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CINQUIÈME LEÇON

Après avoir vu d’une manière générale quel les symptômes de la section de la cinquième symptômes qu’on peut classer en immédiats et e sécutifs, il nous reste à entrer' dans quelques relatifs à certaines particularités de paralysie de la cinquième paire, détails qui se rapportent aux altérations dont les organes des sens sont le siège. Nous ferons, porter cet examen successivement sur les trois branches de la cinquième paire : la branche ophthalmique, la branche maxillaire supérieure et la branche maxillaire inférieure.

A propos de la branche ophthalmique, nous vous avons déjà longuement entretenus de l’altération de l’œil

lUî

étudiant les paralysies partielles des divers rameaM:(le la branche ophthalmique, on peut voir qu’il en est qui sont doués de propriétés sensitives particulières.. •

La branche ophthalmique se distribue à l’œil après s’être divisée en trois rameaux ; . .

Le ran ieau lacrymal , qui va à la glande lacrymale ; ; 'j

Les rameaux frontaux, à la peau du front ;

Le rameau nasal, au bout du nez.

Ce dernier fournit uns radne au ganglion ophthalmique, après quoi des fliets partent de ce ganglion pour allerài’iris. Outre les fllêts indirects que le rameau nasal envoie à l’œil en passent par le ganglion ophthalmique, il fournit encore à cet organe des filets ciliaiires directs.

La sensibilité que l'œil reçoit par les filets qui lui viennent du ganglion ophthalmique se présente avec des caractères spéciaux, qui la différencient de- la sensibilité qui lui an-ivepar des filets ciliaires directs venant du nerf nasal. L’iris paraît recevoir les deux ordres de filets; les nerfs ciliaires, directs , donnent la sensibilité à la conjonctive et à l’iris; les filets indirects, ceux qui ont passé par le ganglion ophthalmique, donnent la sensibilité à lacornée transparente et h l’iris, On conçoit dès lors qu’il puisse exister telle lésion qui entraîne l’insensibilité complète de tout l’œil moins la cornée transparente et réciproque;-; ment que la cornée transparente devienne insensiblé, toutes les autres parties de l’œil ayant conservé leur sensibUité.

Lorsque la sensibilité disparaît chez un- animal soumis à une intoxication ou à une cause de mort quelcoir j que, la cinquième paire paraît être atteinte la dernière.Si

Mais, chose singulière, qui, je crois, n’avait pas été signalée avant moi, c’est que, dans cette abolition des propriétés sensitives de la cinquième paire, la cornée et là conjonctive ne perdent pas leur sensibilité en même temps, mais successivement et -dans un ordre qui varie avec la cause qui produit la mort.

Ainsi, dans la mort par la strychnine, la conjonctive

Dans la mort par section du bulbe rachidien, la cornée reste encore insensible après que la conjonctive est devenue insensible.

Évidemment, cette sensibilité de la cornée a un caractère spécial. Étant interne à l’Hôtel-Dieu, j’ai observé un cas dans lequel elle était conservée. Le sujet de cette observation était une femme offrant d’un seul côté une paralysie complète de la cinquième paire, paralysie sans altération de nutrition. Tout l’œil était insensible à l’exception de la cornée transpai’ente.

Je ne connais de ce remarquable phénomène que ce seul exemple chez l’homme, qu’on trouvera rapporté dans la thèse de M. le D' Demeaux (■1843).

Souvent j’ai fait chez des chiens l’ablation du gan- ■ glionophthalmiquè. La cornée transparente devient alors insensible. D’autres désordres de nutrition s’observent encore, ainsi qu’on va le voir.

Exf. (29 mars 1848). — Sur un chien adulte, j’ai mis les nerfs de l’œil à découvert. Le procédé consista à fendre en dehors la peau de l’orbite, età diviser le muscle crotaphyte jusqu’au-devant de l’oreille, à enlever par deux traits de scie l’arcade zygomatique; è réséquer l’apophyse coronoïde de la mâchoire, puis à disséquer

les nerfs en étanchant le sang qui s’écoulait en abon-

Après avoir isolé le nerf optique, je constatai que les nerfs ciliaires qui rampent dans le tissu cellulaire emi ronnant le nerf optique, sont sensibles, car après avojr dépouillé le nerf optique des nerfs ciliaires, il était complètement insensible.

En coupant les nerfs ciliaires, j’ai constaté les phénomènes surtout du côté de l’iris ; ayant d’abord coupé seulement les filets ciliaires situés sur le côté externe du nerf optique, j’ai vu la pupille pai-alysée seulement en dehors; de sorte que la pupille se contractant après, sous l’influence de la lumière, elle se resserrait partout excepté en dehors, ce qui lui donnait alors une forme allongée transversalement. Chez les animaux qui ont la pupille disposée en long ou en travers, cela tiendrait-i) à ce que les nerfs ciliaires ne se distribuent pas aux points de l’iris qui servent de commissure â la pupille?

Après avoir coupé les nerfs ciliaires tout autour du nerf optique, la pupille était largement dilatée et immobile.

Après la section des nerfs ciliaires, je vis la cornée devenir subitement insensible et il me sembla aussi qu’elle devint aussitôt terne et sèche, comme cela a lieu après la section de la cinquième paire. D’où il résulterait que ces nerfs ciliaires ont une influence directe sur l’état de la cornée transparente.

L’animal guérit de cette' opération, mais son œil. fondit complètement, ce qui tient sans doute à la fois à la destruction des vaisseaux et à celle des nerfs.

Exf. — Le 31 mars 1848, sur un lapin bien portant, j’ai, par le même procédé, mis le nerf optique à dé-

lorsqu’il était entouré des nerfs ciliaires.

Je vis de même que la cornée transparente reçoit sa sensibilité des nerfs ciliaires; car, après avoir dénudé l’œil de la conjonctive tout, autour de la cornée transparente, celle-ci était restée toujours sensible; et elle ne perdit sa sensibilité que lorsque les nerfs ciliaires eurent été coupés.

ün fait singulier s’est manifesté relativement à la pupille. Sous l’influence de l’opération, sans doute à cause de la lésion des rameaux de la cinquième paire, la pupille s’était resserrée. Mais, au moment de- la-section des nerfs ciliaires, elle ne se dilata point comme cela avait eu lieu chez le chien, de telle sorte que, après la section des nerfs ciliaires, la pupille était fortement dilatée chez le chien, tandis qu’elle était restée fortement contractée chez le lapin.

Nous noterons en passant que ces animaux présentent des différences analogues lorsqu’on vient à couper chez eux la cinquième paire. Plus tard, nous reviendrons sur ce sujet quand nous nous occuperons spécialement du ganglion ophthalmique. Sur un autre lapin j’ai pincé le ganglion ophthalmique qui ne possédait pas de sensibilité, tandis que les nerfs ciliaires qui en émanaient étaient sensibles. Cette sensibilité paraît devoir s’expliquer par la jonction après le ganglion des filets ciliaires directs, venant de la cinquième paire, avec les filets ciliaires indirects.

tenir d’une question qui se rattache à la sensibilité ds l’œil; je veux parler de la photophobie.

Oh sait combien ce symptôme est fréquent dans les inflammations de l’œil, particulièrement dans les allé rations de la cornée, de l’iris; la photophobie n’esiste pas . lorsque la conjonctive seule est malade. D’où vient la photophobie? La sensation douloureuse est-elle due à l’action de la lumière sur l’iris, sur la rétine,' ou sur les nerfs de là cinquième paire qui ont traversé le ganglion ophthalmique? :

Cette question a déjà préoccupé les physiologistes, et quelques épreuves ont été tentées dans le but de. la résoudre.

. Magendie avait déjà montré que la rétine est insensible. Des opérations chirurgicales ont montré que la section du nerf optique chez l’homme n’est pas non plus douloureuse.

D’autres raisons portaient encore à penser que la photophobie n’avait pas son origine dans la rétine. En effet, on avait rencontré ce symptôme chez des malades porteurs de taches de la cornée qui ne leur permettaient pas de voir ; ainsi des amaurotiques qui étaient prisd’opt thalmie éprouvaient alors de la photophobie. Depuis longtemps j’avais été amené par mes expériences à considérer dans mes cours la photophobie Comme n’existant pas dans la rétine, mais dans les parties .de l’œil qui t^ çoivent les nerfs ciliaires indirects. M. Castoran'i, que j’avais l’année dernière engagé à élucider ce sujet par des

chez un animal auquel on a préalablement coupé le nerf optique, une plaie de la cornée détermine de la photophobie; Ce sont là des phénomènes extrêmeinent curieux et qui semblent prouver que les nerfs qui se sont associés avec le grand sympathique, ont reçu de cette association dés qualités particulières.

On avait d’un autre côté signalé déjà la sensibilité de l’iris pour la lumière. M. Brown-Séquard avait montré qu’après la section du nerf optique, l’iris conserve encore la propriété de se contracter sous l’influence de la lumière et de se relâcher dans l’obscurité. Son expérience consiste à enlever les deux yeux d’une anguille ou d’une grenouille, et à les placer séparément sur des éponges humides pour éviter une perte trop rapide des propriétés de tissus par la dessiccation. L’un de ces yeux restant à la lumière, et l’autre étant placé dans une boîte fermée, on constamit bientôt, eu les comparant, ' que la pupille était contractée seulement dans l’œil qui était resté exposé à la lumière. On changeait ensuite ces yeux de place, laissant à la lumière celui qui avait d’abord été enfermé et plaçant dans la boîte celui qui avait été exposé à la lumière. La pupille se contractait sur le premier et se dilatait sur le dernier; le phénomène était renouvelé par le renversement des conditions. L’iris paraît donc jouir d’une sensibilité à la lumière indépendante de celle de la rétine. Or, la cornée reçoit les nerfs de la même source que l’iris : c’est donc dans . les filets ciliaires indirects de la cinquième paire qu’il faudrait, suivant nous, localiser le symptôme de la photophobie.

Quant aux modifications organiques que la section de la cinquième paire apporte dans l’œil, nous avons cité à propos des expériences leurs principales particularités, sur lesquelles nous ne nous étendrons pas davantée parce que ce sont des phénomènes bien connus. SI. Sehiff a publié sur ce sujet un travail trèscomplet.

La glande lacrymale paraît, après la section de la cinquième paire, sécréter moins. Au contraire, les glandes de Sleibomius sembleraient fournir une sécrétion plus abondante.

Nous aurons ultérieurement à revenir sur les nerls qui président à la sécrétion des glandes de l’ôigane de la vision, à propos.des fonctions du grand sympathiqiié de la tête en général et de celle du ganglion ophthalmique en particulier.

Nous allons continuer l’histoire physiologique des autres branches de la cinquième paire, par la branche maxillaire supérieure.

Comme la branche ophthalmique, la branche maxillaire supérieure est exclusivement sensitive.

Chez l’homme la branche maxillaire supérieure sort du crâne par le trou maxillaire supérieur ou grand rond, traverse la fosse ptérygo-maxillaire et vient; s’épanouissant sur la face, donner la sensibilité à la lèvre supérieure et à la narine.

Cette branche porte sur son trajet un ganglion, le ganglion de Meckel ou ganglion sphéno-palatin. Ce ganglion, qui appartient au système du grand sympathiqué,. communique avec la septième paire.

Chez certains animaux, Je lapin, le chien, le cheval, le trou grand rond n’existe réellement pas ou plutôt il n’existe qu’en dehors du crâne. Les branches maxillaires supérieures et inférieures sortent de la. base du crâne par un même trou, le trou ovale, et c’est à la sortie de cette ouverture que la branche maxillaire supérieure se dirige en avant dans une sorte de virole osseuse qüi représenterait le trou grand rond.

Je n’insisterai pas ici sur la propriété qu’a la branche maxillaire supérieure de donner la sensibilité aux t^uments des parties auxquelles elle se distribue, non plus que sur la sensibilité qu’elle fournit aux dents par ses filets dentaires; sensibilité que nous examinerons tout à l’heure en parlant de la branche maxillaire inférieure. La branche maxillaire supérieure donne encore la sensibilité générale à la membrane muqueuse du nez. Quand nous examinons ce lapin chez lequel la cinquième paire à été coupée, nous voyons qu’on peut, sans qu’il témoigne la moindre douleur, lui introduire un instrument dans les narines. La section de la cinquième paire a donc aboli la sensibilité, non-seulement dans les parties superficielles, mais encore dans les parties profondes de

En parlant de l’influence que pouvait exercer la section de la cinquième paire sur les organes des sens, je vous ai signalé une influence indirecte secondaire, sur les phénomènes de la vision qui sont consécutivement rendus impossibles par suite de l’altération de certains milieux de l’œil. Ce qui se passe du côté de l’oi^ane de l’odorat présente-t-il quelque analogie avec les phéno-

mènes que je vous rappelle? Quelle influence peut avoir la cinquième paire sur l’olfaction?

C’est là une question sur laquelle on a beaucoup discuté. On a été porté par analogie à penser que la branche maxillaire supérieure donnait la sensibilité générale à la membrane muqueuse nasale, et que la sensibilité spéciale en rapport avec la perception des odeurs était due au nerf olfactif. Pour vérifier l’exactitude de cettte vue, à laquelle il est naturel de s’arrêter d’abord, il était nécessaire de faire des expériences; or, la pratique de ces espériences et surtout l’appréciation des phénomènes produits offrait de sérieuses difficultés. Ici encore, des faits de deux ordres pouvaient conduire à la connaissance delà vérité : des expériences physiologiques et des obseiw tiens- pathologiques. Nous verrons, à propos de l’olfaction, ce qu’ont donné les unes et les autres; toutefois je dois vous faire remarquer d’avance quelle importance relative prennent ici les observations faites sur l’homme, et combien elles peuvent fournir de renseignements plus nets dans une question aussi délicate que celle de la perception des odeurs.

Nous avons, messieurs, essayé il y a deux jours d’enlever chez un chien le ganglion de Meckel, ganglion du grand sympathique qui affecte des rapports assez intéressants avec la branche maxillaire supérieure.

Nous voulions voir si cette ablation était possible; et si, à la suite de l’opération, quelques phénomènes nouveaux ne pouvaient pas être observés.

L’expérience ne fut pas fort difficile. Chez l’homme, ce ganglion est collé au nerf lui-même; chez le chien.

il en est séparé et se trouve à côté de lui dans la fosse ptérygoïde. Nous avons donc, sur un chien, enlevé l’arcade zygomatique, soulevé l’œil, suivi vers l’orbile le nerf maxillaire supérieur; et,' ari-ivé sur le ganglion sphéno-palatin, nous l’avons arraché.

Avant d’enlever ce ganglion, nous avons vu que, quand on le pinçait, on ne provoquait pas de sensibilité bien évidente, tandis que, quand on l’arracha, on produisit une douleur très-vive, ce qui est d’accord avec ce que nous avons vu des autres ganglions du grand sympathique. Nous avons ensuite observé ce chien, et n’avons rien vu qui parût se rattacher aux conséquences de l’opération. .Aucun symptôme particulier ne s’est manifesté du côté de l’œil ; rien de précis du côté des narines où se distribue le nerf maxillaire supérieur. La sensibilité' de la membrane nnuqueuse nasale paraissait aussi développée du côté où avait été enlevé le ganglion de Meckel, peut-être môme l’était-elle davantage.

Les filets qui émanent du ganglion de Meckel vont se distribuer à la membrane muqueuse du nez avec une branche de la cinquième paire. Examinant chez le chien le nerf naso-palatin qui va à la membrane muqueuse du nez, nous avons été Irès-surpris de le trouver en apparence complètement insensible, tandis que la branche principale, la sous-orbitaire, nous offrait tous les signes d’une sensibilité vive. Cette insensibilité d’un rameau appartenant à la cinquième paire porterait à penser qu’elle renferme des filets de sensibilité spéciale; M^endie ayant prouvé que les nerfs de sensations spéciales sont complètement insensibles aux irritations mécaniques.

Déjà autrefois, expérimentant sur la cinquième paire, il m’avait semblé que le nerf lingual, nerf de sensibilité,' générale et spéciale à la fois, était moins sensible que les rameaux superficiels de la cinquième paire. Cela . pourrait peut-être tenir aussi à cette double aptitude fonctionnelle.

En résumé, dans l’opération citée plus haut, nous avions donc remarqué que le ganglion sphéno-palatin, insensible quand on.le pince, ne peut être arraché sans produire une vive douleur. Un autre fait nous avait surtout frappé, je veux parler de l’insensibilité d’un filet nerveux de la cinquième paire qui se rend à la muqueuse nasale.

Aujourd’hui nous avons répété sur le même animal cette exjtérience, de l’autre côté, avec les mêmes résul- ■ tats. Ce filet singulier a donc été coupé des deux côtés.

En introduisant un stylet dans les narines, on trouve que la membrane muqueuse nasale est toujours sensible; d’ici aux prochaines leçons, nous observerons l’animal et % tâcherons de voir si l’odorat a été modifié, et, dans le ]| cas où il l’aurait été, quelle altération il aura subie,

Si les observations précédentes se vérifiaient, la du- [ quième paire se trouverait ainsi composée de trois pai-- ! ties : un nerf moteur, petite branche d’origine qui se 4 rend tout entière dans le nerf maxillaire inférieur; des | nerfs de sensibilité générale, et des nerfs de sensibilité H spéciale qui présideraient à l’olfaction et à la gustation. |! Il ne s’agira plus que de vérifier ces vues expérimental^ ment en analysant convenablement les faits; il faudra | couper les branches que nous sommes disposé à regar- I

der comme présidant à la sensibilité spéciale, et voir si après la section de ces branches l’olfaction a été détruite ou troublée.

Sans insister aujourd’hui sur ce fait de savoir si la cinquième paire préside ou né préside pas, dans le nés, pour une certaine part à la sensibilité olfactive, question sur laquelle l’expérience doit prononcer, je me borne à vous poser la proposition que nous examinerons plus tard.

Nous savons que la ciuquième paire tient sous sa dépendance certains phénomènes de nutrition. Vous l’avez vu pour la branche ophthalmique; on peut le constater aussi pour les branches maxillaires supérieure et inférieure. La membrane muqueuse nasale est gonflée et rougeâtre. Nous constaterons cette apparence le jour où nous ferons l’autopsie de ce lapin. Je vous signalerai à ce propos une précaution à prendre dans les conclusions il tirer des expériences entreprises pour juger de l’influence de la cinquième paire sur l’olfaction : il ne faudrait évidemment pas attendre, pour étudier les modifications de ce sens après la section du trijumeau, que les altérations de nutrition se fussent produites dans le nez. L’expérience ayant pour objet de rechercher si le sens olfactif est atteint primitivement, son altération, après que les désordres de nutrition sont survenus, n’établirait pas plus son aptitude sensoriale que la cécité, après les altérations de l’œil consécutives à la section de la branche ophthalmique, n’établit une influence directe de cette branche sur la vision. -

Passons maintenant à l’exemple des usages de la branche maxillaire inférieure.

La branche maxillaire inférieure du nerf trijumeao sort du trou maxillaire inférieur et vient se distribuer à la bouche. Ce nerf diffère des autres branches de la cinquième paire en ce qu’il n’est pas exclusivement sensitif. Lorsqu’au delà du ' ganglion de Casser la cinquième paire s’est divisée en trois branches, la branche inférieure de cette trifurcation, branche maxillaire inférieure, reçoit un filet d’origine distincte qui passe audessous du ganglion sans se confondre avec lui. Ce filet représente la partie motrice d’une paire nerveuse dont le tronc principal du trijumeau renferme l’élément sensitif. Cette branche motrice n’abandonnant rien aux deux branches supérieures du tnjumeau, le nerf maxillaire inférieur se trouve seul dans la cinquième paire représenter un nerf mixte.

Dans l’étude du nerf maxillaire inférieur, nous avons donc à considérer des phénomènes de sentiment et des phénomènes de mouvement.

Je vous ai déjà dit que la branche maxillaire inférieure donne la sensibilité aux parois de la bouche et le mouvement aux muscles de la mâchoire inférieure Tandis que le facial donne le mouvement aux muscles superficiels, le nerf maxillaire inférieur préside au mouvement des muscles masticateurs profonds : masséters, mylo-hyoïdiens, ptérygoïdiens et crotaphytes.

Après la section de la cinquième paire, on constate en effet une paralysie des muscles de la mâchoire. Lorsque la lésion n’a.été produite que d’un côté, cette paralysie n’empêche pas immédiatement l’animal de se nourrir : la mâchoire formant un seul os, et les mouvements du

tion des rameaux dentaires que fournit la cinquième paire n’empêche pas les dents de pousser. On peut lé constater sur les animaux chez lesquels l’accroissemét des dents est continuel, chez les lapins par exemple.

Lorsque, chez ces animaux, on coupe la cinquième paire d’un seul côté, les- dents incisives correspondantes ne sont plus en rapport; elles ne s’usent plps les unes sur les autres, Cette altération des rapports entre les dents tient à. ce qu’aprés la section de la cinquième paire, la destruction de sa petite racine motrice a paralysé les muscles masticateurs d’un côté,

La mâchoire étant détiée et attirée du côté sain, la dent inci§ivesupérieure du côté sain frotte iSeule sur l’incisive supérieure du côté paralysé. Mais alors l'incisive supérieure du côté opéré et l’incisive inférieure du côlé sain portant à vide continuent à s’aeoroitré. Au bout de cinq ou six jours ôri peut déjà reconnaître que ces dents sont plus longues (voy. fig, 5),

L’accroissement des dents est donc indépendant de l’influence nerveuse.

Il est très-probable que c’est là un fait général, car, chez le fœtus, le développement des organes sefait alors qu’ils ne sont pas encore pourvus de nerfs ; l’influence nerveuse ne paraît, en effet, intervenir dans les phénomènes de nutrition que comme moyen d’harmonisation

Le lapin que nous avons montré tout à l’heure périra dans quelques jours. Il ne mourra pas par l’opération même de la section de la cinquième paire; il mourra de faim. A l’autopsie, on trouvera dans l’estomac peu d’aliments, beaucoup moins que dans des conditions normales : on pourrait peut-être prolonger son existence en lui injectant dans l’estomac des aliments suffisamment divisés ou dissous, du bouillon, par e.xemple.

Cette imperfection de la mastication doit reconnaître deux causes : d’une part, l’animal se sert moins bien de ses dents molaires, dontle contact ne se fait plus "que par une portion restreinte de leur surface triturante ; ensuite, l’action des incisives est singulièrement amoindrie par ce déplacement latéral qui ne permet qu'à deux dents de se mettre en rapport.

Chez un chien ces inconvénients seraient moins proprenant une pari beaucoup moins large dans la mastication des carnivores. Toutefois, le rapprochement des dents se fait assez faiblement du côté paralysé pour qu’on

auriculortemporale. La section du nt

irf maxillaire infé-

rieur est suivie d’une paralysie di

1 sentiment, non-

seulement dans 1 i

, mais encore dans

les parties superficielles; c’est ce qu’il

1 est facile de con-

stater sur ce lapin. La sensibilité a

i disparu dans la

du côté paralysé.

Les effets de la paralysiedela branche maxillaire inférieure ou de sa section ne paraissent pas se borner à ces lésions du mouvement et de la sensibilité ; nous trouvons sur les lèvres et la langue des altérations consécutives qui peuvent porter à penser qu’il y a en même temps des altérations de nutrition. La muqueuse des lèvres est quelquefois rouge, gonflée; elle est, aux lèvres supérieure et inférieure, le siège d’ulcérations; le bout delà langue présente aussi une ulcération. Toutefois, avantde se prononcer sur la nature de ces ulcérations, il convient

de se demander si elles sont la conséquence d’une altération de nutrition^ ou si elles sontdues simplement aux morsures que se feraitl’animal qui a perdu la sensibilité. Je crois que cette dernière suppositi parce queles altérations que je vous

pouvez encore voir sur ce lapin, se montrent dès le lendemain de l’opération et siègent précisément dans les parties qui sont exposées à l’action des dents (fig. 5,

Pour compléter l’histoire de la branche maxillaire inférieure, il me resterait à vous parler de son influence sur le sens du goût.

Cette influence est ici incontestable ; elle s’exerce sur la partie antérieure de la langue. Elle est due, au nerf lingual, qui donne à cette partie à la fois la sensibilité générale et la sensibilité spéciale. Ces deux sensibilités disparaissent après la section du lingual.

Nous reviendrons sur les phénomènes de la gustation lorsque nous aurons à examiner l’action des autres nerfs du goût; qu’il nous suffise de vous indiquer aujourd’hui que, dans certaines parties de la langue, elle est d’une manière absolue sous la dépendance du nerf lingual.

Quant aux altérations de nutrition qui, consécutivement à la section de la cinquième paire, se remarquent dans l’oreille moyenne, on pense qu’elles peuvent amener quelques troubles secondaires del’audition ; mais primitivement on n’aperçoit rien d’appréciable. La cinquième paire a aussi une influence sur les sécrétions de la face et particulièrement sur la sécrétion salivaire.

petite .t la lèvre inférieure ; 3“ une autre sur le bout de la langue et sur le côté correspondant à la paralysie du sentiment.

Fig. II. Dents incisives normales de lapin ; elles se correspondent;

Fig. III. Dents incisives de lapin, le septièmejour après la section dé la cinquième paire ; les dents ô et ô' se correspondent seules pendant la

Nous verrons qu’après la seolion de ce nerf, les œtcitations sensitives qui déterminent les sécrétions par-action réflexe ne peuvent avoir lieu.

Toutefois, les sécrétions ne sont pas pour cela abolies complètement; elles sont seulement diminuées. Et lorsqu’on met un corps sapide sur la langue, par exemple, la -sécrétion a lieu faiblement du côté où' la cinquième paire a été coupée, non plus par excitation du nerf lingual de ce côté, mais par excitation du même nerf du côté opposé, dont les fibres agissent alors par action réflexe croisée sur les glandes du côté où la cinquième paire a été coupée.

Nous avons déjà donné ailleurs des expériences sur ce sujet, sur lequel nous reviendrons encore en parlant de la corde du tympan .

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