QUINZIÉME LEÇON
SOMMAIRE i Système nerveus du grand sympathique. — Difljculté
la part et la succession des efforts de chacun dans
l’étude expérimentale, si difficile, de cette partie du système nerveux.
La première -expérience sur la portion eenicale du nerf grand sympathique appartient à Pourfour du Petit. Dans un mémoire très-remarquable, publié dans les Mémoires de V Académie des sciences pour 1727 (mémoire dans lequel il est démontré que les nerfs intercostaux fournissent des rameaux qui portent des esprits dans les yeux, p. 1), cet auteur soutient déjà que la portion cervicale du grand sympathique ne naît pas dans la tête (de la . cinquième et sixième paire' pour descendre vers le thorax, comme l’avaient cru ’Vieussens et Willis, \ mais qu’elle monte au contraire de la partie postérieure du corps (chez les quadrupèdes) vers la tête, pour se terminer dans les yeux, avec les deux nerfs précités. La preuve que Petit en donne, c’est que, quand on coupe le nerf sympathique dans le cou, chez les animaux (chiens), les effets de sa paralysie se manifestent au-dessus de la section vers les yeux, qui offrent alors un rétrécissement de la pupille, un affaissement de la cornée, une rougeur et une injection de la conjonctive.; de plus, la troisième paupière est saillante et s’avance au-devant de l’œil. Chez les chiens, le cordon sympathique au cou est uni avec le vague, qu’il est impossible par conséquent de ménager. Petit, qui n’ignore pas cette disposition, distingue très-bien dans cette expérience complexe les effets qui dépendent de la section du pneumo-gastrique de ceux qui appartiennent à celle du sympathique. Petit
mpathique qui, après être unies aux filets ivent aller dilater la pupille. Enfin il signale ■apetissement du globe oculaire quand les 'ent un certain temps.
phénomènes signalés précédemment se prosqu’au lieu de couper le filet sympathique extirpe le ganglion cervical supérieur ou
1816, Bracheten 1837, JohuReiden 1838,
élargissement en galvanisant le bout céphalique du nerf sympathique coupé.
A peu près à la même époque, le docteur Ruete (de Vienne) ayant remarqué que, dans la paralysie de la troisième paire de nerfs, la pupille dilatée et immobile peut encore s’agrandir sous l’influence de la belladone, en conclut que l’iris reçoit deux espèces de nerfs moteurs correspondant à ces deux ordres de fibres musculaires, et que le grand sympathique, en animant les fibres musculaires radiées, produit le mouvement de dilatation, tandis que le nerf moteur oculaire commun, en animant les fibres circulaires, détermine au contraire le mouvement de contraction de l’iris.
En 1851, MM. Budge et Waller reconnurent que, dans son action sur la pupille, le filet cervical du grand sympathique n’agit que comme un conducteur qui transmet une influence dont le point de départ est dans | une région de la moelle épinière que précisèrent ces expérimentateurs, et à laquelle ils donnèrent le nom de région cilio-spimle. Cette région est comprise entre la dernière vertèbre cervicale et la sixième vertèbre pectorale inclusivement.
Toutefois ces auteurs, en signalant ce résultat, s’attachèrent uniquement à l’explication du rétrécissement de la pupille. Ils admettent aussi qu’après la section du sympathique, les fibres radiées de Tiris (muscle dilatateur) sont paralysées, d’où il suit que l’action des fibres circulaires (muscle constricteur) prédomine et rétrécit l’ouverture pupillaire. Si, quand on galvanise la région de la moelle à laquelle le sympathique prend'naissante
on voit la pupille se dilater, cela vient encore, suivant eux, de ce que, sous l’influence galvanique, le nerf sympathique moteur excite l’action des fibres radiées; leur contraction énergique surpasse alors temporairement l’action des fibres circulaires et détermine la dilatation de la pupille.
Depuis plusieurs années,’ en montrant dans mes cours publics les effets de la section de la portion céphalique du grand sympathique, j’ai insisté sur ce point qu’au lieu de poursuivue une explication exclusive pour rendre •compte des modifications de la pupille, il faudrait en chercher une pour tous les autres phénomènes, qui, survenant et disparaissant simultanément, semblent naître sous l’influence d’une cause commune. Tous ces phénomènes simultanés et connexes sont ainsi que nous
1” Le retrecissement de la pupille et la rougeur de la conjonctive ;
2” La rétraction du globe oculaire dans le fond de l’orbite, ce qui fait saillir le cartilage de la troisième paupière et le porte à venir se placer au-devant de l’œil;
3“ Le resserrement de l’ouverture palpébi-ale et en même temps une déformation de cette ouverture qui devient plus elliptique et plus oblongue transversale-
4“ L’aplatissement de la cornée et le rapetissement consécutif du globe oculaire.
Outre les phénomènes précédents, j’ai 'encore signalé le rétrécissement plus ou moins marqué de la narine et
de la bouche du côté con-espondant; mais j’ai surtout indiqué une modification toute spéciale de la circulation, coïncidant avec une grande augmentation de ca- , loricité et même de sensibilité dans les parties.
J’étudiai ces faits, qui n’avaient été signalés par personne avant moi, comme résultat de la destruction du nerf grand sympathique, et, le 29 mars 1852, je lus à l’Académie des sciences une note sur l'influence du nerf grand sympathique sur la chaleur animale.
Bien que ce phénomène de calorification et d’augmentation de sensibilité eût dû se manifester entre les . mains de tous les expérimentateurs, personne ne l’avait cependant remarqué ni ne lui avait donné sa signification : c’est à peine s’il avait été noté.. Dupuy parle, dans deux de ses expériences sur des chevaux, de chaleur passagère et de sueurs même survenues dans quelques parties de la face ou de la nuque. Mais cet observateur ne pense pas le moins du monde à caractériser le phénomène, qu’il confond, du reste, dans la description des symptômes d’une carie de l’occipital qui existait coïncidemment dans un cas, et d'une carie de l’os ma.xillaire qui existait dans l’autre. Il le signale, au reste, chez d’autres animaux qui n’avaient pas eu les ganglions extirpés, mais qui présentaient des maladies . des fosses nasales ou des os maxillaires (1).
Il reste donc évident que Dupuy n’a pas distingué ni compris le phénomène comme résultat physiologique de l’extirpation des’ ganglions sympathiques, ainsi que nous
(t) Voyez Dapaytren, Be l'affection tuberculeuse. Paris, i817, iii-8.
le démontrent les conclusions de son mémoire, que je transcris littéralement et complètement :
î Des expériences que nous avons rapportées, il résulte;
s i‘ Que la situation profonde des ganglions supérieurs des nerfs grands sympathiques ne s’oppose point à leur excision sur l’animal vivant ;
» 2“ Que l’opération nécessaire pour enlever ces. ganglions est simple, peu douloureuse, et n’est accompagnée ni suivie d’événements fâcheux;
. i 3“ Que lés phénomènes qui se manifestent et qui sont indépendants de l’opération sont le resserrement de la pupille, la rougeur de la conjonctive, l’amaigrissement général accompagné de l’infiltration des membres et de l’éruption d’une espèce de gale qui finit par affecter toute la surface cutanée;
ï 4“ Enfin qu’on est en droit de conclure que ces nerfs exercent une grande influence sur les fonctions nutri-
En lisant la mémoire de Dupuy avant la publication de mon travail, aucun des nombreux auteurs qui l’ont cité n’y a pu voir et n’y a vu que la calorification des parties fût la conséquence de l’extirpation des ganglions cervicaux; car cela n’y est pas dit. Mais aujourd’hui que j’ai caractérisé le phénomène, si on trouve, en lisant rétrospectivement les expériences du professeur d’Alfort, ou même celles d’autres auteurs, qu’il y a dans les descriptions, des mots, des phrases, des passages qui doivent se rapporter à ce que j’ai décrit, ce n’est pas la
déjà dit, que les expériences ont dû donner les mêmes résultats entre les mains de tous les expérimentateurs qui ont dû, par conséquent, avoir tous le phénomène en question sous les yeux. Mais il est si facile d’avoir un phénomène sous les yeux et de ne pas le voir, tant qu’une circonstance quelconque ne vient pas diriger l’esprit de ce côté ! En 1842, j’ai fait un grand nombre de sections du sympathique et d’ablations des ganglions cervicaux de ce nerf sans me douter que cette opération produisît le réchauffement des parties, bien que je connusse cependant les expériences de Dupuy. Si, dix ans après, c’est-à-dire en 1852, j’ai découvert le fait, cela tient à ce que je m’étais placé à un point de vue différent polir observer les résultats de l’expérience.
Dans ma note lue à l’Académie des sciences je me bornai à décrire les phénomènes et à signaler leur condition de production sans vouloir entrer aucunement dans leur explication. Cependant au premier abord il était difficile de ne pas croire que cette augmentation de caloricité et de sensibilité ne fût pas consécutive à une plus grande activité circulatoire. Mais, comme j’avais observé des cas dans lesquels l’activité circulatoire semblait être ie phénomène secondaire au lieu d’être le fait primitif, je me bornai à mdiquer la possibilité des deux hypothèses, en disant que la caloricité n’était pas toujours en raison directe de la vascularisation des par-
Depuis lors je continuai mes recherches et je signalai la même année, dans mon cours, que le galvanisme appliqué sur le bout supérieur du sympathique au cou.
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faisait disparaître tous les troubles produits par la section du nerf. Ces résultats furent publiés plus tard dans .les Comptes retidus de la Société de biologie (octobre et novembre 1852).
5 Mais pendant que je poursuivais mes expériences en France, M. Budge en Allemî^ne, M. Waller en Angleterre, et M. Brown-Séquard en Amérique, chacun . de leur côté, étaient à la recherche de l’explication du phénomène que j’avais découvert.
M. Budge rattacha cette calorification à la région cilio-spinale de la moelle, ce qui pouvait confirmer sans doute que la partie cervicale du sympathique naît en ce point, mais ce qui n’ajoutait en réalité rien au phénomène lui-même.
M. Waller fit pour les artères le même raisonnement que pour la pupille. Il admit que la section du filet cervical du sympathique, qui est moteur, amène une paralysie des artères de la face, qui se relâchent, se dilatent et se remplissent d’une plus grande quantité de sang. Ainsi s’explique pour lui la calorification des parties. Si l’on galvanise le sympathique, on fait contracter les artères, le sang en est expulsé et le refroidissement sur-
A son retour en France, M. Brown-Séquard réclama pour lui la théorie de la stase du sang par la paralysie des artères, et il annonça avoir vu le premier en Amérique que la galvanisation du sympathique amène le refroidissement des parties et la contraction des artères. Je n’entrerai pas dans des discussions de priorité relativement à des faits qui datent tous de la même année, et
qui se sont développés immédiatement comme cordlaires tous naturds de ma première expérience. Je me félicite seulement de l’empressement que les expérimentateurs cités plus haut ont mis à me suivre dans l’étude de ces phénomènes de calorification. Cela me prouve qu’ils les ont trouvés importants et dignes d’intérM.
M. R. Wagner (de Gœttingué) s’est encore livré dans ces derniers temps à des expériences très-intéressantes sur le grand- sympathicpe, mais qui ne se rapporten point directement à la question d’augmentation de caloricité et de sensibilité que nous examinons icL Depuis la publication de nos premières expériences, sur l’influence duÆmpathique snr'la calorification, un . grand nombre d’expérimentateurs ont vérifié et répétlé
Depuis longtemps j’avais été frappé du grandnombre de faits contradictoires qui existent dans la science relativement à l’influence des lésions nerveuses sur te calorification des parties paralysées. On a observé en efret,dansces circonstances, tantôt la diminulion, tantôt
dois dire que, étant sous l’influence deTidée très-ancienne que le grand sympathique qui accompagne spécialement les vaisseaux sanguins artériels doit être le nerf qui préside aux phénomènes des mutations organiques s’accomplissant dans les tissus vivants, j’eus la pensée que sa section, en amenant une atonie des vaisseaux et un ralentissement ou une abolition dans les phénomènes circulatoires et nutritifs, serait probablement en rapport avec le refroidissement des parties. Je fis donc l’expérience et je choisis le lapin, parce que, chez cet animal, le filet cervical sympathique, qui monte à la tête en allant d’un ganglion à l’autre, se trouve facile à atteindre et est très-nettement distinct du nerf pneumogastrique. Le résultat fut loin d’être d’accord avec ma prévision, et, au lieu du refroidissement que j’attendais, je constatai une grande élévation de température dans tout le côté correspondant de la tête. Mon hypothèse s’évanouit aussitôt devant la réalité; mais elle m’avait mis sur la trace d’un fait nouveau qui devait rester acquis à la science; il s’agissait de l’étudier, de l’isoler et de lui donner une signification parmi les phénomènes qui se rapportent à l’histoire du système nerveux sympathique.
Comme c’était sur le nerf sympathique de la face que j’avais d’abord expérimenté, je pensai qu’il valait mieux agir sur les nerfs de sentiment et de mouvement de cette même partie du corps afin d’avoir des phénomènes plus facilement comparables.
1” Expérience sur le serf de la cinquième p.aire. — Exp. — Le 21 décembre 1851, sur un gros lapin vif et
bien portant, j’ai fait la section de la cinquième paire à gauche dans le crâne par le procédé de Magendie. L’opération, qui réussit parfaitement, fut suivie immédiatement des symptômes d’insensibilité de la face bien
Avant l’opération on ne sentait àla main qui saisissait l’oreille, ou avec le doigt plongé dans le pavillon auriculaire, aucune différence sensible dans la chaleur d’un côté à l’autre. Environ une demi-heure après la section de la cinquième paire, on appréciait au contraire manifestement à la main que l’oreille gauche qui correspondait au côté de la section était plus froide; on ne mesura pas la différence à l’aide d’un thermomètre. Le lendemain 22 décembre, dix-huit heures environ après . l’opération, il existait toujours la même différence trèsmarquée entre la température des demc oreilles; celle du côté gauche était plus froide. La chaleur, prise au thermomètre, donna 34“ C. à droite et 34” G. â gauche.
, Alors je fis la résection du filet sympathique au cou à gauche, du même côté où la température des parties avait été abaissée par la section de la cinquième paire, et aussitôt la calorification se manifesta. Après quelques instants la température de l’oreille gauche dépassa de beaucoup celle de l’oreille droite, et le thermomètre plongé dans les deux pavillons auriculaires environ trois quarts d’heure après donna pour l’oreille gauche ZT C. et pour l’oreille droite SI” C.
En résumant les variations de température observées, voici les chiffres obtenus :
Après la section du sympathique
n est bon de noter que l’élévation de température à gauche a coïncidé avec un abaissement à droite. Nous retrouverons plus tard des choses semblables dans les expériences analogues.
Le 2 décembre, les deux oreilles offraient toujours la même différence de température que la veille; les phénomènes d’altération de l’œil marchaient toujours. La conjonctive était toujours très-injectée, la cornée était devenue. entièrement opaque et ramollie; il y avait aux lèvres des ulcérations du même côté. Il est inutile de dire que l’insensibilité complète de la face persistait toujours à gauche; cependant il y avait encore dans le pavillon de l’oreille de la sensibilité qui provenait des branches auriculaires du plexus cervical. Je fis alors la résection de ces nerfs au cou, à leur émergence sim le
bord postérieur du muscle sterno-mastoïdien, et immédiatement l’oreille devint complètement insensible; mais cela ne changea rien dans la température de cette oreille qui resta toujours pins élevée que celle du côté
Les jours suivants jusqu’au 27 décembre l’animal fut observé, et il offrit constamment ime plus grande élévation de température dans le côté gauche de la tête.
J’ai bien souvent répété la section de la cinquième paire sur des lapins dans le but de vérifier l’expérience qui précède, et toujours j’ai vu cette opération être suivie d’un abaissement de température dans la partie correspondante de la tête. Mais si alors on fait la section du sympathique, les phénomènes de calorification surviennent de même et indépendamment des lésions que produit la paralysie de la cinquième paire; et généralement on pent même dire que chacun de ces phénomènes atteint son maximum d’intensité dans des conditions vitales opposées , c’est-à-dire que les altérations dues à la section de la cinquième paire se manifestent avec d’autant plus de rapidité et d’intensité que les animaux sont plus faibles et languissants; au contraire, le phénomène de calorification se produit avec d’autant plus de force et d’instantanéité que les animaux sont plus vigoureux et mieux portants.
2” Expémenoe sur le nerf facial (septième paire). — Le 21 décembre 1851, sur un gros lapin vif et bien portant, j’ai fait du côté gauche la section du nerf facial non loin de sa sortie par le trou stylo-mastoïdien, en avec un stylet aigu dans la caisse auditive.
pénétrant
Cette opération fut suivie des phénomènes ordinaires de paralysie de mouvement que je n’ai pas à décrire. Mais en examinant l’oreille environ une demi-heure après l’opération, au point de vue de la caloriQcatiqn qui nous occupe, je trouvai à la main l’oreille gauche paralysée, -manifestement plus chaude que celle du côté sain. Je ■laissai l’animal jusqu’au lendemain, et je trouvai toujours une élévation de température plus considérable du côté où le facial avait été coupé. Le thermomètre donnait :
Oreille gauche paralysée . 38" cent.
Alors je coupai le filet cervical du sympathique du côté gauche. Quelques instants après, la chaleur avait apparu beaucoup plus prédominante encore du côté gauche; on avait au thermomètre :
Les jours suivants, l’animal ne présenta rien de particulier; il fut observé jusqu’au 26 décembre.
Sur un autre lapin adulte et très-vigoureux, je fis de même la section du nerf facial dans la caisse auditive du côté gauche, en ayant soin d’incliner l’instrument ■ de manière à couper le nerf aussi près que possible de son origine. L’opération réussit très-bien; mais quelques instants après la section on appréciait à la main une élévation manifeste de température du côté paralysé. Le thermomètre donnait ;
Le lendemain, la différence de température était un peu moindre, et on avait :
Oreille droite paralysée . 32»,5 ceat.
OreUIe droite saine . 3f,5 cent.
Les jours suivants, l’excès de température de l’oreille gauche s’effaça de plus eu plus, et six jours après l’opération les deux oreilles étaient à l’unisson de chaleur. Le thermomètre donnait :
Oreüle droite saine . 31 « cent.
Cette égalité de température se maintint pendant les trois jours durant lesquels l’animal, fut encore soumis à l’observation.
3" Autres expériences sur le nerf facul. — 11 m’est souvent arnvé, en piquant la moelle allongée des chiens ou des lapins pour faire apparaître le sucre dans leur urine, de blesser involontairement les origines cachées du nerf de la septième paire, .et de produire une paralysie simple des mouvements de la face, soit à gauche, soit à droite. Dans ces circonstances il y a toujours, au moment même de la piqûre, une augmentation momentanée de la température dans les deux côtés de la tête. Mais après quelques instants, lorsque cette chaleur due à l’émotion, a disparu, la face et Tes oreilles reprennent leur température primitive, quelquefois même elle est un peu plus basse ; or, jamais l’oreille paralysée ne fut plus chaude que l’autre : c’était souvent le contraire, et le thermomètre indiquait généralement 1 degré à 1 degré 1/2 d’abaissement de température relative, dans le côté de la face paralysé du mouvement et ayant
EXPÉRIBNCES COMPAKATIVES. 4S5
conservé toute sa sensibilité, ce quitémo^nait de l’intégrité de la cinquième paire. TJn phénomène momentané d’élévation de chaleur des parties périphériques a presque toujours lieu quand on blesse brusquement, d’une
lysiê complète des muscles de la face sans augmentation de température; qu’en coupant, au contraire, le facial dans le canal spiroîde, on agissait non-seulement sur les origines motrices musculaires, mais encore sur les fibres sympathiques qui s’y trouvaient adjointes, puisqu’on observait l’augmentation de température. J’étais, du reste, porté à cette interprétation des phénomènes par d’autres expériences. En effet, s’il est incontestable en s’appuyant sur l’anatomie comparée et sur la physiologie, que le sympathique, en prenant naissance dans les centres nerveux cérébro-spinaux, a des rapports de contact avec les nerfs moteurs, il faut néanmoins admettre une origine spéciale dans la substance nerveuse pour les nerfs sympathiques à raison d’une spécialité nette de leurs propriétés. J’ai vu en particulier que le ciirare, qui agit d’une manière si remarquable sur le système nerveux, éteint distinctement les propriétés nerveuses, d’abord celles des nerfs de sentiment, puis celles des nerfs de mouvement, et celles des nerfs sympathiques, dont l’extinction se manifeste la demière. J’aurai, du reste, occasion de développer ailleurs des faits intéressants; je veux seulement insister ici sur ce point que l'influence sur la calorification appartient spécialement au nerf sympathique,quand on agit sur lui isolément. Les nerfs de sentiment, comme cinquième paire, ne peuvent être, sous ce rapport, confondus avec lui, puisqu’ils produisent un refroidissement; et si maintenant on trouve que le facial coupé dans son trajet extra-crânien donne lieu à des effets complexes, il est beaucoup plus naturel et plus logique de conclure que ce
nerf qui contracte,, comme on sait, tant d’anastomoses dans le canal spiroïde, est déjà compliqué dans sa composition. Pour obtenir une solution directe de la question, et pour savoir si les nerfs moteurs purs agissent sur la calorification, je pensai qu’il était plus convenable d’agir sur les racines rachidiennes, qu’on peut atteindi'e avant qu’elles aient subi aucun mélange.
4" ExPÉBIENCES sur les nerfs RACHiniENS. — Sur un chien de forte taille, adulte et vigoureux, j’ouvris la colonne vertébrale dans la région lombo-sacrée, pour atteindre les racines des nerfs qui animent les membres posteneurs. L animal ne perdit pas beaucoup de sang et supporta bien l’opération, qui dura environ une demiieure. Toutes les racines rachidiennes étant à découvert et convenablement préparées à droite et à gauche, je pris la température dans les deux membres en faisant une ponction sous-cutanée à la partie interne de chaque "cuisse et en introdmsant exactement toute la longueur de la cuvette du thermomètre sous la peau; je pris aussi la température du rectum. Voici les chiffres que donna le thermomètre :
Les températures étant bien constatées etvérifîéesà plusieurs reprises, je fis alors à droite la section des six racines antérieures (quatre dernières lombaires et deux sacrées) qui concourent à la formation des plexus lombaire et sacré. Ces racines possédaient une sensibilité récurrente très-faible, à cause d’un peu de fatigue de
l’animal et du temps un peu considérable depuis lequel la moelle était dénudée. Alors la plaie du dos fut soigneusement recousue, l’animal délié et laissé en repos. Fréquemment le chien se relevait et courait dans le laboratoire traînant son membre postérieur droit paralysé du mouvement; on constata que la sensibilité était très-bien conservée dans les deux membres posté-
Deux heures et demie après la section des racines antérieures, j’examinai l’animal au point de vue de la température de ses deux membres postérieurs. A la main on sentait manifestement que le membre gauche sain avait une température plus élevée que le membre droit paralysé du mouvement. La température fut reprise avec le thermomètre, plongé sous la peau par les mêmes incisions et de la même façon que la première fois. Voici le nombre qu’on obtint constamment dans un grand nombre de vérifications successives :
Alors la plaie du dos fut décousue, la moelle était chaude et très-sensible, ainsi que les racines antérieures qui offrirent alors une sensibilité récurrente très-développée. Ce réchauffement de la plaie survenu pendant le repos de l’animal peut expliquer l’élévation de température d’un demi-degré qu’on a trouvée du côté sain ; mais il n’en reste que plus évident que la section des racines antérieimes a amené un abaissement de température dans le membre correspondant.
Alors et pendant que la plaie était décousue, je fis du côté gauche la section de toutes les racines postérieures de sentiment (quatre dernières lombaires et deux sacrées) qui concourent à la formation des plexus lombaire et sacré. Cette opération finie, la plaie fut recousue une seconde fois et l’animal laissé en repos.
Une demi-heure et une heure après, on prit à deux reprises la température sous-cutanée des deux caisses, comme il a été indiqué, en ayant soin de toujours répéter plusieurs fois les vérifications. Toici ce que l’on obtint :
On voit ainsi qu’aussitôt après la section des racines rachidiennes, aussi bien après la section des antérieures qu’après celle des postérieures, la température du membre a comniencé à s’abaisser, tandis que la températiu-e s’était très-bien maintenue dans le membre tant qu’il avait conservé ses deux ordres de nerfs rachidiens.
Trois heures s’étaient à peine écoulées depuis la section des racines antérieures, que la température du membre droit s’était abaissée de quatre degrés ; et déjà une heure après la section des racines de sentiment, celle du membre gauche s’était abaissée d’un degré.
L’animal était resté très-vigoureux après son opération, et on ne pouvait pas objecter que son état d’affaiblissement avait empêché les effets de caloricité de
«0 MÎRP GRAND SYUPATHIQDE.
se développer. Toutefois, je voulus lever toute prise à l’objection en faisant une contre-épreuve directe : en conséquence, sur le chien qui avait subi toutes ces espériences sur les racines rachidiennes, je coupai le sympathique au cou, et après vingt-cinq minutes il y avait à la main déjà une très-grande différence de température entre les deux oreilles : l’oreille gauche, où Ton avait coupé le sympathique, donnait 23 degrés, tandis que celle du côté sain marquait seulement 20 d^rés. Il fut donc démontré par là que la calorification se déve-
i° La section des nerfs de sentiment, outre l’abolition du sentiment, produit la diminution de température des parties.
2° Celle des nerfs de mouvement, outre l’abolition du mouvement, a donné lieu également à un refroidissement des parties paralysées.
3° La destruction du nerf sjonpathique, qui ne produit ni l’immobilité des muscles ni la perte de sensibilité, amène une augmentation de température constante et très-considérable.
sentiment et exaltation de caloricité. C’est ce que l’on peut obtenir par la section du nerf sciatique, par exemple; toutefois, on comprendra que la calorification doive être dans ce dernier cas un peu moins prononcée, parce qu’elle est alors contre-balancée par l’abaissement que détermine simultanément la paralysie des nerfs de mouvement et de sentiment.
5° D’après cela je crois donc avoir établi avec raison que cette augmentation de caloricité est le résultat spécial de la section du nerf sympathique. C’est cet effet isolé qu’il s’agira d’étudier dans les paragraphes sui-
fai observé que, lorsque sur un animal mammifère, sur un chien, sur un chat, sur un cheval, sur un lapin «U sur un cochon d’Inde, par exemple, on coupe ou on lie dans la région moyenne du cou le filet de communi cation (1) qui existe entre le ganglion cervical inférieur et le ganglion cervical supérieur, on constate aussitôt que la caloricité augmente dans toutlecô té correspondant de la tête de l’animal. Cette élévation de température débute d’une manière instantanée, et elle se déve-
constances, on trouve entre les deux côtés de la tête une
•différence de température qui peut s’élever quelquefois jusqu’à 4 ou 5 degrés centigrades. Cette différence de chaleur s’apprécie parfaitement à l’aide de la main, mais on la détermine plus convenablement en introduisant comparativement et avec les précautions convenables, un petit thermomètre dans la narine ou dans lé conduit auditif de l’animal.
J’ai souvent extirpé les gangüons cervicaux supérieurs du grand sympathique chez le chien et chez le lapin; chez ce dernier animal, je les ai trouvés insensibles à la pression d’une pince, ainsi que l’avait déjà constaté M. Flourens; seulement leur arrachement semble toujours accompagné d’une douleur plus ou moins vive Chez le chien, cette sensibilité paraît un peu plus grande. L’ablation du ganglion cervical supérieur est suivie des mêmes effets calorifiques que la section du filet cervical ; toutefois ces effets sont beaucoup plus rapides, plus intenses et plus durables. Il est inutile de citer toutes les expériences excessivement nombreuses que j’ai pra quées; je dirai seulement qu’après la section du filet sympathique chez les lapins, les phénomènes de, l’excès de calorification et de sensibilité ne sont guère évidents au delà de quinze à dix-huit jours, tandis que chez les chiens cela peut durer six semaines à deux mois. Après l’ablation des ganglions chez ces animaux, la persistance de la lésion peut être considérée comme indéfinie, car sur un chien à qui j’avais fait l’extirpation du ganglion cervical supérieur à gauche, tous les phénomènes d’excès de caloricité et de sensibilité dus à cette extirpation étaient encore très-intenses un an et demi après
l’extirpation du ganglion, lorsque l’animal fut sacrifié pour d’autres expériences. ,
Cette différence de 4 à 5 degrés est remarquable comme différence de calorification relative entre les deux côtés de la face. Mais si l’on compare la chaleur de l’oreille et de la narine (ainsi échauffée par' suite de la section du nerf) à la chaleur du rectum ou des parties centrales du corps, le. thorax ou l’abdomen, on voit qu’elieestà peu près la même. Toutefois, j’ai constaté assez souvent que l’extirpation du nerf sympathique élevait daiis l’oreille correspondante la chaleur jusqu’à 40 degrés, tandis que la température normale dans le rectum, chez cet animal, ne dépassait alors pas 38 ou 39 degrés centigrades.
Toute la partie de. la tête qui s’échauffe après la section du nerf devient le siège d’une circulation sanguine plus active. Cela se voit très-distinctement sur les vaisseaux de l’oreille chez le lapin. Mais les jours suivants et quelquefois même dès le lendemain, cette turgescence vasculaire a souvent considérablement diminué, bien que la chaleur de la face, de ce côté, continue à être très-développée.
On peut constater, en faisant pénétrer le thermomètre à l’aide d’incisions préalables, que cette élévation de température qu’on apprécie superficiellement s’étend également aux parties profondes, et înême dans la cavité crânienne et dans la substance cérébrale. Gela se remarque mieux après l’extirpation des ganglions sympathiques. Le sang lui-même qui revient des parties ainsi
que je l’ai constaté plusieurs fois Sur des chiens, en introduisant un petit thermomètre dans la veine jugulaire, à la région moyenne du cou. n est bien entendu que la cuvette du thermomètre doit être dirigée- en haut, de manière à être baignée par le sang veineu.\ qui descend de la tête.
J’ai voulu rechercher comment le côté de la tête échauffé par la section du nerf sympathique se comporterait comparativement avec les autres parties du corps, si l’on venait à soumettre les animaux à de grandes variations de température ambiante. Je plaçai donc un animal (un lapin auquel j’avais pratiqué la section du nerf) dans une étuve, dans un milieu dont la température était au-dessus de celle de son corps. Le côté de la tête qui était déjà chaud ne le devint pas sensiblement davantage, tandis que la moitié opposée de la face s’échauffa; et bientôt il ne fut plus possible de distinguer le côté de la tête où le nerf sympathique avait été coupé parce que toute les parties du corps, en acquérant leur summum de caloricité, s’étaient mises en harmonie de témpéi'ature.
Les choses se passent tout aurement quand on refroidit l’animal en le plaçant dans un milieu ambiant dont la température est beaucoup au-dessous de celle de son corps. On voit alors que la partie de la tête correspondante au nerf sympathique coupé résiste beaucoup plus au froid que celle du côté opposé; c’est-à-dire . que le côté normal de la tête se refroidit et perd son caloüque beaucoup plus vite que celui du côté opposé De telle sorte qu’alors la déshai-monie de température entre
les deux moitiés de la tête devient de plus en, plus évidente, et c*est dans cette circonstance que Ton constate une différence de température qui peut s’élever quelquefois jusqu’à 10 ou IS degrés centigrades.
J’avais eu l’idée de faire la section du nerf sympathique sur des animaux hibernants, pour savoir si cela les rendrait moins sensibles à l’action engourdissante que le froid leur fait éprouver. Je n’ai pas encore eu l’occasion de réaliser cette expérience.
Ce phénomène singulier d’une plus grande résistance au froid s’accompagne aussi d’une sorte d’exaltation de la vitalité des parties, qui devient surtout très-manifeste quand on fait mourir les animaux d’une manière lente, soit en les empoisonnant d’une certaine façon, soit en leur réséquant les nerfs pneumo-gastriques. A mesure que l’animal approche de l’agonie, la température baisse progressivement dans toutes les parties extérieures de son corps; mais on constate toujours que le côté de la tête où le nerf sympathique a été coupé offre une température relativement plus élevée, et, au moment où la mort survient, c’est ce côté de la Êtce qui conserve le dernier les caractères de la vie. Si bien qu’au moment où l’animal cesse de vivre, il peut arriver un instant où le côté normal de la tête présente déjà le froid et l’immobilité de la mort, tandis que l’autre moitié de la face, du côté où le nerf sympathique a été coupé, est sensiblement plus chaude et offre encore ces espèces de mouvements involontaires qui dépendent d’une sensibilité sans conscience et auxquels on a donné le nom de mouvements réflexes.
quels j’avais fait la section de la partie céphalique du grand sympathique, j’ai pu suivre les phénomènes de calorification ainsi que je l’ai dit plus haut. Si les animaux restaient bien portants, je n’ai jamais vu, après cette expérience, survenir dans les parties plus chaudes œdème ni aucun tronble morbide qu’on puisse 1er à ce qu’on appelle de l’inflammation. J’ai dit ; inimaux étaient bien portants, car, en effet, lorsdeviennent malades, soit spontanément, soit à la suite d’autres opérations qu’on leur fait subir, ou voit les membranes muqueuses oculaire et nasale, seulement du côté où le nerf sympathique a été coupé, devenir trèsrouges, gonflées, et produire du pus en grande abondance. Les paupières restent habituellement rnllées par du mucus purulent, et la narine en est fréquemment obstruée. Si l’animal guérit, ces phénomènes morbides disparaissent avec le retour à la santé. ,
D’après cela je n’admets pas Xinflammatwn de la conjonctive signalée par Dupuy, John Reid, etc., comme une conséquence normale de la lésion du nerf sympathique ; je considère ce phénomène comme accidentel et comme ne survenant qu’à la suite d’un état d’affaiblissement consécutif de l’animal. Je signale du reste le fait comme je l’ai observé, sans vouloir essayer d’expliquer, pour le moment, comment il se fait que cette augmentation de caloricité et de sensibilité des parties ar-
Les faits de calorification de la tête que j’ài précédemment signalés, après la section, la ligature, la contusion ou la destruction de la partie cervicale du grand sympathique, sont faciles à reproduire et à vérifier. Toutefois, comme toujours, en physiologie expérimentale, il est nécessaire de prendre quelques précautions pour obtenir des résultats constants et bien tranchés. Voici lés conditions qui me paraissent les meilleures ; ^
i° Il est préférable de faire l’expérience lorsque la ; ' température ambiante est un peu basse, parce qu’alors;'’ ; la différence de chaleur entre les deux côtés de laface’a est d’autant pltis facile à saisir qu’elle est plus considé-%.<t rable. V
2" Il faut choisir des animaux vigoureux et plutôt en digestion, l’observation m’ayant appris que les phénomènes de calorification se manifestent d’autant plus faiblement et plus tardivement que les animaux sont préalablement affaiblis ou languissants.
3“ Il faut éviter les grandes douleurs et l’agitation de l’animal pendant l’opération. Il arrive, en effet, si celleci est laborieuse, que l’émotion et l’excitation générale que l’animal éprouve en se débattant masquent complètement le résultat immédiat. Bien qu’on n’ait coupé le nerf sympathique que d’un seul côté, on pourrait trouver les deux oreilles par exemple aussi chaudes l’une que l’autre immédiatement, après la section. Mais bientôt, si on laisse l’animal en liberté, les choses reprennent leur équilibre et le côté correspondant aü nerf
4“ Ainsi qu’il a été dit, les;
plus marqués et plus durahles quand, au lieu de couper le filet d’union du sympathique au cou, on extirpe le ganglion cervical supérieur. ■
5” Du reste, en revenant ailleurs sur les phénomènes de calorification produits par la section du sympathique, nous verrons qu’ils paraissent suivre les variations physiologiques de la chaleur animale. Ils sont plus marqués généralement pendant la période digestive et plus faibles pendant l’abstinence. J’ai pratiqué encore l’extirpation des ganglions et la section des filets du sympathique dans le thorax et dans l’abdomen. Je ne décrirai point ici ces expériences, parce qu’elles ont été faites à d’autres points de vue. Je Ærai seulement qu’elles sont suivies, quelquefois, mais non toujours, des mêmes effets vasculaires et calorifiques qu’à la tête.
Lorsqu’on galvanise avec une forte machine électromagnétique le bout céphalique du nerf sympathique coupé, chez un chien par exemple, ce n’est pas seulement la pupille qui reprend son élargissement, mais tous es autres phénomènes qui avaient suivi la section du nerf disparaissent également et même s'exagèrent en sens inverse; c’est-à-dire que, sous cette influence galvanique, la pupille rétrécie devient plus large que celle du Côté opposé, l’ceil enfoncé devient saillant hors de l’orbite, la vascularisation des parties s’efface et leur température baisse au-dessous de l’état normal. C’est en me fondant sur ces faits que j’ai insisté depuis longtemps sur la connexion évidente de tous ces désordres et sur la possibilité de les ramener tous, malgré leur variété, à une explication unique, puisqu’ils apparaissent et dispa-
J’ai fait connaître ces résultats dans mon cours de l’année 1852, et ils ont été imprimés aux mois d’octobre et novembre de la même année, dans les comptes rendus de la Société de Biologie. Voici une partie de l’extrait qui s’y trouve : « Si l’on galvanise le bout supérieur du grand sympathique divisé, tous les phénomènes qu’on avait vus se produire par la destruction de l’influence du grand sympathique changent de face et sont opposés. La pupille s’élargit, l’ouverture palpébrale s’agrandit; l’œil fait, saillie hors de l’orbite. D’active qu’elle était, la circulation devient faible; la conjonctive, les narines, les oreilles, qui étaient rouges, pâlissent. Si l’on cesse le galvanisme, tous les phénomènes primitivement produits par la section.du grand sj-mpathique reparaissent peu à peu pour disparaître de nouveau à une seconde application du galvanisme. On peut continuer à volonté cette e-xpérience, la répéter autant de' fois que l’on voudra, toujours les résultats sont les mêmes. Si l’on applique une goutte d’ammoniaque sur la conjonctive d’un chien du côté où le nerf a été coupé, la douleur détermine l’animal à tenir son œil obstinément et constamment fermé. Mais à ce moment, si l’ôn galvanise le bout supérieur du sympathique coupé, malgré la douleur qu’il éprouve, le chien ne peut maintenir son œil fermé; les paupières s’ouvrent largement en même temps que la rougeur produite par le caustique diminue et disparaît presque entièrement. j>
Parmi les expériences très-nombreuses que j’ai faites
lorifioation , il me suffira de décrire une de celles qui ont été faites avec des mesures thermométriques pour donner une idée exacte de la nature du phénomène. Les .ehifires indiqués ci-dessous représentent des nombres arbitraires pris sur des thermomètres métastatiques à déversement de M. Walferdin, qui a bien voulu me prêter son concours dans ces recherches délicates. Mais la comparaison n’en est que plus facile et plus sûre; du reste on peut avoir les valeurs réelles par le calcul en se reportant à un thermomètre étalon (1).
Ces expériences ont été faites pendant l’été; la température ambiante était élevée et oscillait entre 20° et 22° C. Cela doit être noté, parce que la différence de caloricité entre les parties saines et celles où le sympathique avait été coupé a dû se montrer moins grande qu’elle ne l’aurait été par un temps plus froid.
Exp. — Sur une chienne, de petite taille, j’ai fait la section du grand sympathique dans la partie moyenne . du cou du côté droit. U est impossible, ainsi qu’il a été dit, de couper le sympathique seul chez le chien, parce qu’il est intimement uni au tronc du nerf vague. Mais ce nerf n’a aucune part dans ces phénomènes de calorification, ainsi que cela se prouve par la même expérience donnant les mêmes résultats chez le lapin, où l’on
peut faire la section du sympathique isolément. Si j’ài choisi le chien, c’est parce que le volume plus considérable des nerfs se prête mieux à la galvanisation.
On prit la température dans les deux conduits auditifs 9 minutes après la section du nerf.
Le thermomètre restant placé dans l’oreille droite, on galvanise le bout céphalique du sympathique du même côté, en alternant à peu près avec une minute de repos, et on constate pendant la galvanisation l’abaissement de température dans l’oreille de la manière sui-
On cesse la galvanisation et bientôt la température s’élève ainsi qu’il est démontré par les nombres sui-
On voit donc que l’oreille droite qui, par la section du sympathique, était montée de’7 parties au-dessus de l’oreille gauche saine, est descendue par la galvanisation
bien au-dessous de la normale 280, puisqu’elle est arrivée au chiffre 240, c’est-à-dire à un abaissement de 27
Pendant cette galvanisation l’oreille gauche normale ne participait en rien à l’abaissement de température observé sur l’oreille droite. Au contraire elle éprouvait une influence inverse; car en examinant la température immédiatement après la galvanisation au moment où l’oreille droite marquait 240, on trouva dans la gauche 286,5, c’est-à-dire une augmentation de température à peu près égale à celle que la section du nérf sympathique avait produite primitivement dans l’oreille droite.
On avait donc alors comme résultat comparatif les nombres suivants :
Cette espèce de renversement ou d’antagonisme des phénomènes caloriques d’un côté à l’autre, est trèsremarquable, et nous allons le retrouver encore à l’occasion des effets de la chloroformation.
Les inspirations d’éther ou de chloroforme, qui ont là propriété d’éteindre la sensibüité, produisent ce même effet quand le sympathique a été détruit; seulement si on fait agir le chloroforme lentement, on voit que ce résultat arrive ordinairement un peu plus tard à cause de l’excès de sensibilité qtd existe toujours dans les parties. Mais c’est la calorification qui nous offre le plus d’inté-
rêt en ce qu’elle se comporte comme s’il s’agissait de l’électricité.
Première earpérience. — Une chienne de petite taille et encore jeune avait subi la section du filet sympathique dans le cou du côté droit, elle avait également été soumise à la galvanisation du bout périphérique de ce nerf, et avait fourni les résultats qui ont été consignfe précédemment.
Le quatorzième jour après l’opération, la plaie du cou était depuis longtemps cicatrisée; mais les phénomènes de calorification persistaient toujours très-évidemment, l’oreille droite était plus injectée et plus chaude que celle du côté opposé. On chloroforma alors l’animal à l’aide d’un masque de caoutchouc serré autour du museau et communiquant avec de l’air chargé de vapeur de chloroforme : bientôt l’insensibilité se manifesta, et au moment oirèlle était devenue complète au point que l’attouchement des conjonctives ne produisait plus de clignement, l’oreille droite baissa rapidement dé température, devint froide et pâle; tandis que celle du côté sainà gauche devint plus injectée et plus chaude. On introduisit un thermomètre dans les oreilles et on trouva :
pédant k“hlord(™aîîÔY‘ l’teemlbilitrMmpSe . V,8C.
On cessa alors les inspirations de chloroforme, peu à peu l’animal revint, et une heure et demie après, lorsqu’il était à peu près sorti de son ivresse chloroformique, on trouva :
On soumit de nouveau l’animal à l’action du chloroforme, et au moment où l’insensibilité devint complète, la température des oreilles était ;
Deuxième expérience. — Sur une chienne de forte taille, adulte, je fis la section à droite du filet cervical du grand sympathique. Quelques instants après, la température fut prise avec un thermomètre métastatique à déversement de M. Walferdin, à échelle arbitraire; on obtint :
On voit dans la narine une oscillation d’une demidivision environ pendant la eespiration ; il y a un abais¬
sement à chaque inspiration par l’action de l’air froid, et élévation à chaque expiration par sortie de l’air chaud.
2" Caié droit cotrespon- ( Oreille . 177,5
dant au nerf coupé., f Narine . 174,2
On n’observait plus alors ces oscillations respiratoires indiquées précédemment ; il semblait qu’il passait à peine de l’air par cette narine. Cela dépendait de la section du vague qui avait été opérée avec le sympathique.
aussitôt quej l’insensibilité fut ^obtenue, on mesura la température des oreilles qui fut trouvée :
Je me borne à citer ces deux expériences;, elles démontrent que le chloroforme n’agit pas de même sur les parties saines et sur celles où le sympathique a été coupé. Plus tard ces faits, seront repris à un autre point de vue.
Ainsi que je l’ai indiqué dans ma note lue à l’Académie en mars 1852, la section du filet cervical du grand sympathique et surtout l’extirpation du ganglion cervical supérieur, amènent immédiatement et en même temps que l’augmentation de chaleur, une très-forte turgescence vasculaire dans l’oreille et dans tout le côté correspondant de la tête. Les artères, plus pleines, semblent battre avec plus de force; la circulation est activée et l’absorption des substances toxiques ou autres, déposées à quantité égale dans le tissu cellulaire sous-cutané de la face ou à la base de l’oreille, paraissent toujours plus vite absorbées du côté où a été opérée la section du sympathique.
Il y a, sans aucun doute, des rapports intimes que personne ne peut méconnaître, entre les phénomènes de calorification et de vascularisation des parties du corps ; mais est-ce à dire pour cela que, dans le cas qui nous occupe, on devra attribuer l’augmentation de chaleur de l’oreille ou de la face purement et simplement à ce que la masse de sang, qui est devenue plus considérable, se refroidit moins facilement et fait apparaître les parties plus chaudes ? Cette interprétation parla stase toute mécanique, qui devait d’abord se présenter à l’esprit, serait insuffisante pour expliquer ces diflérences de 6” à 7“ C. de température qui existent quelquefois entre les deux côtés de la face. J’ai été encore porté à
repousser cette explication, parce que l’on voit trèssouvent l’engorgement des vaisseaux diminuer considérablement dès le lendemain de l’opération, bien que l’oreille ne varie pas sensiblement, de température. Parmi un très^and nombre d’expériences de cette nature que j’ai pu observer, j’en citerai une seule pour donner une idée plus exacte du fait.
Eæp. — Sur un gros lapin, vigoureux et bien nourri, j’ai fait l’extirpation du ganglion cervical supérieur du côté droit. L’opération fut faite au mois de décembre et la température ambiante était basse; avant l’opération la température prise dans les deux oreilles était ;
Aussitôt après l’extirpation du ganglion l’oreille droite devint très-vascularisée et très-chaude, tandis que celte du côté opposé n’avait pas sensiblement changé d’as^ pect. Un quart d’heure après l’enlèvement du ganglion on reprend la température des deux oreilles et on trouve :
Pour l’oreille gauche . . 33« ceut.
Ainsi en un quart d’heure la chaleur de l’oreille et de la face avait monté de 6" C. Le phénomène n’était pas encore arrivé à son summum, car une heure après on trouva 40” C. dans l’oreille droite,
L’animal fiit laissé jusqu’au lendemain où il fut de nouveau soumis à l’observation. L’oreille droite était alors beaucoup moins turgescente que la veille; les artères étaient considérablement diminuées de calibre, et
il fallait une assez grande attention pour voir une différence entre les deux oreilles au premier abord. C’étaient seulement les très-petites ramifications vasculaires ou les capillaires qui étaient restés plus visibles et plus nombreux dans l’oreille droite; mais la main percevait toujours très-manifestement une grande différence de température entre les deux côtés de la tête. Le thermomètre plongé dans les deux oreilles donna;
On voit ainsi que l’énorme turgescence vasculaire et l’accumulation d’une grande quantité de sang qui suivent immédiatement l’opération, peuvent diminuer considérablement, sans entraîner un abaissement de température notable. Cependant, comme je l’ai dit, la circulation capillaire reste toujours plus visible dans l’oreille plus chaude.
Toutefois il ne faudrait pas encore conclure de là que la température sera toujours plus élevée quand les vaisseaux capillaires seront plus visibles. A la suite de la section de la cinquième paire, comme on sait, la conjonctive devient très-rouge et les vaisseaux capillaires j sont très-visibles ainsi que dans'd’autres parties de la face, et cependant il y a dans ces cas un abaissement de température. Si à cela on objectait avec raison qu’il y a, après la section de la cinquième paire, une paralysie des vaisseaux qui enraye la circulation et produit le refroidissement, je répondrais qu’il est étormant de considérer aussi comme une paralysie, la section du sympathique qui fait apparaître aussitôt la calorification
dans les tissu
où la turgescence vasculaire existait déjà
cependant, m
ais avec refroidissement. Cette influence
calorifiante d
sympathique, même sur
les parties où le
cours du sang
se trouve gêné et diminué
par une inertie
vasculaire, se
ra encore rendue plus év
dente par l’ex¬
périence suivante :
Exp. — S
ur un lapin adulte et bien
portant, j’ai fait
la ligature des deux troncs vasculaires
veineux de cha-
que oreille. Après cette opération les
veihes se dilaté-
rent, devinre
t gorgées par le sang qui stagnait. .Après
trois quarts c
heure, les deux oreilles s’étaient manifes-
tement refrou
lies par suite de cette stas
e de sang. Alors
je fis la seeti
U du filet sympathique cervical du côté
droit, et aus
itôt l’oreille correspondu
Qte devint plus
chaude; il éta
lit cependant impossible
'expliquer cette
calorification
lar l’accumulation seule du sang qui pré-
cédemment P
réduisait un phénomène
iverse, le refroi-
dissement qu
s’observait toujours sur
l’oreille du côté
opposé. Alors
je fis la ligature de l’ar
ère de façon à
emprisonner
autant que possible le sar
g dans l’oreille.
la températur
diminua un peu, mais elle resta toujours
plus élevée qi
e dans l’oreille opposée.
Quand, au
ieu de la ligature primitive des veines.
on pratique celle des artères, les parties
se refroidissent
aussi, mais par un mécanisme inverse.
Dans le premier
cas, le refroidissement est la conséque
nce de l’impos-
sibilité du re
ouvellement du sang, et
dans le second.
le résultat de son absence. Nous avons
vu qu’en resé-
quant le sympathique après la ligatur
des veines, la
calorification peut se produire, ce qui n’
a pas lieu quand
on fait la section de ce nerf après la ligature exacte des artères seules; mais tout cela démontre simplement que, si le phénomène de calorification ne peut pas se produire dans les parties dont les vaisseaux sont complètement vides de sang, il peut au contraire avoir lieu dans des parties où le sang stagnait, quand son mouvement peut devenir plus rapide. J’ai encore remarqué que, si chez les chiens ou les lapins, où la calorification d’un des côtés de la tête se trouve bien développée, sous l’influence de l’extirpation du sympathique, on vient à diminuer l’afflux ou le renouvellement du sang par la ligature de l’artère carotide du côté correspondant, on voit néanmoins la chaleur des parties rester toujours plus élevée que celle du côté opposé.
D’après ces expériences, il n’est donc pas possible d’expliquer le réchauffement des parties par une simple paralysie des artères qui, à raison d’un élargissement passif, laisseraient accumuler une plus grande quantité de sang. En résumé, le mot paralysie est ici plutôt re.xpression d’une théorie que d’un fait démontré.
La section du sympathique n’amène pas toujours à l’instant même de l’opération un élargissement subit de l’artère; c’est souvent le contraire qu’on observe. En faisant sur des lapins la section du filet cervical du sympathique qui avoisine la carotide, on voit d’abord cette artère se resserrer au moment de la section ou du déchirement du filet. Plus tard cette artère et ses divisions deviennent plus grosses et sont en quelque sorte distendues par un appel de sang qui se fait dans les parties correspondantes; mais cet effet, loin de ressem-
atonie des artères, il me semble que l’impulsion du cœur devrait finir par amener des dilatations artérielles anévrysmatiques. U n’arrive rien de semblable, puisque nous avons to au contraire que le lendemain de la section du sympathique' la vascularisation a ordinairement beaucoup diminné, les artères sont revenues sur elles-mêmes, bien que la chaleur soit toujours trèsnotablement augmentée.
En unmot, le phénomène circulatoire qui succède à la section du nerf sympathique me paraît actif et non passif, il est de la même nature que la turgescence sanguine, qui, ainsi que je l’ai démontré ailleurs, survient dans un organe sécréteur qui, d’un état de repos ou de fonctionnement faible, passe à un état de fonolionnement très-actif; il se rapproche encore de Tafflux de sang et de l’augmentation de sensibilité qui surviennent autour d’une plaie récente ou aux environs d’un corps étranger qui séjourne dans les tissus vivants. Je n’ài pas à me
préoccuper ici de l’explication de ces phénomènes sur ,iesc[uels j’aurai occasion de revenir ailleurs. Il me suffira de dire que, bien que dans tous ces cas on voie les vaisseaux plus gorgés de sang et les artères battre avec plus de force, il ne peut venir à l’idée de personne de les rapporter à une paralysie pare et simple des ar-
Je désire, du reste, ne pas msister davantage ici sur l’explication de ces phénomènes, parce que, pour bien les comprendre, il faut encore avoir égard à d’autres considérations, et particulièrement à l’action du cœur.
Nous vous citerons dans la prochaine leçon des cas de l’effet de la galvanisation sur la chaleur de l’oreille quand on galvanise directement cette partie soit saine, soit après avoir fait la section du nerf grand sympathique dans le cou.