CHAPITRE VI. — EMBRAYAGES ET DÉBRAYAGES. 3o
Dans la plupart des cas, on tient à se réserver la faculté de supprimer à volonté la solidarité entre les deux portions de Tarbre; alors, au lieu d'un manchon unique établissant une liaison invariable, on emploie un manchon d* embrayage, composé de deux parties. Tune fixe, l'autre mobile {fig. 249), qu'on approche ou qu'on éloigne au moyen d'une fourchette (^). La partie fixe du manchon est calée sur l'arbre qui reçoit directement l'action du moteur, l'autre est munie d'une languette ou prisonnier qui l'oblige à tourner avec Tarbre conduit, en lui laissant la faculté de se mouvoir dans le sens de l'axe. La solidarité entre les deux moitiés est obtenue par le moyen de dents ou griffes (^), qui s'engagent les unes dans les autres quand on agit sur la fourchette d'embrayage.
Embrayage à cônes de friction, — On supprime quelquefois les dents, et l'on donne aux deux parties du manchon la forme de surfaces coniques égales, l'une concave, l'autre convexe {fig, 247). En appuyant légèrement ces cônes l'un contre l'autre au moyen de la fourchette, on détermine un frottement très dur, qui empêche les deux arbres de tourner l'un sans l'autre. Ce mode d'assemblage n'a pas la rigidité des assemblages ordinaires (^); aussi, lorsqu'il survient une
(') Si les manchons sont trop lourds pour être manœuvres directement à la main, on fixe à la fourchette une bielle {fig. ibo), dont l'extrémité s'articule à un levier rappelé par une vis. Les collets de la vis sont montés sur deux tourillons, et lui permettent de prendre une légère obliquité.
C) Ces dents sont généralement dissymétriques {fig. 2/19) : elles sont limitées, d'un côté par des plans conduits par l'axe, de l'autre par des surfaces hélicoïdales à plan directeur. Il est alors indispensable que la rotation ait constamment lieu dans le sens de la flèche/: autrement, les deux parties du manchon glisseraient l'une sur l'autre, et le débrayage se produirait de lui-même.
On fait aussi des manchons à dents droites i^fig. 260 ), qui permettent la transmission dans les deux sens. Avec cette disposition, il y a forcément choc au moment de l'embrayage et du désembrayage, tandis que, dans le cas précédent, avant l'instant où la liaison des deux manchons est parfaite, il se produit un glissement préparatoire des dents les unes sur les autres^ ce qui ménage la transition du repos au mouvement.
(') La disposition représentée {fig> 248), qui se rapporte à la liaison de deux arbres parallèles, offre de l'analogie avec celle qui nous occupe. Elle présente plus de sécurité que les galets de friction, tout en conservant comme réserve extrême la possibilité du glissement en cas d'accident.
3o4 DEUXIÈUE SECTION. — THÉORIE DES MÉCANISMES.
résistance exceptionnelle, les cônes ont-ils la ressource de frotter sans se communiquer le mouvement, ce qui évite les chocs et les ruptures.
Désembrayage brusque d'une machine puissante, — Lorsqu'on a besoin de désembrayer brusquement une machine d'une grande puissance, il serait peu commode et peu sûr, en agissant sur une fourchette d'embrayage, d'exercer une pression qui suffît à dégager promptement le manchon mobile. Dans ce cas on ménage, entre les deux parties du manchon {fig, 25i), une fente dont la largeur diminue progressivement jusqu'à devenir nulle en un point de la circonférence. On chasse dans cette fente, à l'instant où l'on veut désembrayer, une forte tige de fer, espèce de verrou maintenu solidement par des guides dans une position perpendiculaire à l'axe de rotation des arbres. Cette pièce une fois engagée fait effort contre les parois de la fente, par suite du mouvement même de l'arbre, et la rupture de la liaison des deux pièces se troave produite automatiquement.
Embrayage d' un engrenage {fig* 252 et 253). — Les manchons d'embrayage servent aussi à caler à volonté une roue folle A {Jig. 252). Les griffes sont disposées de manière à pénétrer dans les intervalles des bras de la roue, lorsque le manchon est suffisamment rapproché. La roue A se trouvant ainsi calée sur son arbre, celui-ci devient solidaire avec l'arbre de la roue B (^).
On peut encore établir ou supprimer la dépendance de deux arbres reliés par un engrenage, en donnant à l'un d'eux la faculté de glisser longitudinalement, d'une quantité suffisante pour que les dentures cessent d'être en regard.
L'arbre mobile porte deux gorges {fig. 253) : un les^ier d'arrêt T le maintient dans la position que l'on veut. Sur la figure, on voit les deux roues désembrayées; pour em-
( ' ) On peut appliquer ce principe de deux manières différentes. Si le moteur agit sur l'arbre à manchon, cet arbre tourne continuellement : mais les deux roues dentées, ainsi que l'arbre de la roue B, restent immobiles quand le manchon n'est pas embrayé. Si au contraire l'action du moteur s'exerce sur le deuxième arbre, l'arbre de la roue A ne tourne que lorsque le manchon est embrayé.