Règles et cercles à calcul
On préconise l'emploi des règles ou des cercles à calculs. Is sont évidemment commodes sur le terrain pour une approximation in/férieure au millième : on doit familiariser l'étudiant avec leur emploi. Mais je me refuse à les recommander dans le calcul des courbes et pour les exercices numériques; leur précision est insuflisante (inférieure au millième), leur lecture pénible à la longue (sauf peut-être dans certains modèles perfectionnés et coûteux). Ce qui est plus grave, on n'est jamais sûr de l’approximation, puisqu'elle dépend de la réussite d'une véritable expérience; or il est mauvais de présenter aux élèves une multiplication comme une opération aléatoire.
Au surplus, ne remplaçons pas un idéal de mandarin par un idéal de contremaître. Que chacun se serve des outils qui lui plaisent le mieux, pourvu quil parvienne au résultat: je préfère les deux pages
d'une table de logarithmes de 1 à 1000 à la règle à calcul; j'admets volontiers la préférence inverse. Ce que je n'admets pas, c’est qu’on prétende obtenir d'un instrument ce qu'il ne peut raisonnablement pas donner ; scier avec un rabot, c’est saboter l'ouvrage et l'outil. Pour fixer les idées par un exemple, calculer des exponentielles et des logarithmes
népériens avec une règle à calcul me semble une mauvaise plaisan-
terie, ou l'erreur d’un théoricien qui. pressé d’obéir à l'opinion publi- , ) P
que, verse brusquement dans la technique: il est gêné par sa routine,
qu'il a négligé de laisser au vestiaire. L'épreuve spéciale de règle à calcul pour l'examen de l'Ecole Polytchnique est d'une drôlerie souveraine; pourquoi pas une séance de multiplication et d'extraction de racines? pourquoi pas une séance pour vérifier si les candidats savent tremper leur plume dans l'encre ou tailler un crayon?