DIRECTION DES JOINTS
au contraire, la cohésion entre deux parties d'un même solide est proportionnelle à l'étendue de la surface de jonction de ces deux parties, et elle parait indépendante de la pression. Cette distinction entre les deux forces permet d'apprécier la véritable influence de la direction des plans de joint sur l'équilibre intérieur d'un massif. Les plans de joint menés à travers un massif supposé primitivement continu sont des surfaces suivant lesquelles on supprime la cohésion naturelle des matériaux pour ne laisser subsister que leur frottement mutuel. On comprend d'après cette remarque que le tracé des surfaces ' de joint réelles n'est pas indifférent, qu'il peut modifier l'équilibre moléculaire d'un massif en maçonnerie, et que dans certains cas un tracé défectueux peut compromettre la stabilité des ouvrages. L'introduction des mortiers et des ciments dans les joints a, il est vrai, pour effet de créer une sorte de cohésion artificielle entre les assises; mais cette liaison ne se produit qu'au bout d'un certain temps, et il serait imprudent d'y compter d'une manière absolue. Le mortier donne un surcroît de résistance, répartit les pressions avec plus d'égalité, et empêche les porte-à-faux ; néanmoins un ouvrage en maçonnerie est mal construit si l'équilibre n'est pas assuré par la coupe même des pierres. On jugera de l'influence des mortiers sur la stabilité d'un massif en observant ce qui se passe quand on décintre une voûte. Lorsqu'elle est bien construite et qu'elle est restée longtemps sur son cintre, elle n'éprouve au décintrement aucun tassement appréciable, tandis que la même voûte, décintrée aussitôt après qu'elle est terminée, subit une déformation qui porte tout entière sur le mortier contenu dans les joints.
Nous aurons à revenir, du reste, sur ces principes, dans la partie du cours consacrée à l'équilibre des maçonneries soumises à des efforts transversaux, telles que les pieds-droits des voûtes et les murs de soutènement.