontre de la première ; les ganglions engorgés furent disséqués avec précaution à raison de leur voisinage de l'artère axillaire, et 13 tumeur fui extirpée. La durée de l'opération a élé de dix à douze minutes.
Pendant tout ce temps, la malade à continué à s’entretenir tranquillement avec l'opérateur, et n’a pas donné le plus léger signe de sensibijité : aucun mouvement dans les membres
ou dans les traits, aucun changement dans la res-
piration ni dans la voix, aucune émotion » Même dans le pouls, ne se sont manifestés : la malade n'a pas cessé d’être dans l'état d'abandon et
= 146 Dire
d’impassibilité automatiques où elle était quelques minutes avant lopération. On n’a pas été obligé de la contenir, on s’est borné à la soutenir. Une ligature a été appliquée sur l'artère thoracique latérale, ouverte pendant l'extraction des ganglions : la plaie étant réunie par des emplâtres agglutinatifs et pansée, l’opérée fut mise au lit toujours en somnambulisme, dans lequel on l'a laissée quarante-huit heures : une heure après l'opération ilse manifesta une légère hémorrbagie qui n’eut pas de suites, et le premier appareil fut levé le mardi suivant 14; la plaie fut nettoyée et pansée de nouveau, la malade ne témoigna aucune sensibilité ni douleur; le pouls conserva son rithme habituel.
Après ce pansement , M. Chapelain réveilla Ja malade dont le sommeil somnambulique durait depuis une heure avant opération, c’est-à-dire, depuis deux jours. Gctte dame ne parut avoir aucune idee, aucun sentiment de ce qui s’était passé; mais en apprenant qu'elle avait été opérée et voyant ses enfans autour d’elle, elle en éprouva une très-vive émotion, que le magné- Useur fit cesser en l’endormant de nouveau. (1)
(1) Il est des magnétiseurs qui ne doutent de rien.
ir 147 2e
vu uwnier fait va corroborer ceux que je vous ai fait connaitre; je le tire du rapport de M. Husson, page 34.
M. Husson s'adressant aux membres de l’'Académie , leur dit :
« Vous vous rappelez peut-être, messieurs ; » Îles expériences qui furent faites en 1820, à » lHôtel-Dieu de Paris, en présence d’un grand » nombre de médecins dont quelques-uns sont » membres de cette Académie, et sous les yeux « du rapporteur qui seul en concevait le plan, » en dirigeait tous les détails , et les consignait » minute par minute sur un procès-verbal signé » par chacun des assistans.
» Peut-être nous nous serions abstenu de » vous en parler, sans une circonstance particu- » Jlière qui nous fait un devoir de rompre le si-
Voyez-vous cette malade dormant 48 heures de suite et, comme si ce n'était pas suffisant, on la replonge dans le somnambulisme: on ne nous a pas dit combien ce second sommeil a duré. Vous saurez que le sommeil magnétique accompagné d'insensibilité est très-réparateur pendant deux heures environ, et qu'il devient ensuite très-excitant et qu'il détruit au lieu de réparer ; mais je reviendrai prochainement sur la pratique des magnétiseurs, et s'ils
se plaignent de perdre des somnambules, ils sauront pourquoi.
lence. On se rappelle qu’au milieu des discussions que la proposition de soumettre le magnétisme animal à un nouvel examen , avait soulevées dans le sein de l’Académie, un membre, (M. Recamier) qui du reste ne nierait pas la réalité du magnétisme, avait avancé que tandis que les magnétiseurs proclamaient la guérison de M'° Samson, elle avait demandé à rentrer a l’'Hôtel-Dieu, où ajoutaitil, elle était morte par suite d’une lésion organique jugée incurable par les gens de Part.
» Cependant cette même demoiselle Samson , reparut six ans après cette prétendue mort , et votre commission convoquée le 29 décembre 1826, pour faire sur elle des expériences , voulut avant tout s'assurer si l'individu que lui présentait M. Dupotet, dont d’ailleurs la bonne foi lui était parfaitement connue, était bien la même que celle qui six ans avant avait été magnétisée à l’'Hôtel-Dieu. MM. Bricheteau et Patissier, qui avaient assisté à ces premiéres expériences, eurent la complaisance de se rendre à l'invitation de la commission , et conjointement avec le rapporteur, ils constaté-
» rent et signèrent que c'était bien la même per-
RO sonne qui avait élé le sujet des expériences faites à l'Hôtel-Dieu en 1820, et qu’ils n’apercevaient en elle d’autre changement que celui qui annonce une amélioration notable dans sa santé.
» L'identité ainsi constatée, M!° Samson fut magnétisée par M. Dupotet en présence de la commission. À peine les passes furent elles commencées que M'° Samson s’agita sur son fauteuil , se frotta les yeux, témoigna de l’impatience , se plaignit, et toussa d’une voix rauque qui rappela à MM. Bricheteau et Patissier ét au rapporteur, ce même timbre de voix qui les avait frappés en 1820 , et qui alors, comme dans la circonstance présente, était pour eux l'indice dun commencement de l’action du magnétisme. Bientôt elle frappa du pied, appuya sa tête sur sa main droite et son fauteuil, et leur parut dormir. On lui souleva la paupière, et on vit comme en 1820, le globe de Pœil tourné convulsivement en baut. Plusieurs questions lui furent adressées et restèrent sans réponse; puis on lui en fit de nouvelles, elle fit des gestes d’'impatience, et 1épondit avec humeur qu'on ne devait pas la
tourmenter; enfin, sans en avoir prévenu qui
LMPdbo
que ce fut, le rapporteur jeta sur le parquet une table et une buche qu'il avait placée sur cette table. Quelques-uns des assistans jetèrent un cri d’effroi, Me Samson seule n’entendit rien, ne fit aucune espèce de mouvement et continua à dormir après comme avant le bruit violent et improvisé; on la réveilla quatre minutes après en lui frottant les yeux circulairement avec les pouces. Alors la même buche fut jetée à l’improviste sur le parquet, le bruit fit tressaillir la magnétisée qui alors était éveillée ; elle se plaignit vivement du sentiment de la peur qu’on venait de lui causer, tandis que six minutes auparavant elle avait été insensible à un bruit beaucoup plus fort.
Cette expérience eut lieu à l'Académie de mé-
decine, rue de Poitiers.
Jusqu'à présent, messieurs , je ne vous ai en-
es ICE (40 « e É tretenu que d'effets magnétiques que je regarde
comme les plus importans pour déterminer votre
conviction; car ces effets sont, par leur nature,
moins sujets à contestation que ceux qui vont
suivre, et il vous eut été impossible de les
rejeter , sans nier l'évidence même.
Jde vais vous tracer à présent l'historique d’un
phénomène magnétique particulier, je veux dire
Ne ne
le somnambulisme. Mais, avant ce récit, permet-
tez-moi quelques réflexions; je crains tant de
vous voir douter de la vérité, que je voudrais de-
vancer dans vos esprits les objections que vont 7
faire naître lesnouveaux phénomènes que je vais
vous exposer.
sr Le
« Qu’eût-onrépondu , avant la découverte des lois des actions électriques et galvaniques , à celui qui fût venu assurer que le frottement de la résine et du verre, par le contact de deux métaux convenablement disposés , pouvait donner lieu aux phénomènes élonnans que tout le monde connaît ? on n’aurait certainement pas manqué de traiter cet homme de visionnaire , d’enthousiaste, et considéré le résultat d'expériences positives comme des erreurs indignes de réfutation ; cependant rien n’est plus vrai que lexistence de ces phénomèênes : qu’on prenne donc garde de commettre une pareille faute à égard du somnambulisme magnélique. Si le contact de deux pièces métalliques, le frottement du verre ou de la résine , corps dont les propriétés sont à une distance incommensurable de celles d’un Sysiéme nerveux et d’un cerveau humain, peuvent
amener des phénomènes aussi extraordinaires,
» pourquoi ne voudrait-on pas concevoir que » deux systèmes nerveux, deux cerveaux , MIS » dans certains rapporis, puissent produire un » changement dans l'existence ordinaire de ccs » organes, d'où résulte le phénomène du som- » nambulisme. » |
Eh bien, ce que je vous donne ici comme une hypothèse, va devenir une vérité aussi positive que celle qui est si bien établie maintenant pour vous. Autant il serait difficile de vous démontrer que les phénomènes électriques n’existent pas, autant on éprouverait de difficultés pour nous prouver que nous sommes dans l'erreur, car notre jugement, comme le vôtre, repose sur des faits aussi solidement établis.
Le somnambulisme, le plus étonnant des phénomènes dont l’histoire des sciences fasse menuon, viendra bientôt ouvrir un vaste champ aux cbservateurs ; nous le connaissons à peine , et déjà par lui lon a rectifié des erreurs depuis longtemps adoptées comme des vérités; on se demande ce que deviendront nos connaissances amassées avec lant de peines et de soins, s’il est vrai que des individus plongés dans le somnambulisme aient une manière particulière d'exister,
des sensà part, une mémoire distincte et une im-
telligence plus active que dans l’état de veille.
Mais avant de vous parler du somnambulisme magnétique , nous devons vous entretenir du somnambulisme naturel, afin de vous montrer l’analogie qui existe entre ces deux états.
« Tout le monde connait les histoires des somnambules naturels, entr'autres celle de ce jeune séminariste, dont l’histoire est rappelée dans l'Encyclopédie, qui se levait la nuit, écrivait ses sermons, faisait des corrections minutieuses , écrivait de la musique, traçait son papier avec une canne, savait bien distinguer toutes les notes et, lorsque les paroles ne correspondaient pas aux notes, les recopiait dans un autre caractère ; il relisait ensuite ce qu’il venait d'écrire , même quand on interposait une feuille de carton entre ses yeux, d'ailleurs bien fermés. »
Eh bien! leur état , d’abord variable chez chacun d'eux, est l’image de ce qui arrive dans le somnambulisme artificiel.
« L'action des {somnambules naturels est.
d'aller dun lieu dans un autre, les yeux fermés et dans la plus grande obscurité. Comment se fait-il qu'ils évitent avec autant d'adresse tous les obstacles qui s'opposent à leur passage ?
» Le domestique de Gassendi portait, la nuit,
Pie
sur sa Lête, une table couverte de carafes ; :il montait un escalier très-étroit , évitait les chocs avec plus d’habileté qu’il n’eût fait pendant la veille, et arrivait à son but sans accidens. Comment la vue s’exerçait-elle donc sans le secours de la lumière ? »
Un somnambule écrivait les yeux fermés, mais en se levant il avait cru avoir besoin de chandelle; il en alluma une. Les personnes qui l’observaient l’éteignirent , aussitôt il s’aperçut qu'il était, ou plutôt il crut être dans l'obscurité, car il y avait d’autres lumières dans la chambre, il alla rallumer sa chandelle ; il ne voyait qu’avec celle qu’il avait allumée lui-même.
La Bibliothèque de médecine , t. 10 , p.477, fait mention d’un somnambule qui, se levant de son lit au milieu de la nuit, allait dans une maison voisine qui était ez ruine, et dont ilne restait que les gros murs et quelques poutres mal assurées ; le somnambule montait au plus haut decette maison, sautait d’une poutre à l’autre, quoiqu'il y eût au-dessous un profond abime.
Le même ouvrage rapporte l’histoire d’un autre somnambule qui, pendant la nuit, s’habillait, prenait ses bottes, ajustait ses éperons, ct ensuite se lançait sur le bord d’une fenêtre d’un
cinquième étage, qu’il prenait pour son cheval, et s’agitait dans cette posture avec tous les gestes d’un cavalier qui court la poste.
C'est ce qui fait dire à Réhelini, médecin italien | auteur de plusieurs observations sur le somnambulisme, qu’il faut nous contenter d’admirer les effets merveilleux de cet état que la Providence semble offrir aux savans pour les confondre et montrer les bornes de l'intelligence humaine.
« Les faits les plus nombreux et les plus authentiques rapportés par les personnes les plus dignes de foi, prouvent que pendant le sommeil les sens externes étant fermés à leurs excitans ordinaires, le cerveau acquiert un surcroît d’activité, devient capable de choses au-dessus de sa portée ordinaire, et la faculté d’établir des relations au moyen des organes de la vue, du goût, de l’odorat, de l’ouie, se transporte hors de ses sens sur des parues qui n’en sont pas douées dans l’état naturel. »
La nature nous offre encore des phénomènes analogues chez les hystériques, les cataleptiques et les extatiques.
« Les facultés intellectuelles exercées pendant les songes, (dit M. Richerand) peuvent nous con-
| — 156 — duire à certains ordres d'idées auxquelles nous n'avions pu atteindre durant !a veille; c’est ainsi que des mathématiciens ont achevé pendant leur sommeil, les calculs les plus compliqués, et resolu les problèmes les plus difficiles.
I] serait superflu de vous citer d’autres témoignages de ces faits, ils sont généralement admis. Peut-être que l'explication de phénomènes si étranges nous sera bientôt révélée, j'en ai le pressentiment ; je crois qu’en étudiant les lois qui servent à la production du sommeil que nous savons faire naître, nous trouverons la clef de ces deux états.
Une chose remarquable, c’est que les somnambules prétendent ne pas dormir. Ce n’est pas un état de sommeil dans lequel nous sommes , disent-ils, car nous voyons, nous sentons, el nous entendons lorsque vous le voulez, et nous possédons ces facultés à un degré plus élevé que dans notre état habituel.
Il est, aujourd'hui, difficile de savoir qui à reconnu le premier , parmi les magnétiseurs , le somnambulisme magnétique; on fait honneur de cette découverte à M. de Puységur; il parait cependant qu’il s’élait manifesté chez plusieurs
malades, au traitement de Mesmer; mais , soit