QUATRIÈME CONFÉRENCE
Messieurs,
Nous avons terminé dans notre dernière séance l'exposition des principes enseignés par l'homoeopathie. Vous avez pu voir qu'ils se réduisent à une trilogie dont les termes sont inséparables : la loi des semblables, le dynamisme vital et la spécificité.
Ce premier soin rempli, il faut nous occuper de la méthode, sans laquelle l'application des principes eux-mêmes serait abandonnée au hasard, ne manquerait pas d'aboutir à Tinsuccès et de conduire au découragement.
Cette méthode, Hahnemannl'a exposée avec détail dans l'ouvrage qu'il lui a consacré, TOrganon. C'est là que vous trouverez les conseils les plus précis, les préceptes les plus utiles pour la pratique.
Et ici je dois vous présenter une remarque préliminaire, pour laquelle je réclame votre attention. Beaucoup ont lu VOrganoriy et, si vous tenez compte du petit nombre de ceux qui Tont adopté, vous serez obligés de reconnaître que bien peu l'ont compris. Eh bien, une des
Taisons pour lesquelles cet ouvrage a été mal apprécié se trouve dans une adjonction faite par le traducteur au titre choisi par Ilahnemann. Celui-ci avait tout simplement appelé son œuvre Organon de lart de guérir^ et Jourdan a mis à la suite : Exposition de la doctrine médicale homœopathique. De là une confusion fâcheuse.
Attirés par la couverture du livre, les lecteurs français voulurent, en effet, y trouver ce qui ne pouvait y être, V exposition d'une doctrine. Déçus dans leur espérance , beaucoup déclarèrent que les prétentions élevées par Thomœopathie n'étaient point justifiées, et ils classèrent la réforme hahnemannienne au nombre de ces rêveries dont TAUemagne, pensait-on, avait le privilège.
Il en eût été autrement si chacun avait pu consulter l'ouvrage du maître dans la langue même où il l'avait écrit ; car on aurait vu de suite que, dans la pensée de son auteur, il s'agissait seulement d'exposer une méthode médicale^ ce qu'indiquaient ces deux mots : Organon de l'art de guérir, Organon der Heilkunst.
Ce titre, ainsi que mon père Ta fait remarquer, s'expliquait alors par les souvenirs qu'il pouvait rappeler. Lorsque Aristote voulut donner à la science humaine une base définitive, il écrivit VOrganon^ qui comprend les six ti^aités ayant trait à la logique; et lorsque, dix-neuf siècles plus tard. Bacon se proposa la réédification de la science sur de nouveaux principes, il écrivit le Novum organum comme préface de ï Instant atio magiia. De même, Hahnemann secouant à son tour le joug des systèmes, si souvent contradictoires, que lui offrait la tradition, publia d'abord 1 Organon^ qu'on doit définir : une logique médicale^.
Or, messieurs, \à méthode doit satisfaire à deux conditions : il faut qu'elle indique le but à atteindre, et qu'elle dise ensuite comment on peut y parvenir. Kahnenriann
* Voy. Commentaires sur V Organon y p. 290.
a fait l'un et Tautre. Le but est marqué dès le premier paragraphe de son livre, où il enseigne que : « La preniiôfe, l'unique vocation du médecin est de rendre la sanlé aux personnes malades; c'est ce qu'on appelle guérir, » et aussi dans cet autre passage où il ajoute : que pour guérir trois choses sont nécessaires : V connaître la maladie; 2"" connaître les effets des médicaments ; 5" établir le rapport qui existe entre ce qu*il y a decuratif dans ce dernier et de curable dans Tétat pathologique*. D'où il suit que pour vous faire connaître dans son ensemble la méthode hahnemannienne,.il me faut l'envisager sous le triple point de vue de la pathologie, de la matière médicale et de la thérapeutique.
Toute la méthode, au point de vue de la pathologie, se résume dans cette question : « Par quelle voie le médecin arrivet il à cojinaître cequilabesoin de savoir relativement à la maladie, pour pouvoir en entrepr endre la cure?
Cette voie, Hahnemann l'a indiquée d'un mol :' I'indivi- DUALisATioN, ct Ic moycu qu'il recommande est de réunir l'ensemble des symptômes présentés par le malade.
Certes, messieurs, rien n'est plus simple dans Vénoncé; j'ajoute rien n'est plus délicat dans la pratique ; de là les précautions multiples dont l'homœopathié nous recommande de nous entourer. Elle nous conseille d'abord d'écouter le récit du malade, puis celui de ceux qui le soignent; d'écouter ces détails avec patience et sans rien précipiter ; ces notions devant être le point de départ de celles qu'il faudra recueillir ensuite.
86 COURS DE MÉDECINE HOMCEOPÂTHIQUt:.
Chose curieuse, les adversaires de riiomœopathie enseignent que là se bornent nos investigations, et dernièrement M. Lassègue, ayant daigné parler des homœopalhes dans son Cours de pathologie générale, assurait que nous n'examinions jamais un malade, que notre méthode consistait exclusivement à l'écouter.
Vraiment, quand il s'agit de critiquer un auteur, il faudrait au moins le faire en connaissance de cause et ne pas prêter à nos adversaires des erreurs qu'ils n'ont pas commises. M. Lassègue n*a donc rien prouvé dans sa digression homœopathique, si ce n'est que, connaissant mal notre méthode, il avait confondu son point de départ avec son point d'arrivée.
Ne l'imitons pas, messieurs, et après avoir recueilli les premières notions dont je parlais il y a un instant, suivons Uahnemann dans les conseils qu'il nous donne.
Ayant alors écouté le malade et ses assistants, nous observerons avec tous nos sens * ce qu'il peut y avoir de changé chez le patient : son habitus extérieur, ses dispositions physiques, même morales, etc. Jusque-là notre rôle sera pour ainsi dire passif; mais il ne tardera pas à devenir actif.
Nous en sommes venus, en effet, au moment d'interroger, et nos questions auront pour but : 1** de faire préciser davantage ce qui nous aura été incomplètement indiqué: Fépoque de l'apparition des divers groupes de symptômes, afin d'apprécier leur enchaînement, la nature de la sensation éprouvée, les conditions de soulagement ou d'aggravation des douleurs, leur rhythme continu, intermittent, irrégulier ;
S»» Notre interrogatoire aura un autre objet : celui de compléter ce qui aura été omis par rapport à certaines fonctions pour lesquelles aucun trouble n'a été signalé,
* Organon, § 83.
pnr rapporta Tétat général, enfin eu égard à l'état psychique.
5** Un troisième ordre de questions aura pour but de faire préciser encore quelques détails qui auront échappé; de fixer, par exemple, le nombre des évacuations, leur nature, l'appétence pour certains aliments, la répugnance pour d'autres.
Vous pouvez déjà prévoir combien de notions le médecin aura acquises par ces interrogations répétées.
Tout n'est pas fini cependant; car si nous possédons alors toutes les lésions de sensations et de fonctions, nous ne savons rien des altérations organiques. Aussi Hahnemann recomman(le*t-il de les chercher avec soin. Pour arriver à reconnaître l'état des organes, il veut que nous fassions usage de tous les moyens d'exploration que la science nous otfre;detous, depuis le stéthoscope jusqu'au spéculum , depuis le laryngoscope jusqu'à l'ophthalmoscope lui-même.
Ces explorations terminées, vous connaîtrez le présent de la maladie, il faudra rechercher le passé du malade et s'enquérir des antécédents, puis être fixé sur les traitements qui ont été suivis, afin de déterminer les symptômes qui pourraient appartenir aux médicaments employés. De là vient qu'Hahnemann attache une extrême importance à savoir ce qu'était le tableau de la maladie avant tout traitement, ce qu'il a pu être après la cessation des agents allopathiques et perturbateurs, afin de ne point faire fausse route en prenant un effet médicinal pour un caractère pathologique.
Ainsi donc, messieurs, lorsque vous serez au lit du ma- * lade, vous aurez à écouter d'abord, à interroger ensuite, à explorer en troisième lieu. Toutes ces notions réunies, vous n'aurez accompli qu'une partie de votre lâche. Ayant reconnu l'ensemble des caractères de la maladie, vous aurez à déterminer leur ordre de subordination, ordre
88 œURS DE MÉDECINE HOMŒOPATUIQIE.
sans lequel vous ne pourriez distinguer les symptômes caractéristiques de ceux qui le sont moins.
Alors vous devrez tenir compte de celte distinction, plusieurs fois rappelée, des symptômes généraux ou diathësiques^ des symptômes formels et des symptômes individuels.
Vos préoccupations, au reste, devront varier suivant que vous aurez affaire à une maladie aigué ou è une maladie chronique.
Dans le premier cas, les caractères de Tétai fébrile seront dominants, la considération du siège de la maladie viendra ensuite, et il faudra déterminer non-seulement l'organe malade, mais encore le degré de Taltération dont il est le siège. La considération de la constitution, des maladies chroniques antérieures , en un mot de Tindividu malade, arrivera en dernier lieu.
S'agit-il d'une épidémie? il faudra l'individualiser par rapport 5 celles qui l'ont précédée. Toutes en eftet ne réclament pas des médicaments identiques , la maladie cependant restant la même. Je vous en donnerai un exemple.
Lapulsatilleest le médicament essentiel delà rougeole; or, il arriva que dans une épidémie survenue à Dresde, il y a plusieurs années, ce mé4icament échoua. La maladie était grave, beaucoup mouraient. Le docteur Trincks fit alors ce que je vous conseille; il releva avec soin le tableau des symptômes, et le comparant à celui d'épidémies semblables, antérieurement observées, il reconnut des signes différentiels. Ceux-ci indiquaient l'emploi du carbonate de chaux (calcarea carbonica); ce médicament substitué à la pulsatille eut une influence heureuse et rapide chez tous les enfants auxquels on le donna.
Ce qui est vrai de la rougeole, l'est encore du choléra. Sans doute, le camphre^ Varsenic^ le veratrum et le cuivre sont les agents auxquels vous devrez songer tout d*abord ;
maïs le camphre réussira seulement si le froid domine ; l'arsenic si les selles et les vomissements sont abondants et que la soif soit vive, le veralnim quand les diarrhées dominent les vomissements, et le cuivre si les vomissements dépassent la diarrhée. Ce qui revient à dire qu'il faut non-seulement saisir les traits distinctifs de l'épidémie régnante; mais encore individualiser chaque malade atteint par l'épidémie.
Les maladies psychiques existent aussi une individualisation complète, car celle-ci doit reposer non -seulement sur l'ensemble des sympjtômes, mais encore sur la nature de l'impression morale. Vous songerez, par exemple, à la jusquiame si la jalousie a été le point de départ des souffrances qui vous seront accusées; à la fève de Saint-Ignace, (ignatia) dans le cas où le mal serait venu après un chagrin profond ; à Taconit et à l'opium , quand il s'agit d'une frayeur.
Pour les lésions traumatiques, il faut tenir compte de la nature de l'agent contondant, de l'étendue de la blessure, de ses résultats locaux, c'est-à-dire de la lésion et de ses effets matériels les plus directs. Seulement, le traumatisme étant un état fixe, vous commencerez le traitement par l'arnica.
C'est surtout quand on est aux prises avec une maladie chronique , que l'interrogation doit être minutieuse et l'individualisation absolue. Car ici, ainsi que le fait remarquer Ilahnemann, le malade est accoutumé à ses souffrances, et beaucoup sont négligées dans son récit. II signale sans doute les symptômes les plus incommodes, mais ceux-ci ne sont pas toujours les plus caractéristiques
Il faudra dans ce cas conduire vos recherches de manière à reconnaître tout d'abord la diathèse.Deux ordres (le ea rue tores y conduiront : les uns pris dans l'état actuel, les autres empruntés aux antécédents.
Pour Télat actuel, deux circonstances peuvent se présenter : ou les formes morbides accusées par le malade sont nettement tranchées, ou elles sont douteuses. Dans le premier cas, il faut réunir toutes celles qui existent, afin de juger le mal dans son étendue ; dans le second, il est nécessaire de posséder l'ensemble des symptômes, afin de lever les doutes.
Pour les antécédents, il faut déterminer s'il a existé quelque forme contagieuse, expression primitive de Taction du virus, déterminer si cette première explosion a élé suivie de quelque forme secondaire caractéristique* La connaissance de l'état du malade avant la contagion, aura aussi une extrême valeur, en ce sens qu elle rendra compte de l'existence de ces formes hybrides, qu'on appelle des maladies larvées.
S'il arrive qu'aucune forme primitive ne puisse êlre reconnue, il faudra scruter la santé des ascendants, la transmission héréditaire devenant alors Torigine des symptômes actuels.
En suivant cette marche^ vous arriverez non-seulement à reconnaître l'état diathésique, mais encore l'étendue et le degré des localisations. Il ne s'agira plus que d'apprécier les caractères individuels. Vous les puiserez dans la considération du sexe, du tempérament, surtout de l'état moral, sur lequel vous devrez vous appesantir , vous méfiant de la négligence des uns et des inquiétudes exagérées des autres ; négligence et inquiétudes qui sont par elles-mêmes de véritables symptômes.
Enfin, messieurs, ces renseignements obtenus, il faudra déterminer encore les causes occasionnelles dont l'effet devra être précisé. Vous y parviendrez en appréciant les habitudes de vos malades, en vous faisant décrire leur genre de vie; leurs occupations, les excès antérieurs vous éclaireront souvent, en vous faisant comprendre pourquoi une diathèse, un moment comprimée, aura repris une
vigueur nouvelle et franchi quelques-unes de ces périodes. Enfin, messieurs, en comparant les observations ainsi recueillies, vous arriverez à décrire la diathèse, à constituer l'espèce morbide ; vous en tracerez alors la description, vous rappelant que cette description est une parenthèse toujours ouverte, un tableau sur lequel on ajoute et on efface chaque jour.
La connaissance de la maladie, je dis plus, du malade, étant acquise, vous avez une seconde condition à remplir; il faut rechercher les propriétés départies par la Providence à chacun des agents de guérison.
C'est ici surtout, messieurs, que l'homœopathie a innové ; car, seule, elle a fixé le but et donné le moyen d'y atteindre. Pour elle, un médicament a puissance de guérir parce qu'il a puissance de rendre malade. Le véritable but que le médecin doit se proposer en pharmacodynamie est donc nécessairement d'arriver à saisir cette puissance pathogénique et à la Suivre dans son entier développement; le moyen, c'est d'expérimenter chaque substance sur l'homme sain, procédé qu'Hahnemann^ par un reflet évident des doctrines de Kant, appelle V expérimentation pure.
Pour procéder d'une manière heureuse à ce nouvel ordre de recherches, quatre conditions doivent être remplies ; il faut choisir son sujet, savoir administrer la substance mise à l'étude^ tracer le régime convenable pendant l'expérimentation, enfin recueillir les effets obtenus et en dresser un exact tableau.
A. Choisir le sujet est une œuvre délicate ; car bien peu peuvent se vanter d'avoiç une santé assez complète pour remplir la condition première posée par Ilahnemann : celle d'être à l'état sain.
1 faut donc au moins chercher cette santé relative que beaucoup d'hommes possèdent, et, pour ne pas être dupe, s'enquérir avec soin des maladies qui ont pu exister aut refois ; en un mol, scruter avec patience les antécédents.
On tiendra compte ensuite du tempérament, de la constitution, des habitudes, des dispositions morales et des aptitudes intellectuelles.
Faut-il ajouter que les médicaments doivent être expérimentés sur des hommes et sur des femmes? Je ne le pense pas,
B. Mode d'admimstration. — La première condition à remplir est de se servir de substances exemptes de toute falsification. Pour les minéraux, on doit les avoir chimiquement purs. Ce qui importe, c'est de bien employer pour Texpérimentation physiologique la substance même qui est destinée à servir à l'usage thérapeutique, précaution essentielle pour les plantes surtout, une variété ne pouvant en aucun cas remplacer la variété la plus voisine.
La seconde condition sur l'exécution de laquelle il faut veiller, est le choix de la dose. En termes généraux, celleci doit varier en raison de l'activité propre à chaque substance, en raison aussi de la susceptibilité du sujet. — Les médicaments héroïques seront administrés à faible dose, et on donnera des quantités d'autant plus fortes que l'agent étudié possédera une plus faible virtualité.
Un précepte essentiel pourra toujours ici guider l'expérimentateur; il ne faudra jamais oublier que, s'il lui est permis de chercher à développer des maladies médicinales artificielles, celles-ci ont une limite ; qu'on ne peut en aucun cas mettre en danger la vie de celui qui se prêle à une semblable étude.
Celte raison, au reste, n'est pas la seule qui nous oblige à employer de faibles doses ; lorsqu'on veut , en effet ,
DE Ik MÉTHODE. 93
arriver à reconnaître l'étendue d^action d'un médicament, il faut éviter de produire ses effets perturbateurs, ceux-ci masquant les autres symplômes et les empêchant de se développer.
C'est ici surtout qu'il est important de ne pas oublier qu'un grand nombre de médicaments sont des poisons, qu'ils possèdent par conséquent une action, une puissance désorganisatrice sur les tissus avec lesquels on les met en confact, puissance désorganisatrice à laquelle est due le plus souvent la mort qu'ils peuvent produire. Or, cette action locale doit être évitée ; car, pour nous, il ne s'agit pas d'empoisonner nos malades, mais de les guérir.
Ce que nous voulons, c'est de pouvoir suivre la maladie médicinale dans tout son développement, afin de la comparer à la maladie naturelle. Or, de même que celle-ci ne nous est pas connue dans son entier, alors que nous n'avons apprécié que ses symptômes les plus violents et ses altérations les plus profondes, de même la maladie médicinale ne peut se révéler suffisamment par ces orages terribles qu'enregistre la toxicologie.
On serait donc mal venu à donner Vacide sulfurique en nature pour en avoir la pathogénésie ; car si on reconnaissait par ce moyen qu'il corrode les tissus et les carbonise, on n'apprendrait rien sur la puissance véritablement pathogénique de cet agent.
La raison qui doit dominer le choix de la dose est celleci : pour qu'il y ait maladie médicinale, il faut qu'il existe un désaccord dynamique; pour être comparable à la maladie naturelle, il faut que ce désaccord dynamique soit produit le premier. En un mot, nous devons administrer le médicament mis en expérience de manière qu'il agisse comme les causes morbifiques elles-mêmes, c'està-dire qu'il produise tout d'abord un état général qui pourra se localiser ensuite. 11 faut pour cela qu'il soit facilement absorbé. ^
Autre considération : plus la dose du médicament est modérée, plus les effets primitifs sont saillants ; quand cette dose est trop forte, ces effets sont confus. Enfin, l'action chimique, toxique et perturbatrice, empêche le développement de la puissance dynamique; les symptômes produits sont alors d'autant moins nombreux qu'ils se trouvent être plus violents.
La forme sous laquelle le médicament doit être employé a encore une extrême valeur. Pour les plantes indigènes, recommande Hahnemann, il faut exprimer le jus de la plante fraîche, le mêler à de l'alcool, filtrer et donner cette teinture par gouttes.
Les plantes exotiques doivent être traitées autrement. Comme elles sont toujours desséchées quand elles nous arrivent, on les pulvérise, et on traite cette poudre par l'alcool pour obtenir une teinture dont il faut donner quelques gouttes à la fois ; les doses ordinairement employées sont de 10 à 20 gouttes chaque jour.
Si la plante est sèche et peu active^ Hahnemann veut qu'on la hache pour faire ensuite une infusion. Celle-ci doit être bue de suite, afin d'éviter la fermentation.
Les gommes et les sels sont dissous dans Teau ou l'alcool ; les substances animales sont également traitées par l'un de ces deux véhicules.
Vous voyez par ces détails, messieurs, ce que vaut cette imputation, lancée contre Hahnemann, d'avoir toujours fait ses expériences pharmaco-dynamiques avec la 30* dilution et avec des globules. Il recommande, il est vrai, de recourir parfois à ces derniers pour les sujets très-impressionnables ; mais le plus souvent il donne des substances à doses très-pondérables et sous les formes que je viens de rappeler.
La Société d'expérimentation pure, établie à Vienne, n'a pas agi autrement. C'est avec la teinture mère qu'elle a débute dans ses études; plus tard seulement, après avoir
recueilli les effets produits par ces doses , elle a étudié les basses dilutions et donné parfois des globules.
Aux règles précédentes, il faut ajouter encore quelques préceptes ; ils se réduisent aux suivants :
1** Débuter toujours par une dose faible ; si l'on emploie une dilution, administrer les globules en nombre croissant.
2** Tâcher d'apprécier assez exactement l'impressiônnabilité du sujet pour donner du premier coup une dose suffisante.
5° S'arrêter aussitôt que des symptômes évidents se sont montrés, afin de permettre à la maladie médicinale de se développer en marquant l'ordre de succession de ses caractères.
4° Varier les conditions au milieu desquelles vit le sujet, de manière à reconnaître celles qui aggravent les souffrances et celles qui les soulagent.
C. Le régime auquel doit se soumettre le sujet qui accepte l'expérience est des plus simples ; il consiste à user des aliments les plus naturels, éviter les épices, les liqueurs, le café, toutes les substances, en un mot, qui ne sont pas seulement des aliments, mais encore des excitants ou des substances médicinales.
On doit aussi éviter les travaux fatigants du corps ou de l'esprit ; les veilles, le travail exagéré, surtout le plaisir, quand il va jusqu'à la débauche, et ne se livrer à aucune passion désordonnée.
Il est très-important encore que le sujet ne soit pas, par sa profession ou ses habitudes, exposé à des influences nuisibles ou délétères.
Une dernière condition doit être remplie : il faut, en effet, que le sujet, pendant son expérience, soit entojiré d'assez de calme pour être attenlif, s'observer avec rigueur, et qu'il puisse exprimer ses douleurs en termes précis;
D. Relever les résdltats fourinis par lexpérience. —
Ceftc dernière partie de la lâche de Tobservaleur n'est pas la plus simple; car il faut ici déployer une attention scrupuleuse. D'après la recommandation de Hahnemann, le sujet doit écrire tous les symplômes qu'il éprouve, dans Tordre même où ils se manifestent, insister sur la nature des sensations éprouvées, sur les conditions capables de les. aggraver ou de les diminuer, fixer la durée de chaque symptôme, indiquer au bout de combien de temps, après radministration du médicament, ils se sont produits.
Le médecin doit interroger ensuite, pour faire préciser ce qui serait trop vague ; mais il lui faut user d'une extrême circonspection, afin de ne pas susciter des réponses qui manqueraient d'exactitude. Cette partie de l'expérience étant difficile, notre maître exprime le vœu que le médecin soit toujours au nombre des expérimentateurs, ce moyen étant le seul capable de lui permettre déjuger les renseignements qui lui seront donnés, et de les apprécier en les comparant à ceux mêmes qu'il aura éprouvés lui-même.
Telles sont, messieurs, les règles posées par Hahnemann à l'expérimentation pure ; voici maintenant les résultats auxquels on est parvenu en les observant.
Les procès-verbaux recueillis par ce moyen ont présenté des symptômes précis dans leur expression, jouissant par conséquent d'une certitude absolue, d'autant mieux qu'ils appartenaient au médicament d'une manière tellement exacte que celui-ci ne manquait jamais de les produire.
A côté d'eux se rencontraient d^autres effets moins nettement accusés et plus rarement obtenus; ceux-ci, Hahnemann les mettait entre parenthèse.
Puis viennent les effets secondaires , résultats de la réaction de la force vitale contre l'action pathogénique, réaction exprimée par des symptômes d'un caractère op-
posé aux premiers, et apparaissant chronologiquement après eux ; la constipation, par exemple, après la diarrhée ; rinsomnie succédant à la somnolence.
L'expérience a prouvé que ces symptômes de réaction étaient d'autant moins nombreux, que la dose employée avait été plus faible.
Il y a enfin les effets alternants et les symptômes individuels; ceux-ci plus en rapport avec la constitution du sujet et appartenant d une manière moins précise au médicament.
Si vous parcourez les pathogénésies ainsi décrites, vous serez frappés d'un premier fait : la prédominance des lésions de sensations et de fonctions sur les altérations organiques. Ce résultat n*a rien qui doive vous surprendre. Du moment où Ton administre les médicaments de manière à obtenir leurs effets dynamiques, les symptômes généraux doivent remporter sur tous les autres, et cela surtout lorsqu'on évite de pousser Texpérience jusqu'au développement de localisations organiques dangereuses. Cela ne veut pas dire^ toutefois, que vous ne rencontrerez jamais de lésions matérielles parmi les symptômes pathogénétiques; celles-ci sont, au contraire, nombreuses ; mais elles sont en général superficielles, représentent le début des lésions de texture, mais non leur entier développement.
Il y a donc ici une lacune; nous avons plusieurs moyens de la combler.
D'abord, l'expérimenta tion sur les animaux. Non plus cette expérimentation violente, passez-moi le mot, brutale des toxicologistes, mais une expérimentation analogue à celle que je vous décrivais tout à Theure pour Thomme, poussée seulement jusqu'à ses dernières limites, même jusqu'à la mort.
En second lieu, les révélations de la toxicologie, révélations empruntées à l'histoire des empoisonnements.
Enfin, l'observa lion clinique. Vous accorderez facileincnt, en effet, qu'un médicament ayant toujours la puissance de faire naître un plus grand nombre de symptômes que la maladie n'en possède, on doive voir souvent survenir, dans le cours d'un traitement, des souffrances qui appartiennent à l'agent employé. Pourvu que ces souffrances se représentent successivement chez des sujets divers, elles peuvent être considérées comme faisant partie des effets palhogénétiques.
Il y a plus, du moment où vous acceptez la loi dessemblables comme base de la thérapeutique, vous êtes en droit de conclure, dans une certaine mesure, de la puissance curative d'un médicament à son pouvoir pathogénique*; c'est ce qu'on a fait souvent. Dès lors, du moment où l'on voyait le soufre modifier Thépatisation du poumon, on en a conclu qu'il aurait puissance de la faire naiire; de là les lésions organiques importantes que vous .trouvez menlionnées dans nos manuels.
L'étude du médicament sur Thomme malade a donc pour nous aussi une importance réelle, mais subordonnée; rexpérimçnlation sur l'homme sain devant toujours occuper la première place.
Il en est de même aussi, messieurs, des expériences sur les animaux et des données de la toxicologie ; ces enseignements ont une grande valeur sans doute, mai$ cette valeur est seulement complémentaire, relative, elle n'a rien d'absolu. L'animal, en effet, ne peut être assimilé à rhomme, et celui qui est empoisonné ne se trouve pas dans un élat identique à celui qui se soumet à Texpérimentalion pure.
Ne l'oubliez donc pas : le point de départ de toute étude sérieuse du médicament, c'est son expérimentation sur l'homme. Les résultats de celle-ci vous étant connus, vous pourrez lui comparer les notions que vous aurez obtenues par les procédés que je vous ai indiqués ; mais il faudra
DB LA MÉTHODE. tO
toujours dans vos tableaux distinguer avec soin les sources auxquelles ces renseignements auront été puisés, car tous n'auront pas la môme valeur pour le choix du médica-» ment.
Le choix du médicament. — Tel est, messieurs, le but essentiel de la thérapeutique hahnemannienne, le dernier terme de nos études. Pour Tatteindre, il faut déterminer l'agent dontles effets pathogénéliques se rapprochent d'une manière exacte des symptômes accusés par le malade.
Ge choix, dit-on, est difficile; je Taccorde, et je vous en dirai bientôt les raisons ; mais j'affirme que si le tableau des souffrances causées par la maladie a été tracé en observant les précautions que j'ai décrites, que si la matière médicale pure est suffisamment connue du praticien, ce choix sera relativement facile et rapide.
Que faudra-t-il faire, en elfet? Comparer l'ensemble des symptômes présentés par le malade et celui des elfets pathogénétiques, pour reconnaître la similitude qui doit exister entre eux. Du moment où ces deux tableaux auront été tracés comme je Fai dit , leur comparaison sera facile, cela ne peut faire aucun doute.
Or, messieurs, c'est précisément pour s'être placé en pathologie et en pharmacodynamie à des points de vue . différentis, que Thomoéopathicité d'un médicament a paru difficile à déterminer. Et cela devait être : la pathologie, telle qu on l'enseigne de nos jours, étant essentiellement organicienne, tandis que la matière médicale pure est, par-dessus tout, dynamique.
De là cette nécessité proclamée par Hahnemann et* enseignée par ses élèves, de ne pas s'en tenir aux errements de Técole, et de se montrer aussi hardi pour atteindre l'édifice pathologique que pour transformer la pharmacodynamie
iOO COURS DE MÉDECINE HCMMËOPâTIIIQUE.
Cela ne veut pas dire que nous considérions comme des erreurs et que nous rejetions absolument les notions, remarquables à tant de titres, que nos prédécesseurs et nos contemporains ont réunies ; non, nous soutenons seulement qu'elles sont incomplètes, en ce sens qu^cn nous éclairant sur les lésions organiques, analysées jusque dans leurs replis les plus intimes, suivies jusqu'à la cellule organique, elles laissent dans une ombre trop épaisse les symptômes généraux, seuls capables de nous faire reconnaître la diathèse, et les symptômes individuels qui nous permettent d'apprécier le malade et de choisir le médicament. D'où pour nous l'utilité d'un double diagnostic : celui que l'on peut appeler pathologique, et celui auquel mon père donnait l'épithète de thérapeutique; le premier formulé du point de vue du naturaliste, le second ayant pour objet d*éclairer le praticien ^
Ce dernier diagnostic repose tout entier sur l'individualisation ; voilà la condition première à remplir ; vous savez par quelle voie vous pouvez y atteindre.
La seconde condition est de connaiireldimatièremédidaley de l'étudier chaque jour, car l'esprit oublie facilement les détails qu'elle renferme. Cette étude, je dois la supposer accomplie , permettez-moi seulement de vous la signaler comme une condition essentielle de succès. Si vous vous borniez à consulter nos pathogénésies pour un malade déterminé; si surtout vous vouliez vous contenter de les lire dans ces résumés qu'on nomme des manuels, avec lesquels on se souvient, mais on n'apprend pas, vous rencontreriez bien des difficultés, il vous faudrait triompher de nombreuses hésitations. Seulement ce ne serait pas la méthode qui se trouverait défectueuse, son application seule aurait été faussée faute de notions suffisantes.
Les deux difficultés dont je viens de parler étant levées :
' Commentaires sur rOrganon, p. 506.
1>E LA MÉTHODE. iOl
le tableau de la maladie étant convenablement tracé, lu matière médicale étant suffisamment connue, vous rencontrerez encore plus d'un embarras , je dois vous les signaler et vous donner le moyen d'en sortir.
Ou bien le malade vous aura indiqué une multitude de symptômes, ou bien il ne vous en présentera qu*un trèspetit nombre. Dans le premier cas, tout semble confus comme le récit qu'il vous a fallu entendre ; les réponses faites à vos questions ont péché par un vague dont vous n'avez pu triompher. Le malade se sera plaint d'une multitude de douleurs dont il ne sait point indiquer le caractère, et parmi lesquelles la plus aiguë lui semble naturellement être la plus grave.
Le seul moyen de sortir d'embarras est d'écrire tous ces détails et de les étudier en cherchant à établir la classification dont nous avons parlé plusieurs fois, c'està-dire en séparant les symptômes généraux ou diathésiques, des symptômes formels et des symptômes individuels. Vous chercherez ensuite parmi les médicaments ceux qui peuvent engendrer les premiers, puis ceux qui produisent les seconds, ce qui vous conduira à une élimination importante; enfin, la considération des signes individuels, au nombre desquels vous devez placer les symptômes étranges , baroques, ainsi que les appelait Hahnemann, servira parfois 5 fixer vos hésitations entre trois ou quatre substances différentes.
Si le nombre des symptômes indiqués par le malade est trop restreint, vous aurez à faire deux hypothèses : ou ce manque de renseignements tient à un oubli de la part du malade, ou il dépend de ce que la maladie, touchant n sa guérison, ne s'exprime plus que par un petit nombre de désordres.
Dans la première hypothèse, c'est au médecin de varier ses questions de manière à obtenir les renseignements qui lui manquent, principalement s'il s'agit d'une mala-
die chronique pour laquelle il peut Supposer que l'habitude de la douleur a engendré l'oubli.
Mais s'il avait affaire à une maladie aiguë, cet oubli lui-même deviendrait un symptôme indicateur de l'état cérébral, Vopium se trouverait par cela seul indiqué.
S'il arrive que la maladie n'ait plus qu'un petit nombre de symptômes, il y a plus d'embarras pour choisir le médicaments C'est le fait, par exemple, de la blennorrhagie arrivée à cet état indolent qu'on appelle si improprement la goutte militaire, car elle se rencontre tout aussi bien dans les salons que dans les camps. ' Le malade alors n'accuse plus, en effet, les lésions de sensation et de fonction si terribles dans la première période ; il urine sans douleur, à peine accusc4-il une légère sensation de chaleur sur quelque point du canal de l'urèthre ; l'écoulement lui-même est presque nul ; une goutte blanchâtre parait le matin; pendant le reste du jour quelques filaments muqueux et transparents sont seuls appréciables. L'état général est excellent et le malade se livre sans restriction à ses affaires et à ses plaisirs*
Si vous voulez chercher alors le médicament convenable, vous hésiterez entre un grand nombre; le «uZ/ttr, le natrum muriaticum, la staphisagria^ la calcarea, le mezereum, etc.
Dans ce cas, messieurs, il faut savoir pourquoi ce suintement persiste; plusieurs causes pouvant être invoquées, il faut choisir entre toutes.
La persistance tiendra souvent à ce que le traitement employé n'ayant point été spécifique, la maladie, modifiée seulement dans son symptôme local, persistera dans son étal dynamique, ce qui arrive aux malades traités dès le début par les injections. Vous ferez bien alors de ne point tenir compte des changements opérés, et de donner le médicament qui eût ctr; convenable à l'origine. En agis-
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sant ainsi, il vous arrivera souvent de voir les premiers symptômes reparaître, parce qu'ils avaient été seulement masqués, et il vous sera facile de choisir le médicament convenable.
Ceci arrive fréquemment encore pour les maladies chroniques non vénériennes ; aussi Hahnemann recommandait-il de débuter par le médicament répondant plus à la diathèse qu'à sa forme , c'est-à-dire le soufre. L'effet de cet agent étant de mettre la maladie dans un état d expansion complet, il devient facile de recueillir ensuite un nouveau tableau de symptômes daprès lequel le médicament approprié sera choisi.
Mais revenons à notre premier exemple. Il arrive souvent que le suintement uréthral est entretenu par un rétrécissement. On doit dans ce cas recourir à la chirurgie pour l'effacer.
Ou bien encore, la persistance de la sécrétion dépend de quelque autre dialhèse chronique, qui est venue se localiser sur la membrane muqueuse de l'urèthre par l'jnfluencede l'état aigu. Tous le saurez en cherchant si votre malade n'a point présenlé antérieurement des signes d'herpélisme, d'arthritis ou de scrofule, même de syphilis constitutionnelle. S'il en a été atleint, vous chercherez le médicament en raison des formes qui auront existé, la même substance ne pouvant convenir à un sujet affecté d'eczéma ou à celui qui aurait eu un psoriasis.
Enfin, messieurs, vous pourriez rencontrer encore une autre difficulté; c'est-à-dire être aux prises avec une maladie qui serait arrivée à une période avancée de désorganisation sans présenter de troubles marqués du côté de la sensibilité, sans paraître atteindre les autres fonctions.
C'est le fait de certaines femmes qui se présenteront à vous avec d^s tumeurs squirrheuses du sein et dont la
santé semble être parfaite sous les autres rapports ; le fait encore de ces malades porteurs de polypes, et qui n'accusent rien autre chose que ces végétations.
La matière médicale pure ne vous peut présenter aucune de ces lésions, et la clinique, en vous apprenant qu'elles ont été parfois modifiées par certains médicaments, ne peut vous mettre h môme de choisir entre ces derniers.
Dans ce cas, soyez bien convaincus que si le malade prétend ne souffrir d'aucun autre point, c'est qu'il est absorbé par la lésion qui s'est produite, et qui cause se^ terreurs. Interrogez-le donc avec soin, demandez-lui ce qu'est son sommeil, tâchez de bien apprécier son état moral, cherchez s'il ne se présenterait pas, le soir, quelques symptômes fébriles; analysez les produits excréteurs. S'il s'agit d'une femme, cherchez si les règles n'ont point été modifiées.
En opérant ainsi, vous ne tarderez pas, croyez-le bien, à relever un nombre de symptômes suffisant pour fixer le choix du médicament approprié.
J'ai supposé jusqu'ici que la difficulté venait de l'insuffisance des notions relatives à la maladie, mais elle dépend souvent aussi des imperfections de la matière médicale.
Il peut se faire, en effet, que le médicament capable de triompher du mal soit encore peu connu dans ses effets pathogénétiques. Vous ne pourrez alors satisfaire entièrement à la loi de similitude, c'est-à-dire faire une exacte comparaison entre les caractères de la maladie et les effets pathogénétiques du médicament. Dans ce cas, le choix de ce dernier ne sera justifié qu'à une condition, c'est qu'il y aura, parmi les symptômes artificiels, les signes saillants de la maladie, surtout un de ces caractères baroques, si souvent décisifs, pour fixer nos incerlitudes. Autrement, si l'on ne rencontre que des symptômes va-
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gues, le choix sera douteux, et refficacité du médicament ne pourra être certaine.
On devra le donner néanmoins, s'il n'en est pas de mieux indiqué, mais seulement pendant peu de temps. Aussitôt que des symptômes nouveaux auront surgi, on les prendra pour guide et on cherchera une nouvelle substance.
Enfin, messieurs, il arrivera, même avec les médicaments les mieux étudiés, que les lésions organiques seront mal représentées dans les pat hogénésies. Dans ce cas, vous prendrez surtout pour point de départ les symptômes généraux , les lésions de fonctions et de sensibilité ; si vous voulez tenir compte des altérations de texture, vous devrez vous rappeler qu'elles ne peuvent être produites sur Thomme sain qu'à Tétat rudimentaire. C'est donc avec la lésion prise à son origine, que vous arriverez à établir une similitude suffisante pour justifier l'emploi du médicament.
Telle est, messieurs^ la méthode hahnemannienne. Elle est minutieuse, j'en conviens; mais son application est possible. Veuillez remarquer aussi par quelle heureuse application elle utilise ces deux procédés de toute bonne méthode : l'analyse et la synthèse ; l'analyse conduisant à l'établissement du tableau exact de la maladie; la synthèse permettant de reconnaître l'ordre de subordination des symptômes et fixant ainsi leur valeur relative.
J'ajoute que cette méthode est nouvelle et complète; nouvelle en ce sens qu'elle ne tient pas compte seulement des symptômes appelés pathognomoniques, mais bien de toutes les manifestations morbides ; nouvelle , parce qu'elle ne permet pas au médecin de se laisser absorber par un groupe de symptômes, et qu'elle le tient ainsi éloigné de deux écueils : l'anatomie pathologique, et la considération exclusive des lésions de sensibilité et de motilité.
Elle est nouvelle aussi parce qu^elle est tout eipérimentale, ne laissant aucune place à la recherche de la nature des causes et celle des symptômes, et faisant ainsi delà médecine Tart de guérir, et non plus seulement l'art de discuter.
Enfin, cette méthode est complète, car elle nous permet d'embrasser la maladie dans son présent et dans son passé, dans ses causes efficientes et dans ses causes secondaires, ce qui nous met à même de pouvoir la traiter avec fruit.
Je n'ajouterai plus qu'un conseil :
Dans une de ces charmantes biographies que Pariset^ consacrait à honorer la mémoire de ses collègues de l'Académie, il raconte comment Pinel, désireux de modérer les velléités réformatrices d'un jeune médecin, l'obligea à lire chaque matin quelques pages d'Hippocrate, de Montaigne et dePlutarque. Ce médecin, si fougueux alors, revint à des idées plus saines, devint prudent, honoré et heureux ; il se nommait Chaptal.
Si vous vouliez, messieurs, apporter à votre tour à la pratique de l'homœopathie tout le soin capable de vous mettre à même de tirer de la découverte de Hahnemann la puissance qu'elle renferme, je vous dirais aussi : Lisez Ilippocrate, pour ne point tomber dans la pathologie organicienne, étudiez Sydenham et ses admirables descriptions ; mais aussi lisez chaque jour quelques pages de VOrgmon et de la Matière médicale pure. La lecture de ïOrganon vous rendra plus familiers avec la méthode, celle des pathogénésies vous fera mieux apprécier les moyens. Confuses à la première lecture, rebutantes même, celles-ci vous paraîtront peu à peu lucideset remarquables à bien des titres ; la pratique satisfera votre esprit et le succès couronnera vos efforts.
* Voy. ï Histoire des membres de r Académie de médecine ^ t. h p. 213.
MODE D^AmilNISTRATION DES MÉDICAMENTS. i07
Si tous ceux qui se sont montrés les censeurs sévères du fondateur deThomœopathie avaient suivi cette voie, ils auraient été plus heureux au lit du malade : comprenant mieux la pensée du maître, ils Tauraient moins critiquée.