RAPPORT
SDR DES
OBSERVATIONS CONCERNANT LE LAIT DES VACHES AFFECTÉES DE LA MALADIE VULGAIREMENT APPELÉE LA COCOTE ,
PRÉSENTÉES A l' ACADÉMIE
Par Itt. le Docteur Al. DOSTNK;
Suivi de Considérations générales relatives à la recherche des matières actives sur l'économie animale qui peuvent se trouver dans les produits morbides, l'atmosphère et les eaux.
(Commissaires, les membres de la section de Chimie et M. Tiirpin, M. CiiEVREUL , rapporteur, )
(Extrait des Comptes rendus des séances de l'Académie des sciences, séance du i8 mars iSBg.)
L'épizoolie qui, sous le nom de cocote , a frappé la plupart des vaches de Paris el un grand nombre de celles de la banlieue, a été pour M. Donné une occasion d'examiner l'inûuenee de cette maladie sur plusieurs des propriétés du lait , et particulièrement sur celles qu'il présente lorsqu'on l'observe au microscope. On appréciera mieux l'intérêt qui s'attache aux observations de l'auteur lorsque nous aurons rappelé celles qu'il a consignées dans une brochure publiée en iBS-j^ous le titre : Du Lait, et en particulier de celui des nourrices, considéré seus le rapport de ses bonnes et de ses maui'aises qualités nutritives, et de ses altéra^ tiens.
M. Donné reconnaît , avec Lceuwenhoek et tous ceux qui de-
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puis cef observateur ont soumis le lait au microscope, que ce liquide est composé de deux parties distinctes : i°, d'eau tenant en solution différents corps; 2°. de globules qui, en suspension dans cette eau, lui donnent l'aspect laiteux. Mais M. Donné n'admet que des globules gras on butyreux, tandis que Lceuwenhoek y admet encore des globules d'une autre nature. M. Donné fonde son opinion sur les expériences suivantes :
1°. Le lait filtré laisse sur le papier des globules butyreux solubles dans l'éther, et le liquide aqueux filtré est transparent ;
2°. Lorsqu'on traite le lait sur le porte-objet du microscope par de l'éther, on voit les globules se dissoudre dans ce dernier.
M. Donné n'admet dans le lait à l'état normal que des globules sphériques butyreux d'un diamètre variable de à millimètre, et même au delà. A leur caractère chimique d'être solubles dans l'éther, il faut ajouter celui de ne se dissoudre dans la potasse qu'après avoir été saponifiés.
M. Donné , d'accord avec M. Dujardin , et en opposition aveç JMM. Raspail et Turpin, ne reconnaît aucune apparence de structure organique à ces globules ; il ne les considère donc point comme formés d'une membrane ou d'un tissu cellulaire renfermant la matière butyreuse, mais bien comme de pefits sphéroïdes résultant de particules butyreuses réunies par la force de cohésion.
Le lait de femme qui fee montre immédiatement après l'accouchement est assez distinct du lait normal, c'est-à-dire de ce qu'est celui d'une bonne nourrice, à partir du second mois après l'accouchement , pour qu'on l'ait distingué de ce dernier par la dénomination de coloslrum. L'examen microscopique justifie pleinement cette distinction. En effet, le lait normal ne présente à cet examen que des globules isolés , se mouvant au sein d'un liquide clair, par la moindre agitation, tandis que M. Donné a observé dans le colostrum jusqu'à quatre sortes de matières globuleuses :
1", Des globules butyreux isolés comme le sont ceux du lait normal ;
DOCUMENTS. ^93 2". De pelils globules butfreiix liés entre eux par une nialière visqueuse ;
3°. Des globules mnriformes , c'est-à-tlire des aggloméralions globuleuses ayaut la forme du fruit du nùirier;
4°. Des globules muqueux semblables à ceux du mucus de la bouche , des narines, etc.
EnBu , M. Donné s'est assuré que l'ammoniaque mêlée au lait n'en change pas la consistance , tandis que son mélange avec le colostrum donne lieu à un liquide visqueux , qui peut même se prendre en gelée. L'intensité du phénomène lui a semblé correspondre à la quantité des globules non butyreux. Nous reviendrons plus bas sur celte observation.
Il a vu que le colostrum jouit de la réaction alcaline sur le papier rouge de tournesol, aussi bien que le lait normal de femme auquel déjà M. Payen avait reconnu cette propriété. Suivant M. Donné , le colostrum passe peu à peu à l'état de lait normal dans les organes mammaires.
Quoiqu'il y ait des différences entre le colostrum et le lait normal chez la chèvre et l'ânesse , cependant elles sont loin d'êli'e aussi prononcées que les différences que nous venons de signaler entre le colostrum et le lait normal de la femme. Et un fait notable , c'est qu'un colostrum d'ânesse qui contenait des globules agglomérés et des globules muqueux, n'éprouvait pas de changement dans sa liquidité lorsqu'on y ajoutait de l'îimmoniaque,
M. Donné a trouvé dans le lait d'une, nourrice , dont le sein droit était engorgé , des globules agglomérés , des globules muqueux comme dans le colostrum , et il a constaté que, comme ce dernier, il se prenait en gelée par l'addition de l'ammoniaque. Enfin, il a reconnu dans du lait de femme l'existence des globules du pus , lesquels se distinguent des globules butyreux par leur insolubilité dans l'éther et leur solubilité instanlanée dans les alcalis. La viscosité que ce lait prenait par son mélange avec ces derniers corps , n'avait rien de surprenant , puisque Grasmeyer a donné cette propriété comme un des caractères distinctifs du pus.
Les figures des globules du lait normal, des globules agglo-
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mérés , des globules nuiriCormes , des globules niuqueux el des globules purulents que M. Donné a jointes à sa brochure , coniparces avec les globules qu'on aura observés au microscope dans des échantillons de lait , seront un moyen de reconnaître si ceuxci sont à l'état normal ; et il y a plus , suivant lui , c'est que si ces échantillons proviennent d'une même espèce d'animal , on pourra juger de leur qualité nutritive respective par la proportion des globules normaux, par la raison que l'analyse chimique semble indiquer que , dans les échantillons divers de lait d'une même espèce d'animal, les principes immédiats , tels que le caséum, le sucre de lait, sont proportionnels aux globules bulyreux
Enfin plusieurs observations ont conduit M. Donné à penser qu'il y a un rapport entre la santé du nourrisson et la matière globuleuse que le microscope fait découvrir dans le lait , de sorte que le lait d'une nourrice qui présente dans le second mois après l'accouchement les globules étrangers à la composition du lait normal , compromet la santé de l'enfant auquel il est donné.
Le travail que nous venons de résumer explique bien comment M. Donné a été naturellement conduit à faire sur le lait des vaches attaquées de la cocote, les observations qu'il a consignées dans une Note que l'Académie nous a renvoyée en même temps qu'elle nous a chargés d'examiner s'il ne contiendrait pas de pivi'oqtier des recherches sur Fépizootie régnante et sur les effets qui peui>ent résulter de l'usage du lait des vaches malades. C'est afin de remplir autant qu'il est en notre pouvoir celle mission de l'Académie, que nous allons l'entretenir :
§. \". De la Note de M. Donné, sur le lait des vaches attaquées de la cocote.
§, II. Des recherches que nous avons faites et de celles qui sont pajvenues à notre connaissance sur ce sujet.
§. III. Des effets qui peuf^ent résulter de l'usage du lait des vaches.
' Ce résultat, déduit de plusieurs analyses chimiques sur lesquelles M. Donné fonde son opinion , est contredit par M. Simon , auleui- de nouvelles recherches sur le lait , publiées à Berlin , en i838,
§. IV. Des recherches qiC il cowiendrait d'entreprendre, afin que la chimie pût donner toutes les lumières qu'on peut espérer d'elle dans les cas d'épizooties, d'épidémie et de maladies contagieuses, elc. , elc.
§. P'", — Examen de la Noie de M. Donne' sur le lail des vaches attaquées de la cocote.
Celle Noie n'ayant point été lue ni inaprinice dans le Compte rendu des séances de l' Académie , nous allons en présenter l'extrait.
Obserifations . — Au premier jour de la maladie le lait ne diffère pas du lait normal, lorsqu'on l'observe au microscope; mais du jour suivant, on j aperçoit des globules butyreux agglomérés , et le troisième , M. Donné y a reconnu les quatre sortes de globules du colostrura de la femme , ainsi que la propriété de devenir visqueux par l'ammoniaque. Enfin il lui a semblé que le lait , en s'altérant , perdait de plus en plus de son alcalinité au papier rouge de tournesol, du moins c'est ce qu'il a observé sur le lait d'une même vache.
Le lait d'une autre vache lui a présenté , au bout de sept jours de maladie , une forle proportion de globules agglomérés , de globules rauriformes et de globules muqueux ; ce lail , fortement alcalin, devenait, par son mélange avec l'ammoniaque, visqueux et filant. Au deuxième jour, un des trayons fut engorgé et atteint de l'alFcclion que les nourrisseurs nomment le cru; le lait qu'on en tira élait verdiUre , excessivement félide , et nous ferons remarquer que l'odeur sulfurée qu'il exhalait, participait de celle des acides du beurre et de celle des acides développés par la putréfaction des matières azotées. M. Donné reconnut dans ce lait la présence des globules purulents ; mais , fait remarquable , le lait extrait des autres trayons que le cru n'avait pas affectés, était blanc et sans mauvaise odeur; cependant il était altéré, car il contenait quelques grumeaux: le microscope y faisait découvrir non-seuletuent les globules du coloslrum , mais
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encore des globules pmulculs; l'ammoniaque 1 épaississait en
gelée, enfin il rougissait le papier de tournesol.
Conséquences. — M. Donné a conclu de ces observations , 1°. qu'au moyen du microscope il est facile de distinguer le lait des vaches atteintes de la cocote du lait normal , puisque le premier renferme des globules fort difFérenls des globules bulyreux sphériques isolés , qui caractérisent le second ;
2», Qu'il y a la plus grande analogie entre les globules du colostrum et les globules du lait des vaches atteintes de la cocole ;
3°. Que les laits extraits des différents trayons d'une même vache attaquée de la cocote , peuvent être fort différents , si les glandes qui sécrètent le lait sont dans un des trayons sous l'influence d'une affection locale.
L'examen microscopique des deux échantillons de lait présentés à l'Académie par M. Donné , à l'appui de sa Note , répété par plusieurs membres de la Commission , et en particulier par M. Turpin , nous a convaincus qu'il y avait des différences extrêmes entre ces échantillons et le lait normal, et qu'en outre , ils en différaient par la propriété de s'épaissir et même de se prendre en gelée par l'ammoniaque , conformément aux observations de l'auteur de la Note.
§. II. — Des recherches de la Commission et de celles qui sont parvenues à sa connaissance , relativement à la nature chimique du lait des vaches attaquées de la cocote.
Le i6 et le ig janvier, nous nous rendîmes à l'abattoir de Montmartre où M. Bizet , inspecteur des abattoirs de la ville de Paris , nous donna les moyens d'examiner le lait des vaches attaquées de la cocote , avec une obligeance que nous nous plaisons à reconnaître. A cette époque , l'épizootie louchant à sa fin , nous ne pûmes observer que quelques animaux malades , dont le lait recueilli par nous , fut ensuite soumis à nos expériences.
Nous avons examiné huit échantillons de lait provenant de huit vaches affectées de la cocote: cinq d'entre eux avaient été traits sous nos yeux, et les trois autres nous étaient parvenus de
UOCUAIENTS. 497 la fcrme-moJt'lo do Grignon , par l'iiilermédiairc de M. lluzavd fils.
Deux cclianlillons exccplés , qui répandaîeiil l'odeur forlement fétide signalée plus haut, les autres pouvaient passer pour être inodores , ou presque inodores : ceux-ci étaient alcalins au papier rouge de tournesol , mais à des degrés différents.
Les huit échantillons s'épaississaient plus ou moins par l'addition de l'ammoniaque.
Quatre des échantillons non fétides entraient en ébullilion
sans se troubler et sans exhaler d'odeur , si ce n'est l'aromc lé"er
de la frangipane ; deuxautres , pareillement non fétides , se troublaient un peu avant de bouillir , et en répandant celte odeur légèrement sulfurée qui est un des caractères du liquide albumincux exposé à la chaleur.
L'examen microscopique des huit échantillons de lait y a fait recoiniaîlre la présence de globules agglomérés, de globules murîformes, d'un jaune verdâtre, de globules muqueux, et dans quelques échantillons de globules du pus. Conséquemment , ces huit échantillons étaient bien distincts au microscope du lait normal, conformément à la proposition de M. Donné. Enfin, nous avons observé trois cas analogues à celui qu'il a signalé à l'Acad emie , relativement a la différence qui peut exister entre deux échantillons d'un lait fournis par la même mamelle d'une vache , mais fournis par des trayons dont l'un est en"'or<^é et l'autre est sain en apparence: le premier échantillon est fétide, tandis que lesecond est inodore; mais celui-ci contient pourtant plusieurs sortes de globules , et il s'épaissit par l'ammoniaque.
Deux causes se sont opposées à ce que la Commission se livrât à des recherches approfondies sur le lait des vaches atteintes de la coco/(î.- la première, purement accidentelle , a tenu à l'impossibilité où nous nous sommes trouvés de nous procurer des quantités suffisantes de ce lait, pour le soumettre à des recherches de ce genre; car, ainsi que nous l'avons dit, lorsque la Commission a été nommée , l'épizootie touchait à sa fin , et ce n'est même pas sans peine qu'alors nous avons pu avoir les petites quantités de lait qui ont servi à nos observations ; la seconde
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cause, sur laquelle nous reviendrons à la fin de ce rapport, §. lY, tient aux dillicullés inhérenles encore à l'analjsc immédiate des matières organiques en général , cl à celle du lait en particulier.
Mais avant de donner nos conclusions sur les fails de ce paragraphe, nous exposerons plusieurs observations dont les unes sont parliculières à un de nous, M. Robiquet, et les autres appartiennent à M. Lassaigne, qui , par sa position de professeur de chimie à l'Ecole vétérinaire d'Alfort , a pu suivre les niodifications que l'épizoolie a apporlées aux propriétés chimiques du lait des vaches qui l'ont partie du troupeau de cet établissement,
M. Robiquet a examiné plusieurs échantillons de lait provenant de diverses vaches malades. Tous, dépourvus d'odeur fétide, étaient alcalins au papier rouge de tournesol et prenaient de la viscosité par l'ammoniaque, observations conformes à celles que la Commission a exposées plus haut. Mais M, Robiquet a de plus remarqué :
.1°. Que l'acide acétique, qui, comme tout le monde sait, coagule le lait normal en en précipitant sur le caséum , ne produisait dans le lait morbide qu'un trouble à peine sensible ; ce fait conduit M. Robiquet à penser que le caséum de ce lait avait subi une altération qui pouvait provenir de l'influence des sels alcalins du sérum ;
2°. Que la matière qui donne au lait morbide la propriété de devenir visqueux par l'ammoniaque , est en suspension et non en dissolution ; car lorsque ce lait est bien filtré, il a perdu cette propriété, et s'il retenait en solution de l'albumine , comme les échantillons examinés par M. Robiquet qui provenaient d'une même vache, cette albumine se coagulerait par la chaleur. Cette observation est conforme à ce qu'avait avancé M, Donné relativement à la liaison de la propriété de s'épaissir par l'ammoniaque , avec l'abondance des globules dans le lait malade , c'està-dire avec l'abondance de corps qui ne sont point en dissolution.
M. Lassaigne a pu multiplier assez ses observations et ses expériences sur les vaches malades du troupeau d'Alfort pour se convaincre de la difficulté de caractériser , au moyen des propriétés ou des réactions chimiques , les laits de ces vaches , par
DOCUMENTS. -^99 la raison qu'ils peuvent différer beaucoup cnlre eux; il admet cependant comme caractère la viscosité que le lait morbide acquiert par l'ammoniaque.
Voici, en résumé, ce que M. Lassaigne pense de l'influence que la cocote a exercée sur les vaches du troupeau d'Alfort , relativement à la sécrétion et à la nature du lait:
La sécrétion du lait a été diminuée; le lait était moins butyreux, plus aqueux; il a paru plus alcalin lorsque l'épizootie avait le plus d'intensité , qu'au déclin de la maladie : il renfermait de la matière butyreuse , du caséuni , du sucre de lait , comme le lait normal.
Enfin M. Lassaigne a examiné un lait fort remarquable , provenant d'une vache attaquée d'une maladie autre que la cocote. Ce lait très-alcalin , sortait trouble du pis de l'animal, et se réduisait bientôt en sérum albumineux et en une matière solide qui a paru à M. Lassaigne formée d'albumine coagulée et de Jibrine.
Après avoir exposé tous les faits de quelque importance qui sont parvenus à la connaissance de la Commission concernant la constitution du lait des vaches attaquées de la cocote, nous allons présenter en résumé les caractères du lait normal et ceux qu'on a donnés pour distinguer de celui-ci le lait des vaches affectées de cette maladie.
i". Le lait normal est parfaitement liquide ; et s'il n'a pas été récemment trait, il suffit dcl'agiler pour qu'il prenne un aspect homogène , puisque les globules butyreux sont alors uniformément distribués dans le sérum ;
2°. Le lait normal est parfaitement mobile dans ses parties , comme le serait un liquide dépourvu de viscosité ;
30. Lorsqu'on le regarde au microscope il ne présente que des globules sphériques d'une belle transparence , comme l'est celle du li(|uide aqueux au sein duquel ces globules se meuvent avec rapidité par la moindre impulsion ;
4". Le lait normal , loin de s'épaissir par l'ammoniaque, paraîtrait prendre plus de mobilité et perdre de son opacité ;
5°. Exposé au feu il ne se coagule pas comme le fait l'albu-