‹ Cours de morale à l'usage des écoles laïquesChapitre 16 sur 44 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

DE l'autorité. — AUTORITÉ DANS LA FONCTION

L'autorité qui tient à la fonction a sa source dans la nature des choses, comme Tautorité de la famille. — Elle fait partie des conditions mêmes du trayail et se retrouve partout. •— La subordination qui 7 est attachée n*a rien d'humiliant. — Elle ne s*étend jamais à la conscience, qui reste toujours souveraine et inviolable. — Le travail» du moment qu'il concourt au développement du bien-être, des richesses, des connaissances de 1* humanité, est noble dans toutes ses parties ; Toisiveté seule est honteuse. -- L'autorité dans la fonction, comme l'autorité de la famille, est dominée par la mutualité du respect.

L'autorité qui tient à la fonction n'est pas personnelle, comme Tautorité de la famille ; elle a pour objet une œuvre extérieure et prend sa source dans un contrat, verbal ou écrit, passé entre plusieurs personnes et en vertu duquel l'une d'elles se subordonne à Tautre dans l'exécution de cette œuvre. Celle qui est subordonnée prend le titre d'inférieure, elle obéit dans l'accomplissement du travail. Celle à l'égard de laquelle

on se subordonne prend le titre de supérieure , elle commande dans la même condition : ce droit de commandement s*appelle l'autorité.

Il y a des cas où Tautorité, qui tient à la fonction, est très-strictement limitée par la fonction elle-même* Un ouvrier, par exemple, s*engage à exécuter dans une manufacture un certain travail; un contre-maître à le surveiller; un employé à tenir des écritures qui constatent rétat des matières fabriquées ou des marchan* dises, etc.

Ces fonctions, tout en étant accomplies sous le con* trôle d*un chef, n*en sont pas moins déterminées, à Tavance, ayec précision et limitent le rôle de Tautorité. Le chef peut être très-exigeant pour tout ce qui touche à la fonction elle-même, mais il n'a rien à demander au delà, et, une fois la tâche terminée , le travailleur reprend sa liberté entière.

Comprenez-vous bien, mes enfants, le caractère spécial de ces fonctions? Oui, me dites-vous. — Bans ce cas, vous allez m'en citer, à votre tour, quelques-unes d'un genre analogue. — Une demoiselle de magasin, — une maîtresse de poste, — un focteur, — un employé du télégraphe, — un ingénieur, etc. — C'est trèsbien.

Mais, & côté de ces* fonctions, il en existe d^autres dont il est impossible d'avance de déterminer l'objet d'une manière aussi précise, et qui impliquent une certaine subordination de la personne* — Dans une maison de commerce, par exemple, un employé de confiance qui traitera des transactions les plus graves au lieu et place du chef et sous sa direction. — Un fonctionnaire politique, à quelque degré de la hiérarchie qu'il se trouve. — Un intendant qui administre les biens d*uri riche particulier et connaît toutes ses affaires de famill

— - Saisissez-vous bien la distinction que je veux établir entre ces deux ordres de fonctions, et pourriez-vous me citer quelques cas qui montrent que vous l'avez comprise? — Une institutrice, me dites-vous, une gouvernante, un serviteur qui vivent dans Tintérieur d'une famille. — C'est très-bien.

Ce qui distingue ces dernières fonctions des premières, c'est que l'engagement porte plutôt sur le temps qu'on y consacre que sur la nature même du travail, et, l'œuvre ayant un côté moral, la personne se trouve, en quelque manière, comprise dans l'engagement.

Un fonctionnaire politique, par exemple, ne peut pas avoir sa tâche précisée à l'avance, comme un ouvrier dans une manufacture; elle lui est tracée au jour le jour par les événements qui se présentent et par l'esprit de son gouvernement, et, dans la conduite à tenir, il reçoit incessamment ses inspirations de ses supérieurs hiérarchiques.

De plus, cette tâche n'est pas industrielle, comme la première, et de nature purement extérieure; elle comprend des principes, des idées à faire prévaloir, des actes qui y correspondent, et la personne s'y trouve plus ou moins engagée. Ainsi, un fonctionnaire politique doit toujours conserver une certaine tenue en dehors de ses fonctions. Il ne doit jamais faire d'opposition publique à son gouvernement. Il peut l'avertir, sans doute, quand il le croit dans une voie dangereuse, mais il doit toujours le défendre.

Il en est de même pour les fonctions qui nous rattachent à une famille et nous en font membres dans une certaine mesure. Une institutrice, un intendant, un serviteur se trouvent sans cesse, par rapport à leur charge, dans des cas imprévus oii ils doivent agir sous l'inspiration du chef, qui garde la responsabilité der-

nière de leurs actes. Le lien est, des lors« personnel et moral, et, quand on a accepté de pareilles fonctions, on est tenu, par délicatesse, à un respect, une fidélité particulière envers ceux à qui on est attaché.

Que penseriez-vous d*une institutrice qui dirait du mal, au dehors, de la famille oii elle yit? qui raillerait ses côtés faibles, trahirait ses fautes ou ses malheurs? Je vois que cette seule pensée vous indigne; nous sommes donc bien d'accord.

Or, ces situations diverses étant données, il s*agit maintenant de savoir deux choses.

D'une part, si l'autorité qu'elles comportent n*est, dans aucun cas, usurpatrice ou arbitraire.— De l'autre, si elle n'est pas humiliante.

Pour répondre à la première question, nous devons chercher si cette autorité correspond aux conditions nécessaires du travail, dans la vie commune, ou si on peut croire qu'elle a été imaginée pour satisfaire cer* tains goûts de domination, inhérents i la nature humaine.

Plaçons-nous donc en dehors de toute théorie, et supposons que nous sommes en face d'une œuvre industrielle à accomplir: la construction d*un édifice public, par exemple, d'un hôtel de ville si vous voulez. Supposons encore que, sans idées préconçues, on ait rassemblé tous les ouvriers qui doivent y prendre part, et qu'on les laisse libres de décider des moyens d'exécution. Comment pit>cèderont-ils?

Pensez-vous que, fiers de leur liberté» ils vont se mettre à Tœuvre, chacun selon sa convenance et son goût , exécutant au hasard telle ou telle partie ? Vous secouez la tète. — A quoi arriverait-on, en efiet, avec cette méthode ? — A la stérilité et à la confusion. Les ouvriers le comprennent mî''"^ nii«) personne. Aussi,

abandonnés à eux-mêmes, établissent-ils immédiatement Tordre naturel du travail , en dehors duquel on ne saurait rien réaliser. — Pouvez-vous me dire encore quelle est la première donnée de cet ordre, s'il s'agit de la construction d'un édifice? — C'est le plan qui en déterminera l'ensemble et les parties. — Très-bien. — Le plan détermine d'abord l'architecture extérieure, les lignes, les proportions, puis la décoration et tout ce qui s'y rattache; puis, la disposition intérieure, le nombre et la situation des pièces, l'emplacement des ouvertures, les escaliers, les portes, les fenêtres, etc.

Or, par qui le plan peut-il être fait; est-ce par tous les ouvriers indifféremment? — Non ; vous ne le pensez pas davantage. C'est par un ouvrier spécial, qui aura sur ce sujet les connaissances nécessaires. — Comment s'appelle-t-il ? — L'architecte. — Très-bien. — C'est donc l'architecte qui dressera le plan. Or, ici l'autorité commence; car le plan, une fois dressé, va s'imposer à toutes les parties du travail, et chaque ouvrier devra y subordonner sa propre conception, à supposer qu'il en ait une.

Hais il ne suffit pas de concevoir, ni même de dresser le plan ; il faut Texécuter, et ici encore l'autorité va s'étendre. Si, en effet, dans l'application, chaque ouvrier est abandonné à sa tâche, sans contrôle, sans surveillance, sans garantie d'aucune sorte, qu'arrivera-t-il? En admettant même que chacun soit consciencieux, comme chacun se préoccupera de sa partie exclusivement, le travail manquera d'harmonie. Il faut donc un directeur général des travaux, et, s'ils sont considérables et compliqués, il faudra des sous-directeurs qui dépendront du premier et qui ne seront pas moins nécessaires.

Voyons, avez-vous quelques objections à faire à ceci?

parlez avec francliise. — • Vous secouez la tète. — Ainsi vous l'avez reconnu : Taulorité de la fonction a sa source dans la nature des choses, et ou ne saurait s'en passer. Aussi la retrouverons-nous partout la même. Non-seulement dans les grandes industries et les grandes administrations, mais dans le plus humble atelier, aux champs et à la ville, dans la famille même, dans la classe où nous sommes, partout oti le travail se fait en commun, il est divisé et organisé; il y a des ouvriers qui l'exécutent, des employés qui le contrôlent, des chefs qui le dirigent — - Gonnaissez-vous, par

hasard, des travaux qui échappent à cette loi? — Vous secouez encore la tête. — En connaissez*vous qui la démontrent? — Charles nous dit que son onde a une grande ferme à la campagne. Il a des domestiques et des journaliers; ses fils lui servent d'employés; lui et sa femme sont les chefs. — C'est très<-bien. — Le père d'Hortense conduit un atelier d'imprimerie; il a des ouvriers divers; les uns composent, les autres impriment ou plient les feuilles imprimées; il y a un correcteur qui relit les épreuves, un proie qui surveille le travail, puis le chef. — C'est toujours la même chose, comme vous le voyez. — Ici même, n'avons-nous pas des professeurs, des sous-mattresses , une directrice des études, et enfin une administration?

L'autorité qui tient à la fonction n*a donc rien d'arbitraire; elle ne résulte pas du goût de certaines personnes pour la domination, mais de la nature même du travail ; elle en est la conséquence directe; et c'est si vrai que, parmi les associations libres de travailleurs, toutes celles qui ont voulu s'y soustraire ont échoué misérablement.

Telle est la réponse à notre première question. Nous allons maintenant examiner la seconde, qui consiste

à savoir si cette autorité et la subordination qui en résulte contiennent quelque chose d'humiliant.

Le travail, d*abord, en le considérant en soi, a-t-il certaines parties qui soient méprisables et certaines autres qui soient glorieuses? — Voyons, que pensezvous là-dessus? — Vous hésitez à répondre, — Sans doute, il est des métiers plus lucratifs les uns que les autres; d'autres plus difficiles; d'autres plus agréables. Il est aussi des professions qui demandent plus d'intelligence naturelle, plus de développement, plus de connaissances acquises : toutes celles qui tiennent, par exemple, aux choses de l'esprit et aux intérêts gé« uéraux d'un peuple. Il en est enfin dont l'objet est plus directement moral, comme celle de l'éducation dans toutes ses branches. Quand nous voudrons choisir une d3 ces professions, nous ferons très-bien de nous attacher, de préférence, à celle qui nous présentera le plus d'avantages, qui correspondra le mieux à nos goûts, a nos facultés, à nos penchants. Mais, parmi celles que nous repoussons, en est-il une seule qui soit méprisable? C'est-à-dire qui implique un abaissement, un manque de respect à l'égard de celui qui Texerce. Prenons les plus infimes, le balayage des rues, par exemple, le nettoyage des machines dans une manufacture, la trituration de certains matériaux qui, une fois préparés, servent au travail, il ne faut, pour tout cela, ni connaissances professionnelles, ni même beaucoup d'adresse : une certaine force suffit et une intelligence tout à fait élémentaire, avec la somme de bonne volonté, de soins et d'exactitude indispensable à l'accomplissement de toute tâche régulière. — Eh bieni trouvez-vous ce travail méprisable en soi? Abaisse-t-il celui qui l'exécute? Le fait-il déchoir? — Vous ne le trouvez pas, et vous avez mille fois raison. — Comment un travail, qui a

une oUlitc quelconque, qui a sa place et son rôle dans Tensemble des travaux du inonde, pourrait-il être honteux ? Ne faut-il pas que les rues soient balayées, nou*seulenient au point de vue de Thygiène, mais au point de vue moral de Tordre et de la propreté? Ne laut-il pas, dans une manufocture, que les rouaiges des machines soient tenus avec soin, pour que les machines elles-mêmes fiissent leur service? Ne faut-il pas que les engins subissent certaines préparations pour être employés ensuite utilement? Et si un de ces travaux est aussi nécessaire que Fautre, comment pourrait-on dire qu'il est moins noble?

Dans rédifice dont nous venons de parler, par exemple, il est tout aussi nécessaire, et même plus, d'équarrir les pierres, de les ajuster, de travailler au bois de charpente, de fabriquer et de poser les ferrures, que de sculpter les parties d'ornementation, de décorer les murs, de peindre les fresques, et ce serait le cas de rappeler ici la fable des membres et de Testomac, qui ne peuvent pas se passer les uns de Tautre. Qui me dira cette fiible? — C'est Hortense. — Très-bien. — Il n'y a donc pas de travail méprisable, à moins d'une tâche oiseuse et dérisoire, comme de remplir le tonneau des Danaïdes, par exemple, ou de monter le ro* cher de Siiyphe; une pareille tâche, si elle existait, pourrait être appelée humiliante, en ce qu'elle manquerait de respect pour nos labeurs. A ce même point de vue, certaines fonctions de pur apparat, comme de se tenir debout derrière une voiture, ou les bras croisés dans une antichambre, peuvent être appelées humî* liantes.

Mais le travail, du moment qu'il a un objet utile, qu'il contribue à l'accroissement de la lumière, de la richesse, de la civilisation, est honorable en lui-même;

non-seulement il est une nécessité de la vie, mais il est un devoir; il développe nos forces en nous apprenant à les exercer; il nous fait solidaires les uns des autres dans la série d'échanges et de transactions qui se pro-duit autour de nous. Il équilibre nos facultés et nous rend ainsi plus aptes à comprendre tous les sentiments vrais, à nous élever aux idées générales; il nous fortifie dans la lutte du bien et nous porte au détachement de

nos petits égoismes, de nos vanités puériles J'en

appelle à vous, mes enfants. Vous êtes encore bien jeunes et vous n'avez jamais accompli d'oeuvres considérables. — Mais enfin, dans votre sphère d'action, vous pouvez porter un témoignage. Eh bien I quand vous avez consciencieusement accompli la tâche quotidienne, ne vous sentez-vous pas meilleurs et plus heureux que lorsque vous êtes demeurés désordonnés et inaclifs ? — Vous êtes de mon avis; j'en étais sûre, et l'expérience vous confirmera chaque jour plus dans ce sentiment.

Or, si le travail n'est point humiliant, la subordination ne l'est pas davantage, car elle n'engage jamais la conscience.

Il n'y a pas plus d'humiliation è obéir qu'à commander, du moment que l'obéissance et le commandement concourent au même but.

Qu'y a-t-il d'humiliant pour un serviteur à faire tel travail de telle façon, selon la volonté du chef de famille, et à le faire à une heure plutôt qu'à une autre? La chose le contrarie peut-être, le froisse dans son amour-propre, s'il en avait décidé autrement, le dérange dans ses habitudes , mais elle ne peut pus l'humilier, car elle laisse sa personne intacte.

Pensez-vous que je me trouve humiliée moi-même, quand mon administration me prescrit une mesure que j'exécute? — Nullement. D'abord, quand on obéit en

vertu d'un contrat qu*on a librement accepté» on n'obéit qu'à soi-même; et ensuite, tout contrat personnel» alors même que l'objet n'en a pas été d'avance précisé, contient une réserve, la souveraineté de la conscience.

Si, en effet, un chef de maison donnait ordre à un employé de négocier une transaction équivoque; si un gouvernement ou une administration commandait à un fonctionnaire des actes malhonnêtes ; si un mattre chargeait un serviteur d'une tâche honteuse» ceux-ci seraient-'ils tenus d'obéir, quelle que fût la nature de leur engagement. — Non, jamais, car la liberté de la conscience est inaliénable.

C'est ce qui sépare le travail Hbre du travail asservi et élève au même niveau le commandement et l'obéissance. Le droit y est toujours réservé, la personne morale reste libre.

Néanmoins, dans le fait» comme l'autorité d'un supérieur entraîne presque toujours une influence qui dépasse les limites du droit, nous devons nous tracer certaines règles de conduite très-sévères, car le seul moyen d'éviter la fietute c'est d'éviter le péril. N'acceptez donc jamais de situation subordonnée sans être sûr de la délicatesse morale de ceux à qui ces situations vous subordonnent. Du moment qu'il ne s'agit pas d'un travail purement industriel» du moment que la fonction touche en quelque manière aux sentiments, l'estime réciproque doit dominer nos rapports. Rien ne serait pénible et ne pourrait devenir dangereux comme d'avoir à lutter avec un supérieur sur le terrain moral ; et si, par faiblesse, par intérêt, ou même par besoin, vous cédiez à une influence coupable» c'est alors que vous sentiriez l'humiliation» tandis qu'il n'y a aucun abaissement à obéir à un commandement juste.

J'insiste sur ce poiut» parce que la confusion qu'on

fait entre la fonction et la personne conduit souvent aux opinions les plus fausses. Vous entendez sans cesse dire qu'il est humiliant d'accomplir tel travail audessous de sa capacité, humiliant de se subordonner aux autres dans la fonction, humiliant d'obéir. Rien n'est plus faux, et vous en avez la preuve dans la manière dont vous-mêmes accordez ou refusez votre es^ time à vos^semblables.

Ce ne sont pas toujours ceux qui exercent les travaux les plus élevés qui sont les plus dignes. Tel grand artiste, par exemple, qui nous laissera des œuvres r^emarquables, mène une existence peu estimable ; son caractère n'est pas à la hauteur de son talent. Pour primer ses rivaux, pour obtenir les faveurs de ceux qui tiennent le pouvoir, il commet des lâchetés, des bassesses; en outre, il est sec, égoïste, il néglige sa famille; il n'a pas d'amis; ses mœurs manquent d'austérité et de délicatesse, et si nous sommes forcés d*admirer son talent, nous ne pouvons respecter sa vie.

A côté de lui travaille un ouvrier modeste. Celui-ci ne fait qu'exécuter les parties secondaires qui lui sont d'avance tracées ; mais son activité, son exactitude, sa fidélité sont exemplaires. Tous ses sentiments sont élevés. Chargé d'une famille nombreuse, quand, chaque soir, il rentre au foyer, il y apporte un cœur plein de sollicitude. Pauvre, il trouve encore le moyen d'aider ceux qui ont moins que lui, et jamais il n'accepterait un gain qui pourrait paraître deshonnéte.

Dites-moi maintenant, mes enfants, lequel de ces deux hommes vous paraît le plus digne? — Vous me répondez sans hésitation, je m'y attendais. — Eh bien! cherchez ailleurs, et vous trouverez partout des exemples analogues. Telle servante, honnête jusqu'au scrupule, travailleuse, dévouée, est, moralement parlant,

bien au-dessus de sa mattresse, égoïste, vaine et frivole. Tel garçon de bureau a le droit de lever la tète quand il reçoit son salaire quotidien» tandis que son chef a lieu de rougir en réalisant les bénéfices de ses spéculations honteuses. Tel ouvrier qui accomplit scrupuleusement sa tâche domine, par la conscience, le contre-mattre qui néglige la sienne. Nous pourrions parcourir toute la hiérarchie du travail, nous trouve* rions partout Tapplication de ce principe.

L'autorité dans la fonction, d*ailleurs, comme Tautorité dans la famille, est dominée par la mutualité du respect que se doivent entre eux les êtres libres*

Une mattresse de maison est tenue de montrer à ses serviteurs, un chef d'administration à ses employés, un maître à ses ouvriers, le même respect qu'il en attend. L'expression de ce respect peut difierer. Dans la fonction comme dans la famille, et souvent pour des raisons analogues, Tinférieur doit au supérieur plus de déférence et d*égards, mais le supérieur doit à Tinférieur plus de sollicitude. Ainsi la compensation existe.

Nous conclurons donc en disant que la vraie noblesse tient exclusivement à la personne. Si Tintérét, Torgueil, la considération extérieure sont attachés aux fonctions du commandement, la dignité en est indépendante. Il peut être moins agréable, mais il n*est pas plus humiliant d'obéir que de commander, d'être le travailleur attaché à la glèbe ou à l'outil , que le chef qui décide et qui gouverne. Toutes les parties du travail sont nobles, et elles sont toutes égales devant la conscience.

Page 1