TROISIÈME LEÇON
Dans l’histoire du nerf facial que nous allons continuer aujourd’hui, nous étudierons successirêment le rôle des rameaux qui naissent de ce nerf dans son trajet intra-crânien, et extra-crânien. De chacune de ces parties du facial émanent des filets qui ont des fonctions différentes. Les premiers, ceux qu’il donne pendant son trajet dans le canal spiroïde du temporal, sont tous, excepté un, en communication avec des ganglions ; nous laisserons là leur histoire, pour la reprendre plus tard comme une dépendance du nerf trisplanchnique au système duquel ils appartiennent suivant nous. D n’en est plus de même des rameaux qu’il donne plus loin sur la face et qui offrent une distribution moms compliquée.
Le facial, considéré dans sa portion externe, terminale, est un nerf qui émerge à la partie postérieure de
muscles peauciers de la face et de la tête, donnant le
parties extérieures des organes des
Nous devrons donc examiner successivement l’influence des deux portions du nerf facial sur chacune des parties des différents organes des sens.
C’est le nerf facial qui donne le mouvement aux paupières, et lorsque les filets qui s’y distribuent ont été coupés ou paralysés d’une façon quelconque, les paupières sont immobiles, bien que leur sensibilité soit restée intacte.
Voici un lapin sur lequel nous avons tout à l’hetire coupé le facial dans le crâne.
Vous pouvez, voir que l’œil reste ouvert, les mouvements des paupières sont abolis du côté où a porté la section, du côté gauche. Si l’on vient à toucher le globe de l’œil â droite, on y provoque l’occlusion des paupières.- Rien de semblable n’a lieu à gauche, où le globe de l’œil, seul se déplace : l’animal a, en effet, conservé les mou-, vemenls du globe oculaire auxquels président des rameaux autres que ceux du moteur facial. L’œ-il gauche reste ici complètement à découvert, et, lorsque l’animal dormira, l’œil droit seul sera fermé. La même chose s’ob- ■ serve chez l’homme dans le cas de paralysie du nerf facial.
Par quel mécanisme l’œil reste-t-il ainsi ouvert?
Deux muscles donnent le mouvement aux paupières : le muscle orbiculaire, qui ferme les paupières, et le muscle élévateur propre de la paupière supérieure qui, au contraii-e, découvre le globe de l’œil. L’état d’écartement permanent des paupières qui s’observe lorsque le rameau palpébral du facial est coupé, tient à la prédo-
minance de l’action d’un de ces muscles. Dans ce cas, l’orbiculaire seul est paralysé; quant au releveur de la paupière supérieure, il conserve son action parce que son nerf, reconnaissant une autre origine que le facial, est resté intact.
Relativement aux paupières, la conséquence de la paralysie du facial est donc leur écartement permanent par suite du défaut d’action du seul muscle qui puisse en déterminer l’ocelusiou, du muscle orbieulaire.
Lè se borne l’action du nerf facial sur l’œil; aucune lésion consécutive de la nutrition ne se remarque après la section ou.la paralysie spontanée de ce nerf.
Plus tard, quand nous envisagerons l’influence de la cinquième paire sur l’œil, nous verrons la paralysie de ce nerf être suivie au contraire d’une altération de nutrition, d’une lésion organique de la cornée et de la conjonctive. On avait pensé autrefois que cette lésion tenait à ce que, dans la paralysie de la cinquième paire, les paupières, ne se fermant plus sur le globe de l’œil, ne venaient plus en lubrifier la surface. L’absence de lésions de nutrition après la section du facial nous montre qu’il faut renoncer à cette explication des altérations de l’œil observées à la suite de la paralysie de la cinquième paire, quoique dans ces derniers temps on ait encore soutenu cette opinion que nous aurons à examiner plus loin. Je viens de vous dire que, dans la paralysie de la cinquième paire, les paupières ne recouvrent plus le globe de l’œil ; il ne faudrait pas en conclure qu’elles ont perdu le pouvoir de se fermer. Dans ce cas, le muscle orbieulaire peut toujours se contracter; mais la sensibi-
lité de la conjonctive étant perdue, aucune sensation ne vient solliciter les contractions de l’orbiculaire et il reste dans le relâchement.
Cependant, quelquefois il y a, comme nous le verrons à propos des sections de la cinquième paire, un clignement sympathique qui se fait dans l’œil du côté où la cinquième paire a été coupée en même temps que du côté opposé. Il y a d’autres cas dans lesquels ce clignement sympathique a également lieu et nous avons à ce sujet observé un fait singulier que voici :
(Exj). 10 aoûtl842). — Sur on lapin de forte taille, on constata qu’en irritant la conjonctive on produisait des mouvements dans l’oreille du même côté; qu’en irritant l’oreille, on produisait des mouvements dans la paupière du même côté. Après la section de la cinquième paire, lorsque l’oreille était encore sensible par les filets du plexus cervical et que l’œil était insensible, on observait encore cette occlusion des paupières lorsque l’on venait à pincer l’oreille. La réciproque aurait-elle lieu et la même réaction se produirait^elle sur les mouvements de l’oreille rendue insensible en laissant l’œil sensible?
Ainsi, le symptôme d’immobilité des paupières qui survient dans les deux cas de paralysie du facial et de la cinquième paire se traduit dans deux états pathologiques distincts et reconnaissant des causes prochaines bien différentes.
Le lapin sur lequel nous venons de constater les effets immédiats de la paralysie du facial sur l’œil sera conservé, et vous verrez sou œil dans la prochaine leçon tel qu’il est aujourd’hui : sur lui, vous pomrez
constater l’absence de lésion consécutive que je vous ai
Le nerf facial qui donne le mouvement au muscle orbiculaire, et la cinquième paire qui donne le sen-
filet du grand sympathique. Depuis longtemps on avait vu que la section du grand sympathique dans la région cervicale entraînait des désordres du côté de l’œil. Mais l’attention des physiologistes s’était portée sur les phénomènes survenus du côté de la pupille; j’ai fait remarquer que ce nerf exerce aussi une influence sur les mouvements des paupières.
Exp. — Sur celapin, auquel on vient d’enlever le ganglion cervical supérieur du grand sympathique, vous pouver voir que du côté où a été faite cette ablation, l’ouverture palpébrale est rétrécie. Le muscle orbiculaire est dans un état de contraction permanente qui n’est pas du tout la paralysie. Quand on touche le globe de l’œil, ce muscle orbiculaire se contracte et le recouvre ; il a donc conservé ses mouvements, sa spontanéité, mais son re-
rons le grand sympathique qu’il y aura lieu de nous arrêter à l’examen du phénomène qui se produit dans ce cas; nous devons actuellement nous borner à vous signaler ce fait. Quant au facial, nous devons donc nous arrêter à cette conclusion, que sa section ne produit pas
d’autres effets sur l’œil que ceux de la paralysie du muscle orbiculaire des paupières.
Au nez, le facial est le nerf moteur des narines.
Nous pouvons voir sur le lapin auquel nous avons, avant la leçon, coupé le facial à gauche dans le crâne, • que les mouvements des narines ne s’exécutent plus que du côté droit. La section du nerf facial amène donc, du côté correspondant, la paralysie des muscles qui meuvent les narines.
Lorsque l’animal a des narines r^des, la section du facial n’a pas une influence marquée sur les phénomènes respiratoires, mais il est des conditions dans lesquelles il n’en est plus ainsi. Chez les chevaux, les narines, très-mobiles, sont molles ; on voit, quand ils inspirent, les naseaux se dilater et se rétrécir dans les mouvements
terre, on découvrit le facial et on disséqua ses branches. En les pinçant, on les trouva toutes sensibles, mais assez faiblement. On coupa les trois branches du nerf, et les bouts centraux restèrent sensibles, tandis que les bouts périphériques se montrèrent alors insensibles.
On remarqua qu’aussitôt après la section du nerf, facial sur la joue, la lèvre correspondante, inférieure, devint pendante; le naseau du même côté était paralysé. Lors de l’inspiration, il s’affaissait et s’aplatissait comme une soupape (comme le fait par exemple, le repli aryténo-epiglottique dans l’œdeme de la glotte), de sorte qu’à ce moment la narine se trouvait complètement fermée. Dans l’expiration, au contraire, les bords de la narine s’ouvraient et s’écartaient légèrement. C’est donc là tout à fait l’inverse de ce qu’on observe à l’état normal, dans lequel' la narine s’élargit au moment de l’in-
sibles, mais les bouts périphériques n’accusèrent aucune sensibilité.
Au moment où l’on fit la section des branches du facial, la lèvre inférieure devint complètement tombante. La narine de ce côté fut frappée de paralysie, et, ainsi que cela avait eu lieu de l’autre côté, lanarines’aplatissait et se soulevait comme une soupape au moment de l’inspiration et de l’expiration. Il en résulta une véritable asphyxie pour le cheval, qui, ouvrant laidement la bouche, suffoquait malgré ses efforts pour respirer. Le cheval ne pouvant respirer par la bouche, à cause de la disposition du voile du palais et de l’épiglotte qui remonte jusqu’à l’orifice postérieur des fosses nasales, il s’ensuit une mort de l’animal par asphyxie.
Cet accident est particulier au cheval et ne se montre pas chez le chien ou chez d’autres animaux qui peuvent respirer par la bouche.
En outre, chez l’homme, chez le chien, la résistance des cartilages du nez empêche la paralysie des nerfs faciaux d’avoir les conséquences qu’elles ont chez le cheval; il leur resterait d’ailleurs, ainsi que nous venons de le dire, la ressource de respirer par la houche.
Le nerf fecial, nous le savons, se distribue encore aux lèvres et aux joues. L’immobilité de ces parties est la conséquence de sa section. Si l’animal veut prendre ses aliments avec ses lèvres lorsque le facial est coupé des deux côtés, ce mode de préhension lui est devenu impossible. J’ai vu par exemple, en coupant les deux nerfs faciaux chez des lapins que ceux-ci, étant réduits
étaient obligés de les mâcher en levant la tête, sans quoi ces aliments leur échappaient. La joue est alors paralysée
les aliments ne sont plus ramenés sous les dents pendant
, gonflent Cellegêner les mouvements des mâchoires. U y a en outre, comme conséquence de la paralysie des filets du digastrique et stylo-hyoïdien du nerf facial, des difficultés apportées dans la déglutition, si bien qu’après la section des deux nerfs faciaux, ces animaux mangent lentement.
La paralysie dumuscle bùccinateur, qui est animé par le nerf facial, donne à la' joue une flaccidité qui, dans les mouvements d’expiration, l’empêche de résister à la pression de l’air expiré. Il en résulte, du côté paralysé seulement, une distension intermittente de la joue produisant un soulèvement particulier, souvent observé
malade fwm la jdpe.
Enfin, messieurs, la section du nerf facial amène aussi des modifications très-apparentes du côté de l’oreille. Sur ce lapin, qui a le nerf facial gauche coupé, vous pouvez voir l’oreille gauche tomber; il ne peut plus la redresser comme l’oreille droite, ce qui tient à la paralysie des muscles extérieurs du pavillon de l’oreille. Ce phénomène est très-marqué chez les animaux qui, comme l’âne ont de longues oreilles. Chez l’homme il
n’a pas lieu ; l’oreille reste à peu près ipamobile, dans une position déterminée à cause de la rigidité de ses cartilages, et la paralysie des muscles auriculaires n’y produit pas de déformation apparente.
La branche auriculaire du nerf pneumo-gastrique paraît aussi avoir une certaine influence sur les mouvements de l’oreille. Yoici, en effet, ce que nous avons observé : ■
Exp. — On fit sur un lapin la section de la branche auriculaire du nerf pneumo-gastrique avant son anastomose avec le facial. Aussitôt après la section de ce filet,
. l’oreille devint basse et tombante, tandis que celle du côté opposé resta droite. Cependant, quand on irritait l’animal, l’oreille tombante se redressait; mais ensuite, quand le lapin était en repos, l’oreille retombait. On observa ce résultat d’une manière constante pendant quatre jours de suite; après quoi, l’animal étant sacrifié, on constata que l’anastomose entre le facial et le’ pneumo-gastrique était bien exactement coupée.
En résumé, la partie extérieure du nerf facial préside aux mouvements de la face qüi ont en général pour siège les ouvertures des organes de sens. Ce nerf est donc exclusivement moteur et lorsqu’on a coupé son tronc au sortir du trou stylo-mastoïdien, on n’observe aucune altération dans les mouvements profonds de la face.
Une dernière observation doit encore être faite ici relativement à la paralysie de la partie externe du facial.
Lorsque ce nerf est paralysé chez l’homme d’un seul côté, on a une déviation des traits qui sont tirés du côté
sain ; cette déviation est bien connue et je n’insisterai pas sur elle. On a expliqué cette déviation en disant que les muscles paralysés ayant perdu leur puissance contractile ou leur ton, l’action antagoniste subsistait seule.
Je ne sais pourquoi, chez les animaux, on observe exactement l’inverse, c’est-à-dire que les traits sont tirés du côté de la paralysie. Cette déviation s’observe moins facilement chez le lapin, mais je vous la montre-
saus chercher pour le moment à l’expliquer. ,
Actuellement, messieurs, nous allons vous exposer un certain nombre d’expériences que nous avons faites déjà depuis longtemps et dans lesquelles vous trouverez les preuves des différentes assertions que nous avons avancées dans cette leçon.
Exf. — Sur un lapin on coupa à gauche le nerf facial à la sortie du trou stylo-mastoïdien. Après cette . section, les traits de la face étaient aplatis, et attirés en arrière, à gauche, c’est-à-dire du côté paralysé. Cette déviation des traits est donc l’inverse de ce qm a lieu chez l’homme.
Après la section de la cinquième paire, la face présente un autre aspect : au lieu d’être tendu et tiré en arrière, le côté de la face est, au contraire, flasque et les traits sont tombants. On peut, à cet aspect seul, reconnaître de loin si c’est le facial ou la cinquième paire qui a été coupé.
Exp — Sur un lapin chez lequel les deux nerfs faciaux avaient été coupés dans la caisse du tympan, on constata que la sensibilité était conservée des deux côtés
de la face. Les mouvements du nez, des lèvres, des
oreilles, des joues, étaient complètement perdus. Lesmâchoires seules pouvaient se mouvoir.
Le lapin prenait sa nourriture avec les dents, mâchant très-bien; mais les aliments mâchés se plaçaient ; entre les joues et les mâchoires et y restaient accumu- , lés en quantité plus ou moins considérable. '
On observa le même phénomène sur quatre autres ^ lapins chez lesquels le nerf facial avait 'été coupé des j deux côtés. j
Exp. — Sur un chat, on ût l’extirpation du facial 1 d’un côté.
L’oreille correspondante resta parfaitement droite, i immobile; la paupière était fixe et ne se fermait pas, ; mais l’animal clignait avec la troisième paupière qui '
verticale, et, comme celle de l’autre œil, n’of&ait rien d’anormal. Le globe oculaire avait également conservé tous ses mouvements.
L’animal se plaçait souvent devant le feu, et, quand il s’endormait en se chauffant, il fermait les paupières de l’œil sain, tandis que celles de l’œil opéré restaient ouvertes. Mais de ce côté la paupière clignotante s’étendait au-devant de l’œil.
■ Eisp. — Sur un lapin de taille moyenne, on fit l’extir- j| pation des deux faciaux. Après l’extirpation du facial {
EXPéRIEN'CBS. 43
pèce de soulèvement des narines qui tenait sans doute à un soulèvement par l’air expulsé.
Dans l’arrachement du facial, il arrive quelquefois que l’on ménage le nerf acoustique et parfois aussi le petit ganglion géniculé du facial ainsi que le nerf intermédiaire de Wrisberg. Ici, on n’a pas examiné ce qui avait eu lieu; mais on observa que l’ouïe du. lapin était considérablement affaiblie. Toutefois l’animal entendait encore- les bruits lorsqu’ils étaient trè.s-violents. L’animal mangeait, mais avalait difficilement; les aliments s’accumulaient entre les arcs dentaires et les joues; si bien qu’il mourut pendant la nuit, probablement étouffé par les albnents qu’il avait dans la
Nous avons fait ensuite différentes expériences sur l’extirpation des nerfs qui ont des rapports avec le facial, et nous avons vu que ;
a. En extirpant le facial, on n’arrache pas son anastomose avec le pneumogastrique dans la portion osseuse du temporal.
b. Eu arrachant le pneumogastrique, on enlève les deux faisceaux radiculaires du nerf; mais on ne détruit ’ pas son anastomose avec le facial. Comme cette anastomose prend directement naissance du ganglion jugulaire, il est probable qu’on n’arrache pas ce ganglion.
e. En extirpant le nerf spinal on peut quelquefois n’enlever que la branche externe; d’autres fois on extirpe aussi la branche interne, quand on saisit le nerf plus haut. Quelquefois les animaux suffoquent subitement, cela tient-ilà ce qu’on a lésé les vagues oud’autres nerfs?
d. En extirpant l’hypoglosse, on n’atteint aucunement les nerfs de la huitième paire.
Eæp. — Sur un lapin de forte taille, on enlevale gan- ^ glion cervical supérieur. Le ganglion put être pincé ] sans douleur, seulement l’arrachement détermina un i peu de sensibilité. On fit ensuite la section des bran- ; ches superficielles du plexus cervical. Les mouvements ’ de la narine correspondante ne changèrent pas. On ob- j serva seulement encore, après l’ablation du ganglion, '■ la déformation déjà signalée de l’ouverture palpébrale, jj avec saillie considérable de la troisième paupière ainsi \ que la contraction de la pupille. ■ ^
On exposa les deux yeux à la lumière du soleil ; les I deux pupilles se contractèrent; mais l’iris du côtégam ; che où le ganglion avait été enlevé paraissait bien plus i sensible à l’action de la lumière. [
Ensuite on essaya de couper l’anastomose du pneu- ‘ mo-gasti-ique dans la caisse à gauche et on coupa le facial. U y eut immobilité de tout le côté correspondant;
Le lendemain, les mêmes phénomènes persistaient; . On voulut faire la section de l’anastomose du pneumogastrique à droite et on coupa encore le nerf facial.
L’aiiimal avalait difficilement; l’herbe s’accumulait entre les dents et les joues; il mourut deux jours
A l’autopsie : épanchement de sang dans les deux poumons, sérosité liquide dans le péricarde, rien dans ■ la plèvre.
Exp. — Sur un lapin de forte taille, on fit à gauche l’ablation du ganglion cervical supérieui-.
Le ganglion cervical put être pincé et lacéré sans provoquer aucun signe de douleur, seulement l’animal cria au moment de l’arrachement. On examina si cette opération avait amené quelque diminution dans les mouvements de la narine du côté correspondant et on ne vit rien de bien évident à ce sujet.
Le lendemain, en observant l’animal, on remarqua pom- la première fois qu’il existait du côté où lé ganglion avait été enlevé un rétrécissement et une déformation particulière de l’ouverture palpébrale. On observa également le phénomène bien connu du rétrécissement de la pupille qui existait du côté gauche.
Deux jours après, on n’observait rien de nouveau. Alors on fit à gauche la section de l’anastomose du pneumo-gastrique, mais on opéra involontairement la section du facial et on abolit tous les mouvements de la face. Le rétrécissement de la pupille persista. Le lendemain on essaya de couper l’anastomose du côté droit ; mais cette fois encore on coupa le facial du côté droit, de sorte que ce nerf était coupé des deux côtés. On s’assura que l’animal entendait très-bien, que les deux faciaux fussent coupés dans la caisse. Lorsqu’on laissait tomber quelque chose à terre, il prenait la fuite au moment où le bruit se produisait.
Les jours suivants, l’animal présenta les mêmes symptômes; il mangeait avec difficulté et mourut après cinq jours. .4 l’autopsie, on trouva la bouche remplie . d’herbe incomplètement broyée. L’animal, qui n’avalait que difficilement à cause du séjour des aliments entre ses joues paralysées, mâchait toujours et avait l’air de
.ruminer. On rem^qua dans les derniers jours de la viej :du lapin que, du côté de l’œil gauche, où le ganglion .cervical avait été enlevé, il y avait un écoulement par .la narine, du même côté.'
Exp. — Sur un jeune lapin, ou fit la section de k cinquième paire à gauche. Après la section, les traits étaient poussé en avant. Les mouvements des narines s’exécutaient bien des deux, côtés. Alors on fit l’abla- - tion du ganglion cervical supérieur à gauche; les mou- -vements de la narine de ce côté continuaient, surtout quand on comprimait la trachée; à l’état de repos, ils .semblaient un peu modifiés.
. Enfin on fit la section du nerf facial dans la caisse du tympan du côté gauche. Les traits qui avaient été poussés en avant au moment de la section de la cinquième paire se retirèrent un peu en arrière et se mirent de niveau.avec ceux du côté opposé.
Lianimal fut ensuite sacrifié dans une autre expérience.
Tels, sont, messieurs, les phénomènes extérieurs qui ! apparaissent dans la face quand on a détruit le facial par ; un procédé quelconque. Nous aurions maintenant àrap- | pro.cher.les résultats que nous fournit l’expérimentatiûn ■ chez les animaux, des symptômes que la lésion de ce nerf détermine chez l’homme.. Sous ce rapport nous pourrions citer un grand nombre de cas de paralysies de la face simples, ou doubles chez l’homme, observées par différents auteurs, et nous trouverions l’analogie la plus.
. complète entre tes phénomènes pathologiques et ceux qui. sont le résultat de l’expérimentation. Ce sont là des
faits tellement connus qu’il est complètement inutile d’y insister. Il y a seulement une différence que nous avons déjà signalée : c’est la déviation des traits du côté du nerf paralysé chez les animaux et du côté opposé chez l’homme. Sans vouloir entrer dans l’explication de ce phénomène, nous dirons cependant que chez l’homme, dans certains cas où la paralysie du facial a succédé à une névralgie, il survient une sorte de contraction qui tire les traits du côté même de la paralysie.
Après avoir étudié la distribution et le rôle de la portion extra-crânienne du facial, nous devrions aujour^j d’iiui examiner sa partie intra-crânienne, c’est-à-dire ' j les filets qui en émanent depuis son origine de la moelle allongée jusqu’à sa sortie par le trou stylo-mastoïdien, i' Mais, ainsi que je vous l’ai déjà indiqué, ces filets, sui- , vant nous, font pai’tie du grand sympathique et nous ^ renvoyons leur étude après celle de la cinquième paire, qui est le nerf sensitif principal de la face.
Je dois vous montrer encore le lapin sur lequel nous avons, dans la dernière séance, fait la section du nerf facial à sa sortie du crâne. Vous voyez que du côté gauche où ce nerf a été coupé les mouvements de la face sont ' complètement abolis, bien que la sensibilité persiste, ; comme il est facile de le voir aux mouvements provoqués t par les excitations dans les parties qui sont encore capables de se mouvoir, telles que le globe de l’œil. Il est aisé
de voir sur cet animal qu’aucune altération de nutrition n’a suivi la section du facial. Bien que les paupières ne puissent plus recouvrir le globe de l’œil, celui-ci est resté humide et brillant; la cornée n’a pas perdu sa transparence.
Laissons donc là le nerf facial; nous allons aujourd’hui entreprendre l’étude de la cinquième paire, dont l’histoire se i-attache du reste étroitement à celle de la portion dure de la septième paire.
La cinquième paire, nerf trijumeau, donne la sensi- ■ bilité à la face; la physiologie de ce nerf n’est bien connue que depuis les travaux de Magendie. Avant lui, voyant le nerf trijumeau se distribuer à la peau de la face et le facial se distribuer aux muscles de cette région. Ch. Bell avait déjà établi la différence fonctionnelle qui sépare physiologiquement ces deux nerfs. Il fit faire l’e.xpérience sur un âne par Schaw, qui, coupant d’un côté la branche sous-orbitaire de la cinquième paire et de l’autre les rameaux buccaux du facial, anéantit le sentiment de la lèvre supérieure d’un côté et le mouvement de l’autre côté.
La présence du ganglion de Casser à l’origine du nerf trijumeau fut ensuite pour Ch. Bell une raison de rapprocher ce nerf des racines postérieures.
Au moment où Magendie entreprit ses expériences sur la cinquième paire, dn avait donc seulement démontré qu’elle donne le sentiment à la lèvre, et que le facial lui donne- le mouvement. Les e.xpériences de Magendie apprirent surtout que non-seulement le nerf trijumeau est un nerf sensitif, mais qu’il a encore une influence
très-femàrquable sur la nutrition de la face et par suite sur les manifestations sensorielles.
Vous savez que l’origine apparente de la cinquième paire a heu au pont de Varole par deux portions, l’une grosse, l’autre petite; la grosse portion constitue un nerf de sentiment, la petite portion est motrice.
Immédiatement'en sortant du ganglion qui se trouve peu après son origine, le trijumeau se divise en trois branches : la branche ophthalmique, la branche maxillaire supérieure et la branche maxillaire inférieure! | Les deux branches supérieures sont des nerfs purs de sentiment. Mais la branche inférieure est mixte, ce qui est dû à une partie motrice fort grêle, qui n’entre pas dans le ganglion et vient, un peu au delà, se joindre à la, ^ branche maxillaire inférieure. Cette portion motrice i vient ensuite s’associer à certains filets du nerf maxih laire inférieur, qui grâce à cette adjonction deviennent i mixtes, tandis que d’autres restent seulement sensitifs: ’ Tandis que toute la partieganglionnaire du nerf trijumeau | préside à ta sensibilité générale de tous les organes' des' sens, de la peau de la face, excepté à celle, de la partie inférieure et postérieure de l’oreille, la portion motrice ^ qui est venue se joindre à la branche maxillaire inférieure, donne le mouvement aux muscles masticateurs. - .4ussi, quand on a coupé complètement, sur un lapin; ' la cinquième paire, l’animal a perdu non-seulement la sensibilité de la face, mais aussi les mouvements de la mâchoire inférieure : si le trijumeau a été coupé des' deux côtés, la mastication est devenue impossible. Lors-
lOrtant plus spécialement sur les :sque, comme l’a fait Magendie, on paire dans le crâne de manière que
que nous allons pratiquer devant U' la raison simple qü’on m fait,. Le tronc du Iriju- ^ lartie.- supérieure et externe i annulaire, -vers le lieu -ou \ ulêB cérébelleux moyens. Il e pourrait découvrir le nerf levant la voûte du crâne et sau, ainsi qu’on l’a fait sûr ; d’un lapin (flg. 2). Comme ue nous allons pratiquer,
les chances de quelques :
représente (fig. •!). On peut encore donner à cet instrument une forme analogue à celle d’un canif. Voici d’ailleurs le procédé tel que nous le suivons (fig. 2) :
1” On tient solidement de la main gauche la tête du lapin en sentant avec le doigt un tubercule placé immédiatement au-devant de l’oréille et qui est constitué par le condyle de la mâchoire inférieure. En arrière de ce tubercule, on trouve une portion osseuse dure qui est l’origine du conduit auditif;
2* On pique avec l’instrument H immédiatement en arrière du bord supérieur du tubercule condylien, en dirigeant la pointe de l’instrument un peu en avant pour éviter de tomber dans l’épaisseur même du rocher et parvenir plus facilement dans la fosse temporale moyenne; on incline en même temps un peu en haut afin de ne pas glisser dans la fosse zygomatique en manquant ainsi d’entrer dans le crâne ;
3° Aussitôt que l’instrument a pénétré dans le crâne, ce qui se reconnaît à ce que sa pointe peut se mouvoir à iaise, on cesse de le pousser et on le dirige aussitôt en
iiti"
pour opérer la section du nerf immédiatement ï j passage sur l’extrémité du rocher, en arrière du lion de Casser, si c’est possible, ou tout au moins ;e ganglion lui-même. ■ ' -
U On ramène ensuite l’instrument en appuyant sur l’os de manière à bien achever la section du trou de la
cinquième paire ; puis on le retire en lui faisant parcourir le même trajet sur la face antérieure du rocher en sortant qu’en entrant, afin de ne pas labourer la substance cérébrale.
L’accident à redouter dans l’opération est surtout la section de l’artère carotide lorsqu’on pousse l’instrument trop en dedans, ou la , lésion du sinus caverneux
lorsqu’on le pousse trop en avant.
Nous allons maintenant faire cétle expérience devant vous en suivântle procédé qüeje viens de vous indiquer :
Au-devant de l’oreille de ce lapin nous sentons le tubercule qui marque l’origine du conduit auditif; c’est au-devant de ce tubercule qu’il faut enfoncer l’instrument. Cet instrument est piquant ; l’os peu épais peut être percé directement. Nous- voici dans le crâne, nous suivons ie rocher; le lapin s’agite : nous sommes arrivé sur le nerf. Le mouvement violent auquel l’animal s’est livré aurait eu des suites fâcheuses si nous n’avions tenu, à ce moment, très-solidement la tête dé la main gauche et l’instrument de la main droite. De cette façon, les deux mains de l’opérateur et la tête de l’animal faisant pour ainsi dire corps, il n’y a pas eu de déplacement relatif de la pointe dé l’instrumentJ L’animal pousse des cris aigus; nous coupons le nerf de la cinquième paire. Vous voyez saillir le globe oculaire du côté droit oi nous opérons le section du nerf. Maintenant nous retirons l’instrumeiit.
Vous voyez éntouchantla cornée; les lèvres et les joues, que la sensibilité de la face est complètement perdue de ce côté droit où l’opération a été pratiquée, bien qu’ellé soit toujours très-vive du côté opposé. On peut pincer Isi narine à côté de la section, y introduire' un corps étranger sans provoquer de douleur; du côté sain, ces parties sont restées très-sensibles. L’animal est un peu affaissé; toutefois il n’y a pas de signes actuels d’hémorrhagie, et je pense qu’en laissant le lapin en repos il n’en surviendra pas.
La langue est insensible comme la face. On pourrait
la saisir et la pincer à gauche sans que l’animal la retire; la même chose n’aurait pas lieu à droite. :
Les phénomènes immédiats d’insensibilité que nous observons chez ce lapin persisteront toujours, comme nous le verrons, en conservant l’animal. Mais bientôt d’autres phénomènes surviendront : lésions consécutives de nutrition qu’a découvertes Magendie en suivant les animaux opérés, après leur avoir coupé la cinquième paire dans le crâne.
Magendie . est le premier expérimentateur qui ait coupe la cinquième paire dans le crâne, de manière à conserver les animaux vivants. Il a exécuté cette opération en 1824.1! est vrai que d’autres physiologistes avaient eu avant lui l’idée de couper la cinquième paire dans le crâne : ainsi, Herbert Mayo, en 1823, publiait des expériences dans lesquelles il avait coupé la cinquième paire dans le crâne à des pigeons après leur avoir enlevé le cerveau; la même année, Fodéra fit des expériences dans lesquelles il coupa la cinquième paire sans enlever la calotte crânienne, en entrant par le pariétal et enlevant une petite portion du rocher. Les deux expériences qu’il fit par ce procédé ne donnèrent que des résultats tout à fait incomplets et très-confus : les animaux ne survécurent dans aucun cas. Or, comme l’idée de cette expérience n’a rien de particulier, et que tout le mérite consiste dans l’invention d’un procédé qui permette de l’exécuter et de conserver les animaux vivants, tou t le mérite de cette expérience et des découvertes auxquelles elle a conduit reviennent à Magendie, bien que, comme cela arrive à tous les inventeurs, on ait
opération un grand nombre de fois, j’ai eru remarquer que, lorsque un affaissement ou une tendance aux hémorrhagies se manifestaient après l’opération, un repos absolu permettait à l’animal de se rétablir plus promptement, tandis que le mouvement était presque constamment funeste.
Pour être en mesure de vous montrer en même temps aujourd’hui les phénomènes consécutifs à la section de la cinquième paire,' nous avons pratiqué cette opération il y a deux jours sur cet autre lapin.
Nous avons d’abord constaté chez lui les mêmes phénomènes immédiats que nous avons signalés chez le lapin opéré devant vous, savoir : la perte de sensibilité de tout un côté de la face. 'Vous pouvez voir que.ces phénomènes persistent encore et qû’on peut impunément porter sur la moitié gauche de là face des irritations mécaniques. Cette paralysie du sentiment n’est pas bornée aux parties superficielles, un' stylet introduit profondément dans la narine du côté lésé n’y produit aucune sensation douloureuse. L’oreille seule n’a pas perdu sa sensibilité. Cela tient à ce qu’elle reçoit ses nerfs de sensibilité, non de la cinquième paire exclusivement, mais du plexus cervical et même du pneumo-gastrique.
L’opération est faite depuis deux jours, et déjà les accidents consécutifs sont très-visibles. L’œil est rouge, la
conjonctive est injectée; déjk on voit une tache sur lacornée qui a perdu son brillant et un peu de sa transparence. La cornée est plus convexe, l’iris est comme chagrinée. Cette altération est une conséquence de la section de la cinquième paire; elle né tient pas, comme on l’a prétendu, uniquement au défaut d’occlusion des paupières, quoiqu’on ait dit que, si l’œil était soustrait au contact de l’air, l’altération consécutive arriverait plus lentement ou même n’aurait pas lieu. Ce qui prouve que ce n’est pas du tout uneconséquence forcée du contact prolongé de l’air avec le globe oculaire, c’est ce qui se passe sur un lapin auquel nous avons coupé le facial il y a sept jours. L’œil est sain, quoique la section du facial, paralysant le muscle orbiculaire, ne permette plus le rapprochement des paupières.
. ■ L’altération de l’œil, après la section de la cinquième paire dans le crâne, a été très-bien étudiée dans ces derniers temps par M. Schiff. Il y a des causes diverses, causes qui peuvent retarder l’altération de la cornée. J’ai remarqué encore qu’après de simples contusions du nerf lorsqu’il n’y avait pas une solution de continuité parfaite, l’altération était plus tardive ou même n’arrivait pas, quoique la sensibilité eût parfaitement disparu.
. Èxp, — Sur un lapin déjà affaibli et par conséquent prédisposé à l’altération de la cornée, je coupai la cinquième paire dans le crâne du côté droit. L’animal cria au mornent de la section, mais il n’y eut pas saillie de l’œil comme à l’ordinaire, et il y eut aussitôt après l’opération quelques mouvements de clignement dans la paupière. Cependant l’œil, le nez, les lèvres, étaient
çomplélÆment insensibles. L’animal vécut quatre jours en présentant les mêmes symptômes d’insensMité sans qu’il y eût aucune altération, de la cornée : l’animal mpui'ut d’affaiblissement, et non de la section de la
' A l’autopsie on . trouva que la cinquième paire était li:te-nettement coupée, excepte une portion de la branche opbthalmique qui tenait encore comme un fil, mais qui avait cependant été contondue, car l’animal ne manifestait aucune sensibilité dans l’œil pendant sa vie.
Immédiatement après son ganglion, la cinquième paire se divise en trois branches qui donnent la sensibilité générale aux organes des sens. La branche ophthalmiquese rend à l’oeil; la branche maxillaire supérieure à l’organe de l’odorat; la branche maxillaire inférieure aux organes du goût. Ces trois branches naissent du tronc de la cinquième paire sur lequel se rencontre le ganglion de Casser, ganglion duquel ne naît aucun nerf. Ce dernier caractère, qui le rapproche des ganglions intervertébraux, le différencie en même temps .des ganglions du grand, sympathique desquels naissent ordinairement des ramifications nei'veuses.
Nous allons examiner successivement les effets de la paralysie de ces trois branches de la cinquième paire, en commençant par la branche ophthalmique.
, La branche ophthalmique pénètre dans l’orbite par la fente sphénoïdale, après quoi elle se divise en plusieurs rameaux qui sont tous sensitifs. '
Mais avant d’entrer dans l’étude de ces branches de la cinquième paire, il est une question dont nous devons
nous occuper, c’est celle de l’influence du ganglion sur les effets consécutifs de la section du nerf trijumeau.
Lorsqu’on opère la section du nerf trijumeau, lœ effets sont-ils identiques quand la section porte, avanfle ganglion de Gasser ou après lui?
Déjà, en -1822, Magendie avait vu que non. C’est le hasard qui porte ordinairement la section avant le ganglion; lorsqu’on fait l’opération, il, est difficile ou même impossible de choisir exactement le lieu sur lequel tombera l’instrument. La section ne saurait être dirigée à coup sûr entre le ganglion et le pont de Varole, en raison de l’espace très-étroit qui lés sépare, espace diminué encore par la cloison que forme la dure-mère, entre la protubérance et le ganglion de Gasser. Pour arriver à détruire la cinquième paire avant son gangUon, j’avais autrefois imaginé un procédé qui consistait à air taquer le nerf par sa partie postérieure avec un crochet destiné non à le couper, mais à l’arracher; ce procédé est d’une exécution très-difficile et tout aussi peu certaine que l’autre.
Dans les expériences nombreuses qui ont été prati-quées sur la cinquième paire, il est donc arrivé que tantôt on a coupé le tronc de ce nerf avant le ganglion, tantôt on l’a coupé après, tantôt enfin on l’a coupé sut le ganglion lui-même. Magendie avait déjà observé que, quand on avait coupé le trijumeau avant son ganglion, les phénomènes d’altération de nutrition étaient plus lents à se produire que lorsque la section avait porté sur le ganglion ou sur la partie du nerf située au delà. j
J’ai même vu ces phénomènes d’altération man-
quér complètement quand on arrrive à couper la cinquième paire dans le cerveau même, suffisamment loin du ganglion. On a alors tous les phénomènes que nous avons vus suivre la paralysie de la cinquième paire, moins les altérations de nutrition. Il est donc permis de penser que ces désordres de nutrition sont en rapport avec la lésion du ganglion. Cette interprétation est d’accord avec ce que l’on sait de l’influence des ganglions intervertébraux sur la nutrition des nerfs; elle est d’accord aussi avec ce qui s’observe chez l’homme où l’on rencontre des paralysies delà cinquième paire avec les deux ordres de lésions. A l’examen d’un malade affecté de pai’alysie des centres nerveux, l’absence des lésions de nutrition fera présumer que la cause de la paralysie a son siège dans les centres nerveux; la présence de ces désordres fera penser, au contraire, que la cause dè la paralysie intéresse le ganglion, ou la partie du nerf située au delà du ganglion.
■ J’ai eu autrefois l’occasion de suivre à la Salpêtrière une observation de paralysie de la cinquième paire, avec troubles de la nutrition et destruction de l’œil. Dans ce cas, l’autopsie montra que le ganglion deGasser était comprimé et détruit par une tumeur de la fosse temporale moyenne.
La pathologie avait déjà fourni quelques observations analogues aux expériences récentes de M. Waller, qui a essayé une explication de ces faits. Suivant M. Waller, il faudrait rattacher à une même loi physiologique les effets de la cinquième paire, et cêux des racines rachidiennes. Nous avons vu cependant que la section des
de nutrition dans les membres.
Examinons maintenant ces désordres de nutrition qu’entraîne la section de la cinquième paire.
Dans l’œil, où ils sont le plus apparents, indépendamment de la paralysie du sentiment dans toutes les autres parties où se distribue la branche ophthalmique, on voit qu’au bout de quelques heures la cornée transparente n’estplus aussi lisse ni aussi brillante. La saillie du globe oculaire paraît être plus grande, la cornée plus convexe; des vaisseaux grossis se dessinent sur le ponrtour.de la conjonctive comme on le voit dans la figure 3.
Après la section du nerf, indépendamment des causes citées plus haut et qui, tenant au siège de la lésion, peuvent accélérer ou retarder les accidents, nous devons indiquer encore que l’altération peut être rendue plus prompte ou plus tardive par l’état général des animaux sur lesquels on expérimente ; les altérations de nutrition apparaissent plus tôt chez les animaux affaiblis-
Généralement, au bout de deux jours, la cornée commence à devenir opaque. Plus tard, l’animal devient
Une question importante mérite de nous arrêter ici. La perte de la vue est-elle primitive ou consécutive; estelle une conséquence de la section du nerf ou de la perte de transparence de la cornée?
générale del’œil étaitintacte. Lapertede la vuen’était cependant pas réelle, car on peut, en coupant la cinquième paire des deux côtés, voir qu’après ' l'opération l’animal y voit encore assez pour se conduire. Si l’onin’a opéré la section que d’un côté, on peut reconnaître aussi que, de ce côté, la pupille se contracte encore sous l’influence de la lumière.
Au bout de quelques jours l’opacité de la cornée se prononce de plus en plus, l’engorgement des vaisseaux de la conjonctive augmente, un bourrelet se forme quelquefois autour de la muqueuse , bourrelet qui donne un écoulement purulent; des symptômes inflammatoires se montrent, inflammation sans douleur ni chaleur, La température de ce côté delaface est, au contraire, moins élevée que celle du côté opposA
Les désordres vont se prononçant de plus en plus ; la tache qui s’était d’ahord montrée sur la cornée se creuse, devient un véritable ulcère, la cornée se perfore. Alors l’œil se vide : la perforation de la cornée donne issue au cristallin, à l’humeur vitrée; c’est une sorte de fonte de l’œil. Si l’animal y survit, il ne reste de l’œil qu’un mo^on petit et dur.
En général, les animaux succombent à ces désordres, qui finiraient d’après Magendie par amener une gangrène de toute la moitié de la face, surtout chez des animaux h sang froid qui résistent mieux aux suites de cette opération. Je n’ai jamais vu les lapins vivre que quinze jours ou trois semaines au plus; et ce n’est pas assez longtemps pour qu’on assiste à la perte complète de l’œil.
Ci SERF TRIJUMEAU,
Après la section de la cinquième paire, on remarque encore du côté des autres membranes muqueuses des désordres de nutrition .
Du côté du nez, il y a souvent un écoulement muqueux; du côté de la bouche on en voit également par la commissure du côté opéré. Dès les premiers jours qui suivent la section de la cinquième paire, on observe aussi des altérations sur le bout de la langue, et sur les lèvres; qui tiennent bien certainement à ce que l’animal mord ces parties devenues insensibles, morsures quideviennent ensuite le: siège d’ulcérations (Voy. fig. 3).
■ On sait qu’il y a aussi paralysie des mouvements de la mâchoire du côté où l’on a coupé la cinquième paire; les dents ne se correspondent plus, d’où résulte que l’animal se nourrit plus difficilement, comme nous le verrons en étudiant les phénomènes qui sont spéciaux à la paralysie du maxillaire inférieur.
. . Quand on a coupé les deux cinquièmes paires, on ne peut pas observer les phénomènes consécutifs, parce que l’animal, ne pouvant plus se nourrir, meurt de faim. Quand on a coupé une seule cinquième paire, ou seulement une de ses branches, l’ànimal peut encore se nourrir de manière à vivre quelque temps ; on peut avoir ainsi isolément les désordres qu’entraîne la destruction de chacune de ces branches.
. Certaines influences peuvent avoir une action sur la rapidité de la production des lésions de nutrition. Nous avons déjà parlé de l’état de faiblesse des animaux, quelle qu’en soit la cause; nous avons remarqué que l’ablation du ganglion cervical supérieur semblait au
contraire retarder les désordres de nutrition. Ce fait est très-intéressant parce que nous savons qjie l’ablation de ce ganglion active les phénomènes circulatoires des parties auxquelles s’étend son influence; ces parties paraissent avoir alors une vitalité plus grande, ce qui leur permettrait par là une plus longue résistance aux causes de désorganisation qui tiennent à l’opération. .
Nous allons actuellement vous donner un certain nombre d’expériences dans lesquelles vous trouverez les preuves de ce que nous venons de vous annoncer, expériences qui comprennent des exemples de destruction de la cinquième paire, soit des deux côtés, soit d’un seul, soit même simplement d’une branche isolée de ce nerf.
Exji. — Sur un lapin de taille moyenne et très-vif, on coupa dans le crâne la cinquième paire du côté gauche. L’animal cria peu au moment de la section ;
de l’œil, eonstriotipn de la pupille, insensibilité de la conjonctive et de la moitié correspondante .de la face.
Après l’opération, le lapin avait conservé sa vivacité.'
Ce qu’il y eut de remarquable dans cette expérience, une des mieux réussies qu’on puisse trouver, c’est la liberté des mouvements du globe de l’œil dans tous les sens. Ces mouvements paraissaient s’effectuer aussi bien du côté gauche que du côté sain. Il y eut également des mouvements de e%nement de la paupière, mouvements qui étaient peut-être moins prononcés du côté
deux yeux. Tous les phénomènes précédents furent observés immédiatement après l’opération.
ün quart d’heure après la section du nerf, l’animal était dans le même état; seulement la pupille gauche, d’abord fortement contractée, s’était déjà notablement dilatée. L’iris du côté opéré présentait un aspect plissé en rayo'nnant. La cornée semblait un peu plus sèche à gauche qu’à droite. Les mouvements du globe oculaire étaient toujours très-libres.
Trois quarts d’heure après l’opération, la pupille gauche était à peu près aussi dilatée que la droite, etelle se contractait très-manifestement sous l’influence de la lumière d’une chandelle, puis elle se dilatait quand on la plaçait dans l’obscurité. La cornée du côté gauche, était déjà terne et comme poisseuse, tandis que celle du côté droit avait conservé son aspect brillant ordinaire. L’animal, qui jusque-là avait porté haut l’oreille gauche la tenait baissée à ce moment.
Le lendemain, vii^t-quatre heures après l’opération, l’animal avait l’oreille basse du côté gauche ; lorsqu’il clignait du côté droit, il ne s’exécutait plus de mouvement dé clignement à gauche. La conjonctive était injectée et présentait déjà une opacité vers sa partie interne et inférieure. L’œil et la face étaient insensibles, et tous les symptômes de la section de la cinquième paire existaient très-bien caractérisés. Les mouvements du globe oculaire gauche étaient toujours très-bien conservés. La pupille gauche, quoique dilatée, était toujours un peu plus resserrée que celle du côté opposé, et l’on constatait à plusieurs reprises qu’elle se resserrait davantage sous Tinfluence de la lumière d’une chandelle ; ce qui prouve que l’opacité commençante de la journée n’empêchait pas
£}a>ÉRœNCES. 6?
l’action des rayons lumineux. L’iris était rougeâtre, bombé en avant, offrant des plissements radiés profonds ; la surface de l’œil était enduite d’une chassie visqueuse; il y avait un peu d’écoulement muqueux par la commissure labiale du côté gauche, et l’aile du nez pa^ raissait un peu moins mobile de ce côté.
Le surlendemain, l’animal fut trouvé mort.
le crâne; la cinquième .paire était très-bien coupée et la section portait avant le ganglion qui était à peine atteint. Tous les nerfs moteurs de l’œil étaient parfaitement mé- . nagés, ainsi que les nerfs pétreux qui semblaient être restés parfaitement intacts.
La conservation de la mobilité du globe oculaire observée dans ce cas tenait-elle à ce que les nerfs moteurs de l’œil avaient été ménagés, à ce quelacinquièmepaire avait été coupée avant son ganglion, on bien à ce que les nerfs pétreux et carotidiens n’avaient pas été atteints?
Exp. (30 avril 1841). — Sur deux jeunes lapins je coupai la cinquième paire d’un seul côté.
Aussitôt après l’opération, l’œil devint saillant et la pupille fut contractée comme à l’ordinaire. De plus on observa l’insensibilité de tout le côté correspondant de la
En faisant cligner les paupières du côté sain, celles du côté opéré n’exécutèrent aucun mouvement.
Quatre heures après l’opération, l’œil opéré était, chez les deux lapins, déjà couvert de chassie, bien que la cornée fût encore transparente. La pupille étaitmoins resserrée qu’elle ne l’avait été au moment de l’opéra-
tion;mais elle était toujours plus contractée que celle du côté opposé. Lorsqu’on approchait une lumière de l’œil opéré, la pupille se contractait; puis, après, l’animal fermait la paupière; ces phénomènes s’observaient chez les deux lapins.
Le lendemain, quinze hem-es après l’opération, les paupières étaient collées; la partie supérieure de la conjonctive oculaire était très-injectée; la cornée transparente blanchissait déjà, l’altération commençant par la partie inférieure, La pupille était toujours plus contractée du côté opéré que du côté sain. Les phénomènes observés étaient toujours identiques chez les deux lapins.
Le surlendemain, 2 mai, la cornée était devenue de plus en plus opaque, etc.
L’un de ces lapins succomba le 5 mai, c’est-à-dire six jours après l’opération, et l’autre le 7 mai, c’est-à-dire huit jours après.
Sur un autre jeune lapin, on fit à droite la section de la cinquième paire. Du côté correspondant à la section, la narine se mouvait bien, mais elle paraissait rester plus dilatée que celle du côté opposé.
Le lendemain l’animal mourut. La cornée était déjà opaque; mais le cristallin et l’humeur vitrée avaient parfaitement conservé leur transparence. L’autopsie montra que le nerf de la cinquième paire avait été bien
Exp. (8 août -1849). — Sur un lapin rouge, vivace, on coupa à midi la cinquième paire à gauche en réussissant à passer derrière le rocher pour couper le nerf avant son ganglion. Après la section il y eut insensibilité de
tout le côté gauche de la face; les mouvements de ce côté, comparés à ceux du côté opposé, ne paraissaient pas sensiblement modifiés. La pupille était plus contractée du côté de l’opération que du côté sain; cependant elleparaissaitl’être moins que dans les sections ordinaires de la cinquième paire. Le globe de l’œil était mobile.
Six heures et demie après l’opération, le même état persistait. Toutefois, ilsemblaity avoir déjà un commencement d’injection dans la conjonctive, et la cornée était peut-être un peu plus sèche que du côté opposé ; la pupille était dilatée et redevenue pour le diamètre semblable à celle du côté opposé.
Le 9 août, vingt-six heures après l’opération, Tœil gauche semblait faire légèrement saillie. La cornée, un peu terne, était cependant humide et avait conservé sa transparence. L’iris était plissé et bombé en avant. La pupille était plus contractée que celle du côté opposé. On avait observé qu’il y avait une convexité moins grande de la cornée du côté coupé. C’est la cornée de ce lapin qui a été représentée (flg. 3).
L’animal fut conservé sept jours, et ce n’est que vers le cinquième jour que commença à se manifester une très-légère opalescence de la cornée.
L’animal présenta en outre l’allongement par absence d’usure dans les deux dents incisives, avaient perdu leurs rapports naturels. Il offrait également les ulcérations caractéristiques qui surviennent aux lèvres et à la langue après la section de la cinquième paire; ce sont les dents et les lèvres de ce lapin qui ont été représentées (flg. 5, page 103).
A l’autopsie, on trouva que la cinquième paire était très-nettement coupée avec le ganglion.
Cette expérience concorde avec les résultats obsenés par Magendie, à savoir, que les altérations de l’œil sont beaucoup plus lentes quand le nerf a été coupé avant son ganglion. Toutefois, il faut noter ici que l’animal était d’une vigueur remarquable; et nous avons vu que, toutes choses égales d’ailleurs, l’altération de l’œil est d’autant plus rapide que les animaux sont plus jeunes et plus affaiblis.
Exp. (août 1842). — Surun lapin, on coupa à gauche l’anastomose du facial et du pneumogastrique : il y eut une l^ère diminution de l’activité des mouvements respiratoires de la narine.
Alors on fit à gauche la section de la cinquième paire dans le crâne. Les traits de la face ne furent pas poussés
à ce qu’on avait préalablement arraché le spinal et le ganglion cervical supérieur de ce côté.
Le 7 août, on fit la section des branches du plexus cervical qui se rendent à l’oreille. Après cette section, l’oreille était complètement paralysée : ayant été privée de sa sensibilité par la section de la cinquième paire et du plexus cervical, elle semblait avoir perdu complètement la motilité.
Avant la section du rameau auriculaire, lorsqu’on irritait le nerf auriculaire lui-même ou quand, d’abord, on pinçait l’oreille du lapin, qui recevait une partie de sa sensibilité de ce nerf, on déterminait une demi-occlusion de la paupière gauche quoique la cinquièmepairefût coupée.^
EXPÉRIEKCES. 71
La cornée gauche, malgré la section de la cinquième paire, était transparente et humide; là pupille, resserrée, se contractait encore davantage sous l’inflaence de la lumière; l’iris était convexe en avant et commençait à offrir des plis rayonnés.
Le 8 août, vingt-quatre heures après l’opération, l’œil gauche était toujours humide; la cornée était transparente; la pupille, plus resserrée que du côté droit, se contractait encore sous l’influence de la lumière.
De plus, on observa que, depuis l’ablation du gan- , glion cervical supérieur, il y avait un écoulement muqueux par la narine gauche et par la bouche, du même
On mit alors l’animal sous l’influence de l’opium, ce qui diminua les mouvements respiratoires dans les deux narines, mais sans les abolir entièrement ni d”un côté
Le 9 août, l’animal était toujours à peu près dans le même état; il était vif; son oreille gauche était toujours paralysée du mouvement et de la sensibilité, mais ce qu’il y avait de plus remarquable, c’est l’état de l’œil qui était humide et parfaitement transparent. La pupille était mobile, seulement elle était plus resserrée que celle du côté opposé. L’iris, brun et comme tuméfié, était bombé en avant et offraitdes plis rayonnés. La conjonctive était injectée dans sa partie moyenne en haut et en bas ; le globe oculaire gauche était mobile, les paupières sefermaient quand on exposait l’animal au soleil ; la pupille se contractait alors davantage aussi. .4 onze heures du soir, l’animal était mourant avec une respiration excès-
sivement gênée : on opéra la trachéotomie, et les mouvements exagérés des narines n’en furent en rien diminués. Le 10 août l’animal était mort.
A l’autopsie on constata que .la cinquième paire avait été bien coupée avant son ganglion, qui était toutefois rouge et un peu enflammé. Les poumons étaient engorgés et très-malades; ce qui suffit pour expliquer la
Exp. — Surunautre lapin, la section de la cinquième paire amena une saillie considérable de l’œil ; la pupille était fortement contractée. En touchant l’œil sain pour ^ le faire cligner, il n’y avait aucun clignement dans l’œil du côté où avait été pratiquée l’opération.
Quatre heures après l’opération, la pupille, qui d’abord était fortement contractée, s’était dilatée ; elle l’était toutefois moins que celle du côté opposé.
Alors, étant dans l’obscurité, ou approcha une lumière de l’œil; la pupille se contracta et le mouvement de clignement eut lieu.
Le lendemain, quinze heures après l’opération, l’œil commençait déjà à se couvrir de chassie; la pupille était restée légèrement plus contractée que celle du côté opposé.
Exp. — Surunlapin,onfitlasectionde la cinquième paire dans le crâne. Aussitôt après, l'œil était saillant, la pupille contractée et immobile. Parfois il y avait des mouvements de clignement dansJ’œil opéré sans qu’il en résultât des mouvements synergiques dans l’œil opposé Six heures après l’opération, l’animal ne paraissait pas y voir : une lumière approchée de l’œil ne détermina ni
contraction de la pupille ni clignement. L’œil était lai-moyant et la conjonctive palpébrale commençait à
Dix-huit heures après l’opération, l’œil était toujours larmoyant, la cornée transparente devint le siège d’une opacité qui commença par le centre.
Six jours après, l’animal mourut. En examinant l’œil, on trouva la cornée entièrement opaque. Le cristallin et les autres humeurs de l’œil étaient restés parfaitement transparents.
Exp. — Sur un jeune lapin, on pratiqua la section de la cinquième paire. Au moment de la section, on observa les phénomènes ordinaires; le lendemain, une opacité existait déjà, dans le centre de la cornée; l’animal toutefois ne paraissait pas complètement aveugle et il se dirigeait lorsqu’on le laissait aller, après lui avoir bouché l’œil sain avec une bandelette de diachylon.
Exp. — Sur un lapin, après la section de la cinquième paire des deux côtés, les deux pupilles pouvaient se contracter. Seulement le clignement n’existait que d’un seul côté parce que, de l’autre, le facial avait été coupé préalablement.
Exp. — Sur un lapin, on enleva le ganglion cervical supérieur à droite. Il y eut aussitôt après un rétrécissement de la pupille, en même temps qu’elle se déforma et qu’elle prit un plus grand diamètre vertical. Une heure après, il n’y avait rien de changé dans la pupille qui était restée dans le même état.
Un peu plus tard, on coupa, du même côté, la cinquième paire. Aussitôt la déformation de la pupille dis-
parut; elle devint arrondie et excessivement contractée; le globe de l’œil était très-saillant.
Une heure après la section de la cinquième paire, la pupille était redevenue comme avant, c’est-à-dire que l’influence du ganglion s’y faisait toujours sentir, car la pupille avait conservé son diamètre vertical plus considérable et sa forme elliptique. L’oeil était resté saillant; mais le globe oculaire paraissait mou et flasque.
Ea>p. — Sur un jeune lapin de sept semaines, bien portant, on coupa la cinquième paire du côté gauche. Aussitôt l’œil devint saillant et il y eut un resserrement considérable de la pupille. Les paupières étaient largement ouvertes; la conjonctive et la peau du nez furent trouvées insensibles aussitôt après l’expérience; l’animal était très-vif.
On tourna l’œil gauche du lapin du côté de la lumière et il présenta très-bien les mouvements de totalité du globe oculaire.
Une demi-heure après, on constata que la pupille de l’œil opéré s’était dilatée; cependant elle ne l’était pas autant que celle du côté opposé. Il faut ajouter qu’au moment de l’opération, la pupille du côté droit n’avait pas éprouvé de changement appréciable dans son diamètre.
Une lumière dirigée sur l’œil, préalablement dans l’obscurité, détermina des mouvements non-seulement de la pupille, mais des mouvements généraux du glohe de l’œil, absolument comme du côté sain. On s’aperçut en outre que la cornée était redevenue brillante comme avant l’opération et que le globe de l’œil avait cessé d’être saillant. C’est alors que l’on reconnut que la branche
EXPÉBIENCES.
ophthalmique n’avait pas été complètement coupée, et que la sensibilité qui était survenue dans l’œil au moment de l’opération dépendait probablement d’une compression de ce nerf.
En effet, voici quels phénomènes présentait à ce moment l’animal : le globe oculaire offrait une sensibilité évidente, mais le nez, les lèvres, étaient parfaitement insensibles; c’est-à-dire qu’on avait les signes de la section complète des nerfs maxillaires supérieur et infé-
Alors je réintroduisis l’instrument pour achever la division de la branche ophthalmique ; et, au moment où je la coupai, l’animal poussa des cris aigus, l’œil redevint saillant, la pupille très-contractée et la cornée complètement insensible. Aussitôt après celte opération, on fît éprouver à la tête un mouvement de rotation, de manière à voir sile globe oculaire restaitimmobile. Les mouvements de rotation de l’oeil en dehors étaient excessivement faibles.
Au moment de cette seconde opération, il n’y avait pas eu non plus de contraction dans la pupille du côté opposé, du côté droit.
Une demi-heure après, l’œil gauche était resté saillant, la cornée était déjà devenue terne ; ce qui n’avait pas eu lieu lors de la première opération, alors que le nerf n’avait été que comprimé. La pupille s’était un peu dilatée depuis l’opération.
Deux heures après la section du nerf, l’œil était toujours insensible, la pupille était un peu plus dilatée qu’avant, bien qu’elle le fût toujours moins que celle
du côté opposé. Les mouvements du globe oculaire étaient toujom-s très-faibles du côté gauche, tandis que du côté droit ils étaient très-marqués.
Dans l’obscurité, la lumière artificielle déterminait une contraction très-lente delà pupille; l’iris était tombé et comme plissé ; l’œil, toujours terne, commençait l devenir un peu sec.
Après la seconde opération, le lapin demeura moins vif qu’après la première.
Le lendemain, dix-huit heures après l’opération, le lapin était à peu près dans le même état que la veille. On constata que du côté gauche il existait une insensibilité parfaite de l’œil et de toutes les parties de la face où se distribue la cinquième paire; l’œil était terne et sec; il était moins saillant qu’aumomentdel’opération; les mouvements du globe oculaire avaient absolument disparu. Lapupille était immobile et largement dilatée; elle l’était plus que celle du côté sain. Toutefois, cette immobilité de l’iris, par suite de la section de la cinquième paire, n’était pas une paralysie absolue; et, sous l’influence de rameaux du sympathique venant par le ganglion cervical supérieur, elle pouvait encore se contracter. Cette source multiple d’innervation motrice semblerait exister aussi pour d’autres organes, tels que les glandes salivaires. Le bord pupillaire gauche était inégal, ondulé sur quelques points; l’iris paraissait flasque, terne; comparé à celui du coté sain, il semblait lavé, décoloré, privé de l’aspect velouté que présente celui du côté non opéré.
La cornée transparente gauche était terne, ainsi qu’il vient d’être dit, mais elle n’était pas encore opaque ;
seulement, du côté interne de l’œil, un nuage blanchâtre commençait à apparaître.
Dans l’obscurité, la lumière artificielle, projetée alternativement sur les deux yeux, donna les résultats
Du côté gauche, la' lumière projetée en plein dans l’œil faisait cligner i’animal, et ce clignement avait lieü par abaissement do la paupière supérieure sans que l’inférieure se relevât; on n’observa pas le moindre mouvement dans la pupille qui restait dilatée. On constata ce phénomène à cinq ou six reprises différentes; toujours les mêmes phénomènes se manifestèrent ; clignement et immobilité de l’iris. De sorte que l’animal avait la sensation lumineuse.
Du côté droit, le clignement se faisait sous rinflûence de la lumière, simultanémentavee une forte constrietion de la pupille. Ce clignement se faisait comme à gauche, surtout par l’abaissement de la paupière supérieure.
Le lapin mourut pendant la journée, vingt-quatre heures après l’expérience. Après la mort, la pupille de l'œil sain s’était fortement contractée, tandis que celle du côté opposé était restée très-élaigie, comme cela se trouvait pendant la vie.
A l’autopsie, on constata que la cinquième paire avait été complètement coupée. Le nerf de la troisième paire et le pathétique étaient complètement intacts; peut-être le nerf pathétique et les pétreux avaient-ils été atteints par la section? Il y avait un peu d’épanchement, parce que le sinus caverneux avait été blessé.
Dans cette expérience, il y avait donc deux choses qui
méritent d’être notées, parce qu’elles peuvent, jusqu’à un certain point, servir de caractère pour reconnaître si on a coupé la cinquième paire :
1“ L’aspect de Tceil. Lorsque après l’opération on voit l’œil et la face devenir insensibles, mais la cornée conserver son aspect brillant, on peut être à peu près certain que bientôt la sensibilité reviendra et que la citf quième paire n’a été que contuse où comprimée, mais non complètement coupée.
2“ Il en est de même pour les mouvements du globe oculaire. Dans l’état normal, lorsqu’on déplace latéra: leraent la tête du lapin en observation, le globe oculaire semeutdans un sens opposé comme pour chercher à rester dans sa direction première. Lorsque la cinquième paire a été complètement coupée, -le globe' oculaire reste le plus souvent complètement immobile et suit les mouvements, de la tête.
. Exp. — Sur un lapin de tajlle moyenne, on essaya :
1° De faire la section de l’ânastomose entre lé pneumo-gastrique et le facial à.'gauche. L’animal poussa un cri à ce moment, et on n’observa pas de changement appréciable du côté de la narine correspondante; il était probable que l’opération n’avait pas réussi.
• 2“ Ou essaya ensuite de faire la section de la même anastomose du côté droit et on coupa le facial, ce qui se reconnaissait a la paralysie du mouvéraènt de la face de
3" On opéra la section de la cinquième paire du côté gauche; il y eut immobilité complète dans le côté gauche de la face et persistance des mouvements de la narine.
4° Off coupa la;Cmquième paire à droite.
Avant' la section de la cinquième paire, les mouvements étaient abolis par la section du facial, et les traits tirés en arrière. Aussitôtaprès la section de la cinquième paire, les muscles se relâchèrent et les traits tombèrent en avant comme cela arrive généralement dans la section de la cinquième paire. Les mouvements de la narine gauche persistaient toujours,
5° On fit la section des bran(;hes superficielles du plexus cervical et la section du pneumo-gastrique et de l’hypoglosse du. côté gauche. Les mouvements de da narine correspondante persistèrent toujours, même avep une grande intensité, lorsque la respiration était gênée.
Le lapin examiné trois heures après la section,, des deux cinquièmes paires, on constata que les- pupilles étaient mobiles sous l’influence de la lumière, qu’il y avait quelques clignements dans la paupière gauche, dû côté où le facial, était intact. Les yeux étaient déjà plus secs, mais il n’y avait aucune opacité, l’animal avait conservé la vue; il courait dans le laboratoire en se guidant très-bien et sans se heui-ter aux objets environnants. Les deux mâchoires étaient écartées et la mâchoire inférieure pendante. On .fit respuer à l’animal du chlore et de l’hydrogène sulfuré, qui le firent tousr ser, mais rien ne démontrait pour cela qu’il percevait la mauvaise odeur. L’animal ne pouvant plus manger,
■ A l’autopsie, on trouva les deux cinquièmes paires coupées; le facial gauche était resté intact; le droit était lésé près de sa sortie du trou stylo-mastoidien.
Exp. (21 juillet 1842). — Sur un lapin, de taille moyenne, on coupa la cinquième paire du côté gauche, niais la section ne porta que sur les deux branches inférieures; la branche ophthalmique restait intacte. Il j . avait, comme symptômes : insensibilité de la moitié de la langue de ce côté, sensibilité vive de la conjonctive, de la narine, sensibilité du lobe du nez; toutefois la sensibilité du lobe du nez était plus faible qu’à l’état normal.
On remarqua des clignements plus fréquents de la paupière gauche, qui tombait en quelque sorte involontfiirement, l’animal étant forcé de faire une sorle d’effort pour la relever.
Le lendemain l’animal se portait bien; il présentait les mêmes phénomènes; les mouvements de la narine gauche étaient diminués, seulement quand l’animal était au repos. Il s’était mordu la langue du côté gauche, et l’on y remarqua déjà une petite ulcération.
Exp. (21 juillet 1842). — Sur un jeune lapin, on fit à gauche la section de la cinquième pâme. Les deux branches supérieures étaient seules atteintes.
L’animal présenta ; insensibilité complète de l’œil, du nez et de la lèvre supérieure; sensibilité normale de la lèvre inférieure. Les mouvements de l’oreille étaient paifaitement conservés; l’animal la portait droite. Les mouvements de la narine paraissaient- diminués, surtout quand l’animal était au repos.
Le lendemain, 25 juillet, l’animal se portait bien. L’oreille, mobile encore, ne se mouvait pas en harmonie avec celle du côté opposé. La cornée était opaque dans son centre.
. Au momént de la sectiou du nerf, l’œil n’avait pas été aussi saillant qu’il l’est généralement.
Le 28 juillet, l’animal se portait toujours bien, il était très-vif; il présentait les mêmes phénomènes que le premier jour.Xa cornée gauche était opaque dans un seul point : en dedans et en bas. La pupille était plus contractée qu’à droite; l’œil était chassieux; l’iris, d’un brun rouge, était gonflé, rayonné, et offrait une convexité antérieure. Cependant cette membrane était contractile, et la pupille pouvait se resserrer. L’œil était clair et Ton voyait ses humeurs transparentes à travers la partie conservée de la cornée. La conjonctive palpébrale était injectée et l’œil était humide.
Le 29 juillet, les phénomènes étaient les mêmes du côté de l’œil ; tandis que la sensibilité paraissait être un peu revenue dans la lèvre supérieure et dans le nez, surtout à la partie interne, et les mouvements respiratoires paraissaient aussi s’exécuter mieux.
L’animal mourut le 31 juillet.
A l’autopsie, on trouva que les branches ophthalmique et maxillaire supérieure étaient coupées, à part quelques filaments très-fins de la branche maxillaire
La branche maxillaire inférieure était intacte, de même que le filet auriculo-temporal.
Exp. (14 août 1842). — Sur un lapin de taille moyenne, on tenta la section de la cinquième paire à droite; la section ne fut que partielle ; voici les phénomènes qu’on observa :
Il y avait sensibilité normale de la face à droite,
excepté l’œil qui était insensible. La pupille était contractée.
Le 18' août, l’œil était toujours insensible, un peu chassieux, mais transparent; la pupille, mobile, était toujours un peu plus contractée. L’iris était fortemeni bombé en avant et présentait des plis rayonnés.
- Le 21 août, sept jours après l’opération : œil droit toujours insensible, un peu chassieux, avec une trèslégère opacité au-dessous de la pupille, à la partie inférieure de la cornée. La pupille était plus contractée que du côté opposé et elle présentait une forme elliptique à grand diamètre vertical.
On fit ensuite servir cet animal à d’autres expériences sur le spinal. Il mourut le 25 août, onze jours après la section de la cinquième paire. On lit l’autopsie avéc soin et on constata que la branche maxillaire supé^ rieure de la cinquième paire était seule bien coupée; les branches ophthalmique et maxillaire inférieure paraissaient intactes.
Sans un épanchement considérable qui existait j il serait difficile d’expliquer par cette lésion les symptômes observés pendant la vie, quoique cependant le nerf maxillaire supérieur fournisse une branche orbitaire. Il semblait y avoir eu en outre les symptômes de l’ablation du ganglion cervical supérieur.
Exp. (24 juillet 1842). — Sur un jeune lapin, oncoupa à gauche l’anastomose entre le facial et le pnenmo-gastrique. Il y eut diminution des mouvements de la narine quand l’animal était au repos.
On tenta ensuite la section de la cinquième paire du
même côté, à gauche; la branche inférieure seule fut coupée, ce que l’on reconnut aux symptômes que présentait l’animal. En effet, il y avait |insensibilité complète de la lèvre inférieure, de la moitié gauche de la langue, avec sensibilité conservée dans tout lé reste de la lace ; l’oreille, était basse et peu mobile. Les mouvements de la narine étaient modifiés j ils présentaient une notable diminution quand l’animal était an repos, et, dans les mouvements forcés, ils restaient un peu plus faibles é gauche,
Messieurs, d’après toutes les expériences que je viens de vous rapporter et que je pourrais multiplier encore, vous ave? acquis une idée générale suffisante des troubles nombreux et variés què la section complète ou partielle de la cinquième peut produire. Il nous reste maintenant à entrer dans l’examen de certains phénomènes plus spéciaux qui sont propres à la paralysie de certaines branches de ce nerf. Ce sera l’objet de la prochaine leçon.