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IVe LECON.
« C’est un principe qui ne dépend plus de l'homme, ni de la volonté de l’homme , ni de la raison ; ni en un mot
de rien qui soit de l’homme. »
« L’aconit et la cigüe y sont toujours à côté des fleurs
inmortelles. »
« La nature est voilée à leur ignorance , ils ne savent ni ne veulent voir en eux ce que la nature leur annonce y
sxister. »
COURS
DE
MAGNBRIONE ANRMAE.
AT LECON. Messieurs , |
Dans la derniere leçon, je vous ai rapporté quelques-uns des nombreux témoignages, donnés par les médecins les plus recommandables, qui constatent, et l’action magnétique, et certains phénomènes physiques que produit cette action : linsensibilité de la peau, etc., ete.
Je vous ai, ensuite, tracé brièvement l’histo: rique d’un état particulier, dans lequel peut entrer momentänément un individu: je veux dire le somnambulisme; je vous ai fait connaître. une partie des nombreuses facultées qu'on lui attribue; et alors, vous m’avezencore entendu vous citer des faits recueillis par une infinité de
aus, 106 A personnes revêtues d’un caractère qui les met à l'abri de tout soupçon.
J'ai abrégé, cependant , autant que je lai pu:
les citations, parce que le somnambulisme est aujourd'hui si commun, si facile à produire , que celui qui veut le constater , peut sans beaucoup de peine l’observer fréquemment.
__ Laissant de côté pour le moment, tout examen critique, je vais vous entretenir de quelques effets rares que produit la magnétisation ; effets peu observés, et qui cependant méritent de l’être attentivement.
Ils jusuifieront, de plus en plus, notre croyance en la réalité d’un agent; et les craintes que nous vous avons manifestées, relativement aux dangers qui résultent, d’une application irréfléchie du magnétisme, vous paraîtront plus que jamais fondées.
Vous vous prémunirez contre les assertions de quelques magnétiseurs modernes, qui ne voient dans le magnétisme que des dang gers qui n’y existent pas, et méconnaissent les ne > qui sont, inhérens à sa pratique.
Mon dessein est de vous faire connaitre leur doctrine, et les applications qu'ils en font au traitement des maladies; vous verrez .que dans
= fon -— un grand nombre de cas, ils agissent en aveugles, sans pouvoir se rendre compte de leur action, sen rapportant entiérement à la bonté de l'agent qu’ils emploient ; persuadés qu'ils sont, que le magnétisme ne peut produire de fâcheux effets.
Cette croyance de leur part est sans fondement et demande une prompte réfutation.
Je vous ferai juges du mérite de leurs observations, en vous exposant les faits produits par ces mêmes magnéliseurs.
Si le magnétisme existe, Messieurs, il doit avoir des lois, une manitre d'agir particulière ; et, comme tous les agens de la nature, faire du bien où du mal; c’est ce que son emploi doit fare reconnaître: les magnétiseurs n’ont constatés que le bien, ce qui est tout à-fait contraire à l'avancement de la science.
Beaucoup de ceux qui se sont le plus livrés à la pratique du magnétisme, ne possédaient, pour la plus part, nulles connaissances en médecine : étrangersà celte science, ils n’ont tenu compte, dans leurs examens, d'aucun des accidens de la nature; ils se sont bornés à nous dire: nous avons guéri elle maladie, nous avons guéri telle personne, sans nous apprendre autre chose du
CR ait, que le fait lui-même; ce témoignage était suffisant pour les gens du monde , mais il ne l'est pas pour le médecin : ce dernier doit rechercher en vertu de quelles lois le malade a été guéri, quelle marche a suivi la nature pour ramener l'équilibre , etc.
Les observations bien faites sont rares, quoique les expériences aient été nombreuses ; aussi la science du magnétisme est restée presque stationnaire, et nous a fourni peu de lumière, malgré la prodigieuse quantité de personnes qui se sont occupées de son étude.
Une routine aveugle a même gagné les plus instruits des magnéliseurs ; ils ont fait le bien, il est vrai, mais ils l’ont fait sans rechercher quelle source leur en fournissait les moyens. cetteconduite peut être bonne en morale, mais ne suffit point à laphysique ; l’on doit procéder d’une manière toute différente.
Les médecins modernes méritent encore un autre reproche: Ils se sont occupés de la pratique du magnétisme, mus par un sentiment particulier, celui d’arriver à une conviction; peu leur importait les dispositions physiques dans lesquels ils se trouvaient pour observer ; ils ne tenaient, non plus, aucun compte de l'état
+ 00e — des personnes qu’ils magnétisaient ; ils ne cherchaient qu’à faire naître des phénomènes; et lorsqu'ils avaient obtenu ce qu’ils désiraient, il était trop tard pour se rendre compte des sentimens et des causes qui les avaient déterminés. Il leur faut, maintenant, recommencer cette étude, et suivre une marche contraire à celle qu'ils ont adoptée, s'ils ne veulent encore porier un jugement précipité, que le temps viendrait détruire. Le peu d’observations publiées par eux, portent l'empreinte des dispositions que je viens de vous signaler; ils ont jugé le magnétisme sur des faits isolés; ils ont tiré de ces faits des inductions qui ne sont nullement justifiées par la pratique éclairée du magnétisme , et ils n’ont pas produit tout le bien que leurs noms et leurs lumières avaient droit de faire espérer.
Il vous appartiendra bientôt d'examiner vous même , la question que je souléve; ce sera à vous de redresser les erreurs qui ont été commises, maisil est de mon devoir de vous signaler, ici, ce qu’une pratique de plusieurs années m'a fait connaître de bon et de mauvais dans les doctrines enseignées et dans les effets magnéti: ques obtenus par les procédés en usage main:
tenant.
Je reprends }” exposé des phénomènes produits par la magnétisation, remettant à une séance prochaine , l'examen des doctrines.
Les faits magnétiques que je vous ai précédemment fait connaître, sont ceux que l’on observe le plus communément: mais il en est d’autres, quinaissent dans quelques circonstances rares, et qui sont, par celte raison, très- -peu connus, même des magnétiseurs exercés ; je vais vous en faire l'exposé.
Voici ce qu’on observe dans quelques cas :
Lorsque l’on magnétise pour la premiére fois, on est mu, en géneral, par un sentiment de curiosité, de doute et de crainte. Si la personne que l’on magnéiise dans cette disposition est sen: sible à votre action, elle ne tarde pas à éprouver des effets qui vous surprennent. Si l’on n’a aucune méthode pour les diriger, et que l'intensité des phénomènes augmente ,on veut aussitôt les faire cesser; mais Join d’y parvenir comme on le désire, ils prennent un développement souvent effrayant ; le patient, tout à l'heure dans unétat naturel, entre daus un état de convulsions extraordinaires, il se roule par terre, crie et se débat ; et dans ce moment, plus on le touche ou
laisse toucher, plus on augmente ses angoisses.
Des convulsions produites de cette manière ont duré quelquefois six et huit heures sans in. terruption , et les personnes ainsi affectées reslaient malades pendant plusieurs jours , éprouvant un sentiment de brisement accompagné d’une horreur profonde pour le magnétisme, et le magnétiseur; ce mot seul prononcé devant eux, les agitait violemment. L'état de calme finit par revenir; mais j'ai vu dans quelques circonstances, rares à la vérité , les malaises résister au repos, aux antispasmodiques, et persister pendant plusieurs semaines. |
Ne croyez pas, Messieurs, que les femmes nerveuses éprouvent seules ces effets ; des hommes bien constitués , qui ne connaissaient que de nom ces sortes de maladies, ont été aiusi désorganisés en quelques minutes, et ont éprouvé tous les effets dont je viens de vous rendre compte.
Voici deux exemples de ces faits, que j'ai pris au hasard, caril y enaunassez grandnombre, et ils se ressemblent tous dans Le fond
M. de S.-C. ancien militaire, avait entendu parler vaguement du magnétisme. Il voulut essayer de magnétiser sa fille , quoiqu’elle ne se plaignit d’aucun mal, et seulement pour voir s’il
ne pourrait pas lui faire éprouver quelques ef-
fets. Pour cela, sans se douter de tout le mal qu’il allait faire, il mit une main sur l'estomac de sa fille. Après quelques minutes de magnétisme , elle éprouva quelques mouvemens convulsifs , qui, loin d’effrayer le pére, ne firent que l’encourager à poursuivre son expérience. Bientôt M: de C.. eut des convulsions trés-violentes , el son père ignorant la manière dont il aurait pu les calmer , ne fit plus que les augmenter par sa présence, et même par l’effroi qu’elle lui causait. Il fut forcé d'abandonner sa fille en cet état, et elle passa la nuit suivante dans des convulsions continuelles. Cet état dura huit jours. (T. D. M.)
Voici un autre fait dont le récit a été envoyé à M. de Puységur par M. Segrettier, propriétaire à Nantes. |
« Une jeune personne distinguée par sa naissance, et qui paraissail jouir de lameilleure santé, se trouvant au château de M. le marquis de B., son parent, se mêlait, comme le reste de lacompagnie , de plaisanter sur le magnétisme M. de B... son oncle renchérissant sur les autres , gesticulait à tort à travers. Il dirige sur sa nièce sa prétendue influence, et les voilà à se magnétuiser réciproquement. D'abord la jeune fille rit beau-
coup ; mais on ne tarda pas à voir que ce rire
n'était pas naturel, et bientôt on passa de la surprise de ce phénomène à une terreur inexprimable, en s’apercevant qu’elle perdait par degré la raison et l’usage de sessens. Elle vint en effet au point de ne plus voir, de ne plus entendre, de ne plus parler; et les yeux fixés, le cou tendu, semblable exactement à un aimant plus faible qui est entrainé par un aimant plus fort, elle suivait son magnétiseur partout et n’obéissait qu’à ses diverses impressions. On voulut les séparer, mais cela ne produisit que des convulsions affreuses : son magnétiseur éprouvait , de son côté, des sensations extraordinaires qui, jointes au saisissement que lui avait occasionné létat de sa nièce, le rendait méconnaissable par sa päleur et son abattement.
Au bout de quelques heures , l’état de la magnétisée se dissipant, elle se plaignit de beaucoup souffrir de l’estomac.
La journée et la nuit qui suivit furent passées taniôt en convulsions, tantôt en sommeil magnétique, et cet élat ne cessa entiérement - qu'au bout de plusieurs jours. »
Le magnétisme produit dans d’autres circonsconstances, un effet non moins bizarre que celui
dont vous venez d'entendre le récit. L’individu
— 204 M soumis à une expérience, sent , pelit à petit, ses membres s’engourdir; il perdle sentiment deleur position : si vous persistez dans votre action sur lui, les muscles du thorax peuvent être affectés d’une paralysie momentanée, une difficulté s’en suit dans les mouvemens des musclesinspirateuts, et une espèce de râle se fait entendre, le patient se plaint, demande du secours, etsi vous he savez faire cesser cet état, le malade peut courir des dangers. J'ai vu deux fois naître des effets semblables. On se rendit maître des accidens, mais je sais que dans l’un des principaux hôpitaux de Paris, un fait semblable s’est présenté à l’obser vation de ceux qui expérimentaient alors. N’étant point prévenus de existence de ce singulier effet, ils furent fort effrayé, lorsqu'ils voulu rent débarrasser la malade de l'oppression qu’elle éprouvait, de ne pouvoir y parvenir de suite: ils ne purent obtenir la cessation de la paralysie qu'au bout de 25 à 30 minutes. La maladie avait parcouru , pendant ce temps, tous les degrés de Pasphyxie : la respiration était devenue d’abord entrecoupée , puis insensible , la peau était violacée, les veinesextraordinairement genflées, et il y avait eu perte de mémoire pendant
plusieurs rainutes. [! n’en résulta rien de fâcheux,
| — 205 — mais tous ceux qui furent témoins de cette Cxpérlence pensèrent que si les obstacles opposés à la circulation eussent tardé encore quelque temps à disparaître, la malade serait infaillible ment morte dans cet état.
Ceci doit vous faire tenir en garde contre une action que vous étiez sans doute portés à croire tonte bénigne , et lorsque vous entendrez quelques enthousiastes vous assurer que le magnétisme n’a été donné à l’homme que pour faire le bien, vous vous rappellerez le fait que je viens de vous citer, et vous ferez peu de cas de leurs assertions, parce qu'elles ne sont nullement propres à servir de règles. F
Dans le sommeil magnétique ordinaire, il se présente quelquefois un état particulier peu observé, et que les magnétiseurs craignent beaucoup de rencontrer; parce que peu d'entre eux possèdent les moyens de le conduire à bien.
Je vais vous le décrire :
Une personne endormie du sommeil magnélique (et en général ce sont les individus dont le sommeil est le plus profond ), tombe dans un état extraordinaire, dont voici les principaux symptômes. Le somnambule qui vous entendait
parfaitement, cesse tout-à-coup de vous enten-
dre, il ne vous sent plus, vous qui auparavant, étiez dans un rapport intime avec lui, et qui pouviez imprimer quelques modifications à ses organes, vous avez perdu votre empire, il n’obéit plus à vos injonctions; il est muet pour vous comme pour tout le monde; ses mächoires sort fortement serrées, et il serait plus facile de les briser que de les ouvrir; il n’exécute aucun mouvement , il obéit aux lois de la pesanteur, et son corps est entrainé vers la terre.
Un phénomène non moins digne de remarque, c'est que les pulsations diminuent de nombre et de force; la température du corps baisse sensiblement, et vous avez sous les yeux le spectaclé d’une mort apparente. Lu pr
Si vous êtes familiarisé avec ce phénomène, etque vous n'ayez pas quitté le patient, il revient par degrés de cet état de concentration ; son pouls reprend son rythme habituel, et tout se passe comme auparavant; si vous l’interrogez sur-le-champ, il vous dira les choses qui Pont affecté pendant son état léthargique; mais, par une anomalie bizarre, il peut à peine, quoique toujours en somnambulisme , se les rappeler pendant cinq minutes de temps ; ils les oublie ensuite complètement et ne sait plus rien vous dire des
sensations qu'il a éprouvées ; quoiqu'elles eussent pour lui un charme inexprimable.
Aucun symptôme ne peut faire connaître l'instant où arrivera ce phénomène, je l'ai observé un grand nombre de fois, et c’est, souvent, lorsque je pensais à faire cesser le sommeil magnétique ordinaire, que le somnambule tombait tont-à-coup et sans ma volonté dans cet état singulier, pour n’en sortir quelque fois qu’au bout de plusieurs heures.
Cet état, Messieurs, le plus extraordinaire du magnétisme, et le plus dangereux peut-être, est aussi celui qui peut fournir le plus de lumières, quand l’on sait interroger à propos ces sortes d’extatiques. Si vous savez entrer dans les idées qui les dominent, vous obtenez les révélations les plus instruclives ; mais VOUS n'avez qu'un moment pour cela, il faut saisir l'instant où, sortant de leur extase, ils rentrent dans le somnambulisme ordinaire; car ils perdent bientôt le souvenir de ce qu'ils ont éprouvé.
Cette crise semble être la limite d’un état de chose tout nouveau, que nous ne pouvons con-
naître qu'avec une extrême difficulté. C’est là ce que l’on pourrait appeler la magie de la vie, car tous les phénomènes qui naissent échappent à
l'explication, et il y en a un grand nombre qui cifrayent notre raison. « Le mystère est immense et l'esprit s’y confond. »
Je regarde cette crise comme trés-dangereuse et pouvant amener des accidens fâcheux, si le magnétiseur abandonnait à lui-même celui qu’il a plongé dans ce sommeil profond.
Je viens de vous dire, Messieurs, que j'avais été témoin de plusieurs de ces crises, je pourrais donc vous donner des détails très-circonstanciés ; mais je dois, pour faire plus d’effets sur votre esprit, puiser ailleurs que dans : ma pratique un exemple de ces faits.
M. Chardel, membre de la Chambre des Députés et conseiller de la Cour royale de Paris, s’est beaucoup occupé de magnétisme ; et dans un ouvrage qu’il a récemment publié, on trouve le fait suivant:
« Un jour, en magnétisant une somnambule , » dit M. Chardel, plein de sécurité, je la haissais » promener dans l’appartement avec une amie; » elles causaient ensemble et je ne m'occupais » plus du mode extraordinaire d'existence que » je venais de produire, quand les deux amies, ÿ je ne sais à quel propos, me prièrent de réci- » ter une scène des tragédies de Racine; je me
Le:
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livrai imprudemment aux sentimens que cet auteur exprime si bien, et je ne m’aperçus de VPémotion dema somnambule qu'en la voyant tomber sans mouvement à nos pieds. Jamais privation de sentimens ne fut plus effrayante : le corps inanimé avait toute la souplesse de la mort, chaque membre que l’on soulevait re:
tombait de son poids, la respiration s'était
arrêtée, le pouls et les battemens du cœur ne se faisaient plus sentir, les lèvres et les géncives se décolorérent, et la peau que la circulation n’animait plus, prit une teinte livide et jaunâtre. Tout semblait m’annoncer que je n'avais plus qu'un cadavre sous les mains :
heureusement je ne me troublai point, la pureté de mes intentions donnait à mon dévouement une énergie calme, mais positive, et je me possédais trop pour ne pas sentir que je pouvais exercer une grande puissance sur ma somnambule. Je commençai à magnétiser sur les plexus, j'inspirai ensuite un souffle dans les narines, dans la bouche et sur les oreilles : et peu-à-peu ma somnambule recouvra l’usage de la parole: cette parole était d’abord faible, mais bientôt elle se fit entendre assez distinctement pour répondre à mes questions.