TRANSFORMATION DES GLOBULES LAITEUX EN GLOBULES SANGUINS
Voici ce que montre l’observation du sang, faite à différentes époques après l’injection du lait.
Au bout de deux heures environ , un grand nombre des globules du lait ne sont déjà plus intacts au milieu des globules sanguins; les plus petits se sont réunis trois à trois, quatre à quatre, et se sont enveloppés, en roulant dans le sang, d’une couche albumineuse qui forme autour d’eux une vésicule analogue à celle des globules blancs. Les plus gros sont restés seuls, mais on les voit également environnés d’une couche semblable, et bientôt ils se fractionnent au milieu de leur enveloppe; dans cet état, les globules laiteux sont encore reconnaissables, soit par leurs caractères physiques, soit par la manière dont ils se comportent avec les agents chimiques.
Un certain nombre ne sont pas encore modifiés.
Un peu plus tard , la transformation des globules laiteux est plus avancée ; ils ont pris tout à fait Taspect des globules blancs du sang , et, s’ils n’offraient pas encore une certaine résistance plus prononcée à l’action des agents chimiques, on les confondrait entièrement avec les globules blancs.
Le sang se montre alors très-riche en globules blancs ; mais peu à peu ceux-ci subissent des modifications de plus en plus profondes; leurs globulins internes s’effacent, se dissolvent dans l’intérieur de la vésicule, le globule s’aplatit, et déjà il présente une très-légère coloration jaunâtre; seulement ils résistent mieux à l’eau et à l’acide acétique que les globules sanguins proprement dits, et c’est par là qu’ils s’en distinguent encore. Énfîn, après vingt-quatre heures, ou au plus tard après quarante-huit heures, tout est rentré dans l’état normal ; on ne retrouve plus de globules de lait dans le sang; la proportion entre les globules blancs et les globules sanguins, entre les globules imparfaits et les globules parfaits, est revenue ce quelle est ordinairement; en un mot , la transformation directe des globules laiteux en globules sanguins est opérée. C’est en effet la conséquence à laquelle je suis arrivé par une série nombreuse d’observations exécutées avec tout le soin dont je suis capable; et si mes sens et mon jugement ne m’ont point trompé, j’aurai établi le fait physiologique de la transformation de certaines substances, et, en particulier du lait, en sang, par le mélange direct de ces substances avec le fluide sanguin. J’ai fait des expériences analogues avec d’autres matières, dont il sera question plus tard.
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Le lait pourrait donc être considéré comme une sorte de chjle , comme du sang imparfaitement élaboré, auquel il ne manquerait , pour ainsi dire , qu’un degré de plus de développement pour devenir, du sang parfait. Tel est le rapport physiologique qui unirait ces deux fluides, rapport que d’autres recherches expérimentales sur l’alimentatiou des jeunes animaux, viendront confirmer plus loin.
Je ne veux pas entrer ici dans le détail de toutes les expériences que j’ai faites avec d’autres substances, dont les unes ont déterminé la mort, et dont les antres ont été bien supportées et assimilées comme le lait luimême; il me suffira de dire que des injections de lait altéré ont tué les animaux dans les veines desquels elles ont été pratiquées, de même que des émulsions faites avec l’eau et le beurre. Quant au choix de l’ordre des vaisseaux sanguins, le résultat a été le même, soit que le lait ait été introduit par les veines ou par les artères ; dans les cas où la proportion de liquide injecté était considérable, on avait le soin de laisser écouW une certaine quantité de sang, afin d’éviter les inconvénients d’une trop grande réplétion du système sanguim
Une chienne qui allaitait ses petits a été soumise à des expériences du même genre sans aucun accident; un chien auquel j’a vais retiré une grande partie de son sang, et auquel j’avais injecté a6o granmies de lait, n’est mort qu’au bout de douze heures.
Peut-on déterminer le point de l’économie où se fait eette transformation des globules blancs en globules sanguins parfaits; en d’antres termes, existe-t-il un organe particulièrement chargé de cette fonction ?
L’observation microscopique du sang, au moyen écrftoüt des injections de lait , permettait d’aboUdêT cetfu question, et je l’ai faite de la manière suivante :
Deux hêures environ après l’injection , des lapifrâ , des cbienS ,- dés oiseaux , etc. , ont été ouverts ; j’^at fecuéilti le sang dans tes divers organes, dans le poumon, dans lé foie, la rate; partout j’ai trouvé le sang dans l’état que j’ai décrit plus haut, contenant un certain nombre de globules blancs à tous les degrés de forma-^ tion , et des globules rouges plus ou moins patfaits ^ toutefois, la rate m’a ôlFert des circonstances particulièressi déterminées êtsi constantes, que je dois les mentionner, et que, peut-être, éclaireront-elles enfin sur les véritables foDefiOfts de eét organe , si longtemps et si vainement cherchées. Je n’ose me flatter d’avoir compléteiuent résolu ce problème, et ce n’est qtfaVé'c réserve que je m’exprimerai à cet égard.
Le sang eOntenU dans lés gros vaisseaux de fa fâté n’offre rien de très-remarquable ; mais en eXprimaiït celui qui est renfermé et comme combiné aü tissu de cét organé, on lui trouve une composition bien digne de fixei’ l’attention. En effet, ce sang est teffemenf riêhe en globules blancs, qxié le nombre de ceuxci l’emporté presque sur celui des globules sanguins parfaits; mais en outre les globules blancs y sont, d’üUé manière évidente, à tous les degrés de formation et de développement, et l’examen de Ce sang ne mé semblé pins laisser aucun doute sur là transition que j^ai indiquée plus haut des globules blancs aux globules rouges, etsüF les phases successives par ou passent les giobüfes blancs pour paeven-ir à l’état de globules sanguins par-
faits. Ce phénomène est surtout frappant après les injections de lait, et pendant le travail qui se fait clans l’espace de vingt-quatre heures , pour transformer l’immense quantité de globules laiteux en globules sanguins. On ne peut pas s’empêcher de croire que ce ne soit là réellement le point, le laboratoire, si on peut dire ainsi, où s’opère cette transmutation , et que la rate ne soit le véritable organe de cette importante fonction. Mais je conçois combien de semblables faits, et combien, la théorie qui en résulte, auraient besoin d’être confirmés par les recherches d’autres observateurs pour être définitivement adoptés avec confiance.
J’ai dû aller plus loin encore dans la voie que je viens de parcourir et me demander, après avoir établi l’origine et le mode de formation des globules sanguins, ce que deviennent les globules sanguins eux-mêmes, quels sont les usages, quel est le but et quelle est la fin de ces petites particules organisées ? Sont-elles le dernier terme d’organisation du fluide sanguin, et vont-elles, ainsi qu’on l’a imaginé, constituer les différents o.>’ganes, par leur réunion, par leur fusion, en subissant d’autres transformations?
Je suis loin de partager cette opinion ; mais je conviens qu’il ne m’est pas donné d’appuver celle que je vais énoncer sur des faits positifs et directement observés ; à défaut des expériences directes que cette investigation ne me semble pas comporter , ou que du moins je n’ai pas encore imaginées , passom^ en revue
des considérations dont rensenible aura du moins quelque poids.
Avec quelque soin que l’on observe la circulation du sang, dans les organes et chez les animaux qui se prêtent à cet examen , que ce soit dans le système artériel, dans le réseau capillaire, ou dans les veines proprement dites, que ce soit même dans l’intérieur des organes sécréteurs , ainsi que je parviens à le faire avec tant de netteté dans les follicules muqueux de la langue des grenouilles , nulle part on ne voit les globules sanguins sortir des vaisseaux, ni s’épancher au dehors, pour aller se combiner aux tissus et aux différents organes qu’ils traversent ; arrivant directement du cœur par les troncs artériels , on peut les suivre dans tout le cours du cercle circulatoire qu’ils accomplissent, au sein d’un organe d’une richesse vasculaire excessive comme la langue , et qui contient à peu près tous les éléments anatomiques, tous les systèmes organiques, tels que membranes, muscles, nerfs, tissu cellulaire, organes sécréteurs réduits à leur plus simple structure (follicules muqueux), etc.; on les voit revenir par les veinules, par les veines de plus en plus grosses , à mesure quelles s’anastomosent, et dans aucun point on n’aperçoit aucune solution de continuité par oîi des globules aussi volumineux que ceux du sang des reptiles puissent s’échapper.
Il se fait, au contraire, à travers les parois des vaisseaux et dans l’intérieur des glandes , une transsudation de liquide dont on peut facilement s’assurer, en essuyant la partie dans laquelle on observe la circulation , et particulièrement le point correspondant à un follicule;
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OR ne tarde pas à ie -voir se recouvrir d’un nouveau fluide plus ou moins visqueux. C’est de cette manière que le sang me paraît porter, dans tous les points de l’organisme, les matériaux propres à çonstituer les organes , et à fournir le produit des diverses sécrétions. C’est ainsi que se forment les organes, qu’ils assimilent les éléments qui leur conviennent, p.ar un mécanisme et par une faculté à la vérité complètement inconnus dans l’état actuel de la science; le fluide qui transsude est le véritable fluide organisateur, allgemeimr bildmgsjliissigkeit. C’est par transsudation de la partie fluide du sang, et non par la sortie des parties concrètes, des globules sanguins, que l’organisation s’opère. -
Les globules ne sont donc pas l’élément véritablement essentiel du sang, en ce sens qu’ils n’expriment pas le plus haut degré de formation et d’élaboration de ce liquide; ils ne sont pas le dernier terme ou parvienne ce fluide avant d’aller constituer les organes; ce n’est qu’un état intermédiaire par où passe le fluide sanguin, avant d’arriver à son état parfait , et avant de posséder l’éminente faculté qui en fait l’agent général de l’organisation,
Nous devons donc nous demander ce que deviennent les globules sanguins proprement dits, lorsqu’ils ont accompli toutes leurs transformations , et qu’ils sont arrivés au dernier terme de leur développement?
Ici, encore une fois, robservàtion directe manque; mais d’après les faits que nous venons de passer en revue, on ne peut concevoir d’autre changement que leur dissolution ; c’est là, en effet, suivant moi , le der-
nier terme et la fia de leur évolution. Les globules se dissolvent dans le sang lorsqu’ils ont subi leurs différentes mutations, et quand ils sont suffisamment élaborés; ils constituent ainsi le fluide organisateur dans lequel se trouve l’élément spontanément coagulable, la fibrine et les autres matériaux de l’organisation.
INFLUENCE DE L’ ALIMENTATION SUR l’ÉTAT DU SANfi.
Voyons encore quelques expériences sur l’alimentation des jeunes animaux qui se rattachent -au sujet que nous examinons, par les observations que cette partie de nos recherches renferme sur certaines altérations des globules sanguins. Les rapports et l’analogie que j’ai établis entre le lait et le sang, par la considération de la constitution de ces deux liquides organiques, et par leurs effets physiologiques, se trouveront en outre confirmés.
Voulant constater l’influence de quelques substan-ces alimentaires sur la nutrition de jeunes animaux , j’ai choisi des petits chiens d’une même portée , et autant que possible de même force ; dès qu’ils ont été eu état de boire seuls, les uns ont été nourris, soit avec du lait de vache , soit avec du lait d’ânesse et même du lait de femme; les autres ont été rais au bouillon de bœuf à discrétion. En peu de jours il s’est établi une différence notable dans le développement de ces animaux; cette différence a été constatée chaque semaine par la différence de poids. Je donne les résultats précis de ces expériences , dans le tableau qui les comprend toutes, à la fin de l’ouvrage.
3’ai varié ces expériences de toutes les manières , ea rendant le lait à ceux qui en avaient d’abord été privés, et en mettant, au contraire, au régime du bouillon ceux que l’on nourrissait au lait; je suis toujours arrivé au même résultat , la différence de poids ne tardant pas à se prononcer en sens inverse.
La disproportion devient tellement sensible au bout d’un certain temps , quand on continue à donner du lait aux uns et du bouillon aux autres , qu’elle frappe les yeux, sans avoir recours à la balance; et de plus, jamais on ne voit les jeunes chiens qui ont été élevés au bouillon et à la soupe , arriver au même degré de force et de développement , que ceux qui ont pris le lait de leur mère ou le lait d’une autre espèce ; les premiers restent au-dessous des autres par la taille et par l’embonpoint , de même que par la force et l’énergie.
Mais ce qu’il nous importe surtout de remarquer, c’est que le sang lui-même subit une altération appréciable chez les jeunes chiens que l’on prive trop tôt de l’aliment qui convient à leur âge. Ainsi, en même temps que les jeunes chiens, nourris au bouillon, restent chétifs et un peu malingres, j’ai constaté que leur sang présente des globules pâles , peu nets dans leurs contours, se déformant presque à l’instant même où on les observe , se fondant les uns avec les autres d’une manière irrégulière , au lieu d’être bien formés , bien tranchés sur leurs bords , de se ranger en séries régulières sur la lame de verre et de ne se flétrir que très-lentement, comme cela arrive pour le sang des animaux bien nourris.
C’est ainsi qu’une connaissance plus approfondie de la nature des globules sanguins , des caractères qu’ils présentent , suivant les circonstances , permettra, nous n’en doutons pas , d’arriver à constater des altérations morbides du sang qui ont échappé jusqu’ici aux observations des micrograplies.