‹ Cours de mathématiques, à l'usage des candidats à l'École polytechnique, à l'École normale supérieure, à l'École centrale des arts et manufactures (volume 2)Chapitre 93 sur 306 · II. Piles de projectiles sphêriqces · texte numérisé non relu

II. Piles de projectiles sphêriqces

i° Piles triangulaires. — Prenons d'abord une pile triangulaire. Cette pile est formée de tranches horizontales représentant des triangles équilatéraux, comme les tranches verticales que nous venons de considérer (282). La tranche qui repose sur le sol a un côté renfermant m boulets; la suivante, un côté renfermant m — 1 boulets; et ainsi de suite, jusqu'à ce

qu'on parvienne à un seul boulet. Chaque boulet, à partir de la deuxième tranche, repose ainsi sur trois boulets, et la pile complète offre l'aspect d'une pyramide triangulaire ou, plus exactement, d'un tétraèdre régulier; car toutes les arêtes latérales sont égales comme contenant m boulets.

Il résulte de ce qui précède (282) que le nombre total de boulets renfermés dans la pile, somme des nombres de boulets des différentes tranches, est la somme des m premiers nombres figurés du deuxième ordre ou le mièœc nombre figuré du troisième ordre (272, 27k, 2°), c'est-à-dire

Ce rapprochement explique pourquoi les nombres figurés du troisième ordre sont appelés aussi nombres pyramidaux (271).

2° Piles à base carrée ou piles quadr angulaires. — Une pareille pile est formée de tranches carrées dont les côtés contiennent successivement un boulet de moins, jusqu'à ce qu'on arrive à un seul boulet. Ici, chaque boulet repose sur quatre boulets, et la pile complète a l'aspect d'une pyramide quadrangulaire à base carrée.

Si m est le nombre de boulets contenu dans le coté de la première tranche reposant sur le sol, cette tranche renferme m2 boulets. La tranche suivante, dont le côté contient m — i boulets, en renferme (m — i)~; et ainsi de suite. On a donc à calculer la somme des carrés des m premiers nombres

et le résultat cherché est (274, 2°, 278)

3° Piles rectangulaires. — Ce sont les plus usitées. On les construit en formant sur le sol un rectangle dont les deux côtés renferment respectivement n et m boulets (n<ni) : on a ainsi n files de m boulets en contact. Posons

La première tranche horizontale est, comme on vient de le dire, un rectangle comprenant n files de m boulets. La

deuxième tranche horizontale, dont chaque boulet repose sur quatre boulets de la première tranche, est un rectangle qui comprend évidemment n — i files dem-i boulets; la troisième tranche est un rectangle qui comprend n — 2 files de m — 2 boulets; et ainsi de suite. La /iièœa tranche, qui est la dernière, comprend n — (n — 1) ou 1 file de m — (n — 1) ou de m — n -h 1 boulets, c'est-à-dire de p 4- 1 boulets.

Ainsi, la pile rectangulaire a l'aspect d'un prisme triangulaire reposant sur une de ses faces latérales et tronqué régulièrement à ses deux extrémités (Géom., 504) ou, si l'on aime mieux, d'un comble à quatre pentes. En partant de sa partie supérieure, on peut dire qu'elle est composée de 1 file de p 4- 1 boulets, reposant sur 2 files de p 4- 2 boulets, reposant sur 3 files de jo + 3 boulets, ..., reposant sur n files de p-\-n boulets.

Le nombre total des boulets renfermés dans la pile, ou le nombre à calculer, est donc égal à

/? + i + 2(/? + 2)-|-3(/? + 3)+... + /i(/? + rt);

cette somme revient à

et, par suite (277, 278), à

En effectuant et en simplifiant, la formule cherchée est donc finalement

Si l'on fait n = m, on retombe sur la formule applicable aux piles à base carrée (20).

Les deux expressions dont nous avons dû faire la somme pour arriver au résultat définitif montrent que la pile rectangulaire peut être considérée comme l'ensemble d'une pile à base carrée (20) dont le côté renfermerait n boulets et d'un prisme triangulaire analogue à celui des piles cylindroconiques (282), sauf l'obliquité; ce qui est évident au point de vue géométrique.

ALGEBRE SUPÉRIEURE. 2$$

284. Les piles que nous avons considérées successivement peuvent être tronquées. On les calcule alors en les regardant comme la différence de deux piles complètes, faciles à restituer.

Prenons, par exemple, pour fixer les idées, le cas d'une pile rectangulaire tronquée ayant à la base m ei n boulets et, à la tranche supérieure, m'-\- 1 et /i'4- 1 boulets. Il lui manque évidemment, pour être complète, tous les boulets renfermés dans la pile rectangulaire complète qui aurait à sa base m1 et h1 boulets. Le nombre de boulets de la pile tronquée sera donc

n(n-hi)(3m — n -+- 1) «'(/i'+i)(3/n' — «'-+- 1)

285. Remarque générale. — Nous terminerons, en observant que les calculs précédents dépendent d'une seule formule qu'on peut trouver directement, sans s'appuyer sur le triangle arithmétique ou la sommation générale des puissances semblables des termes d'un progression arithmétique.

Toutes les relations démontrées aux n08 282 et 283 n'exigent, en effet, que la connaissance de la somme des m premiers nombres naturels et celle de la somme de leurs carrés qu'on appelle aussi nombres carrés. C'est ce qui a été mis en lumière pour les piles cylindroconiques, les piles à base carrée et les piles rectangulaires. Nous allons le prouver pour les piles triangulaires (283, i°).

Les tranches d'une pareille pile, à partir de celle qui repose sur le sol, contiennent successivement (282), en changeant m en m — i , m — 2, . . . ,

m(m-hi) ... i.i

— boulets ou -m2-*- -m,

1ZH- - I.

Par suite, le nombre total de boulets est égal à

la notation employée signifiant que les deux sommes doivent être appliquées aux valeurs entières de m, comprises entre i et m.

La sommation des piles de projectiles exige donc simplement que Ton connaisse, en dehors de la somme des m premiers nombres, la somme de leurs carrés, et on l'obtient immédiatement par le calcul suivant, qui n'est, d'ailleurs, qu'un cas particulier de la sommation générale des puissances semblables des termes d'une progression arithmétique.

Posons

23=(l +l)s rrz l'4-3.!2-f-3.J + , ,

Si nous ajoutons toutes ces égalités membre à membre, en simplifiant et en représentant par S0, S,, Sj les sommes des puissances zéro, des premières puissances et des carrés des m premiers nombres, il vient évidemment

c'est la formule obtenue au n° 278, et nous en déduirons de même

On en conclura, pour le nombre total des boulets contenus clans la pile triangulaire,

ALGEBRE SUPÉRIEURE. 24 I

c'est-à-dire

comme précédemment (283, i°).

De la probabilité mathématique dans les épreuves répétées.

286. On entend par épreuves répétées celles qu'on renouvelle successivement dans des circonstances identiques : ce sera, par exemple, la recherche des jets successifs d'un même point avec un dé à jouer, ou bien la recherche des tirages des mômes cartes prises dans un jeu déterminé et remises chaque fois pour ne pas altérer les conditions du tirage.

Quand il s'agit d'épreuves répétées, la solution dépend du principe des probabilités composées (249, i°, 251) et devient une application de la formule du binôme.

287. Pour aider à comprendre ce qui va suivre, prenons d'abord un cas particulier.

Soit l'événement simple A dont la probabilité est p, et l'événement contraire B dont la probabilité est q. Si l'on répète deux fois l'épreuve d'amener A ou B, on forme un événement composé, possible de quatre manières différentes, figurées, si l'on veut, par les notations AA, AB, BA, BB.

La probabilité simple d'amener A une fois étant p, celle de l'amener deux fois de suite ou de produire l'événement composé AA sera p x p ou />* (249, !•).

La probabilité d'amener l'événement composé AB sera, de même, pq, et celle d'amener l'événement composé BA sera qp.

Enfin la probabilité d'amener l'événement composé BB sera q1.

Si Ton convient de ne par tenir compte de l'ordre de succession des événements simples formant l'événement composé, l'événement AB sera identique à l'événement BA, et, par suite, la probabilité d'amener cet événement AB sera (251 ) pq ■+- qp = ipq.

En résumé, les probabilités des événements composés AA, AB, BB, sont exprimées par

p*, *pq, q*,

c'est-à-dire par les termes du développement (p -+- g)*.

Si les épreuves sont répétées trois fois, on forme un événement composé, possible de huit manières différentes, figurées par les notations

AAA, AAB, ABB, BBB.

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