NEUVIÈME LEÇON
Le lapin sur lequel nous avions coupé la cinquième paire est mort hier. Aucune précaution n’avait été prise pour suppléer au vice de la mastication dovemle insuffisante ; sans cela, il eût peut-être vécu plus- longtemps. Voici sa tête; la calotte du crâne a été enlevée, puis les hémisphères cérébraux, et l’on peut voir que la cinquième paire a été coupée, que la section a été bien complète. En avant de la section, nous trouvons un peu de tuméfaction; nous examinerons cettè petite tumeur avec soin pour voir s’il est possible de l’expliquer pàrquelque mécanisme connu.
Vous voyez aussi l’altération de l’œil. La cornée ne forme plus qu’une large croûte d’un blanc jaunâtre.
par la rétine. Vous pouvez en outre constater sur celle pièce l’obliquité des dents qui ne- sont plus en rapport, ainsi que le développement exagéré des deux incisives qui ont cessé d’être usées contre les dents coiTespondantes. Cette dernière modification anatomique est surtout frappante lorsqu’on la compare à la disposition normale que présente cette autre tête de lapin, venant du lapin auquel nous avions coupé la septième paire et que nous avons sacrifié hier.
jVprès avoir exposé le rôle et la distribution physiologique des deux grands nerfs qui donnent à la face, l’un le mouvement, l’autre la sensibilité, nous passerons aujourd’hui à l’examen d’un certain nombre d’autres nerfs qui se trouvent groupés, en quelque sorte,- autour
des paupières et détermine ainsi l’occlusion de l’oi^ane visuel. Mais là ne se bornent pas les mouvements de ■ l'appareil de la vision, et trois autres nerfs moteurs s’y distribuent encore; ce sont : le nerf moteur oculaire commun, le nerf pathétique et le nerf moteur oculaire eslerné. L’histoire physiologique de ces nerfs est extrêmement simple; elle se- résuriie tout entière dans leur distribution anatomique.
Le nerf moteur oculaire externe se rend au muscle droit externe du globe de l’œil. Lorsque le nerf est détruit, ce . muscle est paralysé et il y a strabisme in-
lAmrî fathétique va au muscle, grand oblique, qui préside à des mouvements de rotation de l’oeil sm- son axe. Les phénomènes consécutifs à sa paralysie n’ont rien de bien apparent, en raison même de la nature de cesmouvements.
Nous vous montrerons des animaux chez lesquels ces deux nerfs auront été coupés séparément, et vous pourrez ainsi juger de la nature des modifications qui surviennent lorsqu’ils sont paralysés. Le nerf pathétique est remarquable par l’anastomose. qu’il offre avec la cinquième paire (fig. 9),
Le rôle du nerf moteur oculaire commun est beaucoup plus important ; il préside à tous les autres mou7 vements de l’œil.
J’ai souvent détruit ce nerf dans le crâne, en l’arrachant par un procédé analogue à celui que vous nous avez vu mettre en usage pour détruire la septième ou la huitième paire. L’expérience n’a pas été faite aujour-
aurons enlevé la troisième paire. Tous les muscles étant paralysés, e.vcepté le grand oblique et le droit externe, ce dernier agira pour produire le strabisme externe. En même temps le relâchement des autres muscles droits et du petit oblique de Tœil amènera une saillie du gloije.oculaire ; la paralysie dureleveür de la paupière supérieure produira la chute de celle-ci et une occlusion partielle du globe oculaire. :
Tout né se borne pas à ces symptômes bien apparents on a aussi à noter des modifications relatives à la pupille. En effet, un des caractères admis dela troisième paire est une dilatation permanente de la pupille. Voici deux expériences que nous avons faites autrefois, vous y trouverez les symptômes que nous vous, avons indiqués:
Exp. — Sur un gros lapin, ayant été choisi avec une coloration bleu clair de l’iris, afin que l’observation des phénomènes du côté de la pupille fût plus facile, j’arrachai la troisième paire, nerf moteur oculaire commun, à gauche, à l’aide d’un petit crochet introduit par la paroi externe de l’orbite. On pénétra dans la foSse temporale moyenne; puis on saisit avec le crochet le nerf qui est libre sur l’extrémité antérieure du repli de la dure-mère qui vient sfinsérer sur la selle tureique.
ï, nerffronlat interne; — PP, nerf pathcliqne ; — A, anaslomose en arcade de ce pathéliqne avec le frontal interne; - F, nerfs frontaux de la branche ophlhalmi, ne.
Ftg. 2. Nerl pathéliqm chez le lapin. — M, muscle dans lequel se -P, Feslrémilc antérieure du nerf facial. ''
Au moment où l’on pratiqua l’opération, on toucha la branche ophthalmique de la cinquième paire, car l’animal cria et sa pupille se contracta violemment, en même temps que l’œil devint saillant. .Aucune modification n’était survenue dans l’œil opposé. Bientôt ce trouble cessa; et voici ce qu’on observa sur l’œil gauche chez lequel la troisième paire avait été arrachée :
-1° Strabisme externe de l’œil ;
2” Immobilité complète du globe oculaire, excepté en dehors;
3° Chute de la paupière inférieure qui pouvait se fermer davantage, mais non se relever;
. 4° Enfin, la sensibilité était parfaitement conservée dans la face et dans toutes les parties de l’œil ;
5° Enfin, il y avait une saillie du globe de l’œil plus considérable que du côté opposé.
On observa qu’au moment de l’opération, il y avait eu une injection subite et passagère des vaisseaux iriens et des vaisseaux de la conjonctive.
Pour démontrer que les mouvements de l’œil n’existaient plus que pour porter l’œil en dehors, voici corn* ment on s’y prit ;
En exposant l’œil de l’animal à la lumière, et en tournant la tête en dedans, on voyait que le globe oculaire, tendait à se porter en dehors par de petits mouvements; mais quand on tournait la tête en dehors, le globe oculaire restait complètement immobile. -
Du côté sain, au contraire, le globe oculaire se portait en dedans quand on tournait la tête en dehors, et en dehors quand on tournait la tête en dedans.
Après l’ablation de la troisième paire, la. pupille n’avait pas été déformée; seulement elle s’était montrée un peu plus contractée que celle du côté opposé : probablement pai’ce qu’on avait touché la cinquième paire.
Le lendemain, le lapin était toujours bien portant. Les deux yeux étaient sensibles également et n’étaient le siège d’aucune altération de nutrition. L’injection qui avait paru dans l’iris et dans la conjonctive, au moment de l’opération, avait complètement disparu. Les phénomènes qui avaient persisté étaient : le strabisme externe, la saillie du globe de l’œil, la chute de la paupière supérieure, l’immobilité du globe oculaire, excepté dans les mouvements en dehors.
La pupille qui, au moment de l’ablation de la troisième paire, s’était montrée plus contractée que du côté opposé, était aujourd’hui dans un état inverse; c’est-à-dire qu’elle étmt plus dilatée que celle du côté opposé; mais la pupille n’olïrait aucune déformation, et elle paraissait peu mobile sous l’influence de la lumière artificielle qui déterminait un clignement dans les
On appliqua de la belladone dans les deux yeux; les deux pupilles se dilatèrent, et pendant toute la journée restèrent également dilatées dans les deux yeux.
Le soir, vingt-six heures après l’ablation de la troisième paire, on coupa du même côté, à gauche, la cinquième paire. Aussitôt l’animal cria : la pupille resta d’abord immobile, mais bientôt elle se resserra fortement, comme elle le fait habituellement dans la section de la cinquième paire. La pupille opposée resta dilatée
comme elle l’était sous l’influence de là belladone. L’œil gauche, déjà saillant, par suite de l’ablation de la troisième paire, ne le devint pas beaucoup plus lors de la section du trijumeau.
La section de la cinquième paire amena un épanchement de sang, par suite de la blessure du sinus caverneux; l’animal succomba à cet accident.
De cette expérience on peut conclure : i‘ que l’ablation de la troisième paire, dont les symptômes s’expliquent très-bien par sa distribution, n’a pas amené la paralysie de l’iris, puisque, sous l’influence de la belladone et de la section de a cinquième paire, il s’y est produit des mouvements de dilatation et de resserrement.
Exp. — Sur un lapin adulte on ai’racha le nerf moteur oculaire' commun, par le procédé ordinaire. Aussitôt après l’opération on constata : saillie du globe de l’œil, chute de la paupière supérieure, strabisme extérieur, immobilité du globe de l’œil, excepté pour les mouvements en dehors; la conjonctive avait conservé toute sa sensibilité; la pupille était contractée parce que lors de l’opération, on avait touché à la branche ophthalmique de la cinquième paire.
Trois heures après l’opération la pupille s’était dilatée, mais elle était encore un peu plus rétrécie que celle du côté opposé Elle ne paraissait pas se mouvoir bien nettement sous l’influence dé la lumière artificielle.
Le lendemain, vingt-quatre heures après l’opération, l’œil gauche avait les paupières collées ; mais, en les entr’ouvrant, on trouva que l’œil n’était le siège d’aucune altération, et l’on voyait que la pupille était beau-
coup plus dilatée que celle du côté droit, qui était le côté resté normal.
Mais, l’œil gauche étant demeuré à la lumière, on trouva qu’une heure après sa pupille gauche s’était considérablementresserrée, ce qui prouvait que, quoique les mouvements de l’iris fussent lents, ils ne s’en effectuaient pas moins quand l’œil passait de l’obscurité à la lumière. L’animal présentait, du reste, les mêmes phénomènes que la veille relativement au.v mouvements de l’œil, qui n’étaient apparents qu’en dehors; il y avait toujours chute de la paupière supérieure.
J’introduisis alors de la belladone dans les deux yeux, et les deux pupilles se dilatèrent paiement.
Ensuite je coupai la cinquième paire à gauche : aussitôt la conjonctive devint insensible, les traits furent poussés en avant, et la pupille se resserra considérablement.
Le lendemain, quarante-huit heures après l’ablation de la troisième paire, et vingt-quatre heures après la section de la cinqnième, la pupille gauche s’était dilatée; elle avait pris une forme oblongue, et l’iris offrait quelques plis rayonnés.
D’après ces expériences, on voit que l’extirpation de la troisième paire n’empêche pas la pupille de se contracter sous l’influence des excitations portées sur la cinquième paire; ce qui prouverait que ce n’est pas par le nerf moteur oculaire commun qu’est rapportée l’action réflexe, mais que c’est par le grand sympathique que
nerfs moteurs de l’œil, comme le prouve l’expérience suivante:
Exp. — Sur unjeune lapin, j’ouvris le crâne, j’enlevai les lobes antérieurs du cerveau, et je divisai les deux nerfs optiques. L’animal était alors complètement aveugle, et les pupilles étaient laidement dilatées et immobiles. Cependant le globe oculaire avait conservé ses mouvements, que l’on rendait manifestes en faisant tourner la tête de l’animal. Le lapin était toujours bien vivant, et la cornée et la conjonctive avaient conservé parfaitement leur sensibilité. Alors, du côté gauche, on cassa dans le crâne le nerf de la troisième paire. L’œil devint saillant; il survint le strabisme en dehors, la chute de la paupière supérieure, et tous les symptômes de la destruction de la troisième paire.
Au moment de la destruction du moteiir oculaire commun, la pupille n’avait pas éprouvé de changement; elle ne s’était ni resserrée ni dilatée. Alors, avec un petit crochet, je cassai le nerf pathétique dans le crâne. D n’y eut rien de changé du côté de la pupille; seulement, les mouvements du globe de l’oeil avaient toujours lieu en dedans, quant on faisait tourner la tête de l’animal. Enfin, on détruisit la sixième paire : il n’y eut rien de changé dans la pupille; quant au globe de l’œil, il était complètement immobile, quels que fussent les mouvements que l’on fit exécuter à la tête de l’animal. Après toutes ces opérations, la conjonctive et la cornée étaient toujours restées sensibles. Dans cet état, on pinça la branche ophthalmique; aussitôt l’animal cria, et la pupille se contracta considérablement.
Du côté droit, où les nerfs moteurs de l’œil n’avaient pas été coupés, on pinça de même la cinquième paire, ce qui donna lieu aussitôt à une contraction énergique de la pupille droite. La présence ou l’absence des nerfs moteurs n’avait donc rien changé au phénomène.
Du côté gauche, avant le pincement de la cinquième paire, en irritant le bout périphérique du nerf moteur oculaire commun, on n’obtenait aucun phénomène de mouvement dans la pupille.
En résumé, nous trouvons comme effets de la paralysie de la troisième paire : strabisme externe, saillie du globe oculaire, chute de la paupière supérieure, élargissement de la pupille.
Les phénomènes de la paralysie, simples en ce qui est relatif aux muscles moteurs du globe oculaire, sont moins faciles à comprendre en ce qui concerne l’iris. Loraque la troisième paire est détruite, il y a relâchement des muscles avec diminution de l’ouverture pupillaire, mais non paralysie de l’iris. Quoique la pupille soit, d’une manière permanente, plus large que celle du côté opposé, elle n’a pas perdu la faculté de se dilater ou de se rétrécir sous certaines influences.
La section du grand sympathique détruit toujours cettedilatation, et la galvanisation du nerf l’élargit davantage ; l’action de la belladone peut encore la dilater. U n’y a donc pas â proprement parler paralysie complète, c’est-à-dire perte de mouvement.
On a cru pouvoir expliquer ce qui se passe dans ce cas en admettant une paralysie incomplète. Pour
il faut comparer ce qui se passe alors dans l’œil aus phénomènes réflexes en général. Nous avons vu que les impressions perçues par la cinquième paire peuvent réagir sur les organes internes ; qu’une influence mécanique, qu’un gravier dans l’œil déterminait sur la cinquième paii'e une impression qui se traduit par une contraction de la pupille, de même que la sensation lumineuse qui affecte normalement la rétine. La contraction pupillaire se présente donc comme réaction réflexe déterminée par une influencé mécanique ou lumineuse, agissant sur la cinquième paire du sur le nerf optique. Par quelle voie se transmet l’influence réflexe?
L’impression portée au centre par la cinquième paire reviendrait, d’après l'explication indiquée plus haut, par le nerf moteur oculaire commun, nerf moteur de retour. Or, ce nerf offre une particularité bien digne d’être notée : sur son trajet se trouve un ganglion, placé fout près de l’organe sur lequel agit la troisième paire ; c’est le ganglion ophthalmique.
Lorsque d’autres' branches de la cinquième paire sont afl’ectées, nous avons vu que les actions motrices de retour sont transmises aux organes par un nerf moteur spécial, le nerf de Wrisberg. Ici, nous ignorons si une portion du grand sympathique vient dans le ganglion ophthalmique, ou si ce ganglion est exclusivement une dépendance du nerf moteur oculaire commun.
Pour savoir si ce ganglion doit être considéré comme appartenant au nerf moteur oculaire commun, on a galvanisé ce nerf avant le ganglion, pensant que s’il en était
ainsi, la galvanisation du nerf produirait une contraction de la pupille. Or, cette contraction n’a pas été obtenue. Si, au contraire, on excite les filets ciliaires, qui du ganglion ophthalmique se rendent à l’iris, on fait contracter la pupille.
Dans la dernière leçon, je vous parlais d’une loi cpi’on avaitautrefois formulée, et d’après laquelle les nerfs qui traversent les ganglions périphériques du grand sympathique prendraient dans ces ganglions la faculté d’agir sur les organes auxquels ils se rendent. On avait formulé cette loi d’après la seule expérience que je viens de vous citer. On disait pour le cas qui nous occupe, que la troisième paire fait contracter la pupille; mais il faut pour cela qu’elle ait traversé le ganglion ophthalmique.
Nous aurions donc ici une double exception apparente dont il faudrait chercher la raison : 1° la galvanisation du nerf moteur oculaire commim avant le ganglion ophthalmique ne fait pas contracter la pupille; 2° la section de la troisième paire donne cependant lieu à l’élargissement de la pupille.
Quoi qu’il en soit de ces faits, auxquels la série de nos recherches sur le sympathique nous ramènera très-probablement, nons savons que l’iris reçoit non-seulement des filets moteurs de la troisième paire (si tant est que ce soit le ganglion qui reçoive ces filets et non lui qui les donne), mais qu’il en reçoit encore du grand sympathique du cou. Nous devo ns noter, en outre, que pour que la contraction de la pupille ait lieu, il faut que les muscles moteursdu globe oculaire le maintiennent dans
une position telle que la pupille soit dirigée en dedans.
Il est donc nécessaire de tenir compte de cette condition, surtout quand on sait que, après la paralysie de la troisième paire, l’axe de l’œil se trouve dirigé en dehors dans une position qui favorise elle-même la dilatation de la pupille.
Si, quand on a coupé le nerf moteur oculaire commun, la pupille n’agit plus par les excitations qui portent sut le nerf optique, on peut en solliciter cependant les mouvements par des excitations qui portent sur le grand sympathique; telles sont l’atropine, la galvanisation du grand sympathique du cou. Nous retrouverions là une influence rapprochée, qui est le nerf sensoriel, et une influence éloignée qui serait dans le sympathique viscéral, comme pour la sécrétion salivaire ; la pupille pourrait donc reconnaître la cause de ses mouvements dans des sensations locales, ou dans des sensations éloignées, profondes, comme on le voit dans certaines afiections intestinales.
Admettant pour le moment que les mouvements de la pupille sont sous la double influence du nerf moteur oculaire commun et du grand sympathique, la question serait maintenant de savoir si, comme on l’a cru, les actions de ces deux nerfs sur la pupille sont difiérentes, ou s’ils agissent dans le même Sens.
Ruete et MM. Bu(%e et Waller, etc., ont admis^queces deux influences nerveuses étaient antagonistes; que la troisième paire et le grand sympathique ne se distritribuaientpas aux mêmes organes contractiles dans l’iris.
On a, vous le savez, décrit dans l’iris des fibres cou-
toctiles circulaires, produisant la contraction de la pupille, et des fibres radiées en produisant au contraire la dilatation. Ruete et MM. Budge et Waller, voyant la section du nerf moteur oculaire commun produire un élargissement de l’ouverture pupillaire, pensaient que, dans ce cas, les fibres circulaires étaient paralysées; que le contraire avait lieu pour le grand sympathique. Ils eiqiliquaient ainsi, par la paralysie des fibres radiées, le rétrécissement de la pupille consécutif à, la section du sympathique du cou, rétrécissement déjà observé en 1722 par Pourfour Du Petit.
Cette théorie me semble difficile à soutenir, car, lorsque, après la section d’un de ces nerfs, il y a élargissement ou rétrécissement persistant de l’ouverture pupillaire, il peut encore y avoir des mouvements de l’iris. Ceux-ci sont seulement plus limités.
Si l’analogie devait être invoquée ici, elle nous porterait à penser que les choses peuvent se passer comme dans les glandes, où nous avons vu deux nerfs agir à la fois sur un même organe, et agir tous deux dans le sens différent, sans qu’on puisse dire toujours que ce soit dansuusens opposé. R est probable qu’il en est de même pour la pupille, et qu’il faut se contenter de dire que ses mouvements reconnaissent simplement deux ou plu-
II nous resterait à examiner pourquoi, en agissant sur le nerf moteur oculaire commun, on ne détermine pas de contraction de la pupille, et à quoi peut tenir cette exception apparente à une loi qui semblerait s’appliquer aux phénomènes observés dans d’autres organes. Ce
l’entrée, ou Constate cette paralysie et la rotation forcée de l’œil en dehors. La pupille droite est un peu moins contractile que la gauche ;
Il est curieux de voir que chez les oiseaux les mouvements de la pupille ne présentent que peu de phénomènes différents relativement aux influences nerveuses.
Exp. — Sur un pigeon, je coupai la cinquième paire dans le crâne à l’aide d’un très-petit crochet tranchant, enfoncé au-devant de l’infundibulum auditif. On dirigea l’instrument légèrement en haut et en arrière; on le poussa doucement, en suivant le plancher de la fosse temporale; et, lorsqu’on fut arrivé sur la cinquième paire, on la détruisit par un mouvement de la pointe du crochet.
Après cette opération, faite du côté droit, le pigeon montra une insensibilité complète de la cornée, de la conjonctive et de la moitié correspondante du pourtour du bec.
Au moment de la section, ou observa une constriction momentanée et très-fugitive de la pupille. Il y eut, aussitôt après l’opération, une occlusion de l’œil par élévation de la paupière inférieure.
L’œil, du côté opéré, ne paraissait pas larmoyant; et •lorsqu’on écartait les paupières et qu’on exposait l’œil à
la lumière, il y avait des mouvements rapides de la membrane nictitante. Les mouvements du globe oculaire semblaient parfaitement conservés et aussi forts que du côté sain. Une demi-heure après l’opération, le pigeou était toujours dans le même état : il y avait occlusioa complète de la paupière droite, insensibilité de la conjonctive, de la cornée; la pupille était du même diamètre des deux côtés, ^ement mobile; les mouvements de la membrane nictitante et ceux du globe oculaire étaient parfaitement conservés.
Le lendemain, vingt-quatre heures après l’opération, le pigeon était toujours vif et dans un très-bon état. 11 offrait les mêmes symptômes que la veille, relativement à l’occlusion de la paupière, à l’insensibilité des parties, aux mouvements du globe oculaire, de la pupille et de la membrane nictitante.
La cornée ne paraissait pas plus sèche du côté opéré; mais il faut noter que l’occlusion des paupières la tenait constamment recouverte. Il n’y avait pas sur elle d’opacité apparente; mais il y avait vers son centre une espèce d’ulcération qui provenait peut-être d’une blessure
- Il était difficile de bien constater la mobilité de la pupille; pour pouvoir agir plus facilement, j’enlevai avec des ciseaux les deux paupières et la membrane nictitante; ce qui se fit sans douleur, puisque la cinquième paire était coupée.
Alors, étant dans l’obscurité, et dirigeant de la lumière artificielle sur l’œil, on vit manifestement des mouvements alternatifs de resserrement et de dilatation
de la pupille. On put voir manifestement aussi que chaque contraction de l’iris coïncidait avec un mouvement de totalité du globe de l’œil, ce qui n’avait pas lieu pour la dilatation. On vit encore que les mouvements de totalité du globe oculaire étaient conservés du côté opéré. Le pigeon était très-bien portant et continuait à manger.
Le lendemain de la précédente opération, l’œil droit était opaque et enflammé; il y avaitdu pus étonné pou-
Du côté gauche, en essayant de couper la troisième paire, je comprimai la cinquième; aussitôt, il y eut insensibibté de l’œil gauche dont les paupières se fermèrent; le bec de l’animal restait entr’ouvert. Mais bientôt la sensibilitédu globe de l’œil revint, les paupières s’ouvrirent, les symptômes produits cessèrent.
Je coupai alors les trois paupières, après quoi je divisai complètement la cinquième paire de ce côté. L’insensibilité se manifesta de nouveau, ainsi que l’écartement du bec avec lequel l’animal ne pouvait plus serrer. On constata que la pupille, qui avait semblé dans ce cas éprouver nn élargissement aumomentde la section, avait conservé sa mobilité ainsi que le globe de l’œil.
Pour faire contracter la pupille chez les pigeons à l’aide d’une lumière artificielle, lorsqu’on est dans l’obscurité, il faut agir d’une certaine manière. Quand on promène la lumière au-devant de l’œil, transversalement, on observe que lorsque la lumière est arrivée de façon à tomber sur l’angle interne de l’œil, il y a un resserrement de la pupille. Quand, au contraire, elle est en de-
hors et tombe sur l’angle externe, il y a dilatation de la pupille. Ce phénomène est très-manifeste et très-bien
Parlons maintenant des particularités qui sont relatives aux mouvements du globe de l’œil.
A propos des mouvements du globe de l’œil, il y a au pointde vue pathologique,des considérations relatives au strabisme, pouvant dépendre soit de la lésion du nerf, soit de la lésion du muscle. 11 arrive aussi parfois que, dans certains états morbides, il se manifeste des troubles dans les mouvements du globe de l’œil, et qu’il survient un strabisme divergent ou convergent.
On a signalé dans certaines méningites un strabisme interne, et l’on a considéré ce strabisme comme symptomatique d’une méningite de la base du cerveau, amenant une paralysie que l’on expliquerait par l’inflammation du nerf de la sixième paire (moteur oculaire externe).
On trouve encore, dans certains cas, des lésions du cerveau qui produisent des déviations dans le globe de l’œil, qu’on ne peut rattacher à la paralysie bien déterminée d’aucun muscle de cet organe. C’est ainsi que la blessure du pédoncule cérébelleux détermine une déviation des yeux, qui est exactement en rapport avec le sens de la rotation, qui est la conséquence de cette lésion. Si l’animal tourne à gauche par exemple, son œil gauche regarde en bas, tandis que son œil droit regarde en haut et vice-versâ. Cette déviation des yeux est cai-actéristique, et persiste lorsqu’on maintient le corps et la tête de l’animal, et qu’on empêche les mouvements de se produire dans ces parties.
recouvre une partie plus ou moins grande suivant les animaux. Ici donc, quoique le mouvement soit déterminé par la troisième paire, il l’est d’une manière mécanique et passive. Ce qui le prouve, c’est qu’on peut le produire mécaniquement, même chez l’animal mort lorsque avec le doigt on presse sur la cornée pour enfoncer l’œil dans l’orbite. Toutes les fois que l’œil tend à s’enfoncer dans l’orbite, le même phénomène a lieu : c’est ce que l’on voit, par exemple, après la section du grand sympathique au cou, parce que cette opération entraîne la rétraction du globe oculaire dans le fond de l’orbite.
La galvanisation du nerf sympathique, en amenant le prolapsus de l’œil en dehors, fait rentrer la troisième paupière. L’action de la nicotine, en amenant la rétraction violente du globe oculaire, produit la saillie de cette troisième paupière d’une manière si forte qu’elle couvre
deuï nerfs faciaux avaient été arrachés. Lorsque cet animal se chauffait devant le feu, ne pouvant plus fermer les paupières, comme les animaux le font habituellement, il faisait avancer au-devant de l’œil sa troisième paupière, seul organe de c%nement dont il pût faire usage.
■Le nerf pathétique, ou de la quatrième paire, prend naissance de la valvule de Vieussens, près des tubercules quadrijumeaux; de là il vient contourner la petite circonférence de latente du cervelet, se loge dans le repli de la dure-mère, puis dans la face externe du sinus caverneux, et pénètre dans l’orbite par la partie la plus interne de la fente sphénoïdale, en croisant les nerfs optique, moteur oculaire commun et moteur oculaire externe, qui sont placés au-dessous de lui. En ce point, le nerf pathétique se trouve superficiellement placé à côté de la branche ophthalmique, et particulièrement du nerf frontal interne avec lequel il s’anastomose en formant une anse, comme l’indique la figure 8. -Après quoi il va se rendre vers le milieu du ventre du muscle grand oblique dans lequel il se termine.
Ce nerf, par ses fonctions, est évidemment moteur; mais il doit probablement, comme tous les nerfs de cet ordre, posséder nne sensibilité récurrente. Il serait vraisemblablement possible, en agissant surlaportionintracrânienne de ce nerf, de vérifier s’il possède la sensibilité récnrrente : les anastomoses qui l’unissent à la cinquième paire font penser que c’est de la branche ophthalmique qu’il tiendrait la sensibüité récurrente.
Nous devons ajouter que le nerf pathétique présente
encore une particularité remarquable ; il -offre au ui-
forme: te microscope serait nécessaire pour décider si cette apparence est liée à l’existence de cellulés.gauglionnaires dans cette portion du nerf.
te nerf moteur oculaire externe ou nerf de la sixième paire nalt'pàr deux racines, l’une provenant du pont de Varole , l’autre de la pyramide antérieure. Bientôt ilpé^ nètre dans un orifice de la dure-mère, et vient se placer dans là paroi externe du sinus Cayerneus. De là il entre dans l’orbite, à côté du nerf inoteur oculaire commun, et va se distribuer dans le muscle droit externe de l’oeil.
Ce nerf, dont les fonctions sont motrices, doit contracter des anastomoses avec la cinquième paire dans le muscle droit externe, qui reçoit des filets sensitifs de la cinquième paire. Ce serait là la source de la sensibilité récurrente que l’exiguïté du nerf rendra difficile à con-
îrf moteur oculaire commun, le plus important des nerfs moteurs de l’œil, fournit, ainsi que nous l’avons vu, à tous les muscles droits, moins le droit externe, au petit oblique et au muscle releveùr dé la paupière supérieure chez l’homme. Chez les animaux, le hœuf et le cheval, c’est le moteur oculaire externe qui fournit au muscle conoïde. Il y a chez le caméléon; à la partie externe de l’œil, un autre groupe de muscles qui reçoit du nèrf moteur oculaire externe.
Le nerf moteur oculaire commun prend naissance à la partie interne des pédoncules du cerveau, d’une
masse grise que l’examen microscopique a montrée formée de cellules ganglionnaires motrices. Le nerf pénètre dans un repli de la dure-mère, puis vient se placer sur le côté du nerf optique, se divise en deux branches dont l’une passe au-dessus, l’autre au-dessous du nerf optique. La branche supérieure se distribue au muscle releveur de la paupière supérieure, au droit supérieur et au droit interne; la branche, inférieure se distribue aux muscles droit inférieur et petit oblique.
Un des points les plus intéressants de l’histoire du nerf moteur oculaire commun, est la présence, d’un ganglion sur le trajet de sa branche inférieure. On décrit généralement ce ganglion, appelé ganglion ophthalmique, qui se trouve situé sur le .côté externe du nerf optique, comme étant un ganglion du grand sympathique qui reçoit sa racine motrice du nerf moteur oculaire commun par une anastomose qu’on appelle chez l’homme la racine courte et grosse, anastomose qui se détache du nerf au moment où il va fournir le filet qui se distribue dans le muscle droit inférieur. De plus, il communique avec le nerf nasal de la cinquième paire par un rameau qu’on regarde comme sa racine sensitive, et qù’on appelle racine longue et grise.
Nous nous sommes e.xpliqué ailleurs relativement à la sensibilité spéciale que les nerfs ciliaires communiquent à l’iris et à la cornée transparente, ainsi que sur l’influence qu’exercent ces nerfs sur la sécrétion des humeurs de l’oefi . Il paraît bien évident que la sensibilité des nerfs ciliaires a pour point de départ la cinquième paire. Il s’agit ici d’examiner si . la faculté motrice des nerfs
cihares provient exclusivement du nerf moteur oculaire commun. La plupart des anatomistes l’admettent, depuis * Herbert Mayo, en se fondant sur -le prétendu relâchement de la pupille après la paralysie de la troisième paire. Nous verrons toutefois que cette explication n’est jpâs satisfaisante, parce que les mouvements de la pupille ne cessent pas après la destruction du nerf moteur oculaire commun, de la quatrième, de la sixième paires, et même après la destruction des nerfs optiques. 11 suffit alors de pincer la branche ophthalmique pour déterminer une contraction très-violènte delà pupille. Du reste, le volume du ganglion ophthalmique ne paraît point en rapport avec l’intensité des mouvements de la pupille. Quant à l’anastomose que le nerf moteur oculaire commun contracte avec le ganglion ophthalmique, on pourrait anatomiquement plutôt soutenir que c’est le ganglion qui fournit des filets au nerf moteur oculaire commun que de prétendre que c’est ce nerf qui lui en envoie. D’ailleurs la section du filet cervical du gi'and sympathique, de même que sa galvanisation, produisent, comme nous le verrons, des mouvements de la pupille, de manière à faire penser que la faculté motrice des nerfs de l’iris viendrait aussi de la région cilio-spinale de la moelle épinière.
La nature des mouvements de la pupille est encore entourée aujourd’hui de la plus grande obscurité, quelques auteurs regardant le tissu de l’iris comme musculaire, les autres pensant qu’il est constitué non par des muscles, mais par un tissu vasculaire érectile. L’action du grand sympathique sur la pupille, c’est-à-dire d’un nerf
qui agit spécialement sur les vaisseaux, serait d’accord avec cette dernière opinion. Nous aurons du reste à discuter ces questions à propos du grand sympathique.
Quand on pince la branche ophthalmique de la cinquième paire, on a' une constriction de la pupille, parce que dans le sinus caverneux cette branche, qui a une. apparence gai^liforme, reçoit des anastomoses nombreuses du grand sympathique, et c’est leur irritation qui produit sans doute lejnouvement de la pupille. Ce qui le prouve, c’est, qu’en pinçant le tronc de la cinquième paire avant le ganglion on ne produit rien sur la pupille.
Nous terminerons en disant que le nerf moteur oculaire commun présente aussiun aspect gangliforme dans la portion située daus la paroi externe du sinus caverneux. Il contracte en effet à ce niveau, avec les rameaux carotidiens du grand sympathique, des anastomoses trèsnombreuses. Le nerf pathétique est dans le même cas; et on sait que les anciens considéraient ce nerf comme étant l’origine du trisplanchnique dans la tête.
leur, ainsi que sa dénomination même l’indique, possède la sensibilité récurrente. Toutefois cette sensibilité est très-difficilement appréciable sur les branches du nerf dans l’orbite; c’est sur le tronc même du nerf dans sa portion intracrânienne que cette propriété doit être constatée. Toutefois, il faut employer pour cela des animaux jeunes et capables de résister, parce, que l’épuisement causé par l’opéralion peut empêcher la constatation de ce phénomène, ainsi que nous le savons déjà pour les racines rachidiennes. Le nerf qui fournit la
sensibilité récurrente au moteur oculaire commun, est encore la branche ophthalmique de la cinquième paire; de sorte que c’est la branche ophthalmique de la cinquième paire quifoin-nitla sensibilité récurrente à tous les nerfs motèui’s de l’œil et joue par conséquent, par
Nous avons déjà dit, relativement à l’olfaction, que les expériences faites sur les animaux avaient conduit Magendie à cette conclusion, que la cinquième paire présidait à la fois aux deux sensibilités, à la sensibilité générale et à la sensibilité spéciale, olfactive. C’est d’ailleurs bien évidemment ce qui a lieu pour la langue à propos de la sensibilité gustative. -
■ Magendie a détruit les nerfs olfactifs, et il dit qu’après cette opération les animaux n’avaient pas perdu l’odorat. Il avait eu recours pour agir sur la muqueuse nasale à l’ammoniaque et à des substances odorantes.
Quand on se sert d’ammoniaque, il est évident que la sensibilité générale doit, être affectée ; ces expériences ne prouvent donc rien quant à la sensation olfactive; mais il en est d’autres, celles faites avec des corps- purement odorants, qui ne permettent guère d’admetue qu’un animal chez- lequel on à détruit les nerfs olfactifs ait perdu complètement l’odorat.
Une couronne de trépan étant appliquée sur lefrontal, permettait à Magendie d’an-iver sur les trous de la lame criblée.' Là les nerfs olfactifs étaient détruits avec le manche d’un scalpel; la plaie fermée, l’animal guérissait, et quelques jours après on essayait de reconnaître s’il avait perdu la perception des odeurs. Pour cela, ôii
OlFACTIOS. S«
etivelofipait dans du papier, d’une part du fromage de gruyère, de l’autre, un morceau de b.ois ou de liège. Les deux paquets étaient ensuite jetés au chien, qui prenait le plus souvent celui qui renfermait le fromage, défaisait l’enveloppe et mangeait le contenu. Il semble difficile d’admettre qu’il pût, en cette circonstance, être conduit à choisir par autre chose que par l’odorat. Cette expérience a été faite plusieurs fois, toujours avec des résultats analogues.
Lorsque, repoussant les conclusions de Magendie, on a voulu montrer que ses expériences étaient entachées d’erreur, on a invoqué ses expériences avec l’ammoniaque; quant aux autres, je ne. sache pas qu’on ait cherché à les répéter.-
Peut-être eùt-dn pu obtenir d’utiles indications d’expériences faites sur des chiens de chasse qu’on aurait
paraissent mériter d’être faites.
Les expériences de Magendie sembleraient donc montrer que, si le nerf olfactif préside à la sensibilité olfactive, ce n’est pas d’une façon exclusive. Nous aurons à nous prononcer là-dessus plus tard.
Les cas pathologiques observés chez l’homme ont offert des particularités qui sont très-importantes dans l’appréciation du rôle des nerfs olfactifs.
Onafréquemmentobservél’absence congénitale de ces nerfs chez l’homme. Or, il est remarquable que dans aucun cas cette lésion n’a été diagnostiquée pendant la vie.
Les Bulletins de la Société, anatomique renferment un certain nombre de cas d’absence de nerfs olfactifs
réncontrés en faisant de l’anatomie dans les amphithéâtres. Il paraît probable que si l’on avait pendant la vie reconnu l’absence de l’odorat, on aurait dû faire l’autopsie des sujets à ce point de vue.
Lorsque, constatant à l’autopsie l’absence des nerfs olfactifs, on a été conduit à soupçonner une lésion de l’odorat en rapport avec les fonctions qu’on prêtait à ces nerfs, on â reconstruit après la mort l’histoire des malades sur des renseignements recueillis avec une idée préconçue évidente. Le cas d’absence des nerfs olfactifs chez l’homme que l’on invoque toujours, et qui aurait coïncidé avec une absence complète de l’olfaction, est précisément de cette nature. M. Pressât a soigné un malade sans soupçonner l’absence de l’olfaction ; c’est après la mort que les parents, pressés de questions, ont fourni des renseignements qui l’ont porté à admettre celte lésion pendant la vie.
Lorsque j’étais interne et préparafeur du cours de Magendie au Collège de France, j’apportai ici, pour la disséquer, la tête d’une femme phthisique morte àl’Hôtel- Dieu. En ouvrant le crâne, je fus surpris ’de l’absence complète des nerfs olfactifs. L’absence des nerfs olfactifs reconnue, je pris l’adresse de la femme et me mis en quête de renseignements, évitant toutefois de poser les questions de manière à influencer les réponses. Ces renseignements, comme on va le voir, ne furent nullement en rapport avec la théorie qui voudrait que lés nerfs de la première paire présidassent exclusivenjentâ l’olfaction.
Itl
Maintenant que faire de cette observation et des détails qui la suivent? Si jlen conclus que l’odorat et la dégustation existent malgré l’absence des nerfs olfactifs, on me dira que mon observation n’est pas bonne et qu’il aurait fallu avoir observé moi-même les phénomènes dont, je parle et ne pas les tenir de personnes étrangères à la science. Je comprends, en effet, que cela eût mieux valu, et j’aurais voulu en effet connaître Marie Lemens pendant sa vie. Cependant je ne vois pas comment j’aurais pu m’apercevoir que les nerfs olfactifs manquaient en observant ce que m’ont rapporté les trois personnes qui ont vécu loi^temps avec Marie Lemens. Si on m’opposait des cas d’absence des nerfs olfactifs qui eussent été diagnostiqués et étudiés par des médecins • pendant la vie, puis véiâfîés par l’autopsie, je tiendrais volontiers cette observation pour insufiSsante. Mais il est assez singulier qu’aucune des observations connues dans
gines des nerfs encéphaliques sont à l’état normal. 11 n’y a rien autre chose d’anormal que l’absence de la première paire (nerfs olfactifs).
Nous vous citerons une autre observation invoquée à l’appui de la spécialité du nerf olfactif; l’examen de cette observation vous montrera qu’elle ne saurait rien
Observation.— Cécité ef diminution de l’olfactionfroduile parmi tumeur fibreuse à la base du crâne, par M. Vidal, iotemB à la Salpé.
F, nerf trijimieau; — G, nerf de la septième paire; — H, nerf vague;. — I, nerf glosso-pharyogien; J, nerf spinal; — K, nerf grand hypo-
. Si donc on admet aujourd’hui que le nerf olfactif est le nerf spécial de l’odorat, et que la cinquième paire donne seulement à la membrane muqueuse nasale la sensibilité générale, on émet une opinion basée seulement sur l’analogie avec la vision. Après les faits que je viens de vous exposer, il est difficile d’admettre que le rôle du nerf olfactif dans l’olfaction puisse être aujourd’hui regardé comme bien connu. Qu’il ait un rôle dans l’exercice de cette fonction, je suis loin de le nier. Mais quel est exactement ce rôle? — Je l’ignore, personne n’ayant pu diagnostiquer pendant la vie l’absence des nerfs olfactifs, et observer quelles en étaient les conséquences.
On n’a, d’ailleurs, aucune raison même analogique de refuser à la cinquième paire un rôle dans l’olfaction.
C’est un nerf de sensibilité générale, sans doute; mais déjà, dans la bouche, ne le voit-on pas réunir les aptitudes des nerfs de sensibilité générale et de sensibilité spéciale?
L’olfaction est une fonction qui n’a pas besoin, comme la vue et l’ouïe, d’un organe particulier et spécial. Des surfaces muqueuses constituent les appareils olfactif et gustatif : la cinquième paire perçoit les sensations gustatives; pourquoi ne percevrait-elle pas certaines sensations des odeurs?
On a parlé de sujets qui sentent la saveur d’un ali-
ment, mais n’en perçoivent pas le fumet, qui n’ont pas conscience du bouquet d’un vin, etc. Il semble qu’il y ait dans ces exemples combinaison de sensations gustatives avec des sensations olfactives; la perception des arômes serait, en quelqûe sorte, l’œuvre d’un sens mixte. Se basant sur la perte de ce sens particulier pendant un coryza intense, on s’est demandé si chez les sujets qui sont d’une façon permanente dans l’impossibilité de percevoir les arômes, le nerf olfactif ne manquait pas. C’est encore une supposition.
■ Il faut absolument pour juger la question de la part que peuvent prendre à l’olfaction les nerfs de la première et de -la cinquième paire, faire des expériences précises.
L’ablation des nerfs olfactifs pourrait être exécutée sans détruire les lobes olfactifs, et sans amener une lésion aussi grave. D’un autre côté il suffirait de couper les deux nerfs maxillaires supérieurs pour enlever aux narines la sensibilité générale ou spéciale qu’elles peuvent tenir de la cinquième paire, et observer l’odorat comparativement avant et après la section de cette branche de la cinquième paire. De cetté façon, les délabrements ayant été peu dbnsidérables, il n’y aurait pas besoin d’attendre aussi loi^temps pour constater l’état de l’olfaction ; alors on ne pourrait plus objecter qu’il est survenu des lésions de nutrition dans la muqueuse nasale. Nous avons déjà dit ailleurs'que les branches de la cinquième paire, qui vont se distribuer dans les fosses nasales, pai-aissent jouir d’une sensibilité moindre, et se rapprocher par là des nerfs de sensation spéciale.
Avant de vous parler d’expériences nouvelles, nous devons vous citer une expérience ancienne qui nous I a donné des résultats fort singuliers et tout A fait étran- ' gers. d’ailleurs aux phénomènes relatifs à l’odorat qui i ne furent pas suivis chez cet animal.
! Exp. (1" mai 1841). — Sur un chien, on appliqua une couronne de trépan sur la partie antérieure du frontal; on perfora les deux tables- des sinus frontaux, et, à l’aide d’un instrument en forme de canif, on détruisit les deux nerfs olfactifs sur la lame ethmoïdale.
Le premier jour, l’animal tomba dans un coma profond. Peu à peu il se rétablit; et, le troisième jour, l’animal complètement revenu commençait à manger.
On conserva ce chien eu vue d expenences ultérieures sur l’odorat, et on le laissa dans les caves du laboratoire :
\ il mangeait du reste très-bien, lorsque, le 25 juin, l’animal devint subitement morne et silencieux, se tenant , tapi dans un coin et évitant la lumière. Ces symptômes augmentèrent d’intensité; il grondait, essayait de mordre lorsqu’on l’approchait ; ses yeux étaient brillants,
1 ses membres se contractaient; il écumait et offrait par-
I fois des crises convulsives, comme épileptiformes; il re- •
j fusait toute espèce de nourriture. Après avoir offert
i pendant trois jours ces symptômes, l’animal mourut le
; 28 juin. L’autopsie n’a pas été faite.
I Comment pourrions-nous expliquer. ces phénomènes ' singuliers? Ce serait un objet de recherches à poursui-
j- ' vre.,Je dirai seulement qu’il me semble me rappeler que chez ce. chien, il s’établit, après l’ablation du nerf olfactif, une fistule frontale par laquelle s’écoulait du
liquide céphalo-raeMdien,. et que plue tard cette fistule se boucha, et que e’estquelques jours après que l’animal , présenta les symptômes que nous Tenons de rappeler. Peut-être dans ce cas s’était-il formé ipielque lésion du côté du cerveau. Galien prétendait, comme on sait, que les humeurs s’échappaient du cerveau par les trous de la lame criblée ; nous ne pensons cependant pas que son assertion puisse servir d’explication à ce cas.
De tout ce que nous ayons dit sur le sens de l’olfecüon, je ne voudrais tirer aucune conclusion définitive. J’ai désiré seulement vous prouver que le rôle exclusif des nerfs ollaetifs n’es't pas aussi bien établi qu’on fe croit dans l’appréciation des odeurs^ et qu’il faut encore des expériences pour prouver que la cinquième paire n’y prend aucune part, Gar, je le répète, les faits qu’on a invoqués jusqu’ici ne, sont pas suffisamment probanfi. Nous avons commencé quelques expériences sur la destruction des nerfs qut se rendent dans la membraiie muqueuse desfossesnasales. Nous avons détruit, d’une part, les branches de. la cinquième paire sur des chiens, et sur d’autres nous avons détruit les nerfs olfactifs par un nouveau; procédé;, qui consiste St couper la partle antérieure des lobes- cérébraux.. Mais nos animaux ne son pas encore suffisamment rétablis de l’opération pour que nous puissions faire Eobseovation dans des conditions convenables. Nous; les obseiTerans et nous vous
palais, de même aussi qu’il existe un grand filet nerveux décrit par M. Ludovic Hirsohfeld (fig. 12), qui provient à la fois dn facial et du glosso-pharyngien, et .qui s’avance jusqu’à la pointe de la langue.
Nous n’avons rien à ajouter sur la physiologie des nerfs gustatifs, à ce qui est connu depuis longtemps déjà. Nous remarquerons seulement que le sens de la gustation offre ceci de particulier, qu’il est évidemment sous l’influence de deux nerfs, le glosso-pharyngien et la cinquième paire. La cinquième paire est donc, d’après cela, un nerf mixte possédant toutes les propriétés nerveuses connues. Il préside à la sensibilité générale par ses trois branches, et, de plus, par sa branche inférieure, il préside au mouvement et à la sensibilité spéciale. On s’est demandé si dans la partie antérieure de la langue la sensibilité tactile et la sensibilité spéciale étaient déterminées par les mêmes filets nerveux, ou bien s’il fallait considérer le nerf lingual comme possédant les deux ordres de fibres. C’est là une question qu’il est à peu près impossible de résoudre expérimentalement. Nous avons vu qu’outre la cinquième paire, il y avait encore la corde' du tympan qui agissait sur la gustation dans la partie antérieure de la languei Nous nous sommes expliqué sur son action, et nous avons montré ce qui peut survenir comme phénomène isolé consécutif à la section de ce filet nerveux. Toutefois il nous a semblé que le phénomène ne devenait surtout évident qne lorsqu’on coupait la corde du tympan, après sa sortie de l’oreille moyenne.
On sait, en effet, que dans ce point la corde du tym- -
pan contracte des anastomoses avec des filets du grand sympathique, qui accompagnent l’artère méningée moyenne.
. Nous n’avons pas essayé si, en enlevant le ganglion sous-maidllaire, on obtiendrait les mêmes résultats . Chez le chien, le ganglion est à peine visible.
L’organe de la gustation, comme tous les organes des sens, possède des nerfs moteurs. Ces nerfs moteurs sont le glosso-pharyngien, considéré comme un nerf mixte, et plus spécialement le nerf grand hypoglosse, qui est le nerf moteur essentiel de l’organe. Nous n’avons rien à ajouter à ce qu’on sait sur les fonctions de ce nerf, si ce n’est que nous avons constaté sa sensibilité récurrente et vu qu’elle lui était fournie par la cinquième paire. De sorte qu’ici nous voyons que la cinquième paire tient sous sa dépendance, non-seulement le nerf facial, les nerfs moteurs de l’œil, mais encore l’hypoglosse.
- L’organe de l’ouïe possède, comme tous les organes des sens, trois espèces de nerfs : 1“ le nerf de sensation spéciale, nerf acoustique, qui est bien évidemment -le nerf de l’audition, mais que M. Flourens a divisé en deux, considérant la partie limacieune comme la portion acoustique par excellence, et la portion vestibulaire comme présidant à des mouvements d’équilibration de la tête. En efièt, quand on blesse les canaux demi-circulaires, on voit subvenir dans la tête des mouvements de- torsion qui persistent pendant un temps plus ou moins long. Nous produisons quelquefois cet effet, lorsque, voulant couper le facial dans le crâne
nous venons à blesser les canaux demi-circulaires.
L’appareil auditif reçoit sa sensibilité générale du plexus cervical pour la peau de l’oreille externe; de la cinquième paù’e et dupneumo-gastrique pour le conduit . auditif; pour l’oreille moyenne et la trompe d’Eustache, de la cinquième paire et du glosso-phaiyngien par le filet qui émane du ganglion d’Andersch.
La sensibilité de l’oreille moyenne et du conduit auditif n’est pas douteuse. Quand on pratique la section de la corde du tympan chez le chien, on trouve que l’intérieur du conduit auditif est doué d’une sensibihté vive due à la cinquième paire. Le pneumo-gastrique fournit aussi au filet auriculaire que nous avons vu e.xpérimentalement être très-sensible, lorsque nous l’avons examiné avant et après la jonction au facial dans le canal spiroïde.
Lorsqu’on agit sur le nerf auditif, le nerf de Wrisberg ou le nerf facial, il est très-difficile de ne pas léser tous ces nerfs à la fois. Il serait impossible par exemple, même en opérant sur de gros animaux, sur des chevaux comme nous l’avons fait, de couper isolément, à leur entrée dans le conduit auditif interne, le facial, l’acoustique, Qu le nerf de Wrisberg; de façon qu’il est difficile d’examiner l’influence que pourrait avoir sur le sensde l’ouïe la soustraction des nerfs moteurs qui animent les muscles des osselets de l’oreille. Nous avons pu opé-; rer cette, séparation des nerfs par l’arrachement, qui permet d’enlever quelquefois le nerf facial seul, quelquefois aussi avec lui le nerf intermédiaire de Wrisberg, mais en respectant toujours le nerf acoustique. Or, nous
avons remarqué, ainsi que le prouvent les expériences déjà citées, qu’après l’arrachement du nerf facial le sens de l’ouïe n’est pas perdu. Tantefcns, il serait impossible de dire s’il n’a pas été modifié, parce que les animaux ne peuvent pas rendre compte de ce qu’ils éprouvent Nous pouvonsremarquercependantj-enpareourant les observations prises (chez l’homme, que la paralysie du nerf facial, lorsqu’elle n’est pas. due .à une lésion de l’oreille, n’entraîne généralement pas d’altération sensible dans le sens auditif.