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Je reviens, messieurs, au jugement inique prononcé par l’ancienne Faculté, contre quelquesuns de ses membres, accusés de croire et de pratiquer le magnétisme. -
Plusieurs docteurs régens ne se soumirent point au jugement prononcé contre eux: ils ne voulurent point transiger avec leur conscience ; ils furent impitoyablement rayés de la liste des docteurs régens, et privés des honneurs et des émolumens qui étaient attachés à Ieurs fonctions. De ce nombre étaient le docteur Deslon, premier médecin du comte d’Artois, et M. Varnier, autre docteur régent, parce qu’il (ce dernier) montrait, dans sa pratique, dans ses discours et ses écrits, trop d’obstination, pour le prétendu magnétisme animal. Ce décret est du 23 avril 1784.
Il donna lieu à un mémoire de M. Varnier, qui se rendit appelant: ce mémoire rédigé par M. Fournel, avocat, est un monument précieux où la sagesse et la prudence, sont mises en opposition avec la soitise et Le délire dela Faculté. Ce mémoire est appuyé d’une consultation de
dix-sept avocats des plus distingués qui tous bläment la conduite de la Faculté; surtout lorsqu'elle exigeait le serment de ne jamais croire au magnétisme, et denes’en déclarer jamais partisan!
L'acte d’iniquité d’un corps qui devait se respecter, contribua beaucoup à augmenter les partisans de la nouvelle doctrine; et ce qui devait encore donner plus de fondement au système de Mesmer, et ébranler le respect, que quelques personnes conservaient encore pour la décision des savans qui l'avaient jugé, ce fut ia résolutionde M. de Jussieu, qui ne voulut pas signer le rapport fait par Mauduyt, Andry et Caille, avec lesquels il avait été également chargé de l'examen. M. de Jussieu fit un rapport païticulier dans lequel,sans atmetire entièrement Île système de Mesmer , il semble pourtant y reconnaître quelque fondement. (*)
(*) Mesmer, écrivant à un de ses amis, en 1783, disait: « Mon existence ressemble absolument à celle de tous les » hommes, qui en combinant des idées fortes et d’une » vaste étendue, sont arrivés à une grande erreur ou à » une grande vérité; ils appartiennent à cette erreur ou à » cette vérité; et selon qu’elle est accueillie ou rejetée, » ils vivent admirés ou meurent malheureux. Mais quoi » qu'ils tentent pour recouvrer leur indépendance primi- » tive, c’est-à-dire pour séparer leur destinée de celle du
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M. de Jussieu fit un acte de grandcourage en se séparant de ses confrèrés, et ne craignit pas de braver les traits du ridicule qui poursuivait dans le monde savant, tous les partisans du magnéiisme, et peut-être même lesmenaces du pouvoir.
Partouten Francese formaient des sociétés sous le nom de sociétés de l’harmonie : beaucoup de personnes distinguées étaient initiées aux secrets deMesmer ; Lyon, Bordeaux, Rouen, Strasbourg, Nanies, avaient des traitemens publics, où étaient guéris gratis, un grand nombre de malades.
La société de la seule ville de Strasbourg comptait 180 membres.
Des procès verbaux constatant les guérisons
qui s’opéraient dans ces traitemens, étaient imprimés et répandus avec profusion. {*)
Malgré les faits éclatans et positifs de l’existence
et
» système dont ils sont les auteurs, ils ne font que d’inu- » tiles efforts. Leur travail est celui de Sysiphe, qui roule » malgré lui le rocher qui l’écrase; rien ne peut les sous- » traire à la tâche qu'ils se sont imposés.»
(*) Ce qui prouve bien la bonne foi des partisans de Mesmer et la réalité des cures qu’ils opéraient, c’est qu’en même tems qu’ils déposaient chez le notaire les originaux des certificats constatant les guérisons de maladies, ils déposaient également des fonds spécialement destinés à la vérification des faits et à leur réfutation s'ils étaient tron-
een 39 se du magnétisme, Mesmer était joué sur la scène ; des poêmes burlesques étaient imprimés contre sa doctrine, et des chansons ou lui-même était travesti, circulaient dans Paris.
Le magnétisme était le sujet de toutes les conversations.
Mesmer avant de quitter la Francese rendit à Spa, où le dérangement de sa santé le retint quelques temps. Plusieurs malades d’un rang distingué et d’une foriune considérable, avaient Suivi Mesmer à Spa pour ne pas interrompre leurs traitemens: ces malades partageaient vivement la douleur de celui auquel ils croyaient devoir le soulagement de leurs maux. Attachés au magnétisme dont ils ressentaient les eflets bienfaisans, ils résolurent d’assurer sa propagation en France, en procurant, au inoyen d’une souscription, à l’auteur de la découverte, une fortune indépendante qui le mit à même de la répandre de la manière qu'il jugerait le plus convenable.
Cette souscription eût lieu en effet: Mesmer accepta la proposition qui lui füt faite de former des élèves; et le nombre des souscripteurs qui
qués. La médecine ordinaire ne nous a Jamats offert de semblables exemples,
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devait être de cent, dépassa de beaucoup ce nombre ; quoique le prix de chaque souscription fût de cent louis. |
Les membres de cette société, instruits de la doctrine de Mesmer, exécutèrent le projet qu’ils avaient formé; ils répandirent gratuitement la connaissance du magnétisme dans les provinces, et Mesmer quitta la France, pour n’y plus revenir. cle
Vous devez trouver étrange, qu'après avoir fait tant de bruit, ilse soit éclipsé tout-à-coup : eh ! messieurs! vous savez tous qu’une agitation bien autrement grande que celle qu'il avait causée, survint en France; on eût alors d’autres intérêts à défendre que ceux de la science ; chacun, dans le tumulte des affaires publiques, songea à soi, et s’occupa peu d’une vérité qui n'était plus rien, en présence des évènemens majeurs qui captivaient toutes les attentions et changeaient toutes les existences.
Le magnétisme abandonné comme toutes les sciences libérales, fut oublié avec les membres qui en possédaient la connaissance; les élèves de Mesmer ious riches et titrés furent obligés de s’expatrier pour sauver leur vie, qui n’était plus en sûreté dans leur pays; ils reportèrent
la découverte du magnétisme à son berceau ; l'Allemagne, la Hollande profitèrent de ses bienfaits et quelques-uns des élèves de Mesmer la porterent même en Amérique.
Aussi, pendant un espace de plusieurs années, nous ne voyons en France nulle trace du magnétisme : seulement quelques individus isolés agissaient dans le silence et faisaient le bien autour d'eux, sans publier le résultat de leur pratique.
Bientôt arrivèrent les Puységur animés d’une philantropie que des infortunes personnelles n'avaient point altérée : ; ils rapportérent et entrelinrent le feu sacré qu'ils avaient reçu de leur maître Mesmer. Avec eux on vit bientôt s'ouvrir de nouveaux traitemens, et malgré les sarcasmes et les railleries des gens qui, sans avoir rien vu nient tous les faits, ils publièrent de nouveaux ouvrages, où ils exposèrent une doctrine nouvelle, appuyée par de nouveaux et nombreux faits. La découverte du somnambulisme par M.de Puységur prêtait de nouveaux charmes à l'étude de la magnéüsation; et la physiologie, et Ja Psychologie, s’enrichirent d’une découverte qui fera bientôt votre admiration.
Si enthousiasme qui accompagna la seconde
apparition du magnétisme parmi nous, fut moins
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grand, il fut aussi plus durable, on fit moins parade de cette vérité nouvelle et plas d’homines s’oceupérent, dans le silence du cabinet, à méditer sur ses résultats.
Quelques hommes osérent cependant rompre des lances avec les incrédules, mais n’ayant eux-mêmes aucunes règles pour se conduire et ne sachant pas d’une manière certaine reconnaître les faits vrais de ceux qui pouvaient n’être que simulés, ils ne purent faire le bien qu’à demi. L'abbé Faria fut un de ces derniers: il ouvrit un cours public de magnétisme et attira chez lui beaucoup de savans. Sans juger encore les doctrines de ce magnétiseur, nous devons lui rendre pleine justice; ilcontribua beaucoup à répandre le magnétisme en France, Doué d’une puissance presque incroyable (si on ne savait quecette puissance augmente par l'exercice), il força quelques savans à reconnaitre une force qui leur était inconnue : nous étions alors dans un siècle plus positif; .et, comme plus que jamais, on reconnaissait qu'il n’y avait point d'effet sans cause, les nouveaux convertis au magnétisme crurent qu'il était de leur dignité de ne pas dédaigner l’étude de cette découverte; ils s’atta-
chérent doncet suivirent de plus en plus l'homme