‹ Cours de microscopie complémentaire des études médicales. Anatomie microscopique et physiologique des fluides de l'économieChapitre 44 sur 123 · PUS VÉNÉRIEN · texte numérisé non relu

PUS VÉNÉRIEN

gienses par l’existence de certains animalcules chargés d’un principe délétère, est comme on sait très-générale ; mais il ne s’agit pas ici de faire une théorie plus ou moins ingénieuse et séduisante, et je vais me borner à rechercher les circonstances dans lesquelles se produisent les vibrions; j’exposerai les faits tels qu’ils se sont présentés, et s’il n’en résulte pas que les animalcules sont les agents de l’infection syphilitique, on verra du moins combien les chancres sont favorables à leur développement, combien l’élément vénérien paraît nécessaire à leur existence, et peut-être sera-t-on, comme moi , jjorté à croire qu’ils ne sont pas tout à fait indifférents dans la contagion. Dans tous les cas, et indépendamment de la question médicale, ces animalcules seront intéressants à considérer sous le rapport de leur histoire naturelle.

« J’ai dù commencer par étudier le pus des ulcères syphilitiques situés ailleurs que sur le gland et à la vulve; ainsi c[ue je l’ai dit, je n’y ai rencontré d’animalcules d’aucune espèce , excepté une seule fois dans le pus d’un ulcère de la jambe, chez une femme infectée de la maladie vénérienne; cèt ulcère, d’un fond livide, offrait les principaux caractères de la pourriture d’hôpital ; il s’en écoulait une matière très-fétide qui, examinée au microscope, présentait une multitude de vibrions.

« Le pus des bubons de l’aine, chez les vénériens affectés de chancres, ne m’a non plus jamais offert de ces animalcules à quelque période que ce fut de leur suppuration; ce pus est, comme l’on sait, visqueux, filant, et souvent grisâtre; il n’a pas l’apparence du pus pblegmoneux, louable, qui est blanc, crémeux et sans ténacité. Son aspect microscopique ne présente rien de particulier ; il se compose de globules semblables à ceux du pus ordinaire. Je reviendrai sur l’absence d’animalcules dans ce pus , à l’occasion de l’inoculation.

« C’est donc seulement dans le pus sécrété autour du gland qu’il existe des vibrions; c’est là qu’on les voit par milliers et constamment, s’ils n’ont pas été détruits par des injections ou des caustiques ; mais on ne les trouve pas seulement lorsqu’il y a des chancres bien déterminés. Dans certains cas désignés par les praticiens sous le nom de balanites , on rencontre les mêmes animalcules ; mais la balanite est souvent vénérienne, et même il n’est pas rare de trouver de petits chancres à la face interne du prépuce en même temps que l’inflammation du gland. La ligne de démarcation ne paraît pas toujours facile à établir entre la simple balanite et les érosions plus ou moins profondes qui constituent le chancre ; la limite

entre ce qui est ou ce qui n’est pas syphilitique n’est pas encore nettement posée pour tons les cas , en dépit des recherches et même des expériences tentées à l’aide des inoculations. Les faits suivants serviront peut-être à éclairer un point de cette importante question.

« S’il était démontré qu’il ne se produisît de vibrions dans le pus sécrété autour du gland, que lorsque cette suppuration est d’origine. syphilitique , si l’élément vénérien était nécessaire dans cette circonstance au développement de ces animalcules , leur présence offrirait un moyen de diagnostic précieux qu’il ne faudrait certainement pas négliger.

« Avant tout , il fallait rechercher si l’existence des vibrions ne tenait pas au lieu où se fait la suppuration , plutôt qu’à la nature même du pus. On sait en effet que la matière sébacée, que sécrètent les follicules situés à la base du gland , donne aux écoulements de cette partie des propriétés particulières caractérisées surtout par une odeur âcre et repoussante; ne serait-ce pas le mélange de cette humeur avec le pus qui favoriserait la production des animalcules , et ne trouverait-on pas de ces vibrions dans la matière sébacée même à l’état normal ?

« J’ai soumis au microscope cette matière prise chez des individus non vénériens, et je n’y ai pas trouvé d’animalcules ; mais afin de favoriser autant que possible leur développement, je me suis déterminé à exciter sur le gland d’un individu sain, et n’ayant jamais eu d’affection syphilitique, une suppuration artificielle, si je puis dire ainsi , au moyen d’un vésicatoire ; un petit emplâtre vésicant a donc été appliqué dans la gouttière située à la base du gland, au lieu où siègent de préférence les chancres; la vésicule étant formée, l’épithélium a été enlevé, et une suppuration assez abondante s’est établie pendant huit jours sans le secours d’aucune pommade excitante ; il existait donc là une blennorrhée , et même une ulcération, qui ne se distinguait d’un véritable chancre que par ses bords unis et non taillés à pic ; cette plaie était d’ailleurs presque sans douleur; le pus a été examiné tous les jours avec le plus grand soin, et jamais il ne m’a été possible d’y découvrir aucune trace d’animalcules ; il se composait de globules comme le pus ordinaire, et pas un seul vibrion ne s’est montré nageant dans le liquide où étaient suspendus ces globules ; ce pus ne différait pourtant de celui des chancres ni par le lieu d’où il provenait, ni par ses propriétés physiques apparentes ; il n’en différait que par la cause qui avait produit l’ulcération; en un mot, il était privé de

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l'élément syphilitique : aussi quelques lotions d’eau blauclie ontelles suffi pour déterminer promptement la cicatrisation de la petite plaie. Ne serait-on pas, d’après cela, moins disposé maintenant à se moquer de l’opinion de feu Cullerier, qui croyait à l’existence d’animalcules particuliers dans les ulcères syphilitiques?

«Pour savoir si les animalcules pouvaient se propager sur un autre point du corps que le gland, du pus de chancre, dans lequel on avait constaté la présence des vibrions, a été inoculé sur la cuisse du malade qui avait fourni le pus; le surlendemain il existait une pustule remplie d’un liquide séro-purulent contenant une grande quantité des mêmes vibrions ; à la pustule a succédé une ulcération dont on a arrêté les progrès par la cautérisation. Il est donc évident, d’après cette expérience , que les vibrions dont il s’agit peuvent se propager ailleurs que sur le gland.

« Je n’ai pas poursuivi ces expériences ( et je profite de l’occasion pour le dire), parce que je suis loin de les regarder comme tout à fait innocentes et légitimes ; ainsi , dans le cas qui vient d’être rapporté, l’inoculation a déterminé un abcès douloureux et assez considérable , accompagné de fièvre pendant deux jours ; mais indépendamment de cet accident particulier qui survient très-rarement, peut-on affirmer qu’il n’y ait aucun inconvénient à multiplier les points d’infection sur le corps , et tout est-il fini quand on a arrêté la marche de l’ulcération par la cautérisation? C’est aux hommes instruits et consciencieux qui pratiquent chaque jour ces expériences dans les hôpitaux, à résoudre cette grave question; quant à moi, tout ce qui tient à l’infection syphilitique me paraît encore environné de trop d’obscurité pour me livrer sans scrupule à ce genre d’investigation. »

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