‹ Cours de médecine du Collège de FranceChapitre 5 sur 19 · SIXIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

SIXIÈME LEÇON

Messieup.?,

Voici deux lapins que je vous ai déjà présentés plusieurs fois et que j’aurai à vous montrer encore pour que vous puissiez suivre sur eux les accidents qu’ont déterminés les opérations auxquelles ils ont été soumis.

Vous pouvez, sur celui-ci, auquel nous avons, il y a i quelques jours, coupé devant vous la cinquième paire, voir que l’œil s’altère de plus en plus. La cornée, entre les' lames de laquelle le pus est épanché en grande quantité offre aujourd’huil’aspect d’une grande tache blanchâtre ' Mais les altérations dénutrition ne se bornent pas à l’œil; ■ la lèvre supérieure et aussi la lèvre inférieure commencent à suppurer; la membrane muqueuse nasale est tuméfiée, rouge; les dents ayant perdu leurs rapports

entàpousseren s’usantinégalement; elles offrent

la déformation que je vous signalais dans la dernière

Vous pouvez voir comparativement cet autre lapin sur lequel nous avons coupé le nerf facial : toute la moitié gauche de la face a perdu ses mouvements, cependant elle est toujours sensible. L’œil, bien qu’il reste constamment à découvert et que les paupières ne puissent plus l’occlure, offre une cornée toujours transparente et brillante.

La partie intra-crânienne du facial qu’il nous reste à examiner, est d’une étude beaucoup plus difficile que celle de saportionexterne. Sa disposition anatomique est extrêmement compliquée, et la difficulté qu’on rencontre lorsqu’on veut l’attaquer, en vue de l’expérimentation physiologique, est telle que celle-ci a été jusqu’à ce jour presque impossible. Tout se réduit en effet à une question de procédé opératoire : quand on peut couper un nerf, on voit quelles sont ses propriétés, quelles sont ses fonctions; aussi les nerfs les plus faciles à couper ont-ils été les premiers étudiés. A la suite des indications de Ch. Bell, on expérimenta d’abord sur les branches du facial et de la -cinquième paire : plus lard Magendie opéra sur les racines rachidiennes, etc.

L’étude de la partie interne du facial offre des difficultés telles que les questions qui se rattachent à divers points de son histoire physiologique sont encore en litige. Une autre raison tend encore à jeter de l’obscurité sur les fonctions de cette partie du facial. En effet, elle n’est pas simple; plusieurs autres nerfs l’accompagnent dans ce trajet et viennent compliquer de leur influence propre

Ie8 phénomènes que rexpérimentatlon a à déterminer.

Le facial n’entre pas seul dans le conduit auditif interne; I il y est accompagné par le nerf auditif et par le heif i iritermédiairè dé Wrisberg, nerf d’une nature spécial^ comme. nous le verrons, et dont l’influence propreiae saurait être négligée sans exposer à des causes d’erreur dans l’appréciation des faits physiologiques. ’ .-.u • Le nerf de la septième paire, quand il entre dansileconduit auditif, est donc constitué. par trois! iierfs.;!k [ facial propreihènt ,'dit .ést en avant, le nerf acoustique- | en arriéré.; entre eux est le.neff intermédiaire, de Wris ■ ’ berg, décrit .parSchaw comme une anastomose qui r'éu^ : nirait le nerf acoustique au facial. En effet, il semble | que les âléts les plus antérieurs du nerf acousüquesi'; j séparent du tronc de ce nerf et viennent se joindre .-ai^ nerffacial. On avait vu là une anastomosé; mais! ces filels | constituent réellement, comme nous le verrons, un neiî j spécial. •*»

Nous devons donc d’abord éliminer du facial lé nerf j acoustique qui, arrivé au fond du conduit auditif interne, s’y arrête et se distribue à l’oreille interne. ' !

Il ne reste plus alors que le facial proprement dit, et: . ces filets que nous venons de voir former le nerf intèr-; ’. médiairedeWrisbei^. ' . ^

Le fa'cial et le nerf de Wrisberg entrent ensemble i' dans le canal de Fallope, où ils sont réunis en un seiij ; faisceauprésentant dans un trajet flexueux, trois .portionl.é séparées par deux .coudes; la dernière de ces portions ’j conduisant le nerf au trou stylo-mastoïdien par' lequel il '!

SA CONSTITUTION ANATOMIÛUE.

Arrivé daps le canal de Fallope, In facial est bientôt accolé au ganglion génieulé d’où partent deux filets, lé grand et le petit pétreux. Ces deux filets qui émanent de ce ganglion génieulé établissent des communications i avec la cinquième paire. Le petit pétreux, en effet, . rse jette dans le ganglion otique, situé sur le trajet de la branche maxillaire inférieure, tandis que le grand pétreux se jette dans le ganglion sphéno-palatin, situé sur lé trajet de la branebe maxillaire supérieure.

De la portion moyenne du trajet spiroïde du faeial n’émane aucun rameau. Ce nerf en fournit, au contraire, plusieurs dans sa portion descendante, entre son dernier coude et sa sortie par le trou stylo-mastoMien. Il donne d’abord les filets qui se rendent au muscle de l’étrier j ensuite la eorde du tympan, qui sort du crâne par la scissure de Glaser et vient se jeter dans un ganglion situé sur le trajet du rameau lingual de la branebe maxillaire inférieure, ün autre filet, fourni encore par !e facial dans cette dernière partie de son trajet intra-crânien, établit une anastomose entre lui et le nerf glosso-pharyngien. Enfin, dans cette partie le facial communique encore avec le pneumo-gastrique par une anastomose.

Avant d’èxammer quel est le rôle de ces différents nerls, je dois vous parler d’une hypothèse relative au faeial et au nerf de Wrisberg, hypothèse d’après laquelle ôn à considéré ces. deux nerfs comme constituant les deux racines d’une même paire nerveuse.

On’ avait dit que le facial naît comme une racine antérieure, à laquelle le nerf de Wrisberg viendrait , se joindre à la manière des racines postérieures. Le oarac-

rapprochaient, jusqu’à un certain point, le nerf de Wrisberg d’une racine postérieure.

On s’appuyait ensuite sur ce que c’était ce nerf intermédiaire qui venait fournir la corde du tympan, le grand pétreux, le petit pétreux, pour considérer ces nerfs comme des filets de sensibilité destinés à la langue et à l’oreille, etc.

Cette opinion ne me paraît pas soutenable physiologiquement ni même anatomiquement.

Et d’abord quel est le caractère physiologique d’une racine postérieure? Une grande sensibilité; sensibilité qui, alors que le nerf a été coupé, persiste dans son bout central. Lorsque, sur un animal dont le crâné a été ouvert, on pince la masse des nerfs de la septième paire, on trouve qu’il n’y a pas de sensibilité évidente. Ce défaut de sensibilité relative serait-il la conséquence du délabrement? Cependant la cinquième paire, pincée à ce moment, donne des signes d’une vive douleur. Les propriétés du nerf intermédiaire do Wrisberg ne permettraient donc pas de la regarder comme une racine postérieure. .

On a prétendu que ce nerf fournissait des filets sensitifs, la corde du tympan qui intervient dans les phénomènes de gustation. Nous verrons qu’il y a une autre interprétation à donner dans ce cas : la corde

du tympan, sans rien préjuger sur sa sensibilité, agirait

plutôt sur la gustation comme nerf moteur; son influence porterait ici sur des phénomènes purement mécaniques. ■ . ; . .

Une autre raison, d’ordre anatomique, vient encore

montrer que les analogies qui avaient fait regarder le nerf de Wrisberg, comme une racine postérieutê,' étaient des analogies trompeuses.

En examinant les paires rachidiennes, on peut constater que jamais il n’ém«me de filets du ganglion intervertébral. Or, ici, le ganglion géniculé donnant naissance à des filets nerveux, s’éloigne par ce caractère: des ganglions intervertébraux pour se rapprocher des ganglions du grand sympathique. Ce caractère, qui . n’a jamais été invoqué, me paraît cependant très-bon pour caractériser les ganglions du grand sympathique et les faire distinguer des ganglions interverté-

J’espère vous démontrer plus lard que le nerf de Wrisberg est une racine du grand sympathique, racine qui naîtrait de la moelle allongée, comme une autre racine, signalée par MM. Budge et Waller, naît de lamoellé rachidienne entre la région cervicale et la région dorsale, d’un point auquel ces observateurs ont donné le nom de région cilio-spinale. Quant au ganglion qui dans la paire crânienne, à laquelle appartient le nerf facial, représenté le ganglion intervertébral, il faudrait le chercher vers l’origine du nerf trijumeau : c’est le ganglion de Casser.

Je pense donc que la septième paire crânienne des anatomistes doit être divisée en trois nerfs, distincts; qu’elle réunit : 1° le nerf acoustique, nerf de sensibilité spéciale; 2“ le nerf facial, moteur; 3“ le nerf intermédiaire de Wcisberg constituant une racine d’origine du grand sympathique. Ce dernier porte, sur son trajet le

ganglion génieulé qui donne naissance aux nerfs pétreux et à la corde du tympan.

Cette distinction, que m’ont conduit à admettre mes expériences d’avulsion du facial, semble justifiée par les observations pathologiques. Les auteurs, en effet, ont quelquefois discuté sur les symptômes de la- paralysie du facial, rencontrant tantôt les symptômes extérieurs seuls, tantôt les trouvant compliqués de symptômes internes du côté des glandes salivaires et sublinguales, de la luette, du voile du palais, etc. Dans ce dernier cas, le nerf de Wrisberg est atteint par la lésion. L’isolement possible de ces deux espèces de phénomènes, soit par les expérimentations physiologiques, soit par les observations pathologiques, justifieront donc pleinement la distinction que nous venons d’établir.

Avant d’entrer dans l’étude expérimentale des fonctions du nerf intermédiaire de Wrisberg, il faut savoir que les différents ordres de phénomènes répondant aux trois ordres de nerfs que nous venons d’indiquer peuvent se rencontrer isolément.

Tout le monde admet que les paralysies du nerf acoustique peuvent exister indépendamment de celles du nerf facial. Quant à la paralysie du nerf facial proprement dite, les auteurs reconnaissent que tantôt elle est simple, c'est-à-dire qu’elle n’atteint que les mouvements extérieurs de la face et n’altère que l’expression de la physionomie en laissant intactes toutes les parties profondes : voile du palais, langue, etc.

D’autres fois, au contraire, la paralysie faciale, outre s symptômes extérieurs qu’elle manifeste, atteint aussi

Cette observation est d’autant plus intéressante p’elle offre successivement les phénomènes d’une paralysie simple, puis ceux d’une paralysie double.

Cette paralysie néanmoins est un cas simple dans lequel on n’a pas signalé de troubles du côté des organes intérieurs. M. Ricord a eu, dans son service à l’hôpital, ! un malade affecté d’une paralysie double du nerf facial, chez lequel il n’y avait que l’immobilité extérieure de la face sans aucun désordre des organes internes. La , déglutition, la austation, étaient restées sans lésions apparentes.

D’autres fois au contraire, il y a, en même temps 1 que les signes extérieurs de la paralysie de la face, des I troubles du côté de la langue et du côté du voile du palais. Ces troubles peuvent exister tantôt avec une paralysie d’un seul côté, tantôt avec une paralysie double.

Dans les paralysies du facial, beaucoup de malades se sont plaints d’une altération du goût. Ce symptôme, signalé d’abord par M. Montault, a été souvent observé depuis. Cependant ce phénomène n’est pas constant et il est des malades chez lesquels on ne le 1

rencontre pas. Il était assez naturel d’attribuer cette lésion du goût à une altération de la corde du tympan, ce nerf établissant la seule communication anatomique qui existe entre la langue et le facial. Lorsqu’on a examiné avec soin les malades chez lesquels une lésion du goût se rattachait à la paralysie du facial, on a vu que l’altération remontait très-haut. On ne l’observe pas dans, les affections de la portion superficielle du facial, dans les paralysies dont la cause n’a atteint que les branches superficielles du nerf.

Or, nous verrons en effet que ce phénomène s’observe chez les animaux auxquels on a coupé la corde du tympan.

Lorsqu’un malade offrant la lésion du goût qui nous occupe vient à tirer la langue, et qu’on dépose une substance sapide, de l’acide citrique par exemple, alternativement du côté sain et du côté malade, la sensation d’une saveur acide est immédiatement et trèsnettement perçue du côté sain. Du côté de la paralysie, au contrtdre, il y a seulement perception d’une sensation obscure, et encore cette sensation n’est-elle pas immédiate.

' Si, après cette épreuve, on vient à .toucher la langue alternativement à droite et à gauche, on peut voir que la sensibilité générale est parfaitement nette des deux côtés. Ces observations, faites sur l’homme, montrent donc que les paralysies profondes du facial s’accompagnent, non pas d’une abolition complète de la faculté gustative, mais d’une diminution et d’une perversion notable de cette faculté sensitive.

A une époque où j’avais entrepris des expériences sur ia corde du tympan, j’avais apprivoisé des chiêm assez bien pour pouvoir, sans éprouver de résistance, ouvrir la bouche et déposer sur la langue des substances sapides. L’impression produite par ces ap plications était immédiatement perçue, et ces animam retiraient et remuaient aussitôt la langue. Après la section de la corde du tympan, la même épreuve* provoquait que des mouvements de retrait moins énergiques, et un intervalle, de temps appréciable s’écoulaii toujours entre l’impression et la réaction motrice qu’elle déterminait.

La section de la corde du tympan amène donc une diminution dans la faculté gustative du côté correspon-

Quant à la nature de l’inlluence qu’exerce la corde du tympan sur la sensation gustative, nous l’examinerons longuement, mais je veux auparavant signaler un certainmombre d’observations que nous avons déjà publiées dans un mémoire, sur les hémiplégies faciales avec altération du goût.

gement dans sa santé générale, re:

ment dans la langue, qui lui semblait

3 les observations précédentes, il y avait

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es extérieurs de la paralysie du facial trfe-

prononcés en

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ion, que j’emprunte au mémoire

de mon ami, î

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lar M. X... La siugularilé et l’obscurilé

On le voit, pour M. X..., la maladie a eu longtemps son siège au voile du palais, dans le pharynx, et les accidents qu’elle produisait consistaient principalement dans le nasonnement, dans la difficulté d’avaler et quelquefois de lire pendant un certain nombre de minutes d’une manière soutenue. D’un autre côté, on remarquera que cette affection nerveuse, quoique dis-

paraissant quelquefois presque complètement sous l’influence de rhumes ou d’excitations physiques et morales, a été regardée comme grave par des médecins successt vement consultés, les uns ayant conseillé l’applieatioa d’un cautère, d’autres un traitement antisyphilitique, d’autres des verres d’eau minérale de diverse nature..

Quant à l’expression de la face qui frappait tout d’abord, c’était l’immobilité de la figure et la large ouverture de ses yeux. En engageant le malade à froncer les sourcils et à contracter les muscles du front, il ne pouvait le faire que d’une manière très-incomplète; eu lui disant de mouvoir les ailes du nez, cela lui était à peu près impossible; en lui demandant de siffler, il avançait les lèvres et ne pouvait produire qu’un son faible et nasonné, l'orifice de la bouche restant assez largement entr’ouvert. Enfin, ayant engagé M. X... à essayer de grimacer, on était de plus eu plus frappé du peu de. mobilité des traits de la face.

Ayant été conduit de la sorte à examiner avec soin les divers phénomènes de l’affection de ce malade, voici ce qui fut observé :

M. X... parle en nasonnant, comme on l’observe pour une division ou une destruction du voile du palais. Lorsqu’il lit à haute voix, les premières phrases sont distinctes, les suivantes s’affaiblissent de plus en plus, en même temps que le nasonnement augmente et la lecture finit par une sorte d’épuisement. Lorsqu’il essaye de faire une gamme, le son s’éteint bientôt en se perdant dans les narines; il en est de même lorsqu’il siffle; mais si, dans ce cas, le malade se pince le nez;

le nasonnement cesse, et le son peut être soutenu pendant un certain temps avec un degré de force proportionné au peu d’éneigie des lèvres; une semblable épreuve aurait sans doute produit le même effet sur la voix, si l’occlusion complète des narines ne la rendait naturellement nasillarde.

Quant à la prononciation des lettres, le nasonnement ne permet pas, en général, de bien juger de leur netteté; l’L et l’R sont surtout mal articulés ; aussi les mots où il entre plusieurs de ces linguales, Londres par exemple, sont quelquefois inintelligibles.

A-la paresse de la déglutition s’ajoute une difficulté d’expulser les mucosités qui se forment dans l’arrièregorge; pour les en extraire et cracher, le malade jette fortement la tête en avant.

Par l’inspection des parties, on constate que le voile du palais tombe directement en bas, sans former la voûte qu’on lui connaît; la luette n’est point déviée. Dans le bâillement ou dans les efforts pour faire agir le voile du palais, cet organe reste dans une immobilité absolue; mais les piliers se tendent et se contractent d’une manière bien évidente, sans cependant se porter en dedans aussi fortement que chez un homme sain.

La langue est très-mobile et se porte avec facilité entre les arcades dentaires et les joues de chaque côté. Le malade la sort droite hors de la bouche sans pouvoir la porter très en avant. Hors de cette cavité, il peut lui ffire exécuter divers mouvements, mais il ne peut la recourber en haut. Quelque effort qu’il fasse, la pointe de cet organe n’arrive jamais à recouvrir la lèvre supé-

rieure; lorsqu’il essaye de faire ce mouvement, la lèvre inférieure vient au secours de la langue dont elle soulève la pointe, néanmoins celle-ci ne peut atteindi-e que le bord libre de la lèvre supérieure.

Bien que les joues, les paupières, etc., puissent 'se mouvoir sous l’influence de la volonté, ces parties ne remplissent qu’imparfaitement leurs fonctions. La physionomie est sérieuse, les lèvres font une saillie prononcée en avant et restent habituellement un peu entr’ouvertes; les joues sont amincies et semblenl, lorsqu’on les touche, n’être formées que par la peau. Les aliments séjournent en partie entre elles et les arcades dentaires; pour les en relirer, le malade se sert habituellement de la langue ou d’un cùre-dent et quelquefois du doigt. M. X... ne peut nullement élargir les ailes du nez, il leur communique seulement un léger mouvement en bas. Les paupières se ferment naturellement, mais avec peu d’énergie. On les ouvre sans éprouver la moindre résistance pendant que le malade s’efforce de les contracter fortement; même dans ce moment, lorsqu’on soulève la paupière supérieure et qu’on la laisse retomber, elle s’arrête pour ainsi dire en chemin et ne recouvre pas complètement l’oeil. Il y a, sous ce rapport, une différence entre les deux côtés. Les paupières de l’œil droit ont encore moins d’énergie que celles de l’œil gauche, et le malade ne peut les fermer en maintenant celles-ci ouvertes.

Du côté des organes des sens, on ne constate rien departiculier. L’ouïe n’est point altérée, la vue est bonne, l’odorat et le goût paraîlraicnt également intacts, quoi-

que sous ce rapport l’appréciation soit difficile. En effet, l’on n’a point ici pour terme de comparaison, comme dans l’affection bornée à un seul côté de la face, l’impression normale du côté resté sain. Un simple affaiblissement, survenu lentement dans la perception des odeurs et des saveurs, pourrait être difficilement apprécié par le malade; j’en dirai autant de la sensibilité cutanée de la face qui paraît normale. Les muscles masticateurs qui reçoivent l’influence nerveuse de la branche motrice de la cinquième paire, ont conservé toute leur énergie. Du reste, chez M. X..., dont l’esprit est cultivé, les fonctions intellectuelles s’exécutent très-librement. H n’y a aucun indice de paralysie, soit dans les membres inférieurs, soit dans les membres supérieurs, soit dans tous les autres organes qui dépendent de la moelle épinière. Les fonctions de la circulation, de la respiration, s’exécutent avec une grande régularité.

De sorte qu’en résumé, le médecin ne peut constater chez lui qu’une paralysie incomplète des deux côtés de la face, du pharynx, du voile du palais et de la langue.

Cette paralysie est accompagnée en outre par le peu d’irritabilité des muscles de la face et du voile du palais, sous l’excitation électro-magnétique.

Le reste de l’observation est consacré à des détails sur le traitement par l’éleetro-magnétisme, traitement qui resta sans effet.

On voit donc chez ce malade les symptômes de la septième paire intéressant les branches profondes et les

branches superficielles. L’examen de la face leva les doutes que pouvait laisser à cet égard la lecture des renseignements fournis par le malade, renseignements qui émanent évidemment d’un sujet hypochondriaque.

Le mémoire de M. Davaine, auquel nous avons emprunté cette observation, contient quelques autres exemples de paralysie faciale intéressant les branches profondes du nerf. Les symptômes qui traduisent cette-lésion sont une gêne de la déglutition, du nasonnement, la chute du voile du palais avec courbure de la luette. Romberg a surtout traité sur ce dernier signe dont il cite plusieurs exemples. Enfin il y a, dans la paralysie profonde du facial, imperfection de la prononciation des lettres linguales et paralysie partielle de la langue.

On a expliqué cette paralysie de la langue par le défaut d’action des muscles digastrique, stylo-hyoïdien et longitudinal superficiel. Par l’action du digastriqne, l’os hyoïde se trouve soulevé et avec lui la base de la langue; le stylo-hyoïdien porte l’os hyoïde en haut et un peu en arrière, ce qui fait qu’il soulève la base de la langue et rétrécit l’isthme du gosier ; le muscle longitudinal superficiel, raccourcissant la langue, en ramène la

la langue hors de la bouche, pour articuler les lettres gutturales et les lettres linguales.

Les phénomènes intérieurs qui ont été observés à la suite de la paralysie profonde du nerf facial sont donc relatifs : 1” à l’altération du goût ; 2“ à la déviation de la luette; 3" à la déviation de la langue; 4“ à la difficulté de la déglutition et de la parole; 5° à l’altération de l’ouïe.

En résumé, nous pensons avoir établi qu’on doit distinguer deux sortes de paralysies dé la septième paire : l’une que nous appellerons extérieure, tantôt double, tantôt simple, et qui dépend d’une altération du facial proprement dit; — l’antre, que nous appellerons intérieure, qui affecte certains mouvements profonds des organes des sens, et qui dépendrait, suivant nous, d’une lésion du nerf intermédiaire de Wrisberg. Les expériences que nous aurons à vous rapporter dans la prochaine leçon établiront physiologiquement cette distinction.

Enfin, on pourrait encore admettre une paralysie partielle de la septième paire lorsque la lésion n’atteint que certains filets limités du nerf. Cette lésion ne peut guère être que le résultat de causes traumatiques qui ont agi directement sur le nerffacial, soit chez l’homme, soit chez les animaux où ces paralysies s’observent le plus souvent. M. Goubaux en a cité un certain nombre de cas observés sur les chevaux..

fait usage de plusieurs moyens.

La section de ce nerf supprir fonctionnelles qui sont sous sa dé natomie pathologique peut, dans

J’ai fait, U y a une quinzaine d’années, quelques essais qui m’ont permis d’observer sur des chiens des lésions semblables à Celles que nous avons notées chez l’homme. J’avais coupé le facial dans le crâne en y pénétrant par le trou de passage de la veine mastoïdienne qui se rend dans le sinus occipital. L’instrument introduit par ce trou était dirigé vers l’origine de la septième paire pour en opérer la section. Les symptômes étaient notés avec soin et l’aulopsie montrait si l’on avait produit la lésion cherchée. Les résultats que j’ai obtenus ainsi sont parfaitement d’accord avec ce qu’on observe chez l’homme dans les cas de paralysie des deux éléments du facial.

Une autre donnée me permit de varier les conditions de l’expérimentation. Ayant cherché quels pouvaient être les moyens de détruire le nerf accessoire de Willis sur lequel je faisais alors des recherches, je songeai à l’arrachement. Pour cela il suffit d’une traction opérée sur ce nerf qu’on saisit avec des pinces à sa sortie du crâne. Le succès qui avait couronné mes tentatives d’avulsion du spinal me donna l’idée d’essayer d’arracher le facial. Je vis alors que la chose est à peu près impossible chez les chiens, dont le tissu cellulaire, est dense et ferme, tandis que l’opération réussit assez facilement sur les chats et les lapins.

Cette expérience peut fournir un argument d’une

du nerf de Wrisberg. En efiet, on arrache quelquefois le facial seul, le nerf de Wrisberg restant intact, ainsi que le ganglion génioulé. Si ces nerfs n’étaient pas dis-

tinctSi on ne pourrait pas, ce me semble, arracher l’un . sans l’autre. Gette expérience permettrait d’observer les symptômes qui suivent la destruction complète du facial et de ses branches externes, les nerfs pétreux et la corde du tympan restant intacts. Mais malheureusement onne réussit pas toujours, et souvent on arrache en même temps que le nerf facial le nerf de Wrisbei^ et le ganglion géniculé.

Lorsque, avec un instrument introduit dans la caisse du tympan on détruit le facial à son entrée dans le canal de Fallope, on observe alors non-seulement les phénomènes' notés du côté de la face, mais en même temps des désordres internes liés à la paralysie des filets que le facial fom-nit dans le crâne.

On retrouve alors une altération du goût qui, signalée déjà dans les observations pathologiques, ne se montre pas lorsque le facial est détruit seulement dans sa partie superficielle ou dans les cas pathologiques qui, chez l’homme, n’affectent que la partie extra-cfânienne de ce nerf, comme on le voit dans certaines paralysies rhumatismales.

Nous avons déjà insisté sur les symptômes de la paralysie profonde du nerf facial, qu’elle ait été produite par une fracture du rocher, par la carie de cet os qui s’observe quelquefois chez des phthisiques, ou par toute autre cause. 'L’un de ces symptômes est une altération du goût qui a été constatée depuis chez l’homme par tous les observateurs.

Cette altération du goût, j’ai pu la constater aussi chez le chien. U faut, pour y arriver, beaucoup de

j’avais apprivoisé assez bien l’animal pour qu’il se laissât facilement mettre sur la langue les substances sapides qui me servaient de réactifs pour sa sensibilité gustative.

L’examen de la langue ne montraitj au point de vue de la sensibilité tactile, aucune différence entre le côté sain et celui qui correspondait au facial coupé. Mais on obtenait des effets tout à fait différents lorsqu’on plaçait un corps sapide alternativement sur le côté sain et sur le côté paralysé. Je .me servais d’acide tartrique en poudre. Son contact avec la muqueuse de la langue, du côté sain, faisait naître une sensation instantanée; l’animal relirait immédiatement la langue. Lorsque l’acide tartripe était déposé sur le côté Correspondant à la section, la sensation n’était plus perçue aussi rapidement; le chien ne retirait pas la langue de suite et il la relirait moins vivement : la sensation paraissait émoussée.

C’est aussi ce qui se passe chez les malades qui accu-

insensibilité absolue. Nous verrons plus tard comment on doit expliquer ce phénomène.

■ Nous avons également constaté chez les lapins, après la destruction du facial dans la caisse du tympan, une déviation de la langue et de la gêne de la déglutition. Chez les chiens, nous avons observé une action remàrpable sur les glandes salivaires. Nous allons examiner successivement ces symptômes et rechercher leur explication physiologique. Cette e-xplication ressortira de

l’étude que nous allons faire du nerf intermédiaire de Wrisberg et des ganglions sous-maxillaire, sublingual, sphéno-palatin, otique, qui se trouvent sur son trajet.

Les différents rameaux que fournit le nerf intemiédiaire de Wrisberg sont: l" la corde du tympan, eu rapport avec lès ganglions sous-maxillaire et sublingual;

2° le grand nerf pétfeux superficiel, en rapport avec le | ganglion sphéno-palatin; 3” le petit nerf pétreUx superficiel, en rapport avec le ganglion otique. Enfin, nous aurons à discuter si lé filet qui va au muscle de l’étrier doit être considéré comme provenant du facial ou ü nerf intermédiaire de Wrisberg. , i

Examinons d’abord les fonctions de la corde du tympan (fig. 6 et 7) : j

Lorsque, après avoir engagé un tube dans le conduit de la glande sous-maxillaire mis à découvert, on place une substance sapide sur la langue, on voit s’écouler li salive. On a admis que cette action était provoquée pat l’entremise du nerf liiygual. -

Comment s’opère cette transmission de l’excitation depuis le nerf lingual jusqu’à la glande ?

Évidemment ce ne peut-être, comme on avait pu le ' croire autrefois, par des filets directs faisant communiquer la muqueuse linguale avec la glande, par l’intermédiaire du ganglion sous-maxillaire. En effet, si on | coupe le nerf lingual au-dessus du ganglion sous-mâdl- ' laire, l’application d’une substance sapide sur le côlé correspondant de la langue n’excite plus la sécrétion | salivaire. Alors l’excitation galvanique du bout périphériqué du lingual coupé reste également impuissante i

partient au maxillaire, inférieur de la cinquième pairt ou à un autre nerf. On peut, dans l’explication de ce phénomène, faire intervenir le facial et attribuer l’aclion motrice à un filet venant de ce nerf, et qui serait la coule du tympan. On savait déjà que, quand on irrite les lilels qui se séparent du nerf lingual pour se rendre à h glande, -onproyoquerla sécrétion salivaire ; maisTîrn’j jamais agi sur la corde du tympan elle-même avant son union avec le lingual.

Nous allons vous montrer l’effet que produit la sectioi de la corde du tympan sur la sécrétion de la glande sous-maxillaire. L’expérience a été préparée ; on a mis a nu le conduit salivaire de la glande sous-maxillaire, dans lequel nous allons introduire un tube par Iwpel vous verrez couler la salive. Avec un fil nous soulevons le filet lingual qui, du ganglion sous-maxillaire, và àla glandé ; plus tard nous agirons sur ce filet.

Maintenant on met du vinaigre dans la gueule dete

corde du tympan va se rendre au ganglion sous-maxillaire G, tandis qu’une de ses divisions suit le nerf lingual ; — F, filet buccal pro» nant du nerf lin^l; — G, ^gKon sous-maxillaire recevant un lifcl

probablement dans les glandules qu’elle renferme; j’ai pu suivre m de ces rameaux trés-Iong, jusqu’à une masse glandulaire du voile k palais et du pharynx ; -- N, artère allant à la glande sublinguale M;-

pu entendre, nous avertit que nous perforons la membrane du tympan en pénétrant dans la caisse; je coupe maintenant la corde du tympan, ce qui arrache des cris à l’animal, probablement à cause de la sensibilité des parois de l’oreille moyenne.

Nous allons maintenant mettre du vina^resur la langue de l’animal. Si la sécrétion continue, il faudra chercher une autre voie à la transmission de l’excitation motrice, et nous avons dit qu’il en pourrait exister une, venant soit de la portion motrice de la cinquième paire, soit de la septième paire.

Nous injectons maintenant le runaigre dans la gueule du chien.

Voici une goutte de salive qui était au bout du tube, mais cette goutte enlevée, il ne coule plus rien. Ce que nous observons ici prouve donc que c’est la corde du tympan qui est la voie de transmission à la glande salivaire.

La sensation produite sur la membrane muqueuse linguale par l’instillation du vinaigre est cependant encore transmise au cerveau par la cinquième paire, mais elle ne peut plus l’être jusqu’à la glande. Un de mes anciens élèves, M. Vella (de Turin) , a fait ici quelques expérience, relatives à l’influence de la cinquième paire sur la sécrétion salivaire. Des tubes avaient été fixés dans les conduits parotidien et sous-ma.xillaire d’un chien. La cinquième paire était ensuite coupée de ce côté, puis après on mettait du vinaigre dans la gueulé de Tahimal. La cinquième paire étant supposée l’agent de transmission de la sensation, on pouvait penser que sa section em-

mouvement réflexe. Lorsque la substance sapide est déposée sur la langue chez un animal sain, l’impression est transmise au cerveau par la cinquième paire des deux côtés. Ce nerf étant coupé d’un seul côté, celui qui est intact reste l’e^ent de transmission de la sensationgustative qui-arrive ainsi au cerveau, centre qui la réfléchit en la transformant en action motrice.

. Vous avez souvent ici été témoins de phénomènes réflexes de la moelle épinière, oflrant l’analogie la pl us parfaite avec les phénomènes réflexes croisés que nous considérons en ce moment Lorsque, sur des grenouilles, nous avions coupé les racines postérieures qui se rendaient à un membre, vous avez vu l’irritation du membre du côté opposé mettre eu mouvement, non-seulement le membre irrité, mais aussi, et en même temps, celui dont les racines postérieures avaient été coupées.

•Un autre exemple semblable d’action réflexe croisée se montre, lorsque, après avoir coupé le nerf optique ' d’un côté, on en irrite le bout central : on produit des deux côtés des mouvements réflexes de la pupille, contractions dont l’î^ent actif de retour est un nerf moteur.

Ces faits rentrent complètement dans les vues que nous vous avons exposées dans la première partie de ce cours, à savoir que, tandis que, les influences motrices

Mais revenons à l’expérience que nous avons faite:la section de la corde du tympan a dd abolir complètement la sécrétion de la glande sous-maxillaire. En effet, dans ce cas on n’agit plus sur un des nerfs qui portent l’impression au cerveau, où la sensation se généralise, maisbien sur le nerf qui rapporte du cerveau l’excitation motrice essentiellement localisée, limitée. Lorsqu’on coupe le nerf lingual d’un côté, le lingual du côté opposé transmet : au cerveau la sensation gustative perçue sur la langue; cette sensation, qui s’y généralise plus ou moins, éveille la réaction du centre particulier dans lequel elle vient retentir, réaction qui se réfléchit sous forme d’excitation motrice dans les nerfs moteurs et la corde du tympan, qui sont sous la dépendance du centre impres- -,

Après avoir, par la section de la corde du tympan, arrêté la sécrétion de la glande maxillaire, nous galvanisons le bout périphérique du nerf que nous venons de couper, etla sécrétion va se produire sous cette influence.

Si nous avions voulu produire la sécrétion salivaire après la section du lingual, et en agissant sur lui, c’est son bout central qu’il eût fallu exciter.

La corde du tympan est donc bien un nerf moteur, et c’est elle qui provoque la sécrétion de la glande sousmaxillaire.

A cause de son importance, nous allons encore répéter devant vous cette expérience, qui montre de la manière la plus nette ce fait que je vous ai déjà signalé, à savoir que l’action des nerfs sur les glandes, sur les organes qu’on regarde comme chargés de l’accomplissement de

phénomènes chimiques, est bien une action motrice.

Nous n’avons pas encore étudié la sécrétion paroti^ dienne dans ses rapports avec le système nerveux. Nous allons en même temps essayer d’être renseignés à cet égard, ou, au moins, de circonscrire le champ des recherches expérimentales propres à élucider cette ques-

Yoiciun petit chien sur lequel nous avons, d’un côté, mis à découvert les conduits parotidien et sous-maxillaire, dans chacun desquels nous avons engagé un tube. Lorsque nous mettons du vinaigre dans la gueule de cet animal, vous voyez que des deux tubes s’écoule de la salive. On va vous faire passer ces salives, recueillies sé- . parément dans des verres de montre, et vous pourrez voir, ainsi que je l’ai signalé depuis longtemps, qu’elles ne se ressemblent pas du tout ; elles sont d’une consistance toute différente; la salive parotidienne est parfaitement liquide, tandis que la salive sous-maxillaire se reconnaît à sa viscosité.

Nous allons maintenant, sur ce chien, couper la corde du tympan. Vous verrez, puisque nous l’avons déjà constaté à la suite de cette section, cesser la sécrétion sousmaxillaire. Quant à la sécrétion parotidienne, j’ignore ce qu’elle deriendin ; je ne serais cependant pas éloigné de penser qu’elle continuera à s’effectuer.

Je ne vous décrirai pas de nouveau le procédé opératoire de la section de la corde du tympan que nous avons employé il n’y a qu’un instant : nous faisons cette section en portant l’instrument dans la partie supérieure de la caisse du tympan.

Maintenant que cette section est faite, nous mettons

du vinaigre dans la gueule de l’animal. Aucun éeoalement n’a lieu par le tube de la glande sous-maxinaire;la sécrétion parotidienne, au contraire, continue à couler comme avant l’opération.

Nous allons maintenant galvaniser la corde du tympan au-dessous du point où elle a été coupée : la sécrétion sous-maxillaire recommence. Il vous est donc encore prouvé, par cette épreuve, que la corde du tympan est un nerf moteur.

La glande sous-maxillaire excrète donc sous l’influence de l’excitation de la cinquième paire, mais celte influence est indirecte. L’excrétion est directement subordonnée à une action motrice : c’est cette action motrice qui est mise en jeu par l’excitation sensitive. Il n’y , a donc pas lieu de voir là une action spéciale, spécifique en quelque sorte, une de ces influences mystérieuses par lesquelles certaines théories placent. sous la dépens dance directe du système nerveux des actes dits vitaux. Nous y voyons, au contraire, le système nerveux agir d’une façon uniforme, provoquer des phénomènes pu-

action réelle, quoique indirecte, sur les phénomènes chimiques qui appartiennent à un autre ordre de faits, .à des actes vraiment vitaux analogues aux phénomènes du développement organique.

L’expérience que nous venons de faire ne nous permet pas d’attrihuer à la corde du tympan l’influence motrice qui produit l’écoulement de la salive parotidienne. La glande sous-maxillaire a donc avec l’appareil gustatif des connexions plus intimes que la parotide. La sécrétion parotidienne intervient dans des phénomènes

d’une autre nature : elle se rattache plus spécialement à l’acte de la mastication.

Quel est le nerf qui préside à l’excrétion du liquide parotidien? — Jusqu’ici on n’a fait pour le voir aucune expérience directe. La question est d’abord de savoir si l’excrétion du liquide parotidien est sous la dépendance des nerfs faciaux superficiels ou des nerfs profonds. Estelle due à l’intervention dufacial qui préside aux niouvements superficiels de la face? Est-elle due à l’action du nerf intermédiaire de Wrisberg, qui, analogue au nerf grand sympathique de la face, viendrait donner le mouvement aux parties profondes de cette région?

Nous savons que c’est ce nerf profond qui agit sur les membranes muqueuses, sur les glandes : il est le nerf des mouvements organiques, tandis que le facial superficiel est lenerfdes mouvements de relation, d’expression.

Yous savez que la glande parotide est traversée par le tronc du facial. Les anatomistes sont divisés sur la question de savoir si le facial, en la traversant, lui abandonne

des filets i Au eas contraire, il faudrait chercher dans les nerfs profonds l’agent déterminant de sa sécrétion. . 1

Voici maintenant notre chien sur lequel on a mis le facial a découvert au sortir du trou stylo-mastoïdien. : ' ^ Avant de couper ce nerf, pour juger de l’influence qu’il peut exercer sur la sécrétion parotidienné, nous nous assurons encore, par une instillation de vinaigre dans la gueule de l’animal, que cette sécrétion se ait très-bien. Nous coupons maintenant le facial. Les cris que pousse l’animal vous montrent ce que vous saviez déjà qu’au sortir du trou stylo-mastoïdien le facial est sensible. Une artériole a été coupée qui nous donne du sang; on en fait la ligature. Le facial est bien conjpé; l’animal ne peut plus fermer l’œil; tout ce côté de là face est pai'alysé du mouvement.

En plaçantdu vinaigre sur la languede l’animal, nous • voyons que la sécrétion parotidienne continue toujours |

2" La section du facial, à sa sortie du crâne, ria jiae fait cesser la sécrétion porotidienne.

Lorsqu’on détruit le facial à son origine dans le crâne, expérience que nous ayons faite plusieurs fois, on trouve que les sécrétions salivaires sous-maxillaire et parotidienne sont abolies. Le nerf facial agit donc réellement sur les mouvements profonds comme sur les mouvements superficiels de la face. Cette dernière action, celle qu’il exerce sur les mouvements supei’lîciels, appartient au facial proprement dit; l’influence sur les mouvements profonds appartient au nerf de Wrisberg, ainsi que nous l’avons déjà dit.

Les raisons à invoquer en 'faveur de cette manière de voir, sont les suivantes :

Lorsque, attaquant le facial chez un chien, par un instrument qui, introduit dans la caisse du tympan, permet de détruire ce nerf dans le crâne, les mouvements de la face sont abolis, les glandes sous-maxillaire et parotide ne sécrètent plus.

Dans cette opération, le nerf acoustique est détrait aussi; mais nous verrons que cette lésion ne doit modifier en rien nos conclusisns relativement aux sécrétions qui sont déversées dans la cavité buccale.

Quand on coupe le facial au sortir du trou stylomastoïdien, les mouvements des muscles de la face sont abolis; les sécrétions continuent.

C’est donc aux filets qui se détachent du facial pendant son trajet intra-crânien que les glandes doivent la propriété de sécréter.

L’expérience qu’il faudrait faire pour résoudre défi-

nmvement la question par une épreuve directe, consisterait à séparer le facial du nerf de Wrisberg en détruisant le premier seulement. Nous verrions, en l’arrachant et respectant le nerf de Wrisberg, si l’influence que nous attribuons à ce dernier nerf persiste.

L’expérience n’est pas possible sur les chiens. Chet ces animaux, les deux nerfs sont trop étroitement unis pour qu’on puisse arracher l’un d’eux seulement. Chez les lapins, la séparation est possible, mais les phénomènes de la salivation sont trop obscurs, les conduits salivaires sont trop petits pour qu’on puisse facilemeut juger des modifloations qui pourraient survenir dans leur production. C’est sur des chats que nous pourrions tenter l’expérience. Chez ces animaux, l’avulsion du ■facial n’entraîne pas toujours nécessairement celle du nerf de Wrisberg, et les conduits salivaires sont assez gros pour qu’on puisse y introduire des tubes. !

Nous avons commencé tout à l’heure une expérience i qui a dû être interrompue, et dont Je vous rendrai j compte dans la prochaine leçon; mais nous en avons | fait une hier dont Je vais vous exposer les résultats. ■ |

Nous avons pris un chat et mis à découvert les conduits salivaires des deux côtés. Après quoi, voulant arracher le facial, nous l’avons rompu à sa sortie du ; trou stylo-mastoïdien. Les glandes ont contmué à sé- i créter sous l’influence des excitations sapi4es.

De ràutre côté, le nerf facial a été arraché; mais il ; ne l’a pas été seul, et le nerf de Wrisberg a été détruit en même temps. Le nerf acoustique était resté intact. • Les choses se sont passées alors comme lorsque nous

avions délruit le facial dans le crâne, avec le nerf acoustique; c’est-à-dire que toutes les sécrétions ont été suspendues. En mettant à ce moment du vinaigre dans la gueule de l’anima!, la salive coulait seulement du côté où le facial avait été rompu au sortir du trou stjlo-mastoïdien.

Il semble donc qu’on doive admettre que du facial se détachent, pendant son trajet intra-crânien, des filets (corde du tympan, nerfs pétreux ou autres?) qui se rendent aux glandes et déterminent la sécrétion.

Nous avons vérifié l’exactitude de cette vue relativement à la glande sous-maxillaire, en montrant qu’elle cesse de sécréter après la section de la corde du tym-

II restait à faire la même . épreuve pour la glande

Ici les inductions tirées de l’anatomie nous font complètement défaut. Nous savons ce qu’il faudrait penser de fopinion qui fait provenir lès nerfs parotidiens de la partie extra-crânienne du facial. Cette opinion sur laquelle les anatomistes n’étaient pas même d’accord, vous avez dù y renoncer en voyant la glande continuer à sécréter après qu’on avait coupé le facial au point où il sort du crâne. ■ .

Les nerfs de la parotide lui viennent donc nécessairement des filets qui émergent du facial dans le canal spiroïde du temporal.

Viendraient-ils du grand nerf pétreux? — Messieurs, cela paraît impossible à admettre après une expérience que nous avons faite et qui a consisté à enlever le gan-

glion de Meckel, ou ganglion sphéno-palatin;la paretide continuait à sécréter. . .

Nous nous trouvons , ainsi conduit, par exolasioni J supposer que la sécrétion parotidienne est réglée par lé petit nerf pétrèux qui irait au ganglion otique. Celte hypothèse suppose entre la parotide, et le ganglion otique des communications que les anatomistes n’ont pas signalées, mais que - la physiologie nous porte à admettre. Si l’ablation du ganglion otique ou du ganglion géniculé tarissait la sécrétion parotidienne, notre hypothèse serait confirmée : c’est une expérience que nous tenterons ultérieurement. -

Sauf ce détail relatif à la sécrétion parotidienne,nous avons donc dès à présent des notions exactes-siit l’usage de la corde du tympan relativement à là glande sous-maxillaire.

Des considérations dans lesquelles nous venons d’éÉ trer résulte un fait qui, au point de vue pathologique, n’est pas sans intérêt. Je veux parler de l’hifluencé possible du système nerveux sur la persistance des fe' tules salivaires. ■

"Vous savez que ces fistules guérissent très-difficile-' ment chez l’homme, et que, même dans les cas heureux; elles ne guérissent pas par le rétablissement dé la continuité des voies salivaires naturelles. Il est aussi assez rare qu’elles guérissent de cette façon chez les animaux.- Que sur un chien, dont le facial est intact, on crée une fistule salivaire, elle donnera lieu à un écoulement-dé' salive. Qu’on fasse la même opération sur un animal

Je ne sache pas que quelque chose d’analogue ait été observé chez l’homme, et qu’on ait eu l’occasion d’obsen'er simultanément une fistule salivaire se tarissant par une paralysie profonde du facial.

Dans les conséquences que nous pouvons être tentés de tirer des expériences qui vous ont été exposées, ou dont vous avez été témoins, il ne faudrait peut-être pas être trop exclusif pour le moment.

Il existe une proposition parfaitement exacte et d’ime haute importance en physiologie, c’est que, lorsque plusieurs nerfs de même ordre se distribuent à un même oigane, c’est pour lui donner des influences variées et non pour y accumuler la même activité neiveuse. Lès muscles qui, comme ceux du larynx, ont des actions multiples, reçoivent des nerfs moteurs de différentes sources. Il en est de même des glandes qui reçoivent plusieurs nerfs et qui peuvent être en rapport avec plusieurs phénomènes fonctionnels. Dans ce cas, chaque influence est apportée par des filets nerveux différents. C’est ce qui s’observe pour les glandes delà face.

Il ne faudrait donc pas encore affirmer que tout se borne, dans les glandes, à ce que je vous ai signalé jusqu’ièi. Ces glandes, après la destruction du facial, ne sécrètent plus sous l’influence des excitations venant de la

bouche; quand lenerf de Wrisberg manque, les aeliops ' qui portent sur la cinquième paire ne les font plus sécréter : voilà tout ce que nous sommes en droit d’affirmep

Est-ce à dire qu’elles ne puissent plus sécréter sous l’influence d’excitations apportées d’ailleurs? — Nous ne le savons pas; il est d’autres influences qui peuvent j éveiller ce mode d’activité, influences moins connues; plus profondes, mais incoritestables. ,4'.

Ces excitations viendraient, par exemple, de l’esto-

II est des animaux chez lesquels on en a oonstatéplas spécialement l’effet après l’insalivation, et alors que le bol alimentaire est parvenu dans l’estomae où j excite la sécrétion gastrique. Ce phénomène parait très-évident chez le cheval.

, En dehors des conditions normales, on voit fréquemment un ptyalisme abondant être la conséquence d’uo état pathologique de l’estomac. C’est ce 1 surtout dans les nausées qui précèdent le Comment peut se faire, dans ce c; l’impression sensitive? — Est-ce encore par l’intermé-^ diaire de la septième paire, le pneumo-gastrique étant le nerf de sensation?

Quant à la transmission de l’excitation motrice, elle' pourrait aussi se faire par d’autres nerfs moteurs. Il y a dans la glande sous-maxillaire, dans la glande parotide,, des filets nerveux qui viennent du ganglion cervical supérieur du grand sympathique. Quand on excite le giand, .sympathique dans la région du cou, celte excitation Mt, en effet, sur la sécrétion des glandes parotide et sous-

maxillaffe. C’est un fait dont nous vous rendrons témoins au commencement de la prochaine leçon.

Chez le chien, le pnéumo-gastrique est uni au grand sympathique, mais, on peut cependant les séparer aii voisinage du ganglion cervical supérieur. Chez le chevàl,le lapin, etc., ces deux.nerfs sont distincts. Or, vous verrez, quand on galvanise le filet qui tient au ganglion . cervical supérieur, qu’on agit sur la sécrétion salivaire; quand qn galvanise le pneumogastrique isolé, on ne produit rien..

Cette influence se transmet aux glandes par des filets qui passent par le ganglion cervical supérieur, accompagnant les divisions de l’artère maxillaire, et celles' de l’artère faciale qui vont aux glandes salivaires.

Lorsque ce filet du grand sympathique est coupé, les influences venant des organes splanchniques n’auraiènt donc plus d’influence sur les glandes salivaires. Nous aurions seulement l’action du nerf de Wrisberg qui, nous vous l’avons déjà dit, peut être considéré comme ap.partenant au système du grand sympathique.

J’ai insisté déjà sur la nature de l’action qu’exerce çe nerf sur la glande pour la faire sécréter, et je vous ai dit que cette influence paraissait purement motrice. Nous considérerons aussi comme telle l’action exercée par les nerfs du grand sympathique. Les éléments moleurs des glandes sur lesquels agiraient les nerfs ne sont pas visibles à l’œil nu. Cependant, il existe dans la joue du lapiu une petite glande enveloppée par une capsule musculaire, sur laquelle on pourrait peut-être vérifier s’il y a un resserrement produit par l’excitation ner-

Dans'les: autres glandes qui sont plus grosses, les culsde-sac glandulaires doivent être entourés par une capsule contractile, sur le tissu de laquelle vient agir l’excitation motrice. Ce sont là des actions qui appartiennent à des organes contractiles extérieurs à la glande proprement dite. Là même chose s’observe pour le pancréas. Chez les animaux à parois abdominales musculaires, mobiles, on peut voirlesuc pancréatique s’échapper par jets dans les mouvements d’inspiration. Des phénomènes semblables s’observent chez certains insectes, qui ont des glandes anales dont les produits sont expulsés exclusivement pai' la contraction des parois abdominales. Chez ceux qui n’ont pas ces mouvements, chez les oiseaux, par exemple, les conduits glanduleux excréteurs sont doués de mouvements péristaltiques, etc.

Je tenais à appeler votre attention sur cette uniformité physiologique des manifestations motrices, aboutissant à des manifestations fonctionnelles différentes; la

pas simplement une conséquence de la contraction'âes vaisseaux, contraction qui aurait pour effet immédiat d’augmenter la pression du liquide qui y circule et de faire transsuder à travers leurs parois le produit de là sécrétion. Nous examinerons ultérieurement cette question à propos du- grand sympathique. Mais, nous dirons cependant qu’il n’est pas possible de voir dans l’action sécrétoire l’elfet d’une différence entre la pression du sang et la résistance des parois des cellules glandulaires.

M. Ludwig a fait des expériences qui prouvent que la sécrétion ne se fait pas par ce mécanisme; la pressiondu sang artériel étant observée, on voit la pression' du liquide sécrété retenue dans une glande salivaire et s’élever à une pression beaucoup plus grande que celle du sang, et cependant la galvanisation du nerf de la glande donne encore lieu à un écoulement de la salive.

Une autre expérience ajouterait des résultats fort significatifs à ceux que je viens de vous rappeler ; on pourrait peut-être lier l’artère qui se rend à la glande, et ensuite, en galvanisant le nerf provoquer la salivation. Cette excrétion aux dépens d’un organe qui ne recevrait plus de sang nous montrerait bien qu’il y avait là un réservoir de salive qui a été évacué. Sans doute, pour continuer'à saliver, il faudrait que la glande se nourrisse; l’expérience prouve seulement que l’intervention du sang ne peut être qu’une cause assez éloignée du phénomène, et qu’il en faut chercher ailleurs le mécanisme prochain.

Ainsi que je vous l’ai déjà indiqué, lorsqu’il a été question ici de la sécrétion glycogénique du foie, toute

sécrétion paraît se faire en deux temps : le premier est la période de formation, aux dépens du tissu de l’oigane sécréteur, de la substance qui doit être modifiée et excrétée; ce temps correspond au repos de l’bi^ane. Le deuxième temps se réduit aux phénomènes d’expulsion; il correspond à la période d’activité motrice de la glande; c’est sur lui que portent plus spécialement les influences niotrices exercées par le système nerveux.

Nous avons vu quels rapports physiologiques existent entre le ganglion sous-maxillaire du grand sympathiqueetla glande sous-maxillaire; nous sommes arrivés, par voie d’exclusion, à soupçonner les mêmes rapports entre le ganglion otique et la glande parotide. Nous devrions revenir sur le rôle du ganglion sphéno-pala-

Nous avons, sur un chien, enlevé ce ganglion des deux côtés sans rien produire d’immédiatement appréciable. Les plaies sont à peu près cicatrisées.

Il faudrait faire l’expérience autrement. N’ayant rien manifesté d’évident en supprimant lésantes qui sont sous l’influence dece ganglion, nous essayerons de voir si nous obtenons des résultats appréciables en les exagérant; ce que nous ferons en galvanisant le nerf. Cette dernière manière de procéder peut être très-avantageuse dans l’étude, toujours délicate et diffiçile, des phénomènes qui ont leur siège dans les parties profondes. En galvanisant sur le chien le filet qui va au ganglion sphéno-palatin, le nerf pétreux superficiel, je ne serais pas éloigné de croire que nous agirons par là sur la sécrétion de la

membrane muqueuse nasale et sur les mouvements da voile du palais. Mais nous renverrons ces expériences, ainsi qu’un certain nombre d’autres sur lesquelles nom n’avons pas encore pu rassembler un assez granij nombre défaits, an moment où nous traiterons de li portion céphalique du nerf grand .sympathique..

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