‹ Cours de magnétisme animalChapitre 6 sur 44 · RUN · texte numérisé non relu

RUN

Ses idées ne furent point goûtées : il se trouva repoussé de toutes parts, bien qu'il eut traité par le magnétisme un grand nombre de maladies et qu'il eut obtenu le succès le plus complet.

Après avoir été en butte à plusieurs scènes scandaleuses, il quitta Vienne en 1777, croyant avoir fait assez pour ses ingrats concitoyens et emportant l'espoir qu’ils lui rendraient un jour plus de justice.

Peu d'années s'étaient écoulées et déjà ce que l’on appelait la découverte de Mesmer faisait la plus vive sensation chez les peuples voisins. Aussi quand il arriva à Paris, en 1778, précédé de sa réputation , s’y trouva-t-il l’objet de l'attention publique.

I] ne tarda pas à contracter des liaisons avec les médecins les plus distingués de la capitale, notamment avec le docteur Deslon, membre de la Faculté de Médecine de Paris et premier médecin du comte d'Artois.

De ioutes paris on s’empressa dedonner à Mesmer l'assurance qu'ilserait plus heureux en France que dans sa patrie et on l'engagea à présenter son système à l’Académie des Sciences.

Mal accueillies de l'Académie des Sciences les

Pi

idées de Mesmer échouërent également auprès de la Société de Médecine. Cependant la franchise et la bonne foi de ses procédés lui concilièrent un grand nombre de médecins qui se livrèrent avec zèle à la pratique du magnétisme et en publièrent partout les beureux résultats.

Traité sans égard, je dirai presque ignominieusement, par les sociétés savantes , Mesmer était en revanche recherché avec empressement par un grand nombre de personnages distingués. Cet accueil lui donna l’idée d’ouvrirun traitement où les malades accoururent en foule pour se faire guérir par la nouvelle méthode, et les guérisons éclatantes quis’y firent achevérent la réputation de Mesmer.

Messieurs , si les premiers propagateurs du magnétisme animal eussent suivi l'exemple d’un ancien philosophe qui se contenta de marcher devant quelqu'un qui niait le mouvement , s'ils se fussent bornés à produire des faits, au lieu de chercher à les expliquer, il y a longtemps que la cause du magnétisme serait gagnée ; mais ils n’ont pas suivi cette marche ; ils se sont trop hâtés de bâtir des systèmes et de les présenter comme renfermant tous les secrets de leur art. Emportés par lenthousiasme, les partisans de la

ri |; Men

doctrine magnétique ne surent point mettre de bornes à leur croyance. La guérison de quelques maladies leur fit croire à lafpossibilité de les guérir toutes. Ils eurent l’imprudence d'écrire qu’il n’y avait qu’une vie, qu’une santé , qu'une maladie, et par conséquent qu’un reméde, et que cet unique remède était le magnétisme.

Portant leurs prévisions dans l'avenir , ils crurent devoir prédire que l'agent de Mesmer opérerait un grand changement dans nos mœurs, et une modification complète de notre organisation. |

« Nos pères, disaient-ils, ne tomberont plus » qu’à l'extrémité de la décrépitude. Il n'y aura » plus rien dans les hôpitaux qui révolte » l'humanité; on parcourra doucemeni la car- « rière de ses jours, et la mort sera moins triste » parce qu’on y arrivera de la même manière » qu’on s'avance dans la vie.

» Les peuples sains et robustes pourront écar- » ter les épidémies, les maladies amenées par les » cours des siècles, etc. Les hommes ne connai- » tront nos maux que par l’histoire, leurs jours » prolongés agrandiront leurs projets et les con- » sommeront, ils jouiront de cet âge si vanté,

» où le travail se fesait sans peire, la vie passait

RARE th

» sans chagrin et la mort approchait sans hor” » reurs. » PE

Et enfin, messieurs, ces belles promesses étaient publiées et accompagnées de réflexions non moins étranges.

« Ce que nous venons d'annoncer paraît res- » pirer l'enthousiasme , disaient-ils, mais on » saura un jour, que nous avons ménagé la » disposition des esprits et que nous sommes » demeurés au dessous du sujet que nous avions » à peindre. » à

Vous comprenez, messieurs, tout ce que de telles assertions avaient alors de révoltant et de chimérique ; et pourtant, elies étaient soutenues, appuyées, par des hommes de mérite ; tant la passion peut quelquefois nous aveugler et fausser notre jagement

Ce qui ne vous étonnera pas moins que l’enthousissme des magnétiseurs, c'est la conduite des corps savans de cette époque qui ne surent pas mieux, que les premiers, conserver assez de sang froid pour prononcer sans passion sur le magnétisme.

Vous savez que des commissions nombreuses furent nommées d'office par Louis XVI pour examiner le système de Mesmer; et que ces com-

missions furent composées des Lavoisier, des Bailly, des Francklin, des Jussieu et d'une foule d'autres savans non moins illustres : on était donc en droit de tout attendre d'un semblable aréopage à coup sûr, la lumière devait en sortir; el pourtant ce qui n’arriva pas. |

Mais, messieurs, il faudrait vous reporter à celie époque, eten feuilleter Les archives, pour avoir une idée de l'agitation, dans laquelle cette simple question de magnétisme avait jeté la France.

D'un côté, on voyait les corps savans aveuglés par l'esprit de parti, chercher à proscriré cette découverte ; de l’autre une partie de la cour et de la ville embrasser avec chaleur la nouvelle doctrine, et prendre fait et cause pour Mesmer, dont le caractère avait su se concilier l'estime générale.

Les uns niaient tous les faits de la magnétisa- Uon, ou les expliquaient par des ‘causes erronées, que je vous ferai connaître plus tard: les autres, au contraire, adopiaient tout ce qu'avait dit et écrit leur chef, et par cela même allaient beaucoup trop loin dans leurs croyances.

La guerre était vive des deux côtés : Paris était inondé de brochures (il en à paru plus de

és dE

5oo dans l’espace de ‘dix-huit mois) lesprit, l’érudition ct le sarcasme y brillaient tour-à-tour : on croirait difficilement aujourd’hui à tant d’irvitation, si destémoignages irrécusables n’étaientlà pour nous révéler l’acharnement des deux

partis. ; | OT

La querelle s’envénima de plus en plus; et c'est le moment où les esprits étaient ainsi disposés, que les membres de là commission choisirent, pour examiner la question du magnétisme: aussi, messieurs, je dois le dire avec douleur, leur rapport se trouve partout empreint de leurs préventidns, et partout nous voyons les commissaires aux prises avec la vérité que toujours ils éludent; tous les argumens leur sont bons pour expliquer des faits qui étaient alors inexplicables, et ils ne craignirent pas de compromelire une réputation justement acquise, pour laisser à la postérité un monument qui doit un jour signaler les écueils du génie lorsqu'ilest animé par la passion, Cependant malgré les rapports passionnés des commissaires, les faits se multiplient, ils parlent, et le magnétisme sort triomphant d’une lutte dans laquelle on s’était promis peut-être de l’étouffer.

Cette circonstance nous rappelle que bien des

ER questions inportantes ont éte décidées sans le concours des savans, et souvent même en oppoposition formelle avec la vérité. Tout le monrde se souvient que les premiers qui prétendirent avoir vu tomber des aérolithes, ne purent faire croire à la réalité de leur récit. Mais enfin des faits semblables furent attestés par d’autres temoins, et personne ne conteste aujourd'hui un phénomène nié alors par ce qu'il y avait de plus savant.

Ce qui est arrivé à l’occasion des aérolithes arrivera indubitablement à l'égard du magnétisme animal, et le moment n’en est pas éloigné ; mais continuons notre récit.

À côté de la force se trouve presque toujours l'intolérance:les corps savans qui pouvaient impunément imposer au public leurs croyances ou leurs opinions, n’ignoraient pas le mal qu’ils pouvaient faire à Mesmer; aussi commencèrentils bien longtemps avant de présenter leur rapport, à persécuter les partisans de la nouvelle doctrine, et un grand nombre de médecins furent-ils victimes de leur zèle pour la propagation du magnétisme; on poussa limpudeur jusqu’à vouloir les faire mentir à leur propre con-

science. Ces faits nous paraitraient aujourd'hui

incroyables, s'ils n'étaient consignés dars une foule de mémoires écrits dans le temps par les médecins persécutés.

Permettez-moi de vous citer un fragment de Jun de ces mémoires, pour vous donner une idée de l’animosité qui existait alors contre Mesmer et ses partisans.

J’extrais ce passage d’une brochure intitulée : Rapport au public de quelques abus auxquels le magnétisme a donné lieu; par M. Donglé, docteur régent (1).

« On dénonce trente docteurs magnétisans, » on donne un veniat à chacun en particulier. » Ils arrivent presque tous et sont relégués dans » une salle séparée de l'assemblée. Chacun at- » tendait avec impatience l'appel général, et se » promenait en long et en large avec sa façon » de penser et d’agir. On m'apprend qu'il est » question de nous faire signer une espèce de » formulaire. Nous verrons ce qu’il contient, » dis-je alors, et nous sianerons, ou nous ne si- » gnerons pas.

«L'appariteur paraït enfin et m'appelle :

« comme le plus ancien, j'avais cet honneur-là.

(es) Cette brochure a été publiée en 1785.

Page 1