DEUXIÈME LEÇON
SOMMIRE : Le nerf facial elle nerf trijumeau appartiennent à une - ces. — Le nerf facial est moteur. — Son développement en rapport
Deux nerfs crâniens, l un de mouvement, le facial, l’autre de sentiment, le nerf trijumeau, doivent d’abord appeler notre attention. La tête, en effet, se distingue surtout des autres parties du corps en ce qu’elle forme un épanouissement de l’axe central destiné à porter les organes des sens. Or, les deux nerfs que je vous signale sont précisément chaigés de donner la sensibilité générale et le mouvement à presque tous ees. organes sensoriels ainsi qu’aux parties qui y sont an-
En commençant nos études par le facial et la cinquième paire, nous rapprochons'en outre les deux éléments physiologiques d’une même paire nerveuse dans laquelle le facial joue le rôle de la racine antérieure, tandis que la cinquième paire représente l’élément sensitif ou la racine postérieure.
Le nerf facial a été décrit avec grand soin par les
anatomistes ; tout le monde est d’accord sur ses fonctions motrices, bien que son histoire présente encore divers points à élucider. Avant d’entrer dans l’histoire physio^ logique de ce nerf, nous devons indiquer rapidement sa disposition anatomique : le nerf facial étant un conducteur du mouvement, il est utile de connaître la distribution des rameaux par lesquels s'opère cette transmission.
Le nerf facial est un nerf moteur, on le prouve, de même que pour tous les autres nerfs, d’une manière n^ative, en en faisant la section et voyant qu’après sa séparation de l’encéphale, la transmission des excitations motrices ne se fait plus.
Cette démonstration est très-facile à donner en opérant la section du facial qui peut se pratiquer soit sur la face, en agissant successivement sur ses différentes branches, soit au-dessous de l’oreille, à sa sortie du trou stylomastoïdien, soit dans la caisse du tympan, soit enfin dans le crâne, à son entrée dans le conduit auditif interne.
Le procédé que nous mettons le plus habituellement' en usage et que nous allons employer ici devant vous, a pour objet de faire la section du nerf facial dans la caisse du tympan. On cherche d’abord à sentir la caisse, ce qui est facile chez les chiens, les chats et les lapins, à cause de la saillie que forme au-dessous de l’apophyse mastoïde cette portion de l’oreille moyenne.
Avec un instrument bien trempé et en forme de petit ciseau, on pénètre directement dans la caiss paroi inférieure qui est très-mince. Alors l’instrument se meut avec facilité dans l’oreille moyenne. On dirige sa pointe en haut et en arrière en la faisant marcher
transversalement et en appuyant fortement sur l’os, on divise le nerf facial à son troisième coude, lorsquUl s’infléchit en bas vers le trou stylo-mastoïdien.
Lorsqu’au lieu de porter l’instrument vers la partie postérieure de la caisse, on le porte vers sa partie antérieure et supérieure, on peut aller détruire le facial au moment de son entrée dans le canal spiroïdè. Dans ce cas, on détruit en même temps le nerf acoustique et presque toujours les animaux inclinent la tête du côté où a été pratiquée l’opération, par suite d’une lésion des canaux demi-circulaires.
' Chez le chien et chez le chat, àla rigueur même, chez le lapin, on pourrait encore, au lieu de pénétrer par là partie inférieure de la caisse, introduire l’instrument par le conduit auditif en perforant la membrane du tympan.
Nous faisons instantanément l’expérience devant vous sur ce lapin en pénétrant par la caisse du tympan du côté gauche.
Vous voyez maintenant que l’animal peut encore remuer le globe de l’œil, mais qu’il ne saurait fermer les paupières; la narine gauche est immobile, l’oreille est basse, la joue est flasque, agitée à peine dans les mouvements respiratoires par ses soulèvements alternatifs que vous avez tous pu observer chez l’homme et qu’on désigne en disant que le malade fume la pipe. La sensibilité de la face est parfaitement conservée, le mouve-
Pendant l’opération l’animal a poussé quelques cris, à cause de la sensibilité de la membrane qui tapisse la caisse du tympan. Quant aux désordres que présènte
actuellement la face, nous les verrons persister dans les séances prochaines; l’opération n’entraînera pas la mort du lapin. Cet animal a conservé la sensibilité dans les parties qui ont perdu le mouvement et, quand on le pince, on y provoque évidemment de la douleur.
Le nerf facial, en raison de son action sur les mouvements de la tête, est le nerf de l’expression de la face. C’est à ce titre que Ch. Bell l’appelait im nerf respira- ■ teur, appliquant cette dénomination aux nerfs qui concourent à l’expression de la physionomie. Il regardait les mouvements auxquels président ces nerfs comme tout à fait involontaires; mais à ce nom de respirateurs, il ne rattachait l’idée d’aucun rapport avec l’acte respiratoire puisque le grand oblique de l’œil était pour lui un muscle respirateur.
Le développement du nerf facial est chez les animaux en raison directe de la variété des mouvements de la face. Ainsi, rudimentaire chez les poissons, les reptiles et les oiseaux chez lesquels il ne constitue même pas toujours un nerf distinct, il est au contraire très-volumineux chez les mammifères et surtout chez ceux dont certaines parties de la face sont pourvues de mouvements très-développés. Chez l’éléphant, chez le cochon, le facial est extrêmement développé surtout dans les branches qui se rendent au nez ou à la trompe.
Chez l’homme, le nerf facial est, ainsi que je viens de vous le dire, le nerf de la physionomie. On connaît l’immobilité et l’absence d’expression qui caractérisent sa paralysie et le contraste qui existe entre les deux moitiés de la face lorsque cette paralysie n’existe que d’un
seul côté. Lorsque la paralysie existe des deux côtés, la Êtce semble être couverte d’un masque. Dans un cas de paralysie double du facial que j’ai pu observer avec Magendie, cette impression d’un masque sous lequel les globes oculaires avaient conservé leur immobilité était frappante.
Étudions donc actuellement la distribution et l’usage des différentes parties du nerf facial.
Le trajet de ce nerf est très-compliqué. Il émerge des côtés de la moelle allongée et vient se répandre sur la face après avoir parcouru dans l’os temporal une route très-sinueuse. Mais si le nerf facial naît en arrière du
Ensuite, le facial passe au-dessus de la caisse du tympan, se réfléchit et donne deux filets, l'un au muscle de l'étrier et un autre, la corde du tympan qui, après un trajet assez singulier, va se. rendre au ganglion sousmaxillaire.
Les filets, nés dans le canal spiroïde, mettent déjà le facial en rapport avec plusieurs nerfs crâniens.
Ainsi les deux nerfs pétreux le mettent en communication avec la cinquième paire, ainsi que la corde du tympan.
Le nerf facial offre en outre une anastomose avec le pneumo-gastrique dans le canal osseux du temporal, et au sortir du crâne, par le trou stylo-mastoïdien, il communique encore avec le glosso-pharyngien.
Ensuite le nerf facial se distribue sur la face.
On peut donc distinguer au facial deux portions.: l’une intra-crânienne, l’autre faciale proprement dite. La première affectant une direction spiroïde, recevant des anastomoses nombreuses et très-complexes.
Au sortir du trou stylo-mastoïdien du temporal, le nerf facial vient s’épanouir sur la face après s’être divisé en plusieurs faisceaux. Chez l’homme on trouve deux divisions principales qui se subdivisent et s’anastomosent en réseau. Ce réseau, très-serré chez l’homme, est, d’une façon générale, d’autant plus riche que les mouvements des parties sont plus multipliés et plus variés.
Nous avons vu, dans son trajet intra-crânien, le facial communiquer déjà trois fois avec la cinquième paire. Sur la face, ces communications vont se répéter. Une
anastomose existe au niveau de l’oreille, au-dessous de la parotide, anastomose mnculo-temporale avec la branche maxillaire inférieure. On trouve encore, au niveau des nerfs sus-orbitaire, frontal, sous-orbitaire, mentonnier, des anastomosés nouvelles avec ■ la cinquième paire, anastomoses multipliées auxquelles on a donné le nom de plexus.
Voilà pour la distribution générale du nerf facial.
La première question physiologique que nous ayons à examiner est celle des propriétés de ce nerf. Je n’ai pas à y insister longuement ici. Lorsque, dans le cours du semestre dernier, il a été question de la distinction à établir entre les propriétés des nerfs et leurs fonctions, fai longuement insisté sur les phénomènes de la sensibilité récurrente que l’on trouve dans les racines antérieures ou motrices, sensibilité qui, vous le savez, leur .vient par là périphérie des racines postérieures. Le nérf facial est de même sensible quoique ce soit un nerf moteur. Comme les nerfs moteurs, il tient sa sensibilité d’une racine sensitive, et cette racine sensitive c’est la cinquième paire. On rencontre en effet, entre la cinquième paire et le nerf facial, la relation qui unit les racines postérieures aux racines antérieures, relation telle que la section de la cinquième paire fait perdre, ainsi quenous le verrons, la sensibilité récurrente au facial.
Mais, avant de vérifier expérimentalement cette relation physiologique, il est nécessaire de nous rendre compte de quelques détails anatomiques sans la connaissance desquels nous arriverions infailliblement à faire des expériences incomplètes ne répondant pas à la
s de résoudre en les ins-
question que nous avions en vue
Chez les animaux sur lesquels nous opérerons, le tronc du facial qui aborde la face en arrière et au-dessous de l’oreille fournit trois branches principales :
Une branche inférieure, destinée à la lèvre inférieure et au menton.
Une branche moyenne, qui se distribue à la lèvre supérieure, au nez et à la joue.
Une branche supérieure, qui se rend aux muscles de l’œil, de l’oreille et du front.
Peu après leur séparation, chacune de ces branches reçoit me anastomose avec la cmquième paire. C’est donc avant ces anastomoses qu’il faut interroger la sensibilité du facial; sans quoi on aurait des manifestations sensibles appartenant, non au nerf interrogé, mais au filet sensitif qu’il a reçu du nerf de la cinquième paire. Chez le cheval où, par exemple l’anastomose est plus volumineuse que la branche du facial elle-même, il est évident que la douleur provoquée par le pincement dü rameau mixte tient à cette anastomose.
Pour vérifier le fait en question, il est nécessaire de couper les branches du facial dont on interroge la sensibilité. Après celte section, on trouve que chez le chien les deux bouts sont doués de sensibilité dans les branches du facial. La sensibilité du bout central ne saurait surprendre personne, puisque, grâce à l’anastomose reçue de la cinquième paire, ce bout- central représente partiellement le bout central d’une racine postérieure, c’est-à-dire d’un nerf sensitif proprement dit.
Exp: — Voici un petit chien sur lequel nOüs âvOfls préparé l’origine du facial : on voit très-bien l’anastomose auricülo-temporale qu’il reçoit dé la cinquième paire. Nous pinçons la branche moyenne du facial; f ani-mal crie. Lorsque maintenant nous coupons cette branche du facial, l’animal crie encore et nous constatons en outré que les bouts périphérique et central résultant de cette section sont d’une sensibilité très-évidente. Maintenant, nous coupons le rameau de la cinquième paifé qui s’anastomose avec la branche moyenne du facial; le chien pousse des cris très-forts. Après cette section, nous pinçons le bout périphérique de la branche anastomotique coupée, l’animal ne crie pas, tandis que le pincement du bout central produit au contraire une douleur vive. Ce rameau est donc sensitif et c’est à lui que le bout central du facial devait sa sensibilité. Quant à la sensibilité du bout périphérique, elle lui vient aussi de la cinquième paire, mais par les anastomoses qui ont lieu dans les réseaux terminaux.
J’ai toujours rencontré la sensibilité récurrente chez le chien en agissant dans des circonstances favorables indiquées dans le semestre dernier. Mais chez certains animaux, tels que le cheval et le lapin, la sensibilité récurrente est quelquefois très-obscuré et paraît même manquer, comme cela a eu lieu dans l’expérience suivante :
Exp. — Sur un vieux lapin on découvrit la branche moyenne du facial au niveau dé son anastomose aurieulo-temporale.
En pinçant la branche, en masse, au-devant de son anastomose avec la cinquième paire, on la trouva sensible. Lorsqu’on l’eut coupée; le bout central seul était sensible. En pinçant la portion du tronc facial qui précède l’union avec l’anastomose, on la trouva insensible. De sorte que la sensibilité parut résider ici uniquement dans la branche anastomotique de la cinquième paire, et le facial se montra insensible. Cela tiendrait-ilà la vieillesse dé l’animal ou à son peu de sensibilité propre?
Nous avons dit tout à l’heure que, chez le chien, la sensibilité que possède le nerf facial à sa sortie du trou stylo-mastoïdien dépend d’un filet anastomotique qu’il reçoit dans le canal spiroïde, filet provenant du pneumo-gastrique. Cettè sensibilité ne peut dépendre en effet que de l’adjonction d’un filet sensitif dans le canal spiroïde, car à son entrée dans ce conduit le facial n’est pas sensible d’une manière évidente. Il est vrai que, pour l’examiner, il faut toujours ouvrir le crâne, ce qui peut ldi enlever sa sensibilité récurrente. Toutefois les nerfs
sensitifs ont conservé leur sensibilité directe et le facial, s’il la possédait, l’aurait également conservée.
La sensibilité que le nerf facial présente à sa sortie du trou stylo^mastoïdien a été l’objet d’opinions fort diverses. Autrefois, lorsqu’on admettait que le nerf vidien était Une branche delà cinquième paire qui, du maxillaire supérieur, venait se rendre au facial pour l’accompagner
l’opinion beaucoup plus probable que cette sensibilité du facial à la sortie du trou stylo-mastoïdien dépendrait de l’anastomose que ce nerf contracte, dans sa portion descendante, avec le pneumo-gastrique, anastomose qu’il ne faudrait pas dès lors considérer comme fournie par le nerf facial au nerf pneumo-gastrique, mais bien par le pneumo-gastrique au facial. Jusqu’à présent, à ma connaissance, aucune expérience directe n’a été faite sur ce sujet. Pour juger cependant de la valeur de cette opinion, il est indispensable de faire une expérience directe et c’est ce que nous avons tenté
Cette anastomose entre le pneumo-gastrique et le fa^ cial, qui émane de la branche auriculaire du pneumogastrique, se montre très-volumineuse chez le cheval et le boeuf.
L’expérience que nous avons faite relativement à cette anastomose sur un chien n’est pas de nature à être pratiquée à l’amphithéâtre. Elle est fort longue, très-pénible, et c’est avec peine que l’opérateur lui-même peut en suivre les détails. Nous l’avons exécutée hier matin; au bout de deux heures nous avions à peine terminé.
Le procédé a consisté, prenant un gros chien bien portant, à lui abattre l’oreille gauche, de manière à pouvoir facilement arriver sur le facial à sa sortie du crâne. Alors, suivant le nerf, en nous aidant delà gouge et du maillet, il nous a fallu sculpter le rocher, détruire l’apophyse mastoïde dont les cellules donnaient une hémorrhagie souvent très-considérable qu’on arrêtait en bouchant les sinus avec de la cire ramollie; nous re-
montâmes ainsi le parcours du nerf facial dans le canal spiroîde avec de grandes précautions pour ne pas le blesser. L’animal était, bien entendu, préalablement soumis aux inhalations du chloroforme.
Après deux heures environ, nous avions réussi à mettre à nu la branche anastomotique qui unit le facial au pneumo-gastrique. La plaie fut recouverte et nous laissâmes l’animal se reposer, et ce n’est que quelque temps après l’opération qu’il sortit du sommeil dans lequel l’avaient plongé les inhalations de chloroforme.
' La plaie fut décousue et nous pinçâmes le tronc du nerf facial au-dessous de son anastomose avec le rameau auriculaire; il se montra évidemment sensible. L’ayant alors coupé à ce niveau, les deux bouts furent trouvés sensibles. Nous avions donc, en ce point, affaire à un nerf mixte, sensible par ses deux bouts.
Aussitôt après cette observation, nous coupâmes la branche anastomotique du vague, et cette section causa une douleur vive. Pinçant alors de nouveau le nerf facial, nous reconnûmes que la sensibilité du bout central avait disparu. Elle lui venait donc de cette anastomose avec le pneumo-gastrique. La sensibilité du bout périphérique qui était récurrente venait de la cinquième paire et persistait tout entière. Ces observations ont été faites dans de bonnes conditions, quatre heures après l’opération; l’animal était suffisamment reposé puisqu’on a pu constater la sensibilité récurrente du nerf facial coupé.
Voici la tête de ce chien qui a été sacrifié après l’expérience et sur laquelle vous pourrez reconnaître
l’étendue et la nature des délabrements produits. Au fond de la plaie se trouvent à découvert le nerf facial et le fflet anastomotique qui le réunit au pneumo-gastrique. Vous pouvez voir les points où ont été pratiquées les ■sections de ces nerfs.
A propos de la cinquième paire, nous reviendrons encore sur cette sensibilité du nerf facial. Concluons seulement pour le moment que l’anastomose du facial avec le pneumo-gastrique est un rameau de sentiment