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CINQUIÈME CONFÉRENCE

DOSES IffFlNITÉSIMALES

Messieurs,

Après nous être occupés des principes et de la méthode dont l'ensemble constitue Thomœopathie, il faut en venir aux moyens. La manière de choisir les médicaments vous étant connue, il me reste ^à vous dire comment il convient de les administrer.

€es médicaments, vous le savez, n*ont rien de spécial que leur préparation; ils se composent des agents que les trois règnes de la nature mettent à la disposition du médecin. Vous les reconnaîtrez toutefois à une double faculté : celle de rendre malade l'homme bien portant, de guérir, au contraire, celui que la maladie accable, d'où celte définition donnée par Hahnemann : Qua^ vero hominis statum in œgrotum, ideoque œgrotum in sanim, vel parva quantitaie itigesta, miitare valent^ medicamenta appellantur *.

* De ViribiLs medicamentorum fosilivis, introd.

L'administration d'une pareille substance, lorsqu'on veut obtenir toute sa vertu curative, est soumise à trois conditions : 1** il faut la donner seule ; 2^ il est nécessaire dé lui faire subir une préparation particulière ; 5" il est utile de la donner à doses aussi faibles que possible ; Hahnmann ajoute: à doses infinitésimales.

De ces trois conditions la première est facile à juslifier. Du moment, en effet, où vous accordez qu'un mé3icament curatif doit répondre à l'ensemble des symptômes accusés par le malade, il est évident que cet agent embrasse toute l'étendue de la maladie, quil ne laisse aucune souffrance en dehors de sa sphère d'action, de sorte que l'adjonction d'une autre substance est inutile.

En outre, l'emploi de chaque médicament, pris isolément, est nécessaire pour obtenir le libre développement de sa puissance, libre développement auquel l'usage simultané d'une autre substance ne pourrait que s'opposer. Les deux autres conditions, je veux dire le mode de préparation et la dose, sont corrélatives, et leur examen nous conduit à la discussion de ce grand problème de l'action des doses infinitésimales, sujet de tant de critiques et, il faut bien ajouter, de pénibles défections.

Cette action, vous le savez, a été niée de la manière la plus formelle par nos adversaires. L'un d'eux, le professeur Bouillaud, a même été jusqu'à soutenir qu'elle était impossible, par conséquent, qu'elle n'était pas vraie. Boileau avait dit déjà :

Le vrai pour être cru doit être vraisemblable.

La puissance des infiniment petils ne paraissant pas vraisemblable à M. Bouillaud, il en a conclu qu'elle n'était pas vraie; mais ce mode de raisonnement, qui est peut-être compatible avec les règles de la prosodie, ne saurait l'être avec les principes de la logique.

Quoi qu'il en soit, cette conclusion erronée dictd la

MODE D ADS1NISTRÂTI0N DES liÉDlGiMENTS. 109

marche qu'il me faut suivre dans celte discussion. Je devrai , en effet , vous prouver d'abord que l'action des petites doses est vraisemblable pour vous démontrer ensuite qu'elle est vraie ; établir qu'elle est possible avant de vous convaincre qu'elle est réelle. Vraisemblance et possibilité de l'action de ces doses, tel sera le sujet de la conférence d'aujourd'hui ; la vérité, la réalité de celle action , vous sera démontrée dans notre prochaine réunion.

Veuillez le remarquer d'abord, ce ne sont pas toutes les actions thérapeutiques que nous voulons obtenir avec les petites doses ; mais seulement les actions homœopalhiques. Ce n'est pas tous les médicaments que nous vous proposons d'administrer de cette manière, mais ceux seulement qui répondent à la loi de similitude, eii un mot les médicaments spécifiques.

Il ne s'agit point pour nous d'obtenir de cette manière des actions perturbatrices, mais bien l'effet dynamique; nous ne voulons pas leffet indirect et local, mais l'effet direct produit dans le sens de la maladie et non pas dans une direction opposée. Nous n'avons pas non plus l'intention d'agir sur des organes sains de manière à les allérer au profit des oi^anes malades ; nous demandons, au contraire, que l'action thérapeutique se développe sur ces derniers, par conséquent, sur des parties dont l'impressionabilité est exagérée par la souffrance.

Notre prétention n'est donc pas de purger un malade avec le calomelas à la 30*" dilution ou de le faire vomir avec Vipécacuanha à la 24'; mais elle consiste à éviter ces perturbations pour obtenir des effets dynamiques et spécifiques.

Vous pouvez déjà conclure de ces délaib, qu'a priori^ il

ilO COURS OE MâffiClHE WHMBUPATHiQUE.

nous faudra, pour ne pas dépasser le but, i-ecourir, toutes choses égales d'ailleurs, à des quantités beaucoup plus faibles que ne le fait railopathie. Nous le devrons d'autant mieux que le mode de préparation aura développé davantage les vertus spécifiques des médicaments.

Ce mode de préparation est des plus simples, quelques mots suffiront pour vous le faire connaître.

Il varie, au point de départ, suivant que la substance est, ou non, soluble dans Teau et l'alcool.

Quand elle est insoluble, on commence par la triturer. A cet effet, on mêle dans un mortier 1 grain de la substance active avec 99 grains de sucre de lait, on broie pendant vingt minutes, puis, avec une spatule en corne, on racle les parois du mortier afin de ramasser la masse à son centre. On broie do nouveau pendant vingt minutes, on racle une seconde fois, et on recommence à broyer pendant vingt minutes encore. Le mélange est donc ainsi trituré pendant upe heure ; il représentela l'"" trituration.

On obtient la seconde en mêlant 1 grain de la première avec 99 grains de sucre de lait, en broyant comme je viens de le dire pendant une autre heure. La troisième puissance se prépare avec 1 grain de la seconde et la même proportion de véhicule, traités comme il vient d'être dit.

Il résulte de là que si vous considérez seulement la partie pondérable de la substance active, elle sera, pour la r* trituration, par rapport au véhicule inerte, dans la proportion de 1 à 100 ; pour la 2* trituration dans la proportion de 1 à 10,000, et dans la proportion de 1 à 1,000,000 pour la 3'.

En Allemagne, on a suivi d'autres errements ; la proportion de 1 à 10 a prévalu ; c'est-à-dire que la T* trituration s'obtient avec 1 grain de médicament contre 9 grains de sucre de lait ; la seconde avec 1 grain de la première et aussi 9 giains de véhicule. C'est ce qu'on jiorame les préparations au dixième.

KOï^E B'ADMINISTRATION DES MÉDICAMENTS. Ml

Enfin, un de nos pharmaciens, M. Georges Wéber, a proposé d'exécuter la trituration avec une machine au lieu de la faire à main d'homme % et il a construit un dynamisaleur, dans lequel le pilon est maintenu en contact avec le mortier par un ressort puissant. Un appareil d'engrenage met, au moyen d une manivelle, le pilon en mouvement ; de cette manière la rotalion est rapide, la pression continue, la trituration énergique.

Lorsque le médicament est soluble dans Peau ou l'alcool, on procède par voie de dilution. On dissout la substance active dans la proportion de véhicule que j'indiquais tout à l'heure, c'est-à-dire 1 goutte pour 99 gouttes, ou 1 goutte pour 9 gouttes d'eau ou d'alcool, suivant que l'on veut obtenir une dilution au centième ou au dixième.

La dissolution opérée, tout n'est pas fini ; on impilme au flacon de violentes secousses, dont le nombre ne doit pas être au-des30us de cent. On possède alors la 1" dilution. Avec elle on préparc la 2% avec la 2* la 3*, ainsi des autres.

Pour les plantes, on commence par faire une teinture. Pour cela on hache le végétal, on le fait digérer dans l'alcool, et au bout d'un certain nombre de jours, on filtre. Cette teinture représente la partie active des dilutions ultérieures. On prépare donc celles-ci en mêlant avec l'alcool, dans les proportions que j'ai indiquées, la teinture elle-même , et en imprimant au mélange les succussions nécessaires, condition importante qu'il ne faut pas oublier.

Vous comprenez, messieurs, que je vous indique ici seulement les règles générales de la préparation de nos médicaments ; ceux de vous qui désireraient Tapprécier dans le détail, devraient consulter le Codex des médicaments homœopathiques publié par M. Georges Weber^

* Codex des médicaments homœopalhiqHcs, par G. Weber, p. 50»

ou la Pharmacopée de MM. Jahr el Catellan^ Mais ce que j*ai dit suffira pour la démonstration que je veux vous donner de l'action infinitésimale.

Les détails précédents vous prouveront d'abord que pour préparer une 30"^ dilution, il ne faut pas, comme le prétendait Trousseau, une quantité d'alcool mesurée par une sphère dont le diamètre serait la distance qui sépare la terre du soleil. Trente fois 5 grammes de liquide, c'est-à-dire 150 grammes, suffisent à cette opération ; ce qui est bien différent.

Je dois convenir toutefois que la proportion existant entre Tagent actif et le véhicule dépasse de beaucoup les usages reçus dans la pharmacie officielle ; mais vous m'accorderez, je pense, que le mode -de préparation des médicaments homœopathiques, différant de toutes parts de ceux qui sont généralement adoptés, peut conduire à xles résultats inattendus; Tout au moins, ne serait-il pas juste de prononcer sur la valeur de nos procédés en tenant compte seulement des résultats auxquels conduit la pratique allopathique.

Laissons donc celte dernière et cherchons si des médicaments préparés comme je l'ai dit, et donnés à doses infiniment petites, ont une action thérapeutique possible et vraisemblable.

Pour juger cette question, il suffit d'étudier l'effet de la trituration et des succussions sur l'état moléculaire du médicament , ensuite sur le développement de la force qui lui appartient*

Le premier effet du broiement et des succussions, est évidemment de détruire la puissance de cohésion qui re-

< Chez J.-B. Baillière et Fils.

lient liées entre elles les molécules constituantes du médicament. Celte desltuclion a lieu pour deux motifs : d'abord par l'effet du mouvement imprimé aux molécules et parla désagrégation qui en est la conséquence, ensuite parce que l'attraction se produit entre ces molécules et celles delà masse inerte. Or, celles-ci étant 9 fois ou 99 fois plus nombreuses, facilitent la désunion des corps dans cette même proportion.

Le second effet est de rendre ces molécules plus mobiles, par conséquent plus facilement absorbables, cç qui nous conduit, comme résultat, à pouvoir éviter l'action organique que le médicament serait en état de développer avant son passage dans le torrent circulatoire.

Ce mode de préparation conduit à une troisième conséquence ; il étend le médicament en surface et diminue son épaisseur, ce qui favorise son action dynamique. Une seule expérience vous prouverait, au besoin, qu'il en est ainsi. Prenez 1 grain de mercure métallique, mêléz-le à 9 grains de sucre de lait, et vous obtiendrez un mélange qui sera à peine coloré. Soumettez-le à la trituration, surtout en faisant celle-ci avec le dynamisaleur deM.Weber, et vous verrez ce mélange noircir à mesure que lopération se continuera.

Pourquoi en est-il ainsi ? Évidemment parce que les molécules mercurielles se sont de plus en plus incorporées au sucre de lait ; et comme à la fin, toute la masse est colorée, il faut bien en conclure que le globule mercuriel occupe alors Tespace rempli par la trituration, es* pace neuf fois ou quatre-vingt-dix-neuf fois plus considérable que celui du métal pris à Tétai brut.

Que l'action dynamique d'un médicament, ainsi préparé) augmente en raison de ces conditions, c'est, messieurs, ce qui ne doit pas vous surprendre. Ce qui agit, en effet, sur la force vitale, ce n'est pas le centre de la molécule, mais sa surface ; ce n'est pas la quantité de

i 14 COURS DE MÉDECINE UOMŒOPATIIIQUE.

médicament qu'on avale , mais celle qu'on absorbe. Vous pouvez juger maintenant tout ce qu'il y aura de perdu pour l'action curative dans les doses allopalhiques. Or notre but étant de ne rien donner à inutile ou dHnactif pour Tobjet que nous nous proposons, vous pouvez juger combien est fondée notre prédîleclion pour les médicaments dynamisés. Leur absorption, en effet, est rapide, ce qui permet d'éviter leur action perturbatrice, physique, et assure le libre développement de leur puissance dynamique et thérapeutique.

A ces motifs on a opposé plusieurs objections :

Première objection. — On a dit d'abord : Il n'y a pas de substance médicamenteuse dans les préparations homœopathiques ; la preuve c'est que les procédés physiques et chimiques n'y révèlent jamais rien.

Je pourrais opposer à celle assertion le fait cité par Jourdan dans Tintroduclion à la Matière médicale de llahnemann, des pharmaciens Pétroz et Guibourg retrouvant le mercure corrosif à la 15* dilution.

Mais à ce fait je puis en ajouter d'autres. La présence effective du médicament dans nos dilutions et nos triturations est, en effet, prouvée par trois raisons principales :

A. La divisibilité indéfinie de la matière ;

' B. Les recherches directes ;

C. Enfin, ce fait : que nos préparations ne s'accompagnent d'aucune perle de poids.

A. La matière est indéfiniment divisible, c'est un point trop généralement admis par les physiciens pour être contesté. Les faits suivants suffiraient au besoin à le prouver :

Avec un grain d'or (0«',05), on peut faire une feuille

de 50 pouces carrés, divisible en 2,000,000 de parties visibles ; — un grain de cuivre dissous dans l'ammoniaque et jeté dans 77 pouces cubes d*eau, la colore en bleu. Or, un pouce d'eau renferme 216,000,000 de parties visibles, le grain de cuivre se trouve donc divisé en 77 fois 216,000,000 de parties, c'est-à-dire 16,232,000,000 de parties claire»nent appréciables, par conséquent en un nombre beaucoup plus grand de molécules microscopiques.

On a calculé qu'un grain de musc contenait 520 quafrillions de parties pouvant affecter l'odorat.

Un grain de carmin colore 30 kilogrammes d'eau, et chaque molécule colorante n'a que ^^^^^^ ^qq de pouce d'étendue.

Vous pouvez juger par ces faits combien la matière est divisible, et je ne vois pas pourquoi elle le serait moins entre les mains des pharmaciens homœopathes qu'elle ne l'a été pour WoUaston et les physiciens.

Or, messieurs, il faut remarquer ici que les .divisions précédentes ont été obtenues par voie de simple pression pour l'or, ou de solution pour le cuivre et le carmin ; dans les préparations homœopathiques un nouvel élément intervient, je veux dire le frottement pour la trituration, la succussion pour la dilution, Tun et l'autre imprimés à la substance médicamenteuse mêlée à un véhicule inerte. J'insiste sur cette dernière condition ; car, ainsi que je vous le disais tout à l'heure, elle favorise la division à un point extrême, en vertu de cette loi que les molécules s'attirent en raison de leur masse.

Ilahnemann insistait sur Tinfluence de ce mouvement moléculaire, et lorsque ses adversaires lui proposaient de rendre médicamenteuses les eaux limpides du lac de Genève, en y jetant un grain de substance active, il répondait que l'entreprise serait possible si Ton voulait lui fournir un instrument desliné à agiter cette masse de

il6 CODRS DE MËDEGCiE HOMCEOPATHIQUE.

liquide et à lui imprimer les secousses nécessaires.

Un jour aussi Archjimède avait promis de soulever le monde avec un levier, ^i on voulait lui donner un point d*appui. Le grand géomètre n'ayant pu le découvrir, l'univers est resté ce que la Providence l'avait fait. Les adversaires de Hahnemann n'ayant point su lui offrir l'appareil qu'il demandait, l'expérience n'a pas été tentée et le lac de Genève n'a point vu ses eaux acquérir de puissance médicinale.

Restons donc dans les limites de nos préparations, et veuillez remarquer qu'il y a en elles bien plus qu'une, pulvérisation ou une simple dissolution.

N est-ce donc rien que ce frottement continué pendant une heure pour une trituration, et ce mouvement intime qui se produit dans la masse liquide au milieu des succussions?N'y a-t-il pas ici développement d'électricité? Et ce fait, mal apprécié encore quant à l'accroissen^nt qu'il peut donner aux vertus médicinales, est-il donc sans valeur ? Vous ne pourriez raisonnablement le. soutenir.

Tirons donc de ces faits une première conclusion ; la matière est indéfiniment divisible, et le mode de préparation enseigné par Hahnemann est plus que tout autre capable d'accroître encore cette divisibilité ; il n'y a donc pas de raison de nier la présence du médicament dans les dilutions et les triturations.

B. On y est d'autant moins autorisé, que les procédés physiques et chimiques permettent de la retrouver jusqu'à un certain degré de division.

Ainsi, en précipitant sur une lame d'acier décapée, la 10^ dilution de platine, le microscope a permis d'y reconnaître des particules métalliques, — L'or, traité de la ndême manière, a été retrouvé à la 5*, à la 10' et à la H* dilution. L'argent à la 12% le cuivre à la 5% on a même dit à la V et à la 12*.

Enfin, l'analyse spectrale de Bunsen, en montrant le

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caBsiurn et le rubidium dans les eaux minérales, dans dès proportions que la chimie ne pourrait atteindre, a augmenté les moyens de reconnaître la présence du médicament à des atténuations élevées.

Chimiquement, on a reconnu ^o^^^oo de soufre avec l'acétate de plomb ; g^J^Q^ d'iode avec l'amidon ; 8000000000 d'arsenic avec le nitrate d'argent ; ,000000000 de plomb avec l'hydrogène sulfuré*.

Vous voyez par là que la présence du médicament ne peut être mise en doute, pour un bon nombre de nos atténuations.

C. J'ajoute qu'il en est ainsi de toutes, par celte seule raison que nos préparations pharmaceutiques s'accomplissent sans perte de poids. Celui-ci n'ayant pas lieu, il ne peut y avoir de substance perdue ; le médicament est donc présent dans la 30* dilution, aussi bien que dans la 1'*.

Deuxième objection. — Elle consiste à dire que si la substance active se trouve dans les triturations et les dilutions hahnemanniennes, elle y est en quantité trop faible pour avoir une action sur l'organisme ; ce qui ferait présumer que l'action curative d'un médicament est en rapport direct avec sa quantité.

C'est là une grave erreur : car la partie active d'un agent thérapeutique n'est pas l'ensemble de ses molécules matérielles, mais bien la force, le dynamisme qui est en lui. Or, rien ne s'oppose à Faction des forces aussi sûrement que la cohésion.

Ceci est un fait reconnu pour l'affinité ; d'où ce précepte des alchimistes : Corpora non agunt nisi soluta. Ceci est vrai encore des forces physiques; la force expansive de la vapeur est là pour le prouver.

Avec quelques kilogrammes d'eau, vous ferez peu de

* Codex des médicamenU homceopathiques, p. 127.

chose assurément; mais avec celte même quantité réduite à Tétat de vapeur, vous soulèverez des quantités énormes; et, en l'employant comme force de traction, vous franchirez Tespace sans tenir compte du temps.

Ce sont là, je le sais, des faits purement analogiques; en voici de plus directs. Pour les poisons, l'action est d'autant plus violente que les molécules de l'agent toxique sont plus mobiles, plus absorbables, plus difTusibles. L'effet de Tarsenic métallique, pris en masse, est nul ; celui de l'acide arscnieux est plus .actif, et ce corps est plus soluble; Tacide cyanhydrique, qui est liquide, mais essenliellemenl volatil, est foudroyant. L'hydrogène sulfuré, naturellement gazeux, tue un cheval quand il se trouve mêlé à l'air dans la proportion de 1/200, et lue un oiseau dans la proportion de 1/1500 *.

1 milligramme d'iodure de mercure mêlé 5 20 litres d'eau, tue les poissons. N'est-ce pas là une dose infinitésimale ?

Si de Faction toxique, vous passez à l'action pathogénélique, la puissance des corps impondérables (il vaudrait mieux dire : des corps imponJérés) devient incontestable.

On cite souvent l'exemple de ce pharmacien qui ne pouvait pulvériser de l'ipécacuanha sans avoir un violent accès d'asthme, tandis qu'il maniait celle racine sans inconvénient quand elle n'était pas à l'état de poudre.

Ne sait-on pas que, de tous les ouvriers occupés à travailler le sulfate de quinine et la céruse, les plus exposés sont ceux qu'on occupe à pulvériser ces composés?

Trousseau raconte, dans son Traité de théi'apeutique^ comment des matelots qui montaient un bâtiment chargé

* Voy. mon mémoire : De V action des infiniment petits démontrée par la chimie ^ in Annales de li médecine homœopathique. Pans,

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d'huile de térébenthine, furent pris d'hématurie. Aucun d'eux cependant n'avait absorbé autre chose que les vapeurs dont ratmosphère du vaisseau était chargée.

Enfin, messieurs, il est encore un fait important et que j'invoque. Vous savez combien les femmes nerveuses absorbent d'élher liquide, môme de chloroforme, sans pouvoir souvent calmer leurs douleurs. Vaporisez ces corps ; il y a plus, faites que as vapeurs soient dynamisées par leur mélange avec l'air qui entre dans les poumons, et vous obtiendrez l'anesthésie, avec laquelle les opérations chirurgicales les pins pénibles seront accomplies sans que le malade en ait conscience.

L'action pathogénétique, comme l'action toxique, est donc bien en raison directe de Texponsion moléculaire et non pas en raison du poids de la substance employée.

lien est encore ainsi des actions thérapeutiques. Lorsqu'il s'agit d'actions directes, spécifiques, le médicament a d'autant plus d'énergie curative qu'il est plus soluble. Le sulfate de quinine, peu facile à dissoudre dans l'eau simple, mais bien plus dans l'eau acidulée, agit beaucoup mieux quand on Tadditionne d'un peu de jus de citron ou de quelques gouttes d'un autre acide, et le citrate de quinine, naturellement soluble, agit plus vite que le sulfate.

Le mercure vient aussi confirmer cette loi. A l'état brut, métallique, il est inusité ; réduit en vapeur, son action est tellement violente qu'il « fait naître des accidents qui en interdisent Vemploi^. » On prend en conséquence un moyen terme, lequel consiste à triturer ce métal avec un corps inerte, c'est-à-dire à l'éteindre.

Dans le traitement de l'iléus, où Ton recherche une action mécanique, on donne sans inconvénient 60, 100,

* Voy. Trousseau et Pidoux, Traité de thérapeutique et de matière médicale y t. I, p. 226.

1 20 COURS D£ MÉDECINE fi(»IŒOPATlllQUË.

même 200 grammes de mercure coulant, tandis que le mercure éteint au moyen du miel , prescrit à la dose de 5, 10, 20 centigrammes, au plus, comme antisyphilitique, cause souvent la salivation, ce qui n'a pas lieu avec les 200 grammes de métal brut.

Le calomel a aussi une action variable en raison de son degré de cohésion. Celui qu'on obtient par précipitation est plus irritant, c'est-à-dire développe une action locale plus violente que le mercure doux préparé à la vapeur. Trousseau a même été jusqu'à dire : « Les trois variétés de protochlorure mercuriel ne diffèrent que d'après leur degré de division. D'après M. Moritz, la ténuité du calomel en pain, divisé par porphyrisation, étant prise pour unité, celle du calomel à la vapeur, ou de Josias Jewel, s'exprime approximativement par 4, et celle du calomel de Scheele, ou précipité blanc, par 14. » Ce même auteur ajoute :

« Leur activité est en daisom directe de leur état de

PLUS 6RAKDE DIVISION \ »

Aussi, quand on veut employer ce médicament de manière à obtenir son action générale, l'allopathie se contente-t-elle de donner 5 à 15 centigrammes pair jour, tandis qu'il faut 50 centigrammes pour avoir l'effet purgatif, c'est-à-dire local.

Viode agit d'une manière entièrement analogue. Avec 0^',01, on obtient Tiodisme aigu, causant une excitation générale, mais superficielle, fièvre, éruptions, etc.; avec 0*%002, il se produit un iodisme chronique observé par MM. Rilliet et Barthez, et ayant pour caractères : un amaigrissement rapide malgré un appétit exagéré, des palpitations nerveuses, Thypochondrie et l'hystérie. Ici l'action semble en rapport inverse de la quantité employée, mais elle est en raison directe de la proportion absorbée.

* Trousseau et Pidoux, Traité de thérapeutique, etc., p. 229.

Ën6n, messieurs, Vhuile de foie de morue, dont l'efficaciléesl attribuée par tous les auteurs à l'iode, auchlore^ au brome et au phosphore, contient tous ces corps en proportions infiniment petites, si vous les comparez à la qiiantité du corps gras, parfailement inerte de sa nature.

Il y a plus : lorsqu'on veut obtenir pour beaucoup de médicaments une action générale énergique, oîi diminue les doses, on les fractionne. C'est le fait de Vipécacuanha dont on administre de O^^^IO à 2 grammes pour produire un effet vomitif, tandis que l'on prescrit de 0«%05 à 0*%40 pour arrêter la dysenterie. Employé à cette dose pour d'autres affections, il ne donne ni vomissement ni diarrhée.

Il résulte évidemment de tous ces faits que l'action générale et spécifique est, comme je vous l'ai dit, en raison de la quantité absorbée et non pas proportionnée à la dose prescrite. Rien ne prouve donc que dans les préparations hahnemanniennes la quantité soit trop faible pour avoir une action sur l'organisme malade.

Troisième objection. — Les faits qui précèdent étant indéniables, on les accorde ; mais on ajoute que le médicament homœopathique étant à dose impondérable, sa quantité est infiniment moindre que celles employées dans les faits précédents ; qu'en admettant donc que la puissance d'un médicament ne soit pas en raison de sa masse, il faut bien reconnaître qu'il y a une limite à la réduction des doses, et que celles qu'on ne peut peser ne sauraient agir.

Des faits nombreux ruinent cette objection. Est-ce qu'on peut peser les émanations du musc et le principe odorant des fleurs ; celui de la valériane? Est-ce que la quantité de térébenthine absorbée par les matelots hé' maturiques était pondérable? Est-ce que la qqantité d'i^ pécacuanha absorbée par le pharmacien asthmatique ^ jamais pu être matériellement appréciée ?

in COURS m médecine IiOM<£OPATHIQ(JE.

La physique cl la chimie, si impuissantes à reconnaître les miasmes et les virus, autorisent-elles à les nier? Non, car le choléra, le vaccin, la syphilis ne se développent pas moins, quoique l'analyse ne découvre rien dans Tair d'un pays ravagé par une épidémie, non plus que dans le pus d'un chancre ou d'un bouton de vaccine. N'y a-t-il pas enfin des eaux minérales pour lesquelles l'analyse ne donne aucun résultat, et dont Faction thérapeutique est manifeste, les eaux de Forges, par exemple?

Deloutcela,ilfaulconclure, messieurs, queTorganisme est un réactif plus sensible que lous les autres, car ildécclc la présence d'agents impossibles à découvrir par les procédés des sciences naturelles. En sera-t-il toujours ainsi? On ne peut le prévoir. Concluons donc : les médicamenis agissent à doses impondérées, mais peut-être pas impondérables.

Quatrième objection. — On dit enfin : La plupart des corps employés en homœopalhie nous entourent, pourquoi donc ne sommes-nous pas sans cesse impressionnes par eux ?

Ici, la réponse est facile. Ils n'agissent pas parce que dans la nature leurs molécules sont réunies en masses. C'est un fait providentiel sans lequel nous serions incessamment soumis à des influences délétères. Mais que ces molécules puissent se diviser et elles agiront, témoin la quinine, la céruse, le mercure ; qu'elles puissent nous atteindre de manière à être absorbées, comme les émanations des fleurs et celles de la térébentliine ou du musc, et nous aurons à en souffrir.

H n'y a donc pas lieu de nous étonner si la Providence a voulu que la préparation des médicaments devînt un effet de l'industrie de l'homme, si elle n'a pas mis en expansion constante ces puissances redoutables, dont il nous appartient de faire des agents utiles et bienfaisants.

De tout ce qui précède nous pourrons conclure, messieurs, que Taction thérapeutique des infiniment petits est possible, vraisemblable, c'est-à-dire conforme aux faits les plus généraux, les plus vulgaires. On ne peut la nier sans se mettre en opposition avec les phénomènes recueillis par les sciences naturelles, c*est-à— dire sans repousser la divisibilité indéfinie de la matière, le développement des forces chimiques, toxiques et thérapeutiques par la diminution de la cohésion et Taugmeniation des surfaces; tous faits qui prouvent comment la trituration prolongée et les succussions multiples augmenteront la puissance curative et dynamique des agents de guérîson. Si ces médicaments sont alors plus actifs, il faudra en diminuer les doses, dans la proportion même de cette dynamisation. Cette conséquence est trop juste pour n'êlre point acceptée.

Mais il ne suffit pas d'établir la vraisemblance de l'action des infiniment petits, il faut aussi vous en prouver la réalité et l'exactitude ; ce sera le sujet de notre prochaine conférence.

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