‹ Cours de microscopie complémentaire des études médicales. Anatomie microscopique et physiologique des fluides de l'économieChapitre 73 sur 123 · DES PERTES BLANCHES · texte numérisé non relu

DES PERTES BLANCHES

Il existe une forme de perte séminale qui réclame toute l’attention du médecin, soit parce qu’elle indique un affaiblissement notable des organes génitaux, soit parce quelle passe souvent inaperçue.

Cette forme consiste dans des pertes nocturnes sans érection et sans que le malade éprouve de sensation ; il ne se rappelle pas au réveil ce qui s’est passé pendant son sommeil, et comme dans ces cas, le sperme a perdu presque toute sa consistance , qu’il tache à peine le linge et qu’il ne l’empèse pas , on peut être longtemps sans se douter des accidents auxquels on est soumis; on cherche en vain la cause de la faiblesse que l’on éprouve , du découragement auquel on est en proie , et il faut une circonstance particulière , une sorte de hasard pour découvrir ce qui se passe; ce n’est que lorsque le malade se réveille, peu d’instants après l’écoulement du sperme, qu’il se sent humide et qu’il reconnaît ce qui vient d’arriver; mais comme le réveil

ne coïncide que rarement avec cette circonstance, le malade ne connaît pas la fréquence de ces pertes nocturnes et il peut être longtemps sans pouvoir apprécier sa véritable position.

Il est nécessaire d’apporter le plus grand soin à l’examen du linge des personnes chez lesquelles on a lieu de soupçonner cette espèce de perte séminale; ces personnes doivent prendre la précaution de s’entourer d’une serviette ou d’un mouchoir pendant leur sommeil, afin d’arriver plus facilement à reconnaître les taches spermatiques, qui, je le répète, sont tellement peu sensibles , qu’on a peine à les trouver, même lorsqu’on est averti ; la plus légère eau de gomme marquerait davantage sur le linge, que le sperme des individus affectés de ce genre de pertes que je désigne sous le nom de pertes blanches.

Ici se présente une question importante et difficile à résoudre ; c’est celle de savoir si le fluide spermatique est toujours pourvu d’animalcules et si, dans un certain degré d’épuisement des forces viriles, la liqueur séminale ne peut pas être privée de zoospennes; existet-il du sperme sans animalcules spermatiques, ou doit-on considérer comme étrangères à la liqueur séminale proprement dite, comme ne constituant pas de véritables pertes de semence , tout écoulement de matière dans laquelle on ne trouve pas de zoospermes ? de tels écoulements doivent-ils être attribués seulement à la prostate ou aux vésicules séminales, sans que l’organe sécréteur du sperme, le testicule, y prenne part? Il n’est pas question bien entendu des écoulements blennorrhagiques , dont nous ne parlons pas ici.

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Tout ce que je puis dire à cet égard, c’est que je n’ai jamais rencontré de cas de perte de matière analogue au sperme, sans que cette matière ne contînt des animalcules spermatiques; ces animalcules sont plus ou moins nombreux, il est vrai , ils peuvent être assez rares dans la liqueur -claire et aqueuse que rendent certains malades ; mais arrive-t-il un point où ils manquent complètement? c’est ce que je n’ai pas encore eu l’occasion d’observer.

Je ne nie pas l’existence des pertes du fluide prostatique ou des vésicules séminales, sans mélange de fluide des testicules ; j’ai vu un jeune homme ayant une tumeur de la prostate ou peut-être même un calcul engagé dans cette glande, qui comprimait les canaux éjaculateurs de telle sorte que la liqueur séminale proprement dite n’arrivait pas dans l’urètre ; cet individu ne produisait dans l’éjaculation qu’une liqueur claire et aqueuse, qu’un fluide prostatique entièrement privé de zoospermes ; mais c’est là, comme l’on voit, un cas tout particulier.

Je ne conteste pas non plus absolument qu’il ne puisse y avoir du sperme tellement appauvri, que les animalcules n’y existent plus, ou que, suivant les intéressantes recherches de M. Lallemand , les zoospermes ne soient quelquefois à l’état de développement incomplet, imparfaitement formés, réduits à des globules sans prolongement ; mais je n’ai pas eu l’occasion d’observer des cas semblables ; une seule fois les zoospermes m’ont paru plus grêles, moins longs que de coutume, mais cette observation aurait besoin d’être confirmée.

Depuis ma première publication sur le spenne et les pertes séminales, j’ai signalé un caractère des urines spermatiques propre à mettre sur ses gardes l’observateur qui cherche à constater l’existence du sperme dans l’urine; ce caractère assez curieux en lui-même, consiste dans la présence de cristaux d’oxalate de chaux qui accompagnent ordinairement le sperme dans l’urine ; sans pouvoir m’expliquer positivement ce fait, sans savoir s’il tient à ce que l’acide oxalique fait partie de la liqueur séminale (les analyses chimiques n’en fout pas mention), ou bien s’il dépend d’une irritation sympathique des organes sécréteurs de l’urine produite par la perte de semence , toujours est-il que ce fait est à peu près constant , et il a été vérifié par M. Rayer comme par moi-même , depuis que je l’ai fait connaître.

Je ne dis pas qu’il ne puisse y avoir de l’oxalate de chaux cristallisé dans l’urine, sans que ce liquide contienne en même temps du sperme ; j’ai signalé précédemment de nombreuses circonstances dans lesquelles l’urine dépose ce sel en excès, en dehors de toute espèce d’influence spermatique; je me borne à dire que lorsqu’il existe des zoospermes dans l’urine, ou y trouve ordinairement, si ce n’est toujours, des cristaux d’oxalate de chaux, reconnaissables aux caractères décrits plus haut; par conséquent la présence de ces cristaux doit faire redoubler d’attention pour rechercher les animalcules spermatiques.

Avant de parler des moyens qui m’ont le mieux réussi dans le traitement des pertes séminales, passons en revue quelques observations de ce genre, et remar-

quons les symptômes physiques et les phénomènes moraux auxquels donne lien cette singulière affection.

Le premier qui s’est offert à moi est un cas d’urine blanchâtre et d’apparence laiteuse, recueillie sur un cadavre, et que l’on me pria d’examiner; cette urine contenait une innombrable quantité de zoospermes, et il fut constaté que le malade avait présenté, pendant sa vie, les symptômes d’un rétrécissement de l’urètre; il est donc hors de doute que la liqueur séminale peut, dans certains cas, refluer dans la vessie et se mêler aux urines dans ce récipient.

Je vais rapporter avec détail une observation remarquable de perte séminale involontaire, bien constatée, coïncidant avec des symptômes de paralysie, d’affaiblissement des facultés et d’autres symptômes qui ont été successivement rapportés à une lésion du cerveau, à un kyste de la protubérance annulaire et à plusieurs autres causes, par des médecins du premier ordre.

M***, d’une constitution délicate depuis son enfance, fut atteint, dans l’âge de l’adolescence, de plusieurs légères hémoptysies; marié à vingt et un ans, il s’est énervé, en se livrant avec excès au coït. Il esta remarquer que son père, avec lequel il a beaucoup de ressemblance, est mort d’une phthisie tuberculeuse, et que M*** a, en outre , perdu de cette maladie un frère et une sœur.

Dans les premiers jours du mois de novembre 1827, il survint chez M*** une diplopie sans cause connue, et qui s’accompagna bientôt de strabisme ; en même temps il s’établit une constipation opiniâtre; au bout d’une quinzaine de jours, le trouble de la vue devint

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considérable, et peu après, continuant à décroître, la vue finit par être complètement abolie des deux yeux, à tel point que le malade n’apercevait plus la lumière d’une bougie ; cependant cette lumière éveillait une sensation très-douloureuse, les yeux y étaient extrêmement sensibles ; ces organes ne présentaient d’ailleurs d’autre changement qu’une dilatation considérable des pupilles, avec immobilité de l’iris. A ces symptômes s’étaient joints une céphalalgie générale avec chaleur persistante au front et à l’occiput , des vertiges et des vomissements. Le moindre mouvement de la tête, ou la plus petite secousse du corps donnait aussitôt lieu à des vertiges, suivis de vives douleurs dans la tête; l’influence de la lumière produisait les mêmes accidents.

Les facultés intellectuelles étaient dans leur intégrité; il y avait absence totale de sommeil; des nausées presque continuelles rendaient l’ingestion des remèdes et l’alimentation très-difficiles; les urines, peu abondantes, étaient de couleur tantôt naturelle, tantôt plus rouge, avec sédiment; la soif variable, la langue sans changement; la peau, sans être sèche, se prêtait difficilement à la diaphorèse ; le pouls, souvent ralenti et faible , ne présentait jamais d’accélération fébrile.

Cet état si pénible pour le malade dura deux mois entiers; l’émaciation de tout le corps, et la prostration des forces étaient devenues extrêmes; en même temps la sensibilité générale s’était exaltée d’une manière notable.

Au commencement de janvier 1828, les vertiges di-

minuèrent de fréquence et d’intensité, ainsi que la céphalalgie, la chaleur de tête, l’horreur de la lumière et les vomissements ; les selles purent être provoquées par des lavements, la vision se rétablit complètement, quoique avec lenteur; au bout d’un mois, il ne restait plus que de la faiblesse, mais il était survenu de nouveaux symptômes dont le malade ne devait plus être complètement débarrassé ; c’était un sentiment de fourmillement qui avait son siège exclusivement au côté gauche du corps, à la tempe, au front, à la joue, à l’extrémité des doigts, à la plante des pieds et parfois le long de la face externe de la jambe et de la cuisse; on doit encore mentionner que pendant près de deux ans le malade resta sujet à un rire nerveux qu’il ne pouvait contenir, et que faisait éclater toute émotion pénible ou gaie.

Le traitement a consisté :

1°. Dans l’application de révulsifs sur les extrémités et de glace sur la tête , que l’on eut soin de raser, et sur laquelle on appliqua plus tard un large vésicatoire;

2°. Dans l’administration, à l’intérieur, d’eau gazeuse et de remèdes agissant comme stimulants sur le système nerveux, tels que la valériane, l’éther, le succinate d’ammoniaque;

3“. Dans l’usage de lavements laxatifs et d’embrocation sur le bas-ventre avec des substances tantôt purgatives et tantôt toniques.

Dès l’apparition de la diplopie, des sangsues furent appliquées au siège.

Le sentiment de fourmillement occupant le côté

COURS DE MICROSCOPIE, gauche du corps disparaissait complètement de luimême durant la saison chaude, pour reparaître avec la saison froide.

En i833, M*** revint des eaux de Griesbach, paraissant jouir d’une très-bonne santé; ses différentes incommodités avaient disparu ; mais cet état de bien-être ne fut pas de longue durée; dès le mois de septembre, le fourmillement se fit sentir de nouveau d’une manière très-incommode, et disparut au mois d’octobre, pour être remplacé par une violente céphalalgie qui occupait le côté gauche de la tête; cette douleur, souvent lancinante, revenait par saccades, et le moindre mouvement la réveillait avec plus d’intensité. Le visage n’était pas plus animé et le pouls ne présentait aucun changement, si ce n’est un peu de lenteur.

Il existait en même temps une constipation qui résista aux purgatifs drastiques, administrés par toutes les voies.

Le sommeil fuyait le malade, et toutes les nuits, même quand il pouvait goûter un peu de repos, un ou deux vomissements survenaient spontanément, et des secousses se faisaient sentir dans les membres pelviens. Il n’y avait pas de vertiges, les facultés intellectuelles étaient intactes, cependant la mémoire semblait affaiblie ; la parole était ralentie, et la moindre contention d’esprit augmentait encore la céphalalgie.

L’état du malade s’améliora encore d’une manière si sensible, qu’à la mi-novembre il put sortir en voiture ; le sommeil était revenu et les fonctions digestives étaient dans un état satisfaisant. Tout annonçait que les forces si affaiblies de M*** seraient bientôt rétablies, lors-

que, dans les derniers jours de novembre, le malade se plaignit d’une sensation désagréable à l’extrémité pelvienne droite ; la sensibilité de la peau se trouva émoussée dans cette partie ; la démarche devint chancelante, le sommeil et l’appétit disparurent encore une fois ; pas de changement dans le pouls (quinze sangsues de chaque côté de la tête, au devant des apophyses mastoïdiennes; lavements purgatifs; pédiluves sinapisés).

Les jours suivants, l’insensibilité de la peau s’étendit à la fesse gauche et au scrotum; la sécrétion des urines diminua , leur émission se fit difficilement et la constipation persista. Quelques jours plus tard , la démarche devint de plus en plus difficile, le malade perdait l’équilibre quand il voulait se tourner, il ressentait de l’engourdissement et de la pesanteur dans les deux jambes, et surtout dans la droite; la nuit, des secousses se faisaient sentir dans les membres inférieurs.

Une amélioration dans tous ces symptômes se manifesta de nouveau, et au mois de décembre i833, ou eut recours à l’aimant, que l’on fit agir sur le trajet des nerfs sciatiques et cruraux; l’effet en fut assez marqué , dit-on , mais ne se soutint pas.

Enfin, après plusieurs autres alternatives en bien et en mal, après un voyage en Italie pendant l’hiver de 1 833-1 854 5 M*** revint à peu pt'ès dans le même état au printemps; sa démarche était toujours chancelante, et il éprouvait un besoin de rire irrésistible à la moindre émotion.

Les symptômes s’aggravèrent encore aux approches de la mauvaise saison suivante ; une perte douloureuse

que fit M*** lui porta un nouveau coup, et quand il se détermina, eu i836,à venir consulter à Paris, sans être aussi mal qu’il avait été précédemment, son état était loin d’être favorable; l’appétit était assez bien revenu, l’embonpoint était passable; les facultés intellectuelles n’étaient pas mauvaises, mais il existait toujours une paralysie incomplète des membres inférieurs, et une faiblesse générale prononcée.

Telle est l’iiistoire du malade, qu’il était nécessaire de faire connaître avec détail, pour la comparer plus tard avec ce qui s’est passé chez d’autres individus.

M. Lallemand n’aurait assurément pas hésité à reconnaître un cas de perte séminale à cette longue série de symptômes variés; toutefois les avis furent extrêmement divisés, relativement à la cause de cette affection d’une forme et d’une marche si irrégulière; j’ai déjà dit que le cerveau et la moelle épinière furent regardés par plusieurs praticiens distingués comme le siège du mal, et l’on était encore dans la plus grande indécision , qnand M. Bailly (de Blois)* mit en avant les pertes séminales comme la cause de ce trouble profond de plusieurs fonctions importantes. MM. Rayer et Récaraier ne voulurent pas adopter cette opinion, sans que le fait de l’évacuation de sperme fût préalablement démontré.

Or, le malade n’avait ni pollutions nocturnes , ni émission d’une matière visqueuse par l’urètre en allant à la selle; en un mot, il ne rendait jamais aucune sub-

' M. Bailly avait lui-même été traité par M. Lallemand pour des pertes séminales; ce médecin est mort d’une affection de la moelle.

stance qui pût être considérée comme de la liqueur spermatique; restaient donc les urines à examiner, et cet examen me fut confié. Les urines étaient claires , transparentes; sans dépôt considérable, et elles ne présentaient ordinairement qu’un léger nuage analogue à ceux que forme si souvent un peu de matière muqueuse, et pourtant ces urines contenaient presque tous les jours une notable quantité de semence; je les examinai soir et matin pendant cinq jours, et dès la seconde séance j’aperçus des zoospermés en assez grand nombre ; presque toutes les urines rendues pendant la nuit étaient spermatiques, tandis que celles du jour, au contraire , étaient pures.

Il pouvait, après cela, rester du doute sur le rôle que jouait l’écoulement de la semence; mais le fait de la perte séminale fut parfaitement établi, et chacun des médecins appelés en consultation put le constater par lui-même.

Le malade ayant refusé de se soumettre au traitement, je ne puis pas donner la suite de cette observation , qui d’ailleurs est assez complète sous le point de vue que je considère ici.

Voici un autre exemple d’urine spermatique qui ne peut pas être considéré comme un cas de perte séminale semblable au précédent; je vais encore le rapporter avec quelque détail , pour montrer combien il eût été impossible de le distinguer du premier, et de savoir précisément à quoi s’en tenir sans avoir recours à l’analyse des urines; je laisserai cette fois le malade parler lui-même , en transcrivant la note telle qu’il la rédigea pour M. Récamier, afin de mieux rapprocher ce fait de

plusieurs observations de M. Lallemand, avec lesquelles il a la plus grande analogie.

On sera frappé de cette analyse minutieuse des moindres sensations, de celte mélancolie et de ce dégoût de la vie que le professeur de Montpellier signale comme particulière à la maladie dont il est question, et l’on se convaincra en même temps que ces symptômes et l’examen superficiel des urines sont tout à fait insuffisants pour établir un diagnostic un peu précis.

« J’ai trente cinq ans; je suis né d’un père robuste et d’une mère d’untempéramentmaladif, d’une complexion délicate et grêle comme la mienne ; je passai mes dix premières années à la campagne avec ma famille, et les neuf suivantes au collège. A dix-neuf ans, je vins à Paris pour in’y livrer au commerce, et c’est après y avoir passé neuf à dix mois que je ressentis les premières atteintes de ma maladie. Mon estomac souffrit, et un dépérissement inquiétant nécessita bientôt mon retour à la campagne. J’y passai cinq à six semaines, pendant lesquelles j’obtins un grand bien de l’usage du lait, dont je fis presque exclusivement ma nourriture. Je revins à Paris; mais j’y étais à peine rentré de quelques mois, que déjà j’étais retombé dans mon premier état; je regagnai la campagne, qui cette fois ne me réussit pas aussi bien que la première. Depuis lors , jusqu’à l’âge de vingt-six ans, cette alternative d’allées et de venues de Paris à la campagne et de la campagne à Paris, n’a pas cessé. De vingt-six à trente et un ans, j’ai beaucoup voyagé sans m’en trouver plus mal; depuis cette époque jusqu’à présent (trente-cinq ans), j’ai résidé le plus habituellement à Paris, et malgré toute l’activité de ma

vie, ma santé a toujours été la même, c’est-à-dire chancelante et précaire.

« Dès l’âge de dix ans, je contractai une habitude qui, je n’en doute pas, causa toute la ruine de ma santé, celle de l’onanisme, à laquelle je me livrai avec une sorte de frénésie pendant sept à huit ans. Cette habitude ayant beaucoup affaibli les organes génitaux , a été suivie à vingt et un ans de nombreuses pollutions nocturnes, que ma surveillance a rendues plus rares, mais qu’elle n’a pas fait cesser entièrement.

«A vingt-sept ans, j’ai été atteint d’une blennorrhagie qui a cédé en trois semainesaux boissons rafraîchissantes. Il y a deux ans, le même accident m’arriva de nouveau; mais cette fois le mal fut plus tenace, l’état de mon estomac et de mes intestins ne me permettant pas d’employer les moyens propres à le guérir; il dura onze mois, et finit par cesser de lui-même sans aucun médicament.

a Mes organes génitaux, quoique très-impressionnables, ont toujours été d’une grande faiblesse. Avant l’époque des pollutions dont j’ai parlé, je pouvais accomplir une fois, et pas plus, l’acte du coït; depuis je n’ai pu l’accomplir que rarement et incomplètement ; aujourd’hui , malgré de fréquentes érections excitées pendant la nuit par le besoin d’uriner, et cessant habituellement quand ce besoin est satisfait, je me regarde comme impuissant.

te Je ressens parfois de la faiblesse le long de l’épine dorsale , et surtout au bas du dos , où j’éprouve un point légèrement douloureux quand j’ai été longtemps courbé et assis à un bureau. Mon estomac est irritable , faible

et capricieux , digérant tantôt difficilement , et tantôt assez vite, mais presque toujours mal; mon appétit est toujours très-fort , et c’est quand j’ai besoin de manger avec le plus de réserve que je sens les plus vives envies de le faire avec voracité. Mes intestins partagent le triste état de mon estomac ; quelquefois irrités avec légères coliques venteuses , presque toujours paresseux avec constipation opiniâtre , accompagnée parfois, mais rarement, d’hémorroïdes. Ces deux organes sont en outre le siège de beaucoup d’autres symptômes que j’aurais peine à décrire , tant ils sont variés , contradictoires et inexplicables.

«Mes yeux sont faibles et fatigués; ma peau est sèche, pâle , farineuse , et remplit très-mal ses fonctions. J’ai les nerfs excessivement irritables, et des riens, inaperçus par tout le monde, sont pour moi de fatigantes incommodités et des causes de souffrance, etc., etc.»

Je consacrai dix-huit jours à l’exarnen des urines de ce malade; j’en ai rarement vu de plus habituellement troubles et épaisses, plus chargées de matières animales et salines formant des dépôts abondants, se putréfiant plus facilement et devenant plus rapidement fétides. Je ne pus moi-même m’empêcher de croire que c’était là un cas de perte séminale s’il en fut jamais, et que j’allais trouver ces urines saturées pour ainsi dire de liqueur spermatique; les sédiments m’offraient tellement les caractères indiqués par M. Lallemand comme appartenant à la présence du sperme, que je ne doutais pas que ce ne fût là un très-bel exemple de cette altération ; il n’en était rien pourtant , et il me fut pendant plusieurs jours impossible de trouver aucune trace de

semence dans ces urines; je fis l’examen avec le plus grand soin , je variai les procédés, je revins à plusieurs reprises, mais inutilement ; elles ne continrent pas autre chose, pendant les huit premiers jours, que des sels et de la matière muqueuse. Le neuvième jour, au contraire, et sans que leur aspect fût sensiblement changé, elles renfermaient une si notable quantité de liqueur séminale, que l’on trouvait des zoospermes partout, à la surface , au milieu du liquide , mais surtout au fond , où on les rencontrait par petites masses agglomérées.

Pendant les jours suivants, les urines reprirent leur premier caractère , toujours troubles et chargées , mais sans contenir de sperme; elles s’éclaircirent néanmoins quelquefois; mais comme je ne m’attachais qu’à la recherche du sperme, je ne tins pas note exactement des autres circonstances ; au bout de cinq ou six jours , elles se montrèrent de nouveau spermatiques, puis encore une fois plus tard, en sorte que dans l’espace de dixhuit à vingt jours elles présentèrent trois fois ce caractère. En rapprochant ensuite mes analyses des propres observations du malade, il s’est trouvé que les jours où j’avais rencontré de la semence dans les urines correspondaient aux nuits où il avait eu des pollutions ; il était donc évident que la présence du sperme tenait à cette circonstance , et que les urines avaient entraîné ce qui était resté dans l’urètre après l’éjaculation

’ J’étais étonné de l’énorme quantité de sperme que présentaient ces urines à la suite des pollutions ; celte circonstance me fut expliquée par le malade lui-même, qui me dit être parvenu, à foi-ce d’attention, à empêcher l’éjaculation de se faire au dehors; il croyait

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Dans ce cas comme dans le précédent , il s’agissait encore d’apprécier la valeur pathologique de ces évacuations de semence ; c’est un point que je n’entreprends pas de discuter maintenant, faute d’un nombre suffisant d’observations , mais on voit que l’on sut du moins à quoi s’en tenir sur la nature des pertes , sur leur fréquence, et que l’on n’avait pas à craindre, dans ce cas, une émission continuelle, involontaire et insensible de la liqueur séminale.

Chez un troisième malade, le résultat fut encore plus positif et plus tranché s’il est possible.

M**% âgé d’environ trente-quatre ans, jouissant d’une bonne santé , fut pris il y a quelques années d’une faiblesse dans les jambes qui ne fit qu’augmenter malgré tous les soins et tous les remèdes mis en usage ; ce malade ayant eu dans sa jeunesse plusieurs affections vénériennes, on pensa qu’une cause syphilitique n’était peutêtre pas étrangère à son affection ; c’est pourquoi il fut soumis à divers traitements, dans le but de combattre cette cause ; il prit le mercure à l’intérieur et en bains ; il fut envoyé aux eaux, mais sans aucun succès. L’histoire de ce malade n’embrasse pas moins d’une dizaine d’années, mais il serait inutile, pour le but que je me propose , d’entreprendre un aussi long récit. Il me suffira de dire qu’au moment où je fus appelé par M. le docteur Kapeler pour examiner les urines de ce malade, il était paralysé des deux membres inférieurs, de

par là diminuer les inconvénients des pollutions. Je pense qu’il ne parvenait qu’à retenir la liqueur séminale dans le canal; toujours est-il que c’est à cela que l’on doit attribuer la présence d’une si grande proportion de sperme dans les urines.

manière à ne pouvoir se soutenir dans la station verticale ; les organes génitaux étaient dans un état d’inertie, quoiqu’il y eût de temps en temps des pollutions nocturnes accompagnées d’érection ; le malade d’ailleurs ne perdait pas de semence d’une manière sensible dans aucune autre circonstance.

L’analyse des urines fut faite tous les jours pendant quinze jours; tantôt elles se présentèrent troubles, chargées, déposant fortement et devenant rapidement fétides; tantôt au contraire, elles étaient à peu près dans l’état des urines ordinaires. J’attache au reste si peu d’importance à l’aspect extérieur des urines pour déterminer la présence du sperme, que je ne m’astreindrai pas davantage à décrire la couleur et la consistance des dépôts.

Dans l’espace de quinze jours, je trouvai du sperme dans les urines deux fois à sept jours d’intervalle. Je notai soigneusement ces époques pour les rapprocher des notes tenues très-exactement par le malade luimême , que j’eus soin de ne pas revoir une seule fois avant le moment où je devais rendre compte de mes recherches.

Les deux jours où je rencontrai de la semence dans les urines correspondaient précisément à deux nuits où il y avait eu pollution.

Or, chez ce malade, bien constitué d’ailleurs, il était évident que la gravité des symptômes n’était pas en accord avec des évacuations de sperme aussi rares et aussi naturelles; il n’était pas possible, en effet, d’attribuer la paraplégie à des pollutions nocturnes se reproduisant cinq ou six fois par mois chez un homme jeune et d’une

bonne constitution; aussi MM. Kapeler, Récaniier, Marjolin et Oliivier d’Angers furent-ils d’avis que l’état du malade devait être rapporté à une affection de la moelle épinière plutôt qu’à toute autre cause : ce fut aussi ma conviction personnelle.

Voici maintenant deux cas de perte de semence eu nature qui n’offrirent aucune difficulté à l’analyse. M. Rayer me pria d’examiner une matière légèrement visqueuse , un peu trouble, tout à fait analogue pour l’aspect à une solution de gomme arabique ; cette matière sortait de l’urètre pendant les efforts pour aller à la garde-robe, chez un homme d’environ quarante ans, d’une constitution robuste en apparence , et qui ne se plaignait jusque-là que de maux d’estomac , d’un peu de faiblesse et de mauvaises digestions; cette matière fut trouvée remplie d’animalcules spermatiques.

Dans une autre circonstance, M. Rayer me remit encore environ un gros de matière légèrement jaunâtre et filante comme de l’eau gommeuse, avec cette note : « Matière rendue par l’urètre en allant à la garde-robe, et après l’émission de l’urine , chez un homme âgé de trente-deux ans, plein d’activité d’esprit, et sans aucune paralysie des membres ni faiblesse ; on remarque seulement depuis un certain temps une diminution singulière dans la mémoire des dates et des noms. »

Je n’ai pas eu d’autres renseignements sur ce fait, je me suis contenté d’examiner la matière au microscope; elle contenait une grande quantité de zoospermes *.

' On ne lira pas sans intérêt la lettre suivante d’un jeune médecin affecté de pertes séminales que j’ai traité, et qui rendait compte

CERTES SÉ3IINALES.

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