XCI« M. — USAGE DU SAGCHARIMËTRE SOLEIL
Le premier est formé de deux moitiés demi-circulaires de quartz dextro etlévogyres, de 3°*°*,75 d'épaisseur, qui impriment Tune et l'autre une rotation de 90*» au plan de polarisation des rayons jaunes moyens ; lorsque la lumière transmise par ces deux moitiés tombe sur l'analyseur, elle développe la teinte de passage dans les deux parties de l'image, si la section principale de ce prisme est perpendiculaire au plan primitif de polarisation. Le biquartz fournit donc un repère à l'observation; le compensateur sert à reproduire l'apparence des images obtenues avant l'interposition du tube en mesurant l'effet produit; il se compose de deux prismes de quartz lévogyres dont le grand côté est perpendiculaire à l'axe.
N et Q forment le producteur de teintes sensibles : on le place plus commodément contre l'oculaire. Il suffit de tourner la virole qui porte N et Q pour produire n'importe quelle teinte et décolorer par conséquent le rayon qui a traversé le sirop en donnant naissance à sa teinte complémentaire. Cependant, si le rouge domine trop dans la dissolution sucrée, ce mode de compensation devient insuffisant et il faut alors décolorer ces mêmes dissolutions sans fausser leur titre : ce résultat s'obtient par le sous-acétale de plomb.
L'instrument de Soleil est d'une exactitude irréprochable tant qu'on ne le détourne pas de sa destination spéciale, la saccharimétrie (*) : c'est, du reste, un appareil très simple. Les pièces mobiles sur lesquelles l'opérateur doit agir sont peu nombreuses : il met au point en réglant le tirage, puis, la teinte sensible étant produite par l'anneau moleté qui se trouve généralement à la suite de l'oculaire, il rend la couleur des deux parties de l'image parfaitement uniforme en agissant sur le grand bouton à axe vertical qui commande le compensateur, et il lit sur la règle divisée le nombre qui donne la richesse saccharine du liquide soumis à l'examen.
Lorsque le sucre de canne est accompagné par des substances de nature diverse, ayant comme lui une action sur la I umière polarisée, l'observation directe ne suffit plus, car il peut arriver qu'on n'observe qu'une différence d'effets; il faut alors
(*} On lira à ce sujet, avec beaucoup de fruit, un intéressant Mémoire lu par Biot à rAcadémie dans la séance du 23 juin i845.
inlerverlir le sucre et procéder à une seconde observation (*). L'inversion se fait par Tacide chlorhydrique fumant, dans un petit ballon présentant deux traits de jauge, qui correspondent Tun à 5o«^, l'autre à 55** : on chauffe le mélange au bain-marie et on l'introduit dans un tube spécial, de 220"^ de longueur, alors que les tubes ordinaires n'ont que 200"»». Ce tube, destiné au sucre interverti, porte en son milieu une tubulure verticale par laquelle on introduit un thermomètre sensible au demidegré. Le sucre de canne, devenu glucose lévogyre, produit une déviation en sens contraire de celle qu'on avait d'abord observée : on en déduit le titre exact de la première solution à l'aide des Tables de Clergct, que nous donnons plus loin.
La lumière employée pour l'observation peut être indifféremment la lumière du ciel ou celle d'une lampe : il est avantageux d'opérer dans une chambre noire.
Réglage du saccharimètre (*). — i* On remplit d'eau pure un tube semblable à celui qui contient la dissolution sucrée et on le met dans l'appareil à la place qui lui est réservée. La mise au point s'effectue par rapport à la ligne de séparation des deux quartz, qui doit apparaître bien tranchée et bien nette. En tournant le bouton du compensateur, on rend les teintes des demi-disques parfaitement identiques; mais ce n'est pas tout de rendre celte teinte uniforme, il faut encore qu'elle soil la plus sensible pour l'observateur, car, ainsi que nous l'avons déjà dit, tous les yeux ne jugent pas de même les teintes colorées.
Pour déterminer en quelque sorte son équation personnelle, l'observateur tourne la molette du producteur de teintes jusqu'à ce que les deux moitiés de l'image soient du même jaune; puis, continuant très doucement cette rotation, il compare attentivement le vert, le bleu, l'indigo et le violet qui succèdent au jaune. Le plus souvent, il rencontrera une certaine nuance pour laquelle l'uniformité de teintes établie pour le jaune n'existera plus : recommençant plusieurs fois et à des jours différents, il constatera que ce phénomène a toujours lieu
(*) T. Clerget, Analyses des substances sacchariferes [Annales de Chimie et de Physique, 3* série, XXVI, p. 176; 1849)-
(^) J. DuBOSCO, Pratique du saccharimètre Soleil^ 1876.
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dans une même couleur; celte teinte est celle à laquelle il est le plus sensible. Pour le plus grand nombre des yeux, elle est d'un bleu violacé, couleur fleur de lin : mais quelquefois elle se rapproche beaucoup du rouge ou du bleu; dans ce cas, Tobservateur est assurément moins bien doué pour Tusage du saccharimètre Soleil et je n'hésite pas à lui en déconseiller l'emploi.
2<> La règle d'ivoire qui porte la graduation doit, à ce moment, se trouver au zéro; si la coïncidence n'est point parfaite, il faut l'établir, en tournant la petite vis horizontale qui se trouve à l'extrémité gauche de la règle.
L'instrument est dès lors réglé.
Manuel opératoire.
I® i6«%47i de sucre sont pesés avec soin, concassés et triturés dans un mortier et enfin desséchés à l'étuve, pendant plusieur3 heures; puis on les introduit dans un matras à fond plat et à col étroit avec un peu d'eau distillée froide. La dissolution étant complète, on y ajoute la quantité d'eau nécessaire pour former loo*^*^.
Le poids de i68%47i est celui qui produit, dans les conditions de l'expérience, la même déviation qu'un quartz de i™™, lorsque le sucre est parfaitement sec et pur; plusieurs auteurs ont démontré que ce chiffre est trop fort, et les uns l'ont réduit à i68',35o, les autres à i6s%i9o. Je conserverai cependant la première valeur, parce qu'elle a servi de base à la Table de Clerget, et qu'on peut facilement corriger l'erreur qu'elle produit sur le résultat final.
Lorsque le sucre proposé est fortement coloré, on le clarifie par 2** ou 3*^*^ d'une solution saturée de sous-acétate de plomb ; ayant alors seulement complété le volume à ioo*^<^, on agite vivement et l'on filtre. Quelquefois on est obligé de filtrer sur du noir animai en grains fins. Dans ce cas, il est à conseiller d'opérer sur une quantité de sucre et d'eau triple de celle qui a été indiquée ci-dessus; le noir occupera en volume le quart de la liqueur à blanchir, soit environ 75**^. On l'humecte d'abord avec une partie de la liqueur^ puis on verse le reste
46o COAP. X^ll. — POUUUSJLTIO!! BOTATOIBE.
qui ne larde pas à Gltrer. Si Ton recueillait indistinctement la totalité de la liqueur, le litre serait altéré, car le charbon exerce d*abord une absorption sur le sucre; mais, en séparant la première partie de la Gltration, soit une quantité sensiblement égale à celle du charbon, la liqueur qui passe ensuite conserve son titre primitif, bien que, pour obtenir une décoloration complète, on la reverse à plusieurs reprises sur le noir.
a» Un tube de 200"" est rempli de la liqueur sucrée et porté sur le saccharimètre; on rétablit d'abord la teinle sensible, puis on rend aussi égales que possible les teintes des deux moitiés du disque. 11 n'y a plus qu'à chercher à quelle division de l'échelle correspond le trait de l'indicateur. Le nombre relevé donne immédiatement et sans calcul le litre en centièmes du sucre proposé.
3*» Il est resté dans le matras de ioo«= une certaine quantité de liquide : on en prélève So*'*' qu'on verse dans le ballon à inversion et l'on y ajoute un dixième d'acide chlorhydriquepur et fumant, jusqu'au Irait 55. On chauffe au bain-marie à 68», en réglant le feu de manière que la durée de réchauffement soit de dix minutes environ; le ballon est alors retiré et déposé dans un vase rempli d'eau froide, afin de ramener la liqueur aux environs de i5^ Quelquefois il est nécessaire de la filtrer avant de l'introduire dans le tube de 220"".
Au saccharimètre, l'uniformité de teinte est détruite; pour la ramener, il est nécessaire de tourner le grand bouton de gauche à droite : on relève, comme ci-dessus, la divisionà laquelle s'arrête l'indicateur, et Ton note de plus le nombre de degrés marqués par le thermomètre du tube.
4** Voici ce qui reste à faire pour obtenir définitivement le titre du sucre essayé : on additionne les deux nombres trouvés avant et après l'inversion, et l'on cherche dans la Table de (^Icrgct, sous le chiffre correspondant à la température delà li(tuour dans la seconde opération, le nombre le plus voisin do cette somme; on suit alors la ligne horizontale et l'on trouve dans la colonne A le titre du sucre cristallisable, ei, dans la colonne B, le nombre de grammes contenus parlita* dans la solution étudiée.
Si lo produit ne renfermait que du sucre cristallisable, on